LES NÉCESSITÉS ECONOMIQUES ET L'ACCROISSEMENT DES POPULATIONS
i . Le développement actuel de la population dans les divers pays et ses causes. — Complexité réelle et simplicité apparente des phéno mènes sociaux. — Le problème de la population. — Avantages et inconvénients que l'accroissement de la population présente suivant les pays. — Erreurs psychologiques des statisticiens. — Les peuples nombreux sont bien plus menaçants par leur industrie et leur commerce que par leurs canons. — Causes de la diminution do la population dans certains pays. — Pourquoi cette diminution tend à devenir générale dans tous les pays. — Influence de l'aisance et de l'esprit de prévoyance. — § 2. Conséquences de V accroissement ou de la réduction de la population. — Faible rôle du nombre dans l'histoire ancienne et moderne des peuples. — Les sources de la puissance d'un pays sont l'agriculture, 1 industrie, le commerce, et non le nombre do ses soldats. — Dangers que présenterait pour la France l'accroissement de sa population. — Pourquoi l'excès de la population n'a pas d'inconvénients en Angleterre et en Allemagne. — Conditions dans lesquelles rémigration devient avantageuse pour un peuple. — Conditions dans lesquelles l'émigration est nuisible. — Désastres produits par l'accroissement de la population dans certains pays. — Exemple de rinde. — Difficultés que l'évolution économique actuelle du monde créera bientôt aux peuples industriels trop nombreux. — Avantages que présentera bientôt pour la France le faible chiffre de sa population.
§ 1. — Le DÉVELOPPEMENT ACTUEL DE LA POPULATION DANS LES DIVERS PAYS ET SES CAUSES
Les phénomènes sociaux se présentent toujours avec ce double caractère de paraître très simples et d'ôtre en réalité d'une complication extrême. Les remèdes aux maux dont nous souffrons semblent d'un emploi très facile, mais dès qu'on veut les appliquer, on découvre aussitôt que les nécessités invisibles qui nous enserrent limitent étroitement la sphère de notre action. La vie
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collective d'un peuple est un tissu formé d'innombrables mailles; on ne peut toucher à Tune d'elles sans que Faction produite se répercute bientôt sur toutes les autres.
Ce n est qu'en prenant séparément un à un tous les petits problèmes dont se compose le grand problème social, qu'on voit apparaître la formidable complication de ce dernier, et combien sont chimériques les remèdes que des âmes simples ne cessent de proposer chaque jour.
Nous allons trouver une preuve nouvelle de cette complexité des problèmes sociaux en examinant une des questions le plus étroitement liées aux progrès du socialisme. Je veux parler des rapports existant entre le développement de la population et les nécessités économiques que nous voyons grandir chaque jour.
Nous avons essayé dans nos derniers chapitres de mettre en évidence deux points fondamentaux : le pre mier, que l'évolution industrielle et économique du monde revêt un caractère tout à fait différent de celui des siècles passés ; le second, que des peuples possédant certaines aptitudes spéciales, d'une utilité jadis assez faible, doivent, lorsque ces aptitudes deviennent applicables, s'élever à un rang supérieur.
L'évolution industrielle et économique du monde, dont nous ne faisons qu'apercevoir Taurore, a coïncidé avec des circonstances diverses, qui ont provoqué chez la plupart des peuples un accroissement rapide de leur population.
Pouvons-nous dire, en présence des nécessités économiques actuelles, que cet accroissement présente des avantages ou des inconvénients? Nous allons voir que
la réponse doU varier suivant l'état des peuples chez qui s'est manifesté ce phénomène.
Quand un pays présente une grande surface de terri- " toire, peu peuplée, comme les États-Unis et la Russie, ou comme l'Angleterre grâce à ses colonies, l'augmentation de sa population présente, au moins pendant un certain temps, des avantages évidents. En est^il de même pour des pays suffisamment peuplés, possédant peu de colonies, et n'ayant aucune raison d'envoyer dans celles qu'ils possèdent des habitants très doués pour l'agriculture, très peu pour l'industrie et le commerce extérieur. Nous ne le pensons pas, et il nous semble au contraire que de tels pays agissent fort sagement en ne cherchant pas à accroître leur population. Étant donnée l'évolution économique que nous avons décrite, cette abstention est le seul moyen qu'ils possèdent d'éviter une sombre misère.
Tel n'est pas, comme on le sait, l'avis des statisticiens.
Ayant constaté que la population de la plupart des pays de l'Europe progresse très vite, alors que celle de la France reste à peu près stalionnaire; ayant observé que nous avions, en 1800, 33 naissances sur 1 000 habitants, 27 en 1840, 2S en 1880 et 22 en 1895, ils ne cessent de remplir les journaux et les sociétés savantes de leurs lamentations. L'État — toujours l'État — doit se hâter suivant eux d'intervenir. Il n'est pas de mesures extravagantes : impôt, sur les célibataires, primes aux pères de nombreuses familles, etc., qu'ils ne proposent pour remédier à ce qu'ils considèrent comme un désastre, et à ce que nous considérons, étant donnée la situation de notre pays, comme un
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bienfait, et en tout cas comme une nécessité résultant de causes en regard desquelles toutes les mesures proposées ont un caractère de puérilité et d'inefficacité évident.
Tous ces braves statisticiens semblent croire que le nombre des enfants dans les familles peut être fixé par les fantaisies d'un législateur. Ils ne paraissent pas se douter que les familles élèvent autant d'enfants qu'elles peuvent et ont des raisons tout à fait sérieuses de ne pas en élever davantage.
Le seul inconvénient que les statisticiens aient pu d'ailleurs découvrir à cet état stationnaire de notre population, est que les Allemands, ayant beaucoup d'enfants, auront bientôt par conséquent beaucoup plus de conscrits que nous, et pourront alors facilement nous envahir. En ne considérant même la question qu'à ce point de vue singulièrement restreint, on peut dire que le danger qu'on prétend suspendu sur nos tètes est assez faible. Les Allemands nous menacent bien plus par leur industrie et leur commerce que par leurs canons, et il ne faut pas oublier que le jour où ils seraient assez nombreux pour tenter chez nous avec succès une invasion guerrière, ils seraient menacés de la même invasion par les 130 millions de Russes placés derrière eux, puisque les statisticiens admettent par hypothèse que les peuples les plus nombreux doivent nécessairement envahir les moins nombreux.
Il est fort probable qu'à l'époque où les Allemands pourront réunir des multitudes capables d'envahir un peuple dont l'histoire ne permet pas de méconnaître les aptitudes guerrières, l'Europe sera revenue de cette illusion que la puissance des armées se mesure à leur
effectif. L'expérience aura prouvé, conformément aux judicieuses prévisions du général allemand von der Golz, que ces hordes de soldats demi-disciplinés, sans éducation militaire réelle, sans résistance possible, dont se composent les armées actuelles, seront vite détruites par une petite armée de soldats professionnels aguerris, comme jadis les millions d'hommes de Xerxès et de Darius furent anéantis par une poignée de Grecs disciplinés, rompus à tous les exercices et à toutes les fatigues.
Quand on examine les causes de cette diminution progressive de notre population, on voit d une part qu'elle est la conséquence, à peu près invariable à tous les âges, de Taccroissement de l'esprit de prévoyance engendré par l'aisance. Ceux-là seuls qui possèdent, songent à conserver et à assurer quelques ressources à leurs descendants, dont ils limitent intentionnellement le nombre.
A cette raison déterminante, dont les effets furent observés à toutes les époques, et notamment à Tapogée de la civilisation romaine, sont venues s'ajouter des causes spéciales à l'âge actuel, et dont les principales sont : l'évolution de Tindustrie, qui, par le perfectionnement des machines, réduit le nombre des bras utilisables, et l'absence d'esprit colonisateur, qui restreint rétendue de nos débouchés au dehors et nous laisserait surchargés au dedans par un excédent de population.
Ces données ne sont pas particulières à la France, puisqu'elles s'observent dans des pays habités par des races fort différentes. Les États-Unis peuvent être assurément rangés parmi les pays les plus prospères, et cependant les statisticiens ont dû, non sans stupeur, y constater le même ralentissement d'accroissement de Le Bon. — Psych. du social. 19
la population qu'en France. Leur natalité générale actuelle est de 26 p. 1 000, c'est-à-dire à peine supérieure à la nôtre. Dans 10 provinces des Etais-Unis^ elle est même inférieure, puisqu'elle varie de 16 à 22 p. 1 000. Il n'y a pas pour ces pays à invoquer ni Tinfluence du service militaire obligatoire, qui n'y existe pas, ni celle de l'alcool dont la vente est interdite, ni les dispositions du code, puisque la liberté de tester y est tout à fait complète, ce qui veut dire que le père n'a pas à restreindre le nombre de ses enfants pour éviter d'avoir à trop diviser sa fortune. Un abaissement analogue de la natalité s'observe également en Australie, oCi elle est tombée de 40 naissances p. 1 000 il y a vingt ans h 30 aujourdbui.
Tous ces faits démontrent catégoriquement la pauvreté des arguments des statisticiens pour expliquer ce qu'ils appellent le péril de notre dépopulation.
Le même ralentissement d'accroissement de la population s'observe à peu près partout, jusque dans les pays oîi l'accroissement s'est montré le plus intense pendant un moment.
En Allemagne, la natalité, qui était de 42 p. 1 000 en 1875, était progressivement descendue à 36 vingt ans plus tard. En Angleterre elle est tombée de 36 à 29 pendant la môme période. La perte est plus grande qu'en France, puisque pendant le même temps la natalité n'est tombée dans ce dernier pays que de 25 à 22. Les deux peuples perdent donc graduellement leur avance sur nous, et il est bien probable qu'ils uniront par la perdre tout à fait.
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§ 2. — Conséquences de l'accroissement ou de la réduction de la population dans divers pays
Nous voyons par ce qui précède que rabaissement du progrès de la population tend à se manifester partout et que ce n'est pas par leur nombre que nos rivaux nous menaceront bientôt.
Admettons cependant que l'avance qu'ils ont aujourd'hui sur nous ils ne la perdent pas, et voyons si l'élévation du chiffre de leur population peut constituer un sérieux danger pour nous ?
Il semblerait vraiment, à entendre les doléances de ces statisticiens, bien qualifiés par V Economiste français de « Jacobins étourdis », et dont en vérité l'esprit semble singulièrement restreint, que ce soit le nombre qui fasse la supériorité des peuples. Or le coup d'œil le plus rapide jeté sur l'histoire prouve, par l'exemple des Egyptiens,, des Grecs, des Romains, etc., que le nombre n'a joué dans toute l'antiquité qu'un bien faible rôle. Faut-il rappeler qu'avec 100000 hommes bien exercés les Grecs triomphèrent des millions d'hommes de Xerxès, que les Romains n'eurent jamais plus de 400 000 soldats disséminés sur un empire qui, de l'Océan à l'Euphrate, avait mille lieues de longueur sur 500 de largeur ?
Et sans remonter à ces lointaines époques, pouvonsnous admettre que le nombre ait joué dans les temps modernes un rôle plus considérable que dans l'antiquité? Rien n'autorise à le penser. Sans parler des Chinois, qui semblent bien peu redoutables au point de vue militaire, malgré leurs 400 millions d'hommes, ne
sait-on pas qu'il suffit aux Anglais d'une armée de 65 000 hommes pour maintenir sous le joug 250 millions d'Hindous, et à la Hollande d'une armée beaucoup plus faible pour dominer 40 millions de sujets asiatiques. L'Allemagne elle-même se croit-elle sérieusèment menacée parce qu'à ses portes est un immense empire civilisé dont la population est trois fois supérieure à la sienne?
Laissons donc de côté ces craintes puériles, et rappelons-nous que ce qui nous menace réellement c'est la capacité industrielle et commerciale de nos concurrents et non leur nombre. Les trois sources réelles de la puissance d'un pays sont l'agriculture, l'industrie, le commerce, et non pas les armées.
Il n'est pas supposable, heureusement, que toutes les récriminations des statisticiens aient pour résultat d'augmenter d'un seul individu le nombre des habitants de notre pays. Félicitons-nous de la complète inutilité de leurs discours. Supposons qu'un Dieu irrité veuille faire fondre sur la France la plus dangereuse des calamités. Laquelle pourrait-il bien choisir? Le choléra, la peste ou la guerre? Non certes, car ce sont là des maux éphémères, n n'aurait qu'à doubler le chiffre de notre population. Ce serait, étant données les conditions économiques actuelles du monde, les dispositions psychologiques et les besoins des Français, un irrémédiable désastre. Nous verrions à bref délai de sanglantes révolutions, une misère sans ospoir, le triomphe assuré du socialisme, suivi de guerres permanentes et de non moins permanentes invasions.
Mais pourquoi, dans d'autres pays, comme l'Angleterre et l'Allemagne, l'excès de la population n'a-t-il pas
de tels inconvénients? Simplement, d*une part, parce que ces pays possèdent des colonies, où se déverse l'excédent de leur population ; et d'autre part, parce que rémigration, si absolument antipathique aux Français, y est considérée comme chose fort désirable, alors même qu'elle ne constituerait pas pour eux une nécessité tout à fait impérieuse.
C'est le goût pour l'émigration et la possibilité de le satisfaire qui permettent à un peuple d'accroître notablement le chiffre de sa population. Conséquence d'abord d'un excédent de population, la tendance à émigrer devient cause à son tour, et contribue à accroître encore cet excédent. Le célèbre explorateur Stanley a très bien mis ce point en évidence, dans une lettre publiée par un journal en réponse à une question qui lui avait été adressée. Il fait remarquer que c'est seulement le jour où une population dépasse un certain chiffre par mille carré que Témigration commence. La Grande-Bretagne avait 130 habitants au mille carré en 1801 ; dès qu'elle atteignit 224 habitants au mille carré, c'est-à-dire en 1841, elle commença un mouvement d'émigration qui s'accentua rapidement. Quand l'Allemagne vit sa population arriver au môme chiffre de 224 par mille carré, il lui fallut, à son tour, chercher des colonies *. L'Italie put attendre plus longtemps, en raison de Tcxtrôme sobriété de ses habitants, mais sa population ayant fini par atteindre le chiffre de 253 habitants par mille carré, elle dut subir la loi commune et tâcher de s'ouvrir des débouchés au dehors.
(1) Je donne les chiffres en mesures anglaises, d'après Stanley. Voici quelle est la population actuelle des divers pays de l'Europe par kilomètre carré (d'après V Annuaire du bureau des longitudes, pour 1898) : Angleterre 117, Italie 110, Allemagne 99, France 73, Espagne 36.
Elle ne réussit guère dans cette tentative si difficile pour des Latins, et dépensa inutilement deux cents millions en Afrique, pour n'aboutir qu'à d'humiliantes défaites. Mais, sous peine d'une ruine inévitable, vers laquelle elle marche d'ailleurs à grands pas, il lui faudra recommencer ses tentatives. Le véritable danger qui menace l'Italie et la voue prochainement aux révolutions et au socialisme, c'est qu'elle est beaucoup trop peuplée. Comme partout, la misère a été trop féconde*.
La France, beaucoup moins peuplée, n'a aucun besoin d'émigration, fait remarquer Stanley, et c'est bien à tort qu'elle dépense la force vive de ses jeunes gens au Tonkin, à Madagascar, au Dahomey — où n'émigrent que des fonctionnaires d'un entretien fort coûteux, — alors surtout qu'elle possède à ses portes l'Algérie et la Tunisie sans réussir à les peupler*. Ces contrées n'ont en efiTet que 25 habitante par mille carré, dont une faible proportion seulement sont français.
Stanley a parfaitement raison et a très bien marqué le nœud du problème. Ses conclusions sont analogues à celles indiquées antérieurement par un de ses compatriotes, Malthus. Celui-ci avait nettement montré qu'il y avait un rapport étroit entre la population d'un
(1) La misère est toujours féconde parce qu'elle est imprévoyante. Peut-on véritablement avoir une haute opinion de la moralité des individus qui font plus d'enfants qu'ils n'en peuvent nourrir et avoir pour eux beaucoup de sympathie ? Je no le crois pas et serais plutôt près de l'opinion de John Stuart Mill, qui disait : « On ne peut guère espérer que la moralité fasse des progrès tant qu'on ne considérera pas les familles nombreuses avec le même mépris que l'ivresse ou tout autre excès corporel. » Cette réflexion ne s'applique bien entendu qu'à ceux qui se savent hors d'état d'élever les enfants qu'ils mettent au monde.
(2) Goiquise il y a soixante-dix ans l'Algérie» d'après le recensement de iOOi, contient sur une population de 4 739 000 habitants 364 000 français d'origine et 317 000 étrangers (dont 155 000 espagnols et 57 000 juifs). Elle possède im peu plus de 4 millions d'arabes. Ces demien ont doublé en moins de cinquante ans.
pays et ses moyens de subsistance, et que, quand l'équilibre est rompu, la famine, la guerre et des épidémies de toutes sortes fondent sur le peuple devenu trop nombreux, et déterminent une mortalité qui rétablit promptement l'équilibre.
Les Anglais ont pu vérifier la justesse de cette loi. Lorsque, après des guerres nombreuses, et meurtrières pour les vaincus, ils eurent terminé la conquête du grand empire des Indes et plié 250 millions d'hommes sous leur loi, ils rendirent impossibles les luttes entre les divers souverains et établirent dans la Péninsule uniî paix profonde. Les résultats furent rapides. La population augmenta dans d'immenses proportions — de trente-trois millions de 1881 à 1891 — et elle ne fut bientôt plus en rapport avec les moyens de subsistance. Ne pouvant se réduire par des guerres, puisque ces guerres sont interdîtes, elle tend à se réduire suivant la vieille loi de Malthus, par des famines périodiques, qui font mourir de faim plusieurs millions d'hommes, et par des épidémies presque aussi désastreuses. Les Anglais, qui ne peuvent rien contre les lois naturelles, assistent avec philosophie à ces hécatombes, dont chacune détruit autant d'hommes que toutes les guerres réunies de Napoléon.
Comme il s'agit d'Orientaux, l'Europe reste indiflTérente à ce spectacle. 11 mérite au moins de fixer son attention à titre de démonstration, en attendant celle que lui fournira bientôt l'Italie. Les statisticiens pourraient en tirer cette leçon qu'ils ont grand tort de prêcher la multiplication à certains peuples, et qu'iU les pousseraient ainsi dans une voie de désastres, si leurs phrases produisaient l'effet qu'ils en attendent.
Pourrions-nous supposer qu'avec révolution économique prochaine que nous avons décrite» les peuples trop nombreux retireront dans l'avenir de l'excès de leur population des avantages sur lesquels ils ne sauraient compter aujourd'hui? Il est bien visible, au contraire, que cet excédent leur serait très funeste, et que, dans l'avenir, le sort le plus heureux est réservé aux pays les moins peuplés, c'est-à-dire à ceux dont la population ne dépasse pas le chiffre d'hommes que peut nourrir le fonds de subsistance produit par la contrée elle-même. Dans le chapitre consacré à la lutte économique entre l'Orient et l'Occident, nous avons fait voir que, parsuite du développement exagéré de leur population, la plupart des pays de l'Europe ne peuvent plus produire de quoi nourrir leurs habitants, et en sont réduits à aller acheter en Orient leur énorme déficit alimentaire annuel. Ces matières alimentaires, ils les ont payées jusqu'ici avec des marchandises fabriquées pour les Orientaux ; mais, comme ces Orientaux sont arrivés à produire les mêmes marchandises à des prix de revient dix fois moindres que ceux d'Europe, le commerce entre l'Orient et l'Occident tend à se restreindre chaque jour.
Les peuples qui ne vivent que de leur commerce et de leur industrie, non de leur agriculture, seront prochainement les plus menacés. Ceux qui, comme la France, étant agricoles, produisent presque assez pour la consommation de leurs habitants, et peuvent, à Textrème rigueur, se passer de commerce extérieur, seront dans une situation infiniment meilleure et souffriront beaucoup moins de la crise qui menace de plus en plus TEurope et que précipiterait bien vite le triomphe des socialistes.