Lettre à (TAlembert
FONCTION DU HTRE
de la moquerie de finir par s'attaquer à la même, à la grandeur, à la beauté morale '.
Enfin le rire a-t-il toujours, à défaut morale, l'utilité sociale qu'on lui attribue dent que non. S"ébaudir, et par exemple aller à un accès de grosse gaîté ou à queli che d'esprit, ce n'est aucunement faire la autres. Bien plus, on peut soutenir que, les cas, le rire est asocial aussi bien Il l'est d'intention, le plus souvent; il W toujours. Il n'est pas vrai qu'il tende, fûtlement et sans y prétendre, à produire socialement avantageux. Dira-t-on que la i utile par la frayeur qu'elle inspire aux in et aux sots? Mais on ne remarque donc glisse sur eux et les effleure, ou les blés; corriger? Inversement, d'ailleurs, n'est-cll telle aux Ames délicates qu'elle froisse sèment, qu'elle dessèche et flétrit? Cons en lui-même que dans ses effets, le rire l'ensemble, aussi fâcheux et funeste qu'uti souvent il est un dissolvant social.
Toutefois, faut-il objecter, ceci s'adresse i non exclusivement, au rire de l'ironie. Ma autre rire qui dénoie « une fraîcheur d'i un contentement de soi-même, provenant nité de conscience » ; c'est le rire de la g) le rafraîchit l'âme et la repose » et « s'é
cœur comme un flot de vin vieux ». La gaîté est une vertu, au moins négative; elle exclut certains vices. Elle est incompatible avec la haine violente, en sorte que « si celui qui rit n'est pas toujours à rechercher, rhomme qui n'a jamais ri est à craindre ». Elle est en particulier « Tennemie » naturelle « du fanatisme ». Elle M arrête en nous l'exaltation qui pousse quelquefois nos sentiments les meilleurs dans une voie d'inflexible dureté » *. Et ce n'est, à ce qu'il semble, que l'exaltation à faux des sentiments, ce n'est point l'enthousiasme vrai et sincère qui répugne à la gaîté. Le rire de gaîté est donc la marque de la bonté, si c'est être bon, en un sens, que n'être point dur et méchant.
Mais alors on ne peut se prononcer d'une façon générale sur là valeur sociale ou morale du rire (les deux points de vue se rejoignent, sont étroitement liés), il faut distinguer les rires et juger séparément chacun d'eux. Ainsi le rire d'ironie pourra difficilement passer pour moral ou avantageux, encore qu'il ait souvent été jugé tel, sinon en lui-même, du moins pour ses eff'ets; le rire de gaîté au contraire paraîtra naturellement bon.
Encore cette façon de juger est-elle superficielle. En effet le rire, pris en lui-même, ne peut jamais avoir un caractère moral : il est naturel ou instinctif, non volontaire. Parcç qu'il est associé d'une façon constante, quoique accidentelle, à certains états du vouloir et du sentir, on croit pouvoir ne le séparer point de ces états, le définir tantôt par l'un, tantôt par