CHAPITRE XII
LES DIVERSES MENTALITÉS LOGIQUES
I Dans nos études précédentes sur le raisonnement constructif, nous avons vu que l'évolution de ce dernier se présente sous les deux aspects divers, dépendants l'un de l'autre, du passage de sa phase concrète à une phase toujours plus abstraite, et du passage du raisonnement élémentaire, conçu d'emblée par un seul acte d'intuition, à la longue et compliquée déduction logique proprement dite. Le premier passage est dû, comme nous l'avons vu, à la découverte de concepts d'ordre toujours plus général, c'est-à-dire à la reconnaissance de classes ou groupes toujours plus étendus de phénomènes ou objets, équivalents par rapport à telle ou telle fin ou par rapport au résultat que l'on a en vue au moyen des expériences simplement pensées, constituant le
f raisonnement. Cette formation de nouveaux concepts ou cette extension de concepts anciens augmente, comme nous l'avons vu, le nombre des opérations ou expériences dont on connaît précédemment les résultats et qui peuvent en conséquence être simplement pensées ; en même temps, grâce à la réduction de tous les phénomènes ou objets, compris en un concept donné, au seul ou aux seuls attributs qui les rendent précisément équivalents sous tel ou tel
aspect, les opérations ou expériences à exécuter sur le phénomène ou objet schématisé, qui vient ainsi représenter le concept respectif, sont rendues d'autant plus simples. Le raisonneur profite alors de ce nombre toujours plus considérable d'opérations ou d'expériences, dont il vient à connaître précédemment le résultat respectif, ainsi que de cette simplicité plus grande, qu'ont ainsi ces opérations ou expériences à exécuter mentalement, pour en imaginer et en enchaîner entre elles un nombre toujours plus considérable, et pour compliquer et prolonger toujours davantage ce procédé combinatone ; ce qui constitue précisément l'application, toujours dans une plus large mesure, de la méthode déductive.