EXERCICE DU MÉTIER MILITAIRE
L'armée est créée pour la guerre et celle-ci est le but de tout professionnel militaire. Nul ne peut le mettre en doute, car, en tous les pays, tous les officiers la désirent. L'un d'eux, M. le capitaine de Funcke, attaché militaire à l'ambassade allemande en France, l'a avoué en ces termes: « Les officiers veulent la guerre parce que c^est leur métier. » (1) Cet état d'esprit qui existait chez le soudard prérévolutionnaire subsiste donc maintenant encore et, comme le reltre médioéval, le professionnel militaire dans l'exercice de son
(l)Hamon, L. G., année 4891, p. jkQ9.
« noble métier des armes » se livre au pillage, au viol, au meurtre, à Tincendie.
La fin du professionnel étant la guerre, c'est dans les faits de guerre que nous trouverons les phénomènes susceptibles de révéler Tessence professionnelle des individus exerçant le métier des armes. Toutes les horreurs possibles que commettaient autrefois les grandes compagnies, les armées des siècles passés, on les retrouve commises encore aujourd'hui par nos armées dites civilisées. Le vol, le viol, Tincendie, le meurtre après le combat fleurissent toujours. En voici des preuves :
Masséna, qui fut duc de Rivoli et prince d'Essling, avait retenu indûment 300.000 livres sur les sommes saisies chez l'ennemi. Son aide-^ de-camp avait mission de placer, en dépôt chez des personnes sûres, Targenterie et Targent qu'il prenait. Ainsi Tadjudant général Landrieux saisit, chez deux curés, deux caisses appartenant à Masséna. Elles contenaient des pièces d'argentérié pillées dans les églises et maisons particulières et 310.077 francs. (1)
Le maréchal Augereau, duc de Castiglione»
pair de France, avait rempli un fourgon d'objets qu'il détenait illégalement. Il vendit 60.000 francs,
(1) Landrieux. Mémoires, — Savine, éditeur, Paris 1893. — Cité par Trolard, L^ C, p. 6^65.
peur son compte personnel, 160 ehevanx pris aux Àtttriehiens. Une nuit il fit dévaliser le magasin jÊla plu» riche joaillier de Bologne et fit chai^^ le butin dans son fourgon. Absent de Vérone au moment du pillage, il réclama sa part de butin et la municipalité de Vérone décida de lui abandonner cinq bateaux chargés d'épices (600.000 liv.) Elle avait d^autant pris ce parti que le général Chabran avait voulu s'en emparer. (1)
Le Mont-de-Piété fut pillé à Vérone, les officiers faisaient main basse sur les objets les plus précieux. « Chacun regardait comme sa propriété personnelle ce qui s'y trouvait. Dans une maison, des officiers se firent remettre 60.000 livres sans en donner reçu. (2)
Dans cette même ville les voitures furent recensées et distribuées aux généraux et colonels. Le reste ftit vendu au profit des officiers inférieurs. (3)
Les généraux Balland, Kilmaine, Landrieux obtinrent de la municipalité véronaise, les deux premiers 200 000 livres, le dernier 1 50. 000 livres. (4)
Dans son commandement de Lombardie, le g^éral Despinoy montra peu de probité, beaucoup d'amour pour l'argent. (5)
(!) Landrieux, L. C. Cité par Trolard, L. C, p. 260, 387, 390.
(2) Corr. inéd. off. et conf. de Napoléon Bonaparte. III, JB4, 116. - Cité par Trolard I^. C, p. 382, 383. * (3) Landrieux L. C. Cité par Trolard, p. 387.
(4) Landrieux, I^. Q, Cité par Trolard, p. 390.
Ç) ^la^mû^t, Aftfmotres, I, 244. ^ Cjté par Trolard^ U C., p. 444, 445.
PendaDt cette campagne d'Italie, des officiers réguisitionDèrent à Plaisance, pour leur compte personnel, du linge, des chaussures, des chevaux. (1)
Au mois de mars 1797, le général Lanusse s'empara de 60.000 francs à la caisse du payeur établie à la Chiusa. Il s'agissait d'argent français et non de butin. (2)
Le vol était réglementé, admis par tous à tel point que le 18 février 1797 Bonaparte écrivait au Directoire : « La commission des artistes a » fait une bonne récolte à Ravenne, Rimini, » Pesaro, Ancône, Loretle et Perugia. Le tout va » vous être expédié. En ajoutant ce qui vous a » déjà été envoyé de Rome, nous aurons tout » ce qu'il y avait de plus beau en Italie, moins » quelques objets qui se trouvent à Naples et à » Turin. » (3)
A Vicence, le commandant de place se faisait payer 525 livres par décade pour le dineretle souper et en outre 400 livres par mois quand il n'avait droit qu'à 6 livres par jour. (4)
A Milan, le chef de brigade Dupuy écrit : t J'ai fait habiller mes hommes à neuf, mais non sans
(1) Trolard, L. C. p. 76.
(2) Correspondance Napoléon I«', III, 117. — Cité parTro" lard, p. 10, 11. De Rivoli d Marengo, Paris 1893.
(3) Trolard, p. 111. Z>e Rivoli d Marengo,
♦ (4) Corresp. Nap. I«', III, 377. — Cité par Trolard, p. 233- 234, De Rivoli d Marengo.
peine. J'ai volé pour cela tout ce que f ai pu, car ici tout le monde vole. » (1)
A Vicence, le Mont-de-Piété est séquestré par TAutorité française. Après l'apposition des scellés^ le commissaire des guerres Bouquet déroba des. objets précieux. (2)
A Vérone, ce commissaire et le général Ohabran enlevèrent 20.000 livres d'argenterie du Mont-de^ Piété et extorquèrent 25.000 ducats à la muni*cipalité. Dans un rapport au Directoire, sur 8commissaires ordonnateurs, Clarke en cite deux sansprobitéy un peu délicat; sur cinquante-quatre commissaires des guerres ou faisant fonction, vingt-et-un sont portés comme jouissant d'une probité nulle ou douteuse^ un est noté comme friporif un autre comme brocanteur. Les commissaires étaient officiers et avaient été aupa* ravànt parmi les combattants. M. Bouquet passa en conseil de guerre pour ses vols de bijoux et d'effets précieux dans les Mont-de Piété de Padoue et de Vicence. A ce sujet le général Kilmaine lui écrivait: « Parmi les hommes qui vous poursuivent il y en a à qui on aurait le droit de faire les reproches les mieux fondés de vol et de pillage. Si l'on vous met en jugement, il faudra bien y eu mettre beaucoup d'autres ou dire pourquoi, ii moins qu'il ne soit prouvé qu'il y ait à cette armée des voleurs privilégiés. » M. Bouquet fut
(0 Archives municipales de Toulouse. — Trolard, p. .394* De Rivoli d Marengo* (2) Trolard, p. 233. De Rivoli à Marengo.
OF THE
UNIVERSITY
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tsandamné le 3 juillet 1797 à cinq ans de fer et le général Kilmaine lui écrivait : « Vous avez bleu lait de plaider votre cause par le silence du mépris pour vos soi-dissint juges. Ce sont des haurresLUX qui vous ont sacrifié... Je verrai de nouveau le général en chef (Bonaparte), il ne peut être plus longtemps sourd i la voix de la Vérité. . . Il vous rendra justice, je vous en donne d'avance liasauranee positive. » Aussi, le 10 janvier 1798, le conseil de révision cassait l'arrêt, et le 13 août un deuxième conseil de guerre, présidé par U ^néral Fiorella, par ordre^ acquittait Bouquet, âous Tempire, Napoléon accorda à Bouquet uu^ pension de 2.400 francs sur sa cassette. (1)
Landrieux, dans ses Mémoires, écrit : « Kurat •etVignolles étaient descendus d'une très belle <¥QituTe anglaise que Murât me dit avoir confis^ quée sur le consul anglais à Livourne d'où ils venaient. Il me pria de la lui garder quelques |o«ir8 pour lui donner le temps de la vendre. Hue voulait pas la mener i Milan, crainte que Bone^ parte ne se Tappropriât. Vignolles ma dit qu'ils avaient eu tous à TEtat-majorâO.OOO francs chacun «aviron, provenant des dettes des négociants livQumais envers les Anglais que Collot, qui avait 4tè chargé de ces recherches, les avait forcés à
(1) Léonce Grasilier. Jean Landrieuaf, adjudant général, chargé du bureau secret, 1756-1824, p. 254-261. Paris, in-8, .IS93. Savine, éditeur. ^ M. Grasilier cite comme sources les Archives Nationales et de la Guerre, il iodiquc avec aoiatei dossiers ou les liasses.
payer et que, ensuite, il en avait fait le partage. » (1).
Dans les notes fournies par Bonaparte à Clarke, notes qui figurent en une Lettre au Directoire^ que Ton trouve aux Archives Nationales A. P.
HI, 72, doss. 291, on lit: « Masséna aime beaucoup Targent ; Augereau aime beaucoup Targent; Murât et Chabran aussi. Lannes aime beaucoup l'argent et s'en est procuré par des moyens que la probité ne. peut approuver. » (2) Il s'agit de généraux.
Certains officiers traînaient derrière eux des voitures pour y charger le butin provenant du piUage. Les généraux divisionnaires, sauf Serrurier et Baraguey d'Hilliers, fermaient les yeux. (3)
Obligé de quitter Pavie, le général autrichien Melcam ne voulut pas s'en aller les mains vides- Sous menace d'incendier- la. ville, il extorqua 40,000 francs aux pavésiens, des amis des autrichiens ; en se retirant il fit, pour s'amuser, sauter une des arches du pont. (4) ' En 1797, le général Chabran, traversant Brescia, se fit remettre pour lui, par la municipalité, 40,000 livres qu'il fit charger sur une voiture conduite par le père de la femme avec laquelle il vivait. (5)
(i) Léonce Grasilier. — L. C, p. 198.
(2) Léonce Grasilier. — L. C., p. 262.
(3) Trolard, L. C, p. 123-124.
(4) Manuscrit de Fenini à la bibliothèque de rUniversité de Pavie. - Cité par Trolard, L. C, p. 136.
(5) Landrieux, L. C. — Cité par Trolard, L. C, p. 190.
• Le général Chevalier, chargé de désarmer le village de Gastelnuovo, garda pour lui non seulement la caisse autrichienne, mais encore Targent pris au comte Morando. (1)
Le général Berthier, depuis maréchal et prince de Wagram, sut tirer de nombreux avantages de la campagne d'Italie. Landrieux en a dressé Tétat que voici :
Partagé avec Masséna la contribution par Livourne. montant à 300,000 fr., ci 150.000
Partagé avec Masséna la levée des deniers faite au compte de ce dernier par le Bolonais et le Ferrarais, montant à 293,000 livres, moitié ci 146.000
Partagé avec Masséna les deniers levés dans le Piémont et le Milanais, 34,000 sequins à 12 francs pièce, moitié ci 204 . OOO
Versé à Milan pour gratification, commandée par Bonaparte à Tadmi-
Distrateur de la Lombardie. 1 .500.000
Total, non compris bijoux, ■
chevaux, voitures, etc. . . 2.000.000
Sur quoi remboursé à Masséna sa part de fourgon enlevé à Borgoforte par Tennemi, ledit fourgon contenant les 34,000 sequins ci-dessus 204.000
Reste {2) 1.796.000
A Boufifarick, il existe une horloge donnée par
(i) Landrieux, L. C. — Cité par Trolard, p. 222-023. (2) Léonce Grasilier. L. G., p. 319.
kmaréchalPellissier après la prise de Sébastopol, où il Tavait volée dans une église. (1)
La grande croix qui surmonte l'église Saint- Martin, à Brest, provient d'une église de Sébastopol d'où on Ta enlevée.
H. Paul Branda conte qu'un officier, aide-decamp du général X... lui a dit : « Après le pillage du Palais d'Eté (guerre de Chine), nous avions * hâte d'y mettre le feu ; chacun de nous y voyait un accusateur. Là, il y avait une bibliothèque aussi précieuse que celle d'Alexandrie: on l'a mise en cendre. »(2)
« Vous ne sauriez croire à quel point fut poussée
la furie du pillage, au Palais Un officier
cueillant des perles sur un arbre d'or, frappé injurieusement par un pillard jaloux, ne s'est seulement pas détourné. » (3)
c Un important personnage de l'expédition de Chine disait à Shanghaï, dans un grand dîner semi-officiel : J'ai acheté d'un soldat pour une Tingtaioe de piastres deux grands vases et douze coupes de métal. La beauté du travail m'avait séduit. Jugez de mon étonnement quand un orfèvre chinois m'apprit que ce métal était de l'or. — Eh bien, dit un des auditeurs, et le sqI-
(1) Hamon. L. G., année 1891, p. 540.
(2) Paul Branda. Mers de Chine, p. 63. — Paris 1872. Pichon, éditeur. — M. Paul Branda est le pseudonyme du contre-amiral Paul RéveUlère; il était à l'expédition de Chine.
(3) Paul Branda. L. C, p. 64.
dat ? — Je Tai cherché en vain, répondit en balbutinutle personnage. » (1)
c Un de nos passagers me disait avec beaucoup de naturel : « Faute de deux piastres sur moi, j'ai manqué ma fortune. Un soldat m'offrait à ce prix une perle en forme d'olive, de la plus belle eau et dont le grand diamètre avait plus de deux pouces. B..., survenant a donné les deux piastres. » (2)
Le colonel Dupin (M. Branda ne le nomme pas), rapporta de Chine un bagage jaugeant 80 mètres cubes ! Les affaires avaient été bonnes à Pékin. Il rapportait des objets rares et, à son retour en France, il monta une boutique de chinoiseries. (3) Il fut mis en non-activité à cause de ce scandale public. On a dit aussi qu'il avait pris par force, aux soldats, quantité de ces objets.
Quant aux vols, meurtres, etc., commis par l'armée allemande en 1870 sur le sol français, je ne puis mieux le prouver que par des extraits d'un récit du lieutenant bavarois Emmar.
Cet of&cier, pendant le cours de la campagne, prenait des notes, au jour le jour, sur un carnet qui fut trouvé sur son cadavre. Un littérateur, M. Henry Gauthier- Villars, en a publié de longs
(1) Paul Branda. L. C, p. 64.
(2) Paul Branda. L. C, p. 65.
(3) Paul Branda. L. C, p. 66.
passages dans la jRet^ue Bleue en 1892. Il a, mal*heureusement pour Thomme de science, supprimé les réflexions de cet officier (1) sur les femmes, afin de ménager la pudeur des lectrices. Malgré cette suppression, cette publication est fort suggestive ; on pourra en juger par ces quelques extraits :
« 7 août. — Ce matin, les hommes pillent : on enlève des poulets, des oies, un porc ; un tonneau de vin est mis en perce ; la cuisine se fait avec du bois pris à Thabitant. Bombance. »
« 8 août. — A Zinsweiler, i;illage et ripaille. Nous partons à huit heures, sans laisser trop de regrets, je suppose. »
« 17 août. — Nous entrons à Dombasle, où tout le monde se grise formidablement. Le lieutenant JPranck est plein de vin ; j'ai bien du mal à le rar mener dans sa chambre, qu'il agrémente de souvenirs odorants dont s'étonnera son hôte, demain. »
« 23 août. — A Méligny-le-Petit: Village pauvre, puces dévorantes, mauvaises gens, qui ont reçu notre fourrier la fourche à la main. Pour leur apprendre à vivre, on déterre le lard et le vin, toutes les provisions qu'ils avaient enfouies. On ne leur laisse rien. Et Ton bâtonne un payaan
(1) Il est à noter que cet officier n'aime pas la guerre, car sur son carnet, à la date du 15 août, on lit : « C'est la fin de la guerre I Dieu soit loué I »
sous prétexte qu*un coup de fusil a été tiré sur le capitaine, ce qui est une bonne blague... a
« 4 octobre. — Le lieutenant Feuerlein a trouvé deux beaux chevaux. Il veut faire croire que c'est un cadeau qu'il a reçu et se propose, s'il peut en tirer cinq ou six cents francs, de garder cet argent pour lui et avec cela il fait le désintéressé, incapable de prendre jamais la moindre chose; cependant, d'après l'affirmation du lieutenant Wœrlé, son ordonnance a encore mis, en lieu sûr, à Glaire, de la vaisselle d'argent ! »
€ 12 octobre. — Bien dormi chez le curé, malgré l'infernal tapage des hommes qui hurlent dans les rues. J'ai passé la matinée à faire des recherches dans les maisons et j'ai trouvé d'assez jolies choses, entre autres une pipe superbe et un bon fusil chassepot que j'ai soigneusement empaquetés. Hier, mon ordonnance m'a apporté deux couvertures de laine. Je viens de réquisitionner pour mon propre compte. J'ai emporté huit bouteilles de bon cognac, du vin, du chocolat, du sucre et du café. Avec cela on peut marcher. On a fait sauter deux maisons, une entre autre où se trouvaient deux jeunes filles. »
c Nous nous sommes conduits, dit il, comme des chenapans. Mais, à notre place, les Français auraient peut-être fait pis encore. »
Un officier de l'expédition du Tonkin écrit : « J'ai fait main basse sur les pipes, les tasses (les annamites étaient justement en train de prendre le thé) et sur tout ce qui était à ma convenance... J'ai aussi mis la main sur un joli fusil
ti sur une lance, à propos de laquelle j'ai été bien près d*avoir une histoire de partage, si je n'avais prévenu d'une balle le propriétaire deroutil(l). » Dans les gazettes des 13 et 20 janvier 1892 était insérée une note officielle prévenant que le Ministère de la Marine allait procéder à une distribution des parts de butin afférentes à chaque militaire qui, du 25 avril 1882 au 17 octobre 1884, avait assisté à divers combats au Tonkin. La quotité qui revenait à chaque soldat variait de Ofr. 14 à 168 fr. 48. Les lieutenants et sous-lieutenants avaient droit à trois parts, les capitaines à quatre, les officiers supérieurs à cinq, le commandant de la colonne à six.
Après le vol et le pillage relatés en ces quelques faits pris entre mille, citons quelques exemples de sauvagerie (2) :
Le 24 mai, 1796, le bataillon sous les ordres de Lannes entre au pas de charge dans Binasco... Les maisons sont envahies. Dans la première, en entrant, trois ouvriers étaient en train de pren-
(1) Hamon. L. C, année 1890, p. 208. T. II.
(2) SI on voulait relater tous ceux complaisamment énumérès dans les mémoires descriptifs de guerre et de conquêtes dans tous les temps et par tous les peuples, il faudrait des volumes. Cette sauvagerie a été intensivement représentée par M. A. Binet dans un tableau que nous avons vu au Salon du Champ de Mars en 1893. La Mêlée, tel est le titre de cette page militaire montrant des marins français 4^argeant des soldats prussiens. On dirait des sauvage vociférant, hurlant ; c'est horrible.
dre leur repas ; ils sont percés de vingt coups de baïonnette... C'est la chasse à Thomme dans tout ce qu'elle a de plus poignant... Lannes ordonne de mettre le feu dans toutes les rues sans exception (1).
La jeune femme d'un officier ennemi était échue en partage à Masséna. Il s'était au8sit6t enfermé avec elle dans une maison de Dégo où cette part de butin lui avait fait négliger lesprér cautions nécessaires (2).
A Dégo, les Autrichiens se ruèrent sur de»
hommes endormis et rendus hébétés par leur profonde ivresse (3).
Dans une lettre de la municipalité d'Oneille aa gouvernement de la République, on lit : t Le respect des personnes a été violé envers une fille de 14 ans , cette fille, malheureuse, travaillée par la fièvre depuis un mois, couchée dans son lit, est surprise par un officier et quatre individus... Les uns après les autres abusent de sa faiblesse, attentent à son honneur... On a pillé les maisons, pris tout ce qui pouvait être em^ porté (4). »
« Les violences, le rapts, les vols commis par les Autrichiens furent considérables, lit-on dans
(1) Trolard. L. C, p. 168,
(2) Lieutenant-général comte de Ségur, Mémoires. Cité par Trolard.
(3) Le père Pluma, aumônier autrichien. Récit historique de la campagne de Bonaparte en Italie par un témoin oculaire. Cité par Trolard.
(4) Trolard L. C , p. 60, d'après les Archives Nationales.
un manuscrit du curé Alberghini, témoin des événements de 1796-1797. Au lieu de poursuivra les français, ils pillaient les maisons : deux personnes inoflfensives furent tuées par eux... Les Français recommencent leurs exploits dans notre contrée et, bien que les Autrichiens nous aient à peu près ruinés, le 29 juillet le pillage et la dévastation reprennent de plus belle (1) »
« La conquête de la Kabylie, dit au Sénat M. Tirman, gouverneur général de l'Algérie, avait ruiné le pays; il avait fallu brûler la plupart des villages, couper les arbres. Ceux que nous avions soumis étaient des gens condamnés à être malheureux et à Têtre pendant longtemps (2). »
Je pourrais citer l'incendie de Bazeilles et combien d'autres actions sauvages, cruelles, commises par Tarmée allemande ; dans les citations précédentes (carnet du lieutenant Emmar), Tune d'elles est notée et a été soulignée par nous.
Je ne rappellerai que pour mémoire la répres* sion cruellement sanguinaire de la Commune par Farmée de Versailles. Beaucoup l'ignorent ou la nient : mais le temps fait son œuvre et bientôt, de cette époque agitée, on pourra dresser l'histoire impartiale. Déjà, on peut en avoir une exacte conception en lisant le Journal d'un vaincUy publié par M. Pierre de Lauo, V Histoire d'un Trente sous de M. Sutter-Laumann,
(l) Trolard, p. 30, 31. De Rivoli à Marengo.
(2)Hainon L. C, année 1891, p. 84.
Sous le drapeau rouge, de M. L. Barron, etc.
Je me bornerai à citer une phrase de M. Saint- Oenest, un écrivain conservateur fort admirateur de l'armée : c M. de GallifTet a fait cela comme les fusillades de la Commune, quand il changeait capricteusemenf les numéros (1). »
Dans la guerre du Mexique, le colonel Dupin, chef d'une contre guérilla, a acquis une célébrité grande à cet égard.
Témoin cette anecdote : « Â la tête de sa bande, il se présenteun jour sur une hacienda. On reçoit en grande cérémonie cet hôte redoutable. Le maître lui sert un splendide banquet. Le colonel se montre charmant, car il est homme aimable et de manières exquises : « Vraiment, mon cher hôte, dit-il au dessert, vous nous servez un excellent diner avec la grâce d'un parfait cavalier.
— Trop heureux de vous être agréable, colonel. J'espère bien vous revoir à ma table. — Je ne crois pas — Pourquoi donc, Seigneur colonel?
— Oh ! mon Dieu, Seigneur cavalier, parce que... vous allez être pendu... — Vous plaisantez, Seigneur colonel ? — Non, parbleu, je ne plaisante pas !... mettez-vous à la fenêtre, vous verrez votre potence... Tenez, ajouta-t-il en lui tendant une lettre, c'est bien de vous cela... Vous êtes un galant homme, mais vous n'en serez pas moins pendu. » On conduit le malheureux au supplice ; le colonel dit en se curant les dents : « Si je
(1} Hamon. L. G., année 1891, p. 423.
Tavais fait pendre d'abord, nous eussions mal dîné. » (1)
Pendant la conquête de la Basse-Cochinchine, en 1861, le commandant Z... mitraille tout ce qu'il rencontre, de peur délaisser échapper un pirate. Le commandant X... orne tous les jours ses vergues de quelque annamite. (2)
Après la prise de Bien-Hoa, le capitaine Y... fait une centaine de prisonniers, il annonce son succès... Pendant la nuit une partie de son troupeau s'évade ; pour maintenir le chiffre de SSL capture, il complète avec des laboureurs ramassés en pays soumis. (3)
Un de nos maires conduisait, à bord du commandant X..., des pirates; X..., occupé en ce moment d'affaires pressantes, répondit laconiquement : qu'on les pende ! Les prisonniers tendirent le cou au nœu fatal avec l'habituelle impassibilité asiatique. L'un d'eux, cependant, luttait avec énergie : il fût pendu comme ses compagnons. Le commandant X..., libre de ses occupations, voulut féliciter le maire de sa capture. On le chercha en vain. C'était le récalcitrant. (4)
En 1862, les français brûlent les villages qui ne se soumettent pas ou plutôt brûlent tout, de crainte d'erreur. Le pillage, le meurtre, l'in-
(1) Paul Branda. L. C, p. 66, 67.
(3) Paul Branda. L. G., p. 84.
(3) Paul Branda. L. C, p. 84.
(4) Paul Branda. L. C, p. 85.
cendie couvrent la contrée de larmes et de sang. (1)
Le commandant X... disait : « Pendez ! pendez toujours !... Que ce soient des innocents ou des coupables, nous atteindrons toujours le but, la terreur. » (2)
Un officier de marine K..., commandant une canonnière et chef de district, disait à son collègue Réveillère : « Quand je crains un mouvement dans un village, je fais saisir quelques notables et, si le village bouge, je les pends... Hier Tun d'eux m'a cassé deux cordes ; je lui en fis étrenner une neuve ; il tournait, tournait en la détordant... ; c'était fort drôle.,, et la corde neuve s'est cassée .. Il n'était point mort, j'ai fini par le faire assommer. A propos, dit-il à son lieutenant, je pars cette nuit en expédition ; n'oubliez pas demain matin d'envoyer pendre un homme dans chaque village désigné. » (3)
Lors de l'expédition Francis Garnier, après la prise d'Hanoï, les Français firent emmagasiner des vivres et des munitions dans la citadelle. À ce sujet un inspecteur-adjoint de la marine écrit; « Rien n'était plus curieux que de voir manœuvrer ces pauvi'es diables (hommes et femmes annamites). Le sous-officier chargé de les surveiller et de les conduire ne savait pas un mot d'annamite ; mais pour lui le geste suppléait à la
(l)Paul Branda L. G, p. 102.
(2) Paul Branda. L. C. p. 117.
(3) Paul Rranda. L. C, p. 435.
parole ; sans cesse armé d'un énorme gourdin, dont, il faut le dire à sa louange, on ne le vit jamais user inutilement^ il faisait marcher sa petite troupe avec une précision toute prussienne. » (1)
Au Tonkin, le général de Négrier donna ordre de couper les 640 têtes des cadavres chinois de Kep et d'en faire une pyramide ; on n'a jamais su pourquoi. (2)
Au Soudan, le colonel Archinard fait fusiller les prisonniers après la prise de Nioro. Une prime était accordée aux indigènes pour chaque tète de soldat de Tarmée ennemie qu'ils apporteraient. (3)
En mai 1891, dans la Basse-Casamauce, le lieutenant colonel Lefèvre est envoyé pour brûler le village de Seliki, afin de venger un meurtre commis en 1886. L'administrateur français de la région proteste, attendu que le meurtre a été vengé plusieurs fois, c'est à-dire que le village a été plusieurs fois brûlé ; attendu qu'il n'a qu'à se louer des habitants. « S'il n'y a rien à faire ici, ce n'était pas la peine de nous déranger » dit le colonel Lefèvre ; le lendemain, il incendiait le village au moment où les Sélikiens arboraient le drapeau tricolore pour fêter les soldats français.
(1) Maurice Dubard. Une expédition au Tonkin, p. 81-82. T- Parts, 1882. Dentu, éditeur.
(2) Harmant. La eérité sur la retraite de Langaon^y p. 94< Paris 1892. Savine, éditeur. — Ce nom est le pseudonyme d'un capitaine.
(3) Hamon, L. G., année 1891, p. 218.
Volailles et bestiaux furent vendus au profit des militaires. (1)
En 1890,1e capitaine Malimadou-RaGine,attaché à l'état-major général, s'est approprié pour sa seule part une centaine d'esclaves... Lorsque le commandant d'un poste est talonné par Targeot, il fait une rafle générale des bestiaux et des céréales sans s'inquiéter des suites. (2)
A Massaouah, huit cents abyssins furent assassinés à diverses reprises, d'après Tordre du commandement militaire, par le lieutenant Livraghi. Le général Baldissera l'avoua devant le tribunal qui acquitta le lieutenant. Le général Orero prétendit que ce n'était là que l'appUcation de la loi militaire en temps de guerre. (3}
Dans le Congo belge, M. Vankerchoven, commandant l'expédition, fit, en décembre 1891, fusiller des arabes prisonniers, 1800 suivant une dépêche, une dizaine, d'après le rapport officiel. L'ivoire fut razzié au bénéfice de l'Etat du Congo. Les arabes, selon la dépêche, étaient pacifiques ; selon le rapport officiel du lieutenant belge Ponthier, ils razziaient les noirs. (4)
« A la bataille de Dogba (expédition du Dahomey), écrit M. Emile Saingery,maréchal de logis d'artillerie de marine, on achève cetÂX qui don^ tient encore signe de vie. » (5)
(1) Hamon, L. G., année 1891, p. 683.
(2) Capitaine Peroz. — Au Soudan français, Paris 1889? Calmann-Lévy, éditeur.
(3) Journaux de mars et novembre 1891.
(4) Matin 21 et 22 mai 1892.
(5) Autorité, 9 novembre 1892.
« ...Le colonel Doddsa donné Vordre defusiller impitoyablement les blessés et prisonniers qui tomberont entre nos mains. Cet ordre est rigoureusement exécuté. Parmi les prisonniers de la bataille de Dogba se trouvaient deux amazones qui. après interrogatoire, ont subi le sort commun. » (1)
« A Tafifaire de Tohoué, huit amazones furent Capturées et fusillées ensuite. » (2)
t Nos cavaliers capturèrent trois Allemands et un Belge, officiers dans l'armée de Béhanzin ; auprès un court interrogatoire, le colonel Dodds le8fitfusiller.y»(3)
Du récit d'un soldat, publié par M.Chincholle, extrayons ce passage : « A Zonou,nous avons fait prisonnier un Dahoméen qui était en observation. Le colonel Ta interrogé, mais le pauvre diable n*a voulu donner aucun renseignement, aucune indication d'aucune sorte. Pour ne pas nous en embarrasser, nous V avons passé par les armes... On se serrait le ventre et on supportait la soif. Cela était dur par exemple, mais qu'importe!
Quand on est devant l'ennemi ce n'est pas pour s'amuser. On se distrayait en abattant des Dahoméens... » (4)
« Des victoires coûteuses, des officiers tués en nombre. Mais que cette guerre est curieuse et intéressante !... Ce matin même le colonelDodds
(1) XIX* Siècle, 10 novembre 1892.
{2) XIX* Siècle, 11 novembre 1892.
(3) Figaro, novembre 1892.
(4) Figaro, novembre 1892.
m'a félicité et invite à Vabsinthe,.. Il est rouge, mon sabre, car ;'ai tué beaucoup. Baisers, mes chéris, » écrit le capitaine Crémieux-Foa, du camp de Poguessa, le 5 octobre. (1)
Ces quelques faits symptomatiques montrent que Tespritde rapine et de sauvagerie,8i répandu parmi les soudards d'autrefois, subsiste vivace dans les armées d'aujourd'hui. Les meurtres, les vols, les viols, les incendies d'antan se reproduisent maintenant, attestant ainsi la routine de l'esprit humain en dépit des indéniables progrès qu'il a faits. Cette reproduction de phéoomènes semblables en des temps différent8,encore que la sensibilité se soit accrue et aussi la moralité, prouve l'influence exercée par le milieu collectif sur la mentalité humaine.
La guerre aguerrit les individus qui y prennent part, dit-on couramment ; et, de cet aguerrissemeut, fruit de l'œuvre sanglante, naissent nécessairement les actes sanguinaires, dont nous venons de citer des exemples-types. Suivant la définition du crime, par nous donnée, la guerre tsi un crime ; le philosophe doit réprouver ce crime,mais il doit aussi constater que quelquefois elle s'impose, que l'homme, pour se défendre
(i) Journaly 19 novembre 1892.
contre les agissements criminels d'autres hommes, est obligé d'agir criminellement. C'est celte utilité de la guerre défensive qui nous a empêché d'aller chercher nos exemples dans les faits de batailles ; nous sommes allés les quérir dans les phénomènes suivant les combats.
Les actes, dont nous avons rapporté quelques spécimens, sont inutiles, souvent nuisibles nonseulement à rindividu-acteur, mais encore à la collectivité dont il fait partie. En rien ils ne peuvent accroître la gloire de leur auteur ou de la nation dont il est membre ; cependant ils ont toujours accompagné la guerre, ils en font partie intégrante, ils sont l'essence même du « beau métier des armes, »
Quelles sont les causes de ces crimes? Très rarement dans leur perpétration intervient la haine, ce sentiment si humain, élevé quoique barbare. Ni les Annamites, ni les Chinois, ni les Italiens, ni les Abyssins, ni les Français, ni les Soudaniens, ni les Allemands, ni les Autrichiens, etc., n'étaient haïs de ceux qui les combattaient, de ceux qui, sur eux, commettaient les crimes rappelés par Jies faits précédents. Le sentiment Haine se retrouve seulement dans les guerres civiles, dans les actes accomplis par motif politique ou social ; là, toujours, tant de la part des
vainqueurs que de celle des vaincus, on voit l^ criminalité revêtir une forme absolument sauvage, bestiale.
Les causes de ces crimes sont humbles, car elles tirent leur origine des temps millénaires où nos ancêtres, réunis en tribus qui étaient en lutte permanente, considéraient comme louable, glorieux, tout vol, rapt, meurtre perpétré sur l'étranger, c'est-à-dire sur l'ennemi. Encore aujourd'hui, n'est-il pas glorieux pour le professionnel militaire d'avoir des décorations, preuves d'actions d'éclat à la guerre, c'est à-dire preuves qu'il a tué beaucoup d'ennemis, incendié des villages, pillé des maisons, violé des filles ou des hommes ? De même il est glorieux chez les Peaux Rouges d'avoir beaucoup de scalp» ou de queues de loups, indices de bravoure dans le combat puisque preuves de moult meurtres, pil* lages, etc. C'est en cette survivance ancestrale qu'il faut voir la cause primordiale de ces actes criminels.
Mais interviennent d'autres causes secondaires. Le milieu sanglant, résultant de tout combat, grise, atrophiant momentanément, quelquefois pour toujours, la sensibilité inhérente à la mentalité animale et développée dans l'encéphale humain par les successives civilisations. Cette
griserie du sang, cette anestbésie morale iûcitei)t rhomme aux actions les plus infâmes sans qu'il en perçoive l'infamie. Le combattant vient de risquer sa vie ou va la risquer ; il y a en lui comme une sorte de détente de toute la cérébralité; subsiste seulement en le cerveau Tidée de jouir, et, comme il dispose de la force, il s'en sert pour la satisfaction de ses désirs, pour l'accomplissement de ses jouissances, sans avoir la moindre notion qu'il lèse plus ou moins autrui.
Ces crimes, commis après la lutte, sont toujours perpétrés par une collectivité, jamais par une individualité ; il y a pour ainsi dire émulation. Le facteur imitalivité intervient et par imitation on est poussé à agir criminellement. Une autre cause secondaire de ces actes criminels est la disvulnérabilité spéciale aux militaires professionnels. Le stoïcisme des blessés français après Waterloo a été signalé. Si on lit les mémoires des XVIP et XVIIP siècles, on en trouvera des preuves assez fréquentes dans les récits de bataille, de duel, dans les guérisons rapides de blessures graves, qui auraient été mortelles pour des organismes différents. Je citerai le cas du général de GalliflFet.
Au Mexique « horriblement blessé dans le
combat, on raconta que, laissé pour mort, il avait pu cependant, en revenant à lui, se traîner, le ventre ouvert, jusqu'à une ambulance où il était entré portant ses entrailles dans son képi. L'empereur demandait à sa femme : c Vous avez dû être horriblement inquiète en apprenant la gravité d'une telle blessure, dont tous les journaux parlaient ? — Oh ! non. Sire, répondit madame de Galliffet avec son angélique sourire, il a tant de chance. » (Ij
Aux yeux du vulgaire, cette disvulnérabilité passe pour courage ; elle est Tobjet d'éloges sans fin. En fait cette analgésie ph78ique,re8te de notre ancestralitéanimale,est l'indice d'une cérébration inférieure. En effet, cette analgésie, constatable aussi chez les grands criminels légaux,c'est-à-dire chez les criminels tératologiques, influe sur la sensibilité morale des professionnels militaires; elle détruit peu ou prou cette sensibilité et permet la perpétration de ces actes qui lèsent violemment, brutalement, la liberté individuelle.
Enfin, intervient l'accoutumance qui fait considérer comme naturels,moraux, des actes primitivement regardés comme antinaturels, immo-
(1) M°^« Garette (née Bouvet). Souoenira intimes de la Cour des Tuileries, p. 234, 235. — Paris, 1889. OUendorf, éditeur.
raux. Toutes ces causes internes ou externes : survivance atavique, analgésie physique, ânesthésie morale, désir de jouir, imitation, accoutumance, expliquent la genèse de ces actes criminels commis par des individus prédisposés à subir vivement rinfluence de ces causes, puisqu'ils avaient la vocation pour une profession qui comporte de tels crimes.
De cette analyse psychologique du militaire professionnel, dans Texercice de son métier, c'est-à-dire dans la guerre, se déduit logiquement Tirresponsabilité des auteurs de ces actes antiindividuels. On doit réprouver ces actes, mais on ne peut raisonnablement en rendre leurs auteurs responsables. S'ils les ont commis, c'est qu'ils y étaient poussés, à un degré plus ou moins grand, par la nature de leur cérébralité soumise à l'influence de limitation, de l'assuétude.