‹ Psychologie du rireChapitre 9 sur 49 · Les Émotions, tr. fr., p. 163, Paris, F. Alcan · texte numérisé non relu

Les Émotions, tr. fr., p. 163, Paris, F. Alcan

Il exprime aussi la douleur morale^ à savoir le désappointement, le dépit, la fureur, exemple : le rire d'Oreste :

Ah! je te loue, ô ciel, de ta persévérance!

OU encore le dédain, le défi; exemple : le rire d'Aïcesle tenant tête aux marquis :

« Par la sambleu! Messieurs, je ne croyais pas être Si plaisant que je suis! >»

En résumé on se perdrait dans un détail infini si on voulait rattacher le rire à tous les sentiments dont il peut être, dont il est la manifestation ou le signe. Aussi faut-il en chercher la cause en dehors des émotions du rieur; on la trouve, selon Spencer, dans une circonstance consécutive^ à ces émotions et commune à toutes, laquelle est la mise en liberté d'un excès de force nerveuse qui d'abord se décharge dans les muscles de la respiration, de la phonation, puis s'irradie dans les muscles de la face.

Nous voulons faire ressortir les mérites, les avantages et la portée de cette théorie de Spencer; nous allons l'exposer librement, à notre manière; nous ne craindrons pas de l'élargir au besoin, d'y faire rentrer des théories voisines et d'en chercher des applications nouvelles. Indiquons-en d'abord le caractère général : elle ne considère pas la nature et les propriétés des choses risibles, elle tient uniquement compte des dispositions physiologiques et mentales, et plus spécialement physiologiques, du rieur. Elle est donc étroite, mais elle n^est point fausse. Elle appelle l'at-

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e.Tpresii'in dps émolion», ch. viii, p. 2lt et auii-.

THEORIE PHYSIOLOGIQUE d5

paradoxale relation qui existe entre le rire et les pleurs. Physiologiquement le rire, les soupirs et les larmes remplissent une môme fonction; ils sont les canaux par lesquels le trop-plein des émotions se déverse. Ils sont donc liés à un même état nerveux général, ils sont des effets inséparables d'un même tempérament. Les facultés de rire et de pleurer se perdent ou s'affaiblissent en même temps : la jeunesse est Tâge des rires prompts et des larmes faciles, la maturité ou la vieillesse, celui des rires éteints et des larmes taries. « J'observe que je ne ris plus guère, et que je ne suis plus triste. Je deviens mûr * », dit Flaubert. On a remarqué encore que les rieurs sont souvent des mélancoliques, témoin Molière. « Ceux dont la rate n'est pas bien saine, dit Descartes, sont sujets à être non seulement plus tristes, mais aussi par intervalles plus gais et plus disposés à rire que les autres *. »

Bien plus, le rire et les larmes semblent directement liés : ils s'engendrent mutuellement. Le rire est souvent la réaction des pleurs : « On ne peut pas, selon Descartes, être si aisément invité au rire par quelque autre cause que lorsqu'on est triste » ^. Inversement, « souvent, après avoir beaucoup ri, on se sent naturellement enclin à la tristesse » *. C'est ainsi, pour prendre un cas simple, que lorsque des enfants sont gais, excités, s'amusent trop, les parents s'in-

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