‹ Psychologie du rireChapitre 16 sur 49 · Ouvrage cité, p · texte numérisé non relu

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causé par « la vue de certaines discordances ». Ainsi il éclate « lorsqu'au milieu du court silence qui sépare Fandante de Tallegro dans une symphonie de Beethoven détonne un bruyant éternuement ». Or il faut noter qu'avant que le rire éclate, l'attention de l'auditeur est fortement excitée, ou, « en termes physiologiques, qu'une bonne partie du système nerveux est dans un état de tension. Voilà que cette somme considérable de force nerveuse est soudain arrêtée en son cours. Les canaux par où la décharge était sur le point de passer sont fermés. Un nouveau canal est ouvert, mais il est petit. » Autrement dit, la sensation survenante « n'emploie pas toute l'énergie à dépenser. L'excédent doit donc se décharger dans quelque autre direction; il s'écoule par les nerfs moteurs dans les différentes classes de muscles, et produit ces différents mouvements convulsifs que nous appelons

rire *. »

La loi posée par Spencer n'explique pas seulement pourquoi la discordance ou le contraste fait rire, mais pourquoi tel contraste fait rire, non tel autre. Pour que le contraste entre deux émotions données soit risible, il faut en effet que la première soit intense, la seconde, médiocre ou faible, que la première ayant mis en liberté une grande quantité de force nerveuse, la seconde ne puisse utiliser toute cette force et doive l'écouler en partie, que le « contraste » en un mot soit « descendant », c'est-à-dire que « la conscience, après avoir été occupée à de grands objets, soit

i. Spencer, ouvi'age cité.

réduite à de petits ». La « discordance ascendante » au contraire serait tragique, ex. : un fils ingrat, un loup dans la bergerie, etc.

Spencer prend soin de séparer sa théorie de celle de Bain, de distinguer le plaisir causé par la vue de certaines discordances de celui qui provient de la délivrance d'une contrainte. Commentant le cas de Téternuement intempestif au concert, il dit que « dans ce cas, et une foule d'autres semblables, la tension d'esprit n'est pas imposée, mais spontanée, n'est pas désagréable, mais agréable... Donc, quand survient le malheureux éternuement, si on rit de l'entendre, ce n'est pas parce qu'on se repose d'une attitude d'esprit ennuyeuse; il faut chercher quelque autre chose *. »

Est-ce bien sûr? Ne suffirait-il pas d'élargir ici la pensée de Bain ou plutôt de la mieux entendre ? N'y a-t-il pas des contraintes subies de bonne grâce, consenties et même non senties? Pour certains, une audition musicale, un spectacle sont naturellement ou deviennent vite, en se prolongeant, une tension, tranchons le mot, une gêne, un malaise vague, qu'ils ne s'avouent pas, mais dont ils ne demandent pas mieux que d'être un instant soulagés.

Ces gens assurément n'aiment pas la musique !

Mais au reste, lorsqu'un éternuement éclate au milieu d'un morceau, est-ce que tous s'en amusent? Non, les uns en sourient à peine, les autres n'en rient pas du tout, quelques-uns s'en montrent indignés.

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