CHAPITRE XI
€RIMINALITi LEGALE ET IMMORALITY
JTemploie le tenne de « crimiDaIit6 legale »
pour ezprimer les actes qualifies « crimes » par les lois et r^prim^s par elles.
Dea statistiques francaises, A. Con*e a d^duit : « n 7 a am6lioratioQ r^elle dans la morality qu'on pourrait appeler banale — d6montr6e par ramoindrissemont rapide des crimes-d61its communs et de leurs analogues dans le milieu sp6- «ial; ph^nom^ne qui, mis en regard de Taccroissement de la criminality g^n^rale, est Men propre i.^tablir Theureuse influence de la discipline autoritaire sur Timpulsivitft dirig^e vers
Tattentat de cause yulgaire » (1). Et en note, ce criminaliste cpnstate que la proportion des crimes-d^lits communs augmente beaucoup che^ les militaires en cong^ ou absents par rapport k ceuz presents au corps.
« II semblerait, dit-iU que rendu tout k coup k la vie banale, le soldat se d^dommage de la contrainte du regiment par des abandons plus faciles k la faute. » II s'agit 1^ des professionnels-militaires comme des soldats par obligation, les statistiques ne distinguent point et Corre ne pouvait, par suite, distinguer.
Les classes sociales d'ou sont issus tons ce& militaires sont dilf^rentes et repr^sentent toutes celles de la Nation ; la comparaison avec la criminalit^ g^n^rale frangaise parait done fort juste. Nous disons « parait » parcequelastatistiquede la criminality militaire est entach^e d'erreur. Ea effet, un tr^s grand nombre de manquements (vols, etc.) ne donnent lieu k aucune action de la justice militaire s'ils concernent des gracl^s (sousofficiers bien apparent^s et officiers). Ces crimi* nel8 sont punis disciplinairement ou simplement pri6s de donner leur demission, s'ils sont offi*-
(1) Corre. Apergu de criminaliti militaire en FrancBf p. 12.
eierSf ou m6me laiss^s absolument indemnes* Ainsi eut liea dans les affaires du capitaioe Bouis, du g6n6ral Reste, de Gb&loQS, de Cho-Bo, de la melinite, etc., etc. Gombien de sousofilciers c mangent la grenouille > et en sont quittes pour rendre leurs galons parce que la famille solde le deficit de la caisse !
De ce chef done la comparaison avec la criroinalit^ g^n^rale frangaise semble mauvaise et conduit k un r^sullat erron^. De plus, A. Gorre se trompe en croyant k Theureuse influence de la discipline. La raison indique, en effet, qu'une discipline qui tol^re les actes dont nous avons cit^ des specimens ne pent, en v6rit6, moraliser ceux qui en sont spectateurs ou victimes. U est possible cependant que la discipline ait une in* fluence inhibitoire sur certains temp6raments port6s k Tacte banalement criminel et accessibles k la crainte. Toutefois, ne moralisant point les individus, elle ne pent que d^tourner les impul* sivit^s vers de nouvelles formes criminelles d6termiu^es par la tendance g^n^rale du milieu^ c'est &-dire qu'elle transforme, sous Tinfluence de rimitativit^, les tendances criminelles banales vers la forme sp^ciale au milieu : la violence.
Cette violence ne donne le pbis souvent lieu qu'& une punition disciplinaire, qui ne figure
point dans les statistiques, tandis que chez Id civil elle provoque une action en correctionnelle, et alors elle figure sur les statistiquesjudiciaires. II faut aussi remarquer que dans le milieu militaire, la criminality, ayant pour origine la mis^re, se trouye pour une bonne partie supprim^e. En effet, Thomme a un gite, une vfiture, une nourriture g^n^ralement suffisante. Main tenant que tous sont soldats, ceux qui ne regoiveDt rien de leur famille trop pauyre, ceux qui se trouvent sans argent, en un mot, trouvent quelques ressources p6cuniaires, en rendant des services auz soldats plus privil^gi^s de la fortune.
La discipline n*a point Tinfluence que lui attribueCorre; la proportion de crimes-d^lits communs moindre dans Tarm^e que dans le civil est due k la suppression partielle des d^linquants ayant pour ^tiologie la mis^re, k la derivation des impulsivit^s ^ par action du milieu — vers la violence qui donne lieu k une punition disciplinaire et non k une p6nalit6 judiciaire, & une repression par esprit de corps.
Pour etudier la criminality banale des professionnels militaires, c'est-i-dire des offlciers, U faudrait une statistique s^parant les delits comjoauns suivant le grade de leurs auteurs ; ensuite
comparer cette statistique ayec d^autres analogues dress^es pour les professions ezerc^es par des indiyidus issus de m£me classe sociale.
A noire connaissance, ce trayail n*a pas ^16 fait ; il serait k d^sirer qu'il se fit, car il serait certainement trfts suggestif. Mais est-il possible de le faire loyalement, 6tant donn6 les causes qui font sous^raire k la justice les offlciers coupables de manquements banaui ?
Au cours des deux ann^es 1891 et 1892, nous avons reley^ dans les feuilles publiques des cas relatiyement assei nombreuz de manquements k la loi. En yoici quelques-uns :
Le conseil de guerre de Qrenoble condamne, le 2 ayril 1891, & trois ans de prison pour yol, un sous-lieutenant.
Le capitaine Humricht (29* regiment d*infanterie k Tr^ye) est arr6t6 pour yols commis au d^triment de joailliers de Hambourg, Berlin et Breslau ; il fait des r^y^lations bien compromettantes pour plusieurs de ses camarades (1).
A Rennes, un capitaine tr^sorier se briile la cervelle ; il y a un deficit dans sa caisse (2).
Arrestation,. le 9 noyembre, k Besan^on, du capitaine <payeur du 4* regiment d*artillerie mont6e d'H6ricourt, pour d^tournements de fonds.
(1) Belair, 27 juiUet 1891.
(2) A. HamOD. L. C, ann^e 1891, p. 471.
D^apr^s Tenqu^te, ce capitaine fr^quentait, a Belfort et & H6ricourt, les filles galantes de haute marque (?J et les chanteuses des caf^s-concerts; les journaux locaux disaient qu'il avait vol6 pour satisfaire aux d^penses exag^r^es impos6es par les gotlts de luxe de sa femme (1).
Le sous-lieutenaot Gillet se suicide pour ^chapper aux dettes contract^es pour une cbacteuse de caf^-concert (2).
Le lieuteuant Babolat, tr6sorier-payeur, est arr6t6 et condamn^ pour d^tournemeDts de foods, 2,000 francs, disentles uus; 15,000 francs, disent les autres (3).
Le lieutenant-colonel F. de Levetzow de Tarm^e autrichienne est condamn^ pour ^escroquerie (4).
Le lieutenant allemand 0« E. Krapf est poursuivi pour faux et escroqueries (5).
A Oberwiler, un premier lieutenant en disponihility s'adonne k la boisson, a pour maltresse une de ses anciennes servantes. Comme sa femme voulait divorcer, un matin len lentrant chez lui ivre, il la tue k coups de tisonniers (6).
Dans les bdpitaux militaires, les soldats russes 6taient pill^s comme cbez les bandits. On volait ouvertement sans se cacher. (7)
(1) A. Hamon: L. C, ann6e 1891, p. 651.
(2) Petit Journal, 8 t6vrier 1892.
(3) Action, de Lyon, 12 f^vrler 1892.
(4) XIX^ SidcUy 17 f^vrier 1892.
(5) Intransigeant, 22 mars 1892.
(6) XIX* Si^cle, 15 juin 1892.
(7) Tikhomirov. L. C, p. 386.
A en juger par ces fails, il semble que cette criminality banale (vols, etc.) est 6gale sinon sup^rieure k celle des individus de mSme classe sociale : hommes de science, de lettres, artistes, m^decins, magistrats , professeurs, ing^nieurs. Cette constatation est conforme k la logique, car, de m6me que la guerre abolit, chez ceux qui en font metier, la notion de la valeur de la vie humaine et la seosibilit^ physique et morale, de mSme elle atrophic la notion du droit de propri6t6 d'autrui, puisque le pillage en est la negation. Cette notion disparue ou affaiblie conduit naturellement les hommes k transgresser ce droit de propriety. II n'en est pas de m^me pour les hommes de science, de lettre, m6decins, etc., chez lesquels la profession ne provoque point r^limination plus ou moins complete de la notion du droit de propriety.
L'armee est un organisme social, qui, n^cessairement comme tons les autres organismes sociaux, a ses d6chets l^gaux. Sa morality g^nerale ne pent diff^rer sensiblement de la moralit6 g^n^rale de la society, car il n'est aucune raison pour etablir cette diff^renciation chez les soldats par obligation. En effet, Tarm^e est form^e d'hommes qui la veille etaient civil s, qui le seront demain ; la mentality de ces individus ne
peut £tre modifl^e par la Tie militaire si prafimdement que leur morality pr^militaire diffifere sensiblement de leur morality postmilitaire. Si cette diff^renciation a lieu, c'est plut6t en un sens n6gatif, car, on a pu en juger par les exemples cit^s, r^ducation reQue, k la caserne en temps de paiz, dans les camps et les batailles en temps de guerre, n'est rien moins que moralisatrice. Aussi la morality chez le professionnel, homme sur qui le milieu a pu avoir une influence notable, est moindre que chez les individus civils de m^me classe sociale.
Je sais qu'on dit commun^ment : I'arm^e est r^cole de Thonneur, mais c'est Ik une I6gende accept^e seulement par les esprits superficiels, par ceux qui pr6tendent que le fait de rev&tir Tuniforme moralise I'individu, par ceux qui mettent Tarm^e sur un pi^destal et la veulent intangible. Cette croyance est si g^n^rale, on Tit tant au milieu d'elle, la sugant pour ainsi dire pendant toute la p^riode scolaire, la revoyant sans cesse exprim^e dans les feuilles que, inconsciemment, on s'en impr^gne : on a la foi en Tarmac, symbole de Thonneur.
II importe k Thomme de science de se d6gager de toute foi, de chercher la v6rit6 quelle qu'elle soit, ddtelle choquer Fopinion commune, ce qui
gdn6ralement est le sort de toute v^rit^. En fait le professionnel non seulement n'est pas plus moral que les autres hommes de mime classe sociale, mais encore il Test moins. A I'appui, Toici quelques faits :
A Tarmie dltalie, Bonaparte organisa une police secrete sous la direction de Tadjudant gin^ral Landrieux : deux bureaux... Tautre pour la politique comprenant principalement la surveillance des pays v6nitiens... en un mot tout ce qui tendait k empicher les mouvements popu-»
laires ou k les priparer (i).
Par des rapprochements terribles, Landrieux montre que c'est Bonaparte, giniral en chef de Tarmie d*ltalie, qui suscita les V6pres Vira* naises oil trouvirent la mort, assassinis, deux ou trois mille Frangais. Le providiteur Giovanelli, organisateur desdites Vipres, aurait touchy 124,000 francs deBerlhier: il est certain que ce Giovanelli fut plus tard, par Bonaparte, nomm6 k une des plus hautes dignitis du royaume dltalie (2).
Botta, midecin italien, timoin de la guerre dltalie, avoue que les Pi6montais ne se sont hattus sirieusement nulle part, et dans les bulletins militaires desdits, on vantait Tintripiditi, la bravoure des troupes (3).
(i) Trolard. De Montenott^ au Pont d'Arcole, p. 221.
(3) L. Grasilier. L. C, p. 244-245.
(3} Trolard. De Montenotie au Pont d'ArooIe, p. 50.
On Sk Yu, dans un des exemples pr^c^demment cit^s, le conseil de guerre, en aoiit 1797, acquitter par ordre le commissaire Bouquet, convaiccu de vol.
Le commandant au 3* spahis, M. Fleury — il devint g^n^ral, grand 6cuyer, s6nateur, ambas^ eadeur, etc. — 6tait un homme fort brave, entreprenant, d6vou6, d6termin6. II itait au bout de ses pi&ces quand il avail offert ses services au prince Louis... Somme toute, dans sa position, il n'avait pas grand'chose h perdre et il avait tout a gagner en s'attachant k la fortune du prince... (1)
Saint-Arnaud d^clara publiquement k Constantine, dans un punch que lui offrait la garnison, que « jamais il ne serait autre chose qu'un soldat et ne mettrait son 6p4e au service d'un parti quel quHl fUt » (2).
Quelque temps apr^s Saint-Arnaud 6tait au service du prince Louis et faisait le coup d*Etat.
Le colonel Espinasse fut charg6 par Saint- Arnaud de prendre le palais 16gislatif et d*y garder les d^put^s. II imagina ce moyen par lui cont^ au capitaine Du Casse, son ami, et relate par ce dernier : « Tr6s li6 avec le g6n6ral Le F16, un des questeurs, Espinasse alia le voir et se fit promener par lui dans le Palais-Bourbon, se faisant expliquer la topographie des lieux et lui
(1) Du Casse. Lea Deseoue du Coup d^Etat, p. 30-31. Savine, ^diteur.
(2) Du Casse. L. C, p. 40.
demandant si, en cas de lev^e de boucliersi dont on parlait de la part du President, il avait song^ & mettre sa personne en stlretd. Le Fid lui r6pondil qu'il comptait dans ce cas sur Tami Espinasse et lo conduisit, par un couloir souterrain, jusqu*& un passage d^bouchant par une pedte porte sur Tesplanade des Invalides. Le colonel promit qu'en cas d'6v6Qement ses sapeurs attendniient 4 cette issue le g^n^ral questeur, ce qui fut fait, mais pas pr6cis6ment dans le but que r^vait Le F16 » (1). II fut en elTet arr6l6 par le colonel Les-* pinasse.
« Je demandai, 6crit Du Casse, au vieux roi (de Westphalie) Tautorisation de me rendre k TEIys6e pour voir ce qui s'y p&sssiit ». Arriv6 k TElys6e, cet officier dit k M. de M^neval, capitaiue de service : < Je viens de la part du gouverneur des Invalides prendre les ordres du president. » De retour aux Invalides, il rend compte de sa mission et le roi lui dit : < Yous m'avez compromis 9. c Telle avait 616 en effet ma pensle, » ajoute le capitaine d'6tat-major, baron A. Du Casse (2).
c Le roi J6rdme, 6crit ce mSme officier, me donna Tordre de me rendre k TElys^e et de t4cher de me procurer des nouvelles ex&ctes de la lutte... D'accord avec mes camarades (d*autres offlciers), il fut d6cid6 que de toute f&goa les nouvelles r&pporties ser&ienl excellentes pour le
(1) Du Casse. L. G , p. 65-66.
<2] Du Casse. L. C, p. 83-85.
— ns —
parti de la Prisidence.., Je revins aux Invalides et rendis comptedema mission, a/mplifiant encore les bonnes nouvelles que Ton m'avait donn^es. £{{65 eussent 6ti ditestables que y4tais dicidi k les modifier » (1).
En 1856, le capitaine Doineau, chef d'un bureau arabe, tit attaquer une diligence pour assassiner un agha afin de se d^barrasser d'un t6moia de ses exactions. L'instruction d^couvrit iine s6rie de confiscations arbitraires, d*amendes impos6es, de rangons levies k Taide de la terreur, d'ex6cu< tions sommaires sans jugement ni procedure, le tout ordonn^ par ce chef de bureau arabe. — L'histoire des exactions, etc., des bureaux arabes remplirait des volumes; la puissance de leurs chefs ^tait pour aisi dire sans limites. — Tous les assassins des Arabes, dont un agha, dirent an proems : « Le sultan avait ordonn6, il fallait marcher. » Un Ghaouch, Mamar, ajouta m^me : « Si j'avais refus6 de marcher, il m'aurait fait disparaitre comme un chien •. Le proems dura du 6 an 23 aoiit 1857 devant la Cour d'assises d*Oran. Des officiers de tous grades vinrent d^poser en faveur du capitaine Doineau. Le g^n^ral Gousin-Montauban, plus tard comte de Palikao, le g6n6ralde Beaufort d'Hautpoul d6clar6rent que radministration de Doineau avait 6t6 riguliire, qu*aucune exaction n' it ait possible dans les burearvc arabes et que les exicutions sommaires itaient dusage dans le cas d'ivasion. « Vers la fin, le
(1) Du Casse. L. C, p. 220-221.
c capitaine Doineau se retourna contre le g6D6- « ral MoDtauban ei lui demanda s*il n'avail « jamais ordoDD6 de confiscations de silos et s'il a n*7 avail pas eu par ses ordres des amendes
< non vers^es k la caisse des contributions ; le c g^n^ral r^pondit que cela 6lait possible, mais « qu'il ne se le rappelait pas. II tit connalti^e
< qu'apr^s les razzias, on vendait souvent de gr6
< k gr6 et presque pour rien les prises aux chefs « indig^.nes. Quant au g6n6ral de Beaufort, il sou- « tint qu*tl ne pouvaU pas y acoir eu (Vexaction&^
< et d^clara que les executions sommaires avaient c eu lieu par ses ordres. » D'autres officiers, tela que MM. Chanzy, Davoust et P6an, etc., qui devinrent g6n6rauz, firent des elTorts audacieux pour tromper la justice et sauver Tassassin Doi-neau. II fut condamn6 k mort, vit sa peine com-^ mu6e en detention perp6tuelle par Napoleon IIU quile gr&cia apr^s trois ou quatre ans de prison (1 ).
Le chef d'escadron Matveienko volait la ncurriture des soldats et Tenvoyait k sec nombre*]z parents. La solde des troupes n'^tait pas pay^e et I'argent envoys auz hommes par leurs parents 6tait gard6. Vainement les dragons seplaignirent; vainement un ofiicier, M. Sy tchevsky le confirma au g6n6ral. II fut mis aux arrets, tandis que Matveienko 6tait nomm6 colonel et que Fofficier
(i) Dietiojinaire de la conversation et de la lecture. T. Ill du supplement. Paris 1812. — Petit Colon d* Alger, 29 f^vrier 1892.
Kopatch, Tobjet principal des plaintes, 6tait propose pour une gratification. '(1)
Contre les brutalit^s et les vols commis dans le regiment de dragons de Bougre. le docteur Skariatine protesta, se plaignant au g^n^ral. Pour ce, il eut un mois (TarrSt. La punition faite, il adresse uii nouveau rapport au docteur de la division qui lui dit : « Pourquoi vous faites vous tant de bile, mon cher ! Nous voyons bien tout cela, mais nous nous taisons. Sommes-nous plus b^tes que vous ? « (2)
Dans le r^cit de faits relatifs k la presentation d*un ballon dirigeable au minist^re de la guerre, je note que le commandant du g6nie, Ch. Renard, fit un rapport sans avoir vu aucun module ou dessin, sans avoir entendu aucune explication. Le commandant Halphen rapporta dans les m^mes conditions. Ges rapports ^talent r^dig^s de telle sorte que leur lecture fait croire que ces officiers sup6rieurs ont vu un module ou dessin. (3)
Dans un process en adult^re intents par le capitaine C... au capitaine D..., il fut lu une lettre de M""* C... k son amant, le capitaine D... Elle 6crivait : « Je viendrai diner avec toi ce soir, ne t'inqui^te pas pour la note, je r6glerai. » Au dire de M"« C..., son mari la jErappait k coups de pieds dans le ventre. (4)
<1) Tikhomirov. L. C, p. 393.
(2) Tikhomirov. L. C, p. 394,
(3) A. Hamon et Bachot. Agonie d'une sociiti^ p. 299-304.
(4) A. Hamon. L. C, ann^e 1891, p. 428.
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Sur la requisition d'une dame, la police arr^te UD homme mis^rablement v^tu qui la poursuivait. Au poste, il fut recoQQU que cet individu 6tait le lieutenant-coloQel X..., attache au ministere de la guerre, service des reoseigQements ext^rieurs, autremeut dit mouchard. II poursuivait cette femme parce qu'il avait une mission k remplir. (1)
On connaitla controverse des gen^raux marquis de Galliffet et prince de BaufTremont, de laqueUe 11 r^sulte que : ou le premier s'est revStu indiiment des etoiles de general le 1*' septembre 1870 et n'a conserve son grade que gr4ce k un faux, ou le second est un audacieux menteur. (2)
Lors des incidents relatifs aux manoeuvres de 1891, il fut publie des lettres ecrites par le general de Galliffet en 1879-1880. Ges lettres montrent que ce general se livrait k la delation de son superieur, le ministre de la guerre, et de ses camarades; il enfreignait ainsi les reglements militaires, pousse par une ambition sans frein. (3)
En novembra 1892, le 2* conseil de guerre condamnait k un an de prison un brigadier du 27* dragons qui, logeant pendant les manoeuvres chez un marchand de vins, viola une fillette de 7 aus qui couchait dans la meme chambre. (4)
Dans TafTaire de Medeah, on vit les generaux de Lavigne, du Bessol, Laveuve, le lieutenant-
(1) A. Hamon. L. C, annee 1891, p. 470.
(2) A. Hamon. L. C, ann6c 1891, p. 14-15.
(3) A. Hamon. L. C, annce 1891, p. 657-661.
(4) Jntransigeant, 17 novcmbre 1892.
colonel de Vergennes, le commandant La Panouse, le capitaine Lapostolle, etc., en un mot toute Tautorit^ militaire couvrir le capitaine Bonis, se solidarisant ainsi avec un voleur et un p^d^raste, panissant deux officiers, MM. Rocas et Boyer, qui avaient signals les fails.
Dans Taftaire de la Melinite, on vit le g^n^ral Ladvocat, convaincude complicity avecun espion, convert par le ministre et non poursuivi ainsi que d'autres officiers, ses complices.
En 1892, le capitaine Devrez est, par jugement du tribunal d'Hano'i, condamn^ k une amende pour vol de papiers. perp6tr6 dans les bureaux de VIndipendance Tonkinoise. Ce capitaine, chevalier de la L6gion d'honneur, avait pay6 un ^nnamite pour accomplir ce vol, exicuU d'ailleurs ^ur les ordres du giniral Reste. (1)
D'une plainte contre le g6n6ral Reste, adress6e au Ministre de la guerre par le colonel en retraite <ie Pouvourville, il ressort que le g6n6ral Reste, dans le but de se venger du lieutenant de Pouvourville, a falsifi6 des fails, relenu des pieces sans les communiquer au conseil de guerre, a menti, etc. (2)
Les quelques fails qui pr^c^deDt ne sont en rien caract^ristiques de la profession ; on en constate d'analogues dans toutes les classes
(1) Mat-Gioi (Albert de Pouvourville). Un point d'histoire coloniale.
(2) Mat-Gioi. L. C.
sociales et dans tous les pays. Nous les relevons seulemient pour montrer que rimmoralit6 se rencontre aussi fr^quemment dans le milieu militaire que dans tout autre m^ieu. Nous les relevons pour d^molir cette erreur si r^pandue : Tarm^e est r^cole de Thonneur. On avouera en effet que les actes, en exemples cit^s, sont peu honorables et cependant il s'agit d'offlciers sup^rieurs ou g^n^raux.
L'adjudant g^n^ral Landrieux dirigeant une police secrete militaire, ay ant des agents provocateurs ; r^tat-major pi^montais mentant dans ses bulletins militaires ; Bonaparte suscitant les VSpres v6ronaises ; le conseil de guerre acquittant par ordre M. Bouquet ; le mar^chal Saint-Arnaud declarant, en juillet 1851, qu'il ne mettrait son £p6e au service d'aucun parti et, e)i d6cembre 1851 , faisant le coup d'Etat; le colonel Espioasse trompant son ami le g^n^ral Le Fid ; le capitaine Du Casse voulant compromettre le roi J^rdme dont il 6tait aide-de-camp, mentant d*accord avec les autres offlciers ; les g^n^raux Cousin Montau* ban, Beaufort d'Hautpoul, Ghanzy , Davoust, P^an «t autres officiers mentant dans leurs depositions en cours d'assises ; les commandants Renard et Halphen mentant dans leurs rapports ; le capitaine D... entretenu par M""* 0..., rou^e de coups
pSLT son mari, le capitaine C... ; le general de Galliffet d^criant ses collogues; le colonel X... se traosformaat en mouchard ; le conseil de guerre ne coadamnaol qix'k un an de prison un violateur ; les g^n^raux et officiers de tons grades se solidarisant aVec un voleur, M. Bonis; le capitaine Devrez faisant voler des papiers; le g^n^ral Reste ordonnant ce vol, falsifiant des fails ; le colonel Matveienko, Tofficier Kopatch volant leurs soldats ; le g^n^ral russe punissant des officiers qui d^noncent ces vols, etc., sont en r^alit6 des preuves irr^fragables que ces g^n^raux , ces colonels , ces commandants ont de rhonneur une id^e strange.
Tons ces fails, pris entre mille autres, ne d^c^lent point une morality afi[in6e chez les professionnels militaires. lis viennent, sous des^ formes nouvelles, confiimer la morality d6cel6e par tons les exemples pr^cMents. lis montrent k nouveau que le metier des armes n'est nuUement iDoralisateur et par suite n'est point T^cole de rhonneur, puisque de ses membres — et non de& nioindres — agissent si immoralement. En analysant les actes immoraux rappel6s ci-dessus, on constate comme cause g^nitrice: Texacerbatioo de la puissance, veritable c^sarite, jointe k une grande servility.