I. — La nature du moi
Explication physiologique. — La physiologie nous montre l'unité, l'identité et l'activité du moi préparées par l'unité, l'identité et l'activité organiques du corps. — Tout corps vivant est un ; c'est, nous l'avons vu, un petit monde qui s'oppose en son unité au monde extérieur. Tout en lui est solidaire, et s'organise de l'intérieur. Si l'unité des organismes inférieurs, encore indifférenciés, est assez faible, par contre l'unité des mammifères, très différenciés en leurs tissus et leurs fonctions, est frappante. C'est le système nerveux qui l'assure : il est fait d'une infinité de ramifications, qui, centralisées tout le long de la moelle épinière, convergent vers le cerveau, organe central assurant partout l'unité d'action. Cette unité du système nerveux est progressive; une fois fortement constituée, elle fournit un substratum à l'unité de la conscience. — îfon seulement nous trouvons là de l'unité, mais encore de Videntité. Tout corps vivant fait preuve de continuité à travers ses évolutions incessantes. Sans doute nos tissus ne cessent de se renouveler
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en leur « tourbillon vital », remplaçant leurs cellules morbe» 1-ar des cellules vivantes : mais les organes qu'ils constituent n'en restent pas moins sensiblement identiques de l'enfance à la \ieillesse, à la façon du vaisseau de Thésée, que les Athéniens conservaient par des restaui'ations perpétuelles, ou encore à la façon d'une maison dont on changerait successivement toutes les pierres. Ils gardent an moins une identité fonctionnelle. Ils la gardent grâce surtout au système nerveux qui, lui, a dans le corps le privilège de ne pas refaire ses cellules, les mêmes à travers toute la \'ie ; ce qui lui assure une identité auatomique. en plus de son identité physiologique et fonctionnelle. L'identité psychique du moi trouve donc là une base solide. — Enfin Vactivité du moi ne cesse de corresp ;ndi'e à l'activité de l'organisme et de s'y appuyer, comme nous l'avons vu (p. 27 et 29) tout au long.
Explication psychologique. — L'explication physiologique, toute utile et indispensable qu'elle soit, est ici insufiSsante, parce que la vie psychologique déborde la vie organique qui la conditionne; et parce que l'unité, l'identité et l'activité du moi prennent un relief que l'on ne saurait retrouver dans im organisme à élémenis physico-chimiques.
Il faut donc envisager le moi objectif pour ce qu'il est, c'est-à-dire comme Vensemhle orgayiisé de toutes les fonctions psycliologiques, avec tous leurs phénomènes. Un moi complet, c'est la fonction de sentir, plus la fonction d'imaginer, plus la fonction de penser, plus la fonction de parler, plus les diverses fonctions d'agir, plus toutes les tendances, etc. C'est, en outre, loutes ces fonctions i^^ influençant les unes les autres, comme le font déjà les fonctions physiologiques, et de plus, ce que ne font pas les fonctions ï)liysiologiques, sHnterpénMrant les unes les autres. C'est enfin toutes ces fonctions contrôlées ; il u\y a dans le corps qu'une synergie de fait, par l'accord des fonctions ; il y a ici une synergie de droit, par le contrôle qu'exerce la pensée sur toutes les fonctions. C'est à cela que If moi doit son unité si originale, unité soulignée par l'attenliou, qui fait « donner » toute la vie psychique dans n'importe quelle fonction attentive. Et pareillement originale est son identité, c^ui n'est plus seulement la continuité du présent avec le passé, mais cette continuité connue grâce à la mémoire, qui ne ces.se de reactualiser ce passé, et de l'intégrer inlassablement au présent. Eufin. nous avons assez souligné l'activité du moi,
et l'originalité de son dynamisme qui est celui de la vie psychologique.
Le moi, ainsi conçu, ne peut être que relatif à ses éléments et à leur organisation. D est plus ou moins riche, de la richesse de ses fonctions. Il ne cesse de s'enrichir, de l'enfance à l'âge mûr, et s'appauvrit moins vite lors de la vieillesse que son organisme physique. Son unité est proportionnelle à l'énergie de son contrôle, et à l'équilibre intérieur qu'il engendre : toutes nos éducations se donnent pour idéal de perfection le développement de ce contrôle et de cet équilibre. On conçoit dès lors qu'il pmsse y avoir des maladies du moi, qui ne peuvent être que des déséquilibres, par suite de quelque affaiblissement du gouvernement central.