Ex. : Les deux Gascons de La Fontaine
J'ai vu, dit (run), un chou plus grand qu'une maison. Et moi, dit l'autre, un pot aussi grand qu'une église. Le premier se moquant, l'autre reprit : Tout àouxl On le fit pour cuire vos choux.
En résumé le rire est un sentiment complexe, fait ide sympathie et d'antipathie. Il est le plaisir causé Jpar la constatation d'un léger conflit entre plusieurs personnes ou la prise sur le fait d'une légère imperfection chez quelque personne, il est donc un mouvement d'antipathie, j'entends un acte par lequel on \se sépare des autres, on se défend de leur ressembler, on les accable de son dédain. Mais il ne laisse pas d'être en même temps un phénomène de sympathie : en effet on se met toujours à plusieurs pour rire de quelqu'un, on entre en sympathie avec certains au moment où l'on marque son antipathie à d'autres; cela fait compensation. Mais de plus l'antipathie, dont témoigne le rire, est toute de surface, et d'ailleurs fugitive. Rire des autres, c'est sans doute se détacher d'eux et s'en détacher assez pour saisir leurs singular rites, leurs travers, leurs manies: c'est pourtant ne s'en détacher qu'à demi, puisque c'est leur passer tout cela, et ne faire qu'en rire. Le rire est une malignité satisfaite à bon compte, partant plus apparente que réelle. En outre, il ne se soutient que par la sympathie; il la suppose comme cause ou comme eifet; ou il en naît, ou il la produit.
A tous points de vue, il est un phénomène de sociabilité, et il l'est en vertu de sa nature, et non pas de la fonction sociale qu'il est censé remplir, du rôle qu'on lui a attribué (à tort ou à raison) de corriger les mœurs.
DuGAS* — Psychologie du rire.