II. Dans la vie psychologique. — Distinguons
1. Les habitudes de la sensibilité. — C'est ici parexcellenct^ le domaine des habitudes passives ou accoutumances. Toute fois la sensibilité comporte également de véritables habitudes actives : on peut se faire des habitudes de la colère, des jérémiades, des plaisanteries, du rire, des larmes, etc., qui constituent des savoir-faire et des besoins indéniables. Les passions ne sont, pour une bonne part, que des inclinations devenues habitudes, des tendances primitives canalisées et fixées sur un objet dont nous attendons toute satisfaction, ce qui nous rend indifférent à tout le reste. C'est surtout de ces habitudes passionnelles que se vérifie ce que l'on sait de la tyrannie des habitudes, identique à la tyrannie des passions.
Ainsi se constitue en nous, par la collaboration des tendances originelles et de l'expérience qui les détermine et le? fixe, tout le lot des habitudes affectives, tant actives que passives, qui nous donnent nos méthodes personnelles de sentir et de réagir,
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d'aimer et de haïr, et qui sont le fonds le moins variable de notre caractère.
2. Les habitudes de Vintelligence. — Toutes nos fonctions intellectuelles doivent certainement autant à leurs habitudes qu'à leur spontanéité primitive, surtout nos fonctions supérieures. Ce qui explique, sans le justifier, le paradoxe de Descartep prétendant que nous avons tous l'esprit également bon et qu< nous ne différons que par la méthode, c'est-à dire par les habitudes affectées à son emploi. - On trouve déjà des habitudefc certaines de sensations, habitudes de regarder, d'écouter, etc., selon des procédés constants. A fortiori en est-il de même des perceptions : nous verrons le rôle que jouent en nos connais sauces les « perceptions acquises », qui ne sont que des perceptions habituelles. La mémoire, d'autre part, est le cas privilégié de l'habitude, tendant comme elle à nous conserver le passé. Jj'' association des idées se fait par leurs liaisons habituelles. En outre il n'est pas une de nos idées acquises qui ne fonctionne en nous comme une habitude acquise. Les langues, dont nous nous servons pour parler et pour penser, sont à la fois des habitudes motrices et des habitudes intellectuelles. — Enfin, la pensée proprement dite est dominée tout entière par des habitudes d'imaginer, de concevoir, de juger, de raisonner, de faire attention, etc., qui deviennent à mesure de plus en plus promptes, de plus en plus parfaites, et de plus en plus incons cientes. Habitudes générales qui constituent l'esprit d'analyse et l'esprit de synthèse, l'esprit géométrique et l'esprit de finesse; habitudes spéciales qui font le savant et le poète, le psychologue, le naturaliste, le mathématicien, etc.
3. Les hahitudes de la volonté. — Nous avons tous des habitudes d'initiative ou de passivité, de décision ou d'indécision, de décision i)ar mobiles affectifs ou par motifs rationnels, etc., habitudes qui entrent dans la définition de notre caractère individuel. Sans cesse nous nous déterminons par des procédés familiers, que connaissent mieux que nous ceux qui nous entourent; ce qui leur permet de prévoir, avec une certitude qui nous surprend, les résultats de nos délibérations, même lentes et compliquées '.