QUELQUES DEFINITIONS PRELIMINAIRES I I
j'exerce spontanément mon aclivité mentale sous les noms d'intelligence, raison, pensée, pour comparer, abstraire, raisonner, juger. Il y a plus : je peux constater que je sens et que j'agis mentalement. Ce dernier mode de la conscience qui se superpose, en quelque sorte au premier (en allemand uherdenhen, penser par-dessus) je l'appelle la conscience réfléchie. Je ferai remarquer enfin que la conscience réfléchie peut s'exercer soit sur un état conscient présent, soit sur le souvenir de celui-ci : je peux m'observer sentant, pensant, voulant, et je puis o]:^erver en moi les souvenirs respectifs de ces états conscients.
C'est au moyen de l'analyse et de la critique rationnelle, exercées par les divers modes de connaissance sur le libre arbitre tel que le donne la conscience sponlancc passive, c'est par ce double procédé que je tâcherai de prouver la réalité de
celui-ci.
L'existence des changements extérieurs au nwi est révélée à l'homme par les états sensibles (sensationstactiles, visuelles, auditives, olfactives, etc.) qu'ils provoquent dans sa conscience en impressionnant les nerfs sensitifs ; les états de conscience sont, à proprement parler, des phénomènes au sens
étymologique du mot ; ils sont, chez l'observateur, les signes des changements extérieurs au moi. A ce titre les phénomènes constituent les matériaux de la conscience expérimentale. Les physiciens, les chimistes, les naturalistes qui cultivent cette science appellent indifféremment phénomènes les changements internes et les changements externes signifiésparlespremiers. Cette confusion regrettable s'explique : la distinction capitale du subjectif et de l'objectif n'est expressément établie que depuis Kant. J'appellerai un fait ou un événement tout changement ou toute synthèse de changements internes ou externes, subjectifs ou objectifs et je prendrai le mot /^Ae/iomè/ie dans son acception étymologique.
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Les mots matière et esprit, physique et psychique signifient deux choses que ne sépare pas un abîme, qui ne sont pas irréductibles entre elles. L'acte d'écrire suffit pour en témoigner : la volonté, en effet, meut la plume ; or, s'il n'y avait absolument rien de commun entre l'une et l'autre, entre ce qui meut et ce qui est mû, comment la première pourrait-elle agir sur la seconde ? De même la physionomie, l'expression d'un état mo-
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rai par les traits du visage, par le geste serait impossible, car dans le caractèreexpressif la matière et l'esprit, le physique et le psychique sont indivisibles : c'est dans ce caractère que ces deux données communiquent le plus directement. Elles communiquent immédiatement, il faut même dire qu'elles s'identifient en lui. Néanmoins elles sont considérées chez l'homme par le plus grand nombre comme deux êtres distincts sous les noms de corps et &'âme. Le problème qui fait l'objet du présent essai se trouve être, par la façon dont je l'aborde, indirectement intéressé dans cette distinction, comme on le verra au chapitre oii j'analyse la nature et la formation des idées. J'ai été conduit à reconnaître l'identité foncière de ces deux données empiriques dans leur commune racine métaphysique.
Les hommes qui doutent rationnellement du témoignage de la conscience spontanée touchant le libre arbitre sont certains philosophes parmi lesquels Spinoza est celui dont le système est le plus solidement organisé en faveur de l'universelle nécessité, et les savants attachés à la méthode expérimentale inaugurée par Bacon et parfaitement définie par GlaudeT-Bernard.
la PSYCHOLOGIE DU LIBRE ARBITRE
Le déterminisme scientifique n'est pas la nécessité. L'expérience constate que tous les événements qui tombent sous les sens sont soumis à des lois, c'est-à-dire sont entre eux dans des rapports généraux constants dont le nombre tend à se réduire de plus en plus à mesure que la science progresse. Cette constance des lois ne s'est jamais démentie ni dans la nature livrée à elle-même, ni dans les laboratoires, où les saA^ants par l'expérimentation font naitrc les phénomènes en reproduisant les conditions qui les déterminent sans l'intervention humaine. Les savants peuvent donc en provoquer le retour à volonté et par suite le prédire. Aussi pour eux une telle constance équivaut-elle à la nécessité. Ils n'ont pas le droit d'affirmer que les phénomènes prédits ne peuvent pas ne pas naître, mais, comme en réalité les mêmes conditions les ont toujours déterminés et que, jusqu'à présent, rien n'autorise à supposer que l'efficacité de ces conditions doiAC changer, leur acte de foi est pleinement justifié. J'assimilerai donc les savants déterministes aux partisans de Funiverselle nécessité.