‹ PsychologieChapitre 19 sur 107 · DÉTERMINATION DES LOIS PSYCHOLOGIQUES 5Ï · texte numérisé non relu

DÉTERMINATION DES LOIS PSYCHOLOGIQUES 5Ï

géants d'intensiLé. C'est celte distinction que nie M. Bcra-on; mais l'expérience l'impose et ne souffre pas de démon! i.

c) S'agit-il en effet des qualités sensorielles? Nous voyons qu'un son de flûte ou de violon garde même timbre et mèm'' haulcur, en passant par tous les degrés de crescendo et de decrescendo; sa qualité ihMneure, tandis que son intensité varie. Un même rouge reste de natiu-e idontique en s'aiTaiblissant et en s'intensifiant. Un plaisir ou vme douleur restent plaisir et douleur sous divers coefficients de vivacité. Ainsi des résistances, des sensations de froid, de chaud, etc., que nous ne différencions également que par le plus et le moins. Les sensations d'effort ctdepiqi'ire, ([u'on nous oppose, sont nettement ressenties comme des sensations homogènes. Que leur accroissement ait pour cause les accroissements de leur phénomène organique ou de leur excitation physique, rien n'est plus évident; mais que la perception de celui-là se mêle à la perception de ceux-ci, c'est pure imagination de le penser. Une analyse directe de l'elpérience montre toujours que c'est immédiatement que l'on prend conscience de l'intensité des qualités sensorielles. Aussi est-ce sans métaphore qu'on l'exprime en langage de quantité ; on l'exprime comme on la sent.

d) S'agit-il maintenant des phénomènes d'activité fonctionnelle? leur expérience est plus instructive encore, par le plus grand rôle qu'y joue la conscience de leur intensité. Car nous ne sentons nos activités que comme des forces, à ce point que la force est la donnée privilégiée de l'expérience interne. L'attention n'est que l'expérience du dosage de force ps ychique utilisée dans les fonctions attentives. Or, comment concevoir une expérience de force, qui ne serait pas intensive? En vérité la conscience des variations indéfinies de notre vie intérieure n'est sur ce point que la. conscience des variations indéfinies de notre force intérieure, de son rythme d'intensités perpétuellement croissantes et décroissantes, de l'instabilité perpétuelle d'une énergie sans cesse identique de nature.

L'expérience d'intensité est donc la plus immédiate et la moins sujette à caution qui soit. De vouloir ramener les variations d'intensités à des variations de qualités, c'est aller tout droit contre les faits et introduire en psychologie un confusionnisme aussi mal fondé que néfaste.

4. La mesure des intensités psychiques. — i^n ce qui concerne maintenant la mesure des intensités psychiques, il est évident d'abord qu'une mesure directe est impossible. Elle l'est déjà pour les intensités physiques; a foriioH l'est-elle pour les intensités psychiques. Nous aurons à reprocher à Fochner de ne pas s'en être rendu compte, et d'avoir tenté une mesure directe de l'intensité des sensations ; son essai était condamné d'avance (p. 150). Le sens commun ne tombe pas dans ce travers. Il ne compare les grandeurs réelles des intensités psychologiques qu'en se référant à des expériences intuitives et non analysées, où la perception du degré présent, ne peut se rapporter qu'au souvenir, immédiat ou lointain, d'un degré absent, qui n'est plus là. Ce sont pour lui des quantités auxquelles il ne peut assigner des quanlums, faute dune comparaison de degi'és simultanés; comparaison impossible du chef que les degrés sont successifs. C'est pourquoi ses évaluations restent nécessairement subjec* lives ; il parlera toujours de plaisirs plus grands ou plus petits que t'antres plaisirs sans mètre objectif.

Mais si une mesiu'e directe des intensités psycli ilogiques est l'rréali-

66 COUKS D1-: PSYCHOLOGirC

sable, on ne voit pas au nom de jiuji Ion inlcnlirail a priori au [)«ycliopliysicicn de faire comme le physicien, cest-à-dire d'essayer des mesures indirectes par les causes el par les effets.

a) C'est pour lui déjà que le physicien a mesuré l'intensité des sons et des couleurs par leur cause externe, lexci talion ; la psycho-pliysique est toujours imc physique sur ce point ; les coups que l'intuitionnisme porte au psycho-physicien atteignent immédiatement le physicien, ou plutôt l'atteindraient, s'ils n'étaient impuissants.

b) Quant à la mesure de l'intensité des activités psychiques, qui serait évidemmentla plus intéressante, et donnerait lieu aune véritable psychométrie, elle est la plus dil'flcile à réaliser. Le physicien a la chance de mesurer les forces extérieures par le travail mécanique qu'elles fournissent, et qui se prèle de lui-même aux mensurations de laboratoire. Au contraire, les seuls effets des forces intérieures se réduisent à du travail psychique, à des idées, à des perceptions, à des décisions, etc. Hésultats positifs, certes, mais que leur nature psychique dérobe aux mensurations matiiématiques. Toutes les mesuresvde l'intensité d^e l'altention sensorielle, par exemple, se ramènent jusqu'ici au dénombrement du maximum d'objets nettement perceptibles. Cela permet à peine d'évaluer empiriquement quelques forces intellectuelles et morales; pour connaître les hommes, on est toujours réduit à leur faire subir des examens où on les juge sur quelques produits extérieurs, faute de pouvoir apprécier directement leur intelligence et leur volonté. Il n'y a pas d'imités dynamiques d'attention, d'intelligence, de volonté, d'imagination, comme il y a dt s unités énergétiques de chaleur, de lumière, d'électricité, etc.

t' On a rêvé d'en trouver, en invoquant la transformation des forces physi(]ues. Mais on l'a rêvé seulement ; el ce fut un rêve de métaphysiciens, qui n'a pu fournir la moindre hypothèse scientifique digne de ce nom, c'est-à-dire applicable aux laits, et réalisable dans les faits. C'est pourquoi la p.-^ycho-physique n'a pu que se cantonner au seuil de la psychologie, et borner ses recherches de mesures mathématiques au domaine de la sensation.

Ainsi donc, quelques lois mathématiques sont possibles en psychologie, mais la mathématisation de toutes les lois y est impossible : quelques jnosures extérieures de psychochronométrie et de psycho-physique ; pas l'ombre d une mesure intérieure des faits psychiques. C'est ceci, cependant, qui serait le plus important, et qui ferait de la psychologie une mathématique appliquée; mais il faut désespérer de ce beau rêve, qui fut celui delà physique et de la chimie mentales.

§ 4. — La psYc.HOLor.iK, scif.nce originale

Puisq(je ni la physique, ni la chimie, ni les mathématiques ne peuvent fournir la psychologie d'hypothèses et de principes appropriés, il faut consentir a la traiter en science originale, el à lui dégager des hypothèses et des principes originaux de son expérience originale.

I. La psychologie est une science fonctionnelle. — La psychologie est la ^ci lice nalurclle de la vie psychique. Son hypothèse fondamentale ne peutôtre que la donnée fondamentale de toute vie. le dynamisme vital, )u plus précisément ii i, le dijnam smc psycitique. Dynamisme qu'il con-

DÉTERMINATION DES LOIS PSYCHOLOGIQUES o7

vient d'enlendre empii-iquement, en dehors de toute métaphysique. En ce sens, il est premièrement affirmation d'aclivité et négation d'inertie, et deuxièmement affirmation de progrès continu ou d'évolution, et négalion d'immobilité. II est le contraire de tout mécanisme et de tout statisme. Il nous conduit partout à accepter la conscience telle qu'elle' se présente, c'est-à-dire comme une vie et une activité à fonctions multiples. Le premier et le dernier objectif de la psychologie doit donc être l'analyse des fonctions psychiques et de leurs développements.

Aussi bien, c'a été généralement l'objectif commun de tous les psychologues, malgré les contradictions de leurs programmes. Rationalisme et empirisme n'ont cessé de collaborer en se critiquant utilement et en se complétant. Car si le rationalisme présente l'avantage d'affirmer des activités et des fonctions, que l'empirisme est porté à méconnaître, il présente en revanche l'inconvénient de paraître professer le statisme avec ses doctrines d'innéité et d'à priori; et sur ce point l'empirisme le corrigera toujours heureusement avec ses « théories génétiques ». Les fonctions psychologiques sont aussi innées, et ne le sont pas plus, que les fonctions pliysiologiques. et que n'importe quelles fonctions vitales ; la vie apparaît toujours plastique et soumise à des pi-ocessus d'enrichissement dont connaît seul l'a posteriori de l'expérience. Aussi voyons-nous que de grands rationalistes comme Aristote et Leibnifz ont été très souvent empiristes en ce sens dans leurs analyses et leurs explications. De même que de grands empiristes, sinon toiis, ont toujours pratiquement maintenu l'affirmation de l'activité psychique, et parlé d'attention, d'abstraction, d'opérations intellectuelles, etc., ce qui ne présente aucun sens dans un empirisme absolu, formulant une physique mentale pure.

II. Son analyse doit être fonctionnelle. -- Cette conception du dynamisme psychique donne un caractère spécial à l'analyse des phénomènes psychiques. Ce ne peut plus être une analyse physique déterminant des éléments structuraux, selon les procédés de l'atomisme mental. Il fautque ce soit proprement une analyse psychologique dégageant des éléments fonctionnels, c'est-à-dire les différents aspects que confèrent à chaque instant à un état de conscience les différentes fonctions qui se trouvent y intervenir. Partant, les phénomènes psychologiques, qui ne sont jamais à envisager comme composés, sont toujours plus ou moins à considérer comme complexes. Ce qui est tout à fait différent. Ccst une vérité biologique que nulle part la vie ne procède par sommation, intégration et composition d'él'hncnts, mais bien par difféiencixtion de fonctions. A mesure que l'on va d'une vie inférieure aune vie supérieure, des fonctions nouvelles apparaissent, qui ne laissent pas réduire aux précédentes, et qui sont simples comme celles-là sont simples.

Au lieu donc de pratiquer nne décomposition illusoire des faits de conscience en éléments premiers, la psychologie doit pratiquer un discernement de leurs fonctions ; et, ceci fait, étudier ces fonctions nne à une. Car toutes sont simples et irréductibles à leurs conditions : les supérieures aux infé rieures quelles supposent, et celles-ci à leurs antécédents physiologiques. La pensée est irréductible à la sensation, comme la sensation est irréductible à l'excitation ; c'est ainsi d'ailleurs qu'en physiologie la circulai ion et la reproduction sont irréductibles à la digestion, etc. Naturellement, à l'irréductibilité des fonctions correspond 1 irréductibilité de leurs lois :

dans la conscience comme dans l'univers chaque forme de vie nouvelle se manifeste par des fonctions nouvelles dont la science ne peut qu'enregistrer les lois nouvelles.

m. Ses lois sont à dégager à l'aide du principe du déterminisme finaliste, tel que nous lavons analysé plus haut en lopposanl au déterminisme mécaniste (p. 46). Celui-ci se fonde sur l'inertie des phénomènes physiques ; les conceptions d'inertie sont au moins celles dont nous sommes le plus certains qu'elles sont irrecevables en psychologie. Celuilà est le seul qui soit approprié au dynamisme des activités psychiques, le seul qui permette de dégager ces « lois de l'action », dont parle Leibnilz, qui sont les lois de la vie et les formules de ses fonctions originales. Ainsi la psychologie se trouve t elle rapprochée par son hypothèse fondamentale, et par son principe, comme elle l'était déjà par son objet, des sciences biologiques dont elle est la plus haute spécialisation.

Articij: m. — Les lois psychologiques.

I. Leur UÂlure empirique — ÎTous entendons donc parler ici des lois proprement psychologiques, celles que la psychologie scientifique a misition de dégager en plus des lois psycho-physiques et psycho physiologiques.

On en trouve déjà d'approchées dans la psychologie empirique, tant est primitif le besoin de connaître le « général », le besoin scientifique. Les moralistes et les hommes du peuple aiment à parler i^ar sentences et par proverbes, c'est à-dire à enfermer le détail de leurs observations dans les formules universellement valables ; les littératures classiques en particulier se caractérisent par ce goût du général dans leurs analyses de l'homme. On peut dire que les lois de l'habitude, telles qu'on les trouve dans les traitée de psychologie, et bon nombre de loi^ des paSîi ms, ont été dégagées par la psychologie empii-ique ; la psychologie scientifi([ue n'a eu qu'à les recueillir, à losrefor muler, aies expli(iuer et aies systématiser. Ses progrès propres lui ont permis en outre de découvrir bien d'autres loLs : lois de la sensation, de la perception, de l'association, de la pensée, etc.. toutes celles enfin que nous aurons à relever dans ce traité. Quelle que soit leur origine, ces lois ne font jamais (|ue formuler les résulta! s d'aualy.<e> empiri(|ue8.

II. Lois psychologiques et lois physiques — Les lois psychologiques sont loin de présenter la perfection et les avimtages des lois physiques et chimiques. Logiquement, elles n'ont ni la même universalité ni la même nécessité ; pratiquement, elles n'offrent ni la môme précision, ni la même sécurité à l'usage ;

Page 1