‹ Psychologie du rireChapitre 17 sur 49 · Spencer, ibid · texte numérisé non relu

Spencer, ibid

Ces derniers, mélomanes farouches, ne veulent pas être distraits de leur plaisir; chez eux, la force nerveuse suit la première voie, largement tracée, et refuse de s'engager dans celle qui s'ouvre à côté. Ceux au contraire dont l'attention s'accroche aux incidents futiles sont donc au fond des auditeurs indifférents ou peu empoignés; leur cas est analogue à celui de l'écolier toujours prêt à quitter une tâche à laquelle il s'applique pourtant de son mieux et qu'il semble faire de bon cœur, mais qui éclate de rire si une mouche se pose sur le nez de son maître. La théorie de Bain nous paraît donc suffire à expliquer les cas de « discordance ascendante », et Spencer eût pu s'en tenir à cette formule générale : le rire est une détente.

D'ailleurs qu'il faille les séparer ou les fondre en une, qu'il faille garder à chacune son originalité propre ou faire disparaître jusqu'à leurs différences de détail, les théories de Spencer et de Bain ont les mêmes qualités et les mêmes défauts, et doivent être réunies dans une appréciation commune. Elles n'embrassent pas toute la question du rire: elles n'en envisagent qu'un côté, à vrai dire important, et qui demandait en effet à être mis d'abord en lumière. Elles indiquent les conditions premières et fondamentales du rire, celles qu'on peut appeler subjectives, à savoir les dispositions mentales et physiologiques du rieur; encore s'attachent-elles exclusivement à ces dernières. Or le rire a aussi des conditions objectives ou externes qu'on ne peut passer sous silence. S'il traduit avant tout notre humeur et l'état de nos nerfs,

il ne laisse pas cependant d'exprimer d'autre part la nature des choses risibles. Ces choses nous avons à les examiner, quand ce ne serait que pour montrer comment elles favorisent ou provoquent en nous la disposition au rire.

La théorie physiologique du rire peut donc être jugée incomplète ou simpliste : incomplète, en tant qu'elle s'applique seulement au rire élémentaire et simple, à celui dont on a dit qu'il n'en est pas un, parce qu'il a peu ou point de caractères psychiques, au rire nerveux, morbide, au chatouillement et au fou rire; simpliste, en tant qu'elle s'applique à tous les rires, ceux-ci étant considérés en dehors de leurs conditions mentales et de leurs conditions objectives, comme si ces conditions n'existaient pas ou ne devaient pas compter.

Au point de vue purement physiologique, la théorie de Spencer est hypothétique, et, à ce titre déjà, discutable. De plus elle est déjà ancienne et partant dépassée. Nous n'examinerons pas cependant les théories plus complètes et plus précises, sinon plus sûres, qui l'ont remplacée. Nous ne donnons celle-ci qu'à titre d'échantillon, pour montrer le genre d'intérêt que peuvent offrir les explications physiologiques du rire, et le caractère cependant insuffisant de ces explications.

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