Oitv. cit., chap. xiii, p
pratique et bien réglée. S'il échoue prises, s'il est poltron, paresseux, n ipipudent, il s'expose par là même aux railleries.
L'homme doit avoir des facultés < si en lui exclusivement dominent le; riels, ou rinteliigence, ou le sentime culièrement encore un instinct (con nerie, la paillardise) — une idée (pa professionnelle, la manie de juger clie — un sentiment (comme la franchis ceste) il sera, par là même, ridicule c
Enfin l'homme doit être d'accon blables ; il encourt le ridicule, s' difficile ou quinteuse, s'il rompt en genre humain, s'il se rend hostiles s'il se brouille avec ses proches, s'il ment avec ses amis, en délicatesse s'il est, en un mot, insociable, sous q à quelque degré que ce soit.
Le rire est ainsi le grand censeur t épai^ne aucun; il ne fait pasmâme f fections légères, de quelque nature Pour être toujours au-dessus de la drait, comme le sage de l'école, ) vertus individuelles, sociales, bien p faudrait incarner « le type absolu i humaine ». Le rire tend indirectem procher de ce type; ilen ranime la en soulignant tout ce qui s'en écarte
Cette mission que M. Michiels attribue au rire, à la supposer remplie, au lieu de rentrer dans Tordre naturel ou providentiel des choses, ne répond-elle pas simplement à Tensemble des exigences, d'ailleurs fondées ou non, de la société vis-à-vis de chacun de nous? C'est ce qu'admet assez justement, à ce qu'il semble, M. Bergson, lequel définit le rire une « brimade sociale ». Mais alors ce n'est plus l'imperfection en général, ce n'est plus même l'immoralité proprement dite, c'est l'insociabilité toute seule, bien ou mal entendue, que le rire châtie. Plus précisément encore, c'est une insociabilité spéciale, échappant à toute autre peine afflictive, que le rire doit atteindre. Quelle peut bien être cette insociabilité? C'est l'amourpropre de chacun de nous dans ce qu'il a de déplaisant pour autrui, abstraction faite de tout élément nuisible ou odieux; c'est l'amour-propre inofTensif, léger, impuissant, qu'on ne redoute plus, qu'on dédaigne, auquel cependant on ne fait pas grâce pour cela, qu'au contraire on poursuit sans pitié, qu'on blesse et qu'on pique. L'amour-propre ainsi défini, c'est la vanité, et la blessure faite à l'amourpropre, c'est ce qu'on appelle la correction morale infligée par le rire : « Le remède spécifique de la vanité, dit M. Bergson, est le rire, et le défaut essentiellement risible est la vanité. » ^
On voit en quel sens le rire est une « correction r>. Soit que l'on considère les choses dites risibles, les sentiments du rieur et de celui dont on rit, le rire apparaît, du point de vue moral, comme une correction le plus souvent imméritée, injuste, ou au moins
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disproportionnée à la faute, impitoyable et cruelle.
En effet Tamour-propre dont on rit est, avons-nous dit, inoffensif; de plus c'est souvent un défaut naturel, une infirmité, non un vice. Fût-il même un vice, le rieur ne serait pas fondé à en rire, car il ne semble pas qu'il en soit lui-même exempt; sa vanité au contraire s'exalte quand celle des autres est au supplice. Enfin l'humiliation causée par le rire n'est pas un châtiment qu'on accepte, mais une torture qu'on subit, elle est un sentiment de dépit, de rancune; elle n'est point une honte salutaire, et bien placée. Le rire peut donc avoir une utilité sociale; il n'est point un acte de justice. Il est une mesure de police expéditive et sommaire à laquelle il ne faut pas regarder de trop près, qu'il serait imprudent à la fois de réprouver et d'absoudre. La société s'établit et s'organise selon des lois naturelles qui imitent la raison. Les amours -propres- se disciplinent d'euxmêmes ; ils entrent en lutte et se tiennent en respect.
Le rire rentre dans cette loi du talion qui précède la justice et qui en est l'image. Il représente une humiliation infligée par nous à ceux dont l'amour-propre n'a pas ménagé les susceptibilités du nôtre. Aussi excède-t-il souvent les bornes d'une juste vengeance. Il est une répression aveugle, un instinct de représailles; comme le dit très bien Bergson, « il est l'effet d'un mécanisme mpnté en nous par la nature, ou, ce qui revient à peu près au même, par une très longue habitude de la vie sociale. Il part tout seul, véritable réponse du tac au tac. Il n'a pas le loisir de regarder
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chaque fois où il touche. Le rire châtie certains excès, frappant des innocents, épargnant des coupables, visant à un résultat général et ne pouvant faire à chaque cas individuel Thonneur de l'examiner séparément. Il en est ainsi de tout ce qui s'accomplit par voies naturelles au lieu de se faire par réflexion consciente. Une moyenne de justice pourra apparaître dans le résultat d'ensemble, mais non pas dans le détail des cas particuliers*. »
Le rire est naturellement si étranger à la moralité que cela se retrouve et paraît dans les effets qu'il produit. On s'aperçoit bien vite qu'il faut dissocier l'immoral et lerisible et ne pas trop faire fond par exemple sur « la morale du théâ^tre qui, comme dit Bossuet, n'attaque que le ridicule du monde, en lui laissant cependant toute sa corruption ^ ». La crainte du ridicule, que la comédie inspire, fait diversion à la crainte du vice, bien loin d'en tenir lieu. « A force de craindre les ridicules, dit Rousseau, les vices n'effraient plus » ; bien mieux, « on ne saurait guérir les premiers, sans fomenter les autres' ». Qu'est-ce même qu'un ridicule? Non seulement ce n'est pas forcément un vice, mais encore c'est « souvent une vertu, une vertu trop simple et trop naïve, une bonhomie, une candeur trop parfaite, une ignorance des corruptions du monde, une fidélité à la nature, honorables pour ceux qui les conservent. // est de Vessence