Ibid
quiètent et disent : Ça va tourner mal ! Et au plaisir trop vif succèdent en effet la morosité, l'ennui, l'humeur mauvaise. C'est sans doute pour cette raison encore que les rieurs sont redoutés : « Diseurs de bons mots, mauvais caractères » . La plaisanterie dégénère vite : par cela seul qu'elle se prolonge, elle devient taquine, méchante. Surgit amari aliguid!
Enfin, dans des cas morbides, le rire se substitue aux larmes. « Chez une dame atteinte d'hémiplégie à la suite d'une maladie cérébrale, mais qui avait gardé intactes ses facultés psychiques, un phénomène singulier se produisit pendant la maladie; elle se mettait toujours à rire avec force quand on lui annonçait une nouvelle triste ou ennuyeuse, bien qu'elle ne fût pas ordinairement rieuse '. » Ce cas d'inversion affective, à la réflexion, n'a rien de si étrange : il fait pendant aux pleurs de joie.
La théorie de Spencer a l'avantage de fournir une explication simple des rires qui sembleraient devoir être les plus çmbarrassants, de ceux qui se produisent en apparence sans causes, ou à rencontre même des causes ordinairement admises, dans des conditions anormales ou paradoxales. Elle ne s'applique pas moins heureusement à une forme de rire ordinaire et commune, celle qu'on appelle proprement le rire-détente . Une émotion de nature quelconque, pourvu qu'elle soit forte et prolongée, constitue un état de « contrainte » ou de tension nerveuse. La cessation brusque de cet état produit le rire. Suivant