‹ Psychologie du rireChapitre 36 sur 49 · Paris, Calmann Lévv · texte numérisé non relu

Paris, Calmann Lévv

catesse, pour l'honneur et par bienveillance », on se soumet à des obligations infinies que la morale n'ose prescrire et qui ne figurent point dans les codes. La crainte du ridicule équivaut pratiquement à la crainte du mal; elle est cette crainte étendue, poussée jusqu'au raffinement et au scrupule, et bien plus forte. « La conscience et les lois écrites, dit A. Michiels, forment deux lignes de remparts contre le mal; le comique est une troisième ligne de défense ; il arrête, il stigmatise et condamne les petits méfaits que les premiers postes ont laissé passer *. »

La crainte du ridicule marque un souci ou une exigence de la perfection en toutes choses.

Ainsi par exemple « l'homme doit être beau » ; tout ce qui porte atteinte à la beauté des formes (un excès d'embonpoint ou de maigreur, un nez proéminent), à celle des mouvements (une allure gauche, désaccordée, sautillante), à la dignité physique (les vulgarités de l'alcôve, de la garde-robe) prête à rire.

« L'homme doit avoir une intelligence bien organisée » ; une stupidité, une méprise, un excès d'ignorance, une simple étourderie ou distraction le rendent comique.

L'homme doit avoir une tenue morale, des sentiments convenables : un amour mal placé, une tendresse aveugle, une bassesse d'âme, une petite vilenie, une certaine exaltation ou tiédeur dans les sentiments, le couvrent de honte et de ridicule.

L'homme doit avoir une volonté énergique, souple,

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