‹ PsychologieChapitre 30 sur 107 · II. — La conscience du moi · texte numérisé non relu

II. — La conscience du moi

Pour se contrôler, il faut que le moi se connaisse et prenne conscience de lui-même. Il le fait 1. en se connaissant comme un objet, et 2 en s'appropriant cet objet comme sien.

1 Comment le je perçoit le moi. — Avoir conscience de soi, c'est envelopper sous l'acte synthétique de la perception interne les éléments du moi, connus et appropriés. Toute synthèse et toute perception a pour centre le « je ». Si je perçois une maison, c'est grâce à mon activité perceptrice, centrée dans le « je » percevant, en qui se retrouve l'énergie actuelle de ma vie psychique rassemblée par mon attention. Si je prends conscience de cette perception, c'est par une nouvelle synthèse et par une nouvelle perception, oîi se reculent le « je » et la vie psychique. Ainsi toute synthèse éclaire et connaît ses données, et ne se connaît ni ne s'éclaire elle-même : c'est pourquoi la conscience du moi est toujours une conscience concrète d'états psychiques. On voit désormais pourquoi la « conscience pure » du « je » est impossible : le « je » se recule à mesure qu'il se veut surprendre (p. 102) ; il se trouve toujours dans le noyau obscur de la synthèse actuelle. Il ne peut se connaître que dans le moi, dans ce qui lui apparaît comme sien.

2. Comment le je s'approprie le moi. — Reste à déterminer dans l'objet de la conscience du moi le critérium du « mien », le signe auquel le « je » reconnaît et s^approprie le moi. Ce signe est celui de la vie : le mien, c^est le vivant. Ma conscience de moi-même n'e-sl que la conscience de ma vie ; il y a identité entre

sentir cette vie et la sentir mienne, car je n'en sens pas d'antre. Ainsi s'explique Tordre d'appropriation des éléments du moi.

a. Le noyau do la conscience du moi est assuré par la cénesthésie, c'est-à-dire par des sensations orcraniques, continues comme l'est la vie or^ranique elle-même, dont elles ne cessent de traduire le cours ininterrompu. Ce sont des sensations vitales et affectives, et, par là même, des sensations internes, et enfin des sensations subjectives. Vital, affectif, interne, subjectif : quatre caractères qui s'impliquent les uns les autres, et qui se retrouvent aussi naturellement dans la conscience du moi qu'ils sont naturellement absents des représentations du non-moi. Grâce à eux, les sensations organiques sont toutes pénétrées des prérogatives d' « intimité, de chaleur, de présence réelle », où W. James voit le signe du mien. Notre céncsthésie, ou conscience organique, est d&nc bien le centre primitif et essentiel de notre personnalité (Eibot). A son maximum d'intensité correspond le maximum de la conscience de la vie et de la conscience du moi.

b. Par là s'explique que nos sensations externes, nos représentations et nos idées constituent, comme nous lavons vu, la couche la plus exlérieiire du moi et nous soient à demi étrangères. C'est qu'il y a à distinguer, en effet, en elles ce qu'elles sont et ce quelles représentent ou signifient'; elles représentent des objets, et elles sont des actes vitaux. Selon que l'attention se porte sur leurs objets ou sur elles-mêmes, elle est ainsi amenée soit à les repousser, soit à les adopter ; la représentnlion tend à « objectiver », et la sen^ibilUé à « subjective)- ». Supposez un acte de connaissance qui ne s'enveloppe d'aucime. ou de presque aucune tonalité vitale et affective, il courra risque de n'être pas reconnu comme mien. C'est au moins le cas de nos connaissances abstraites : aussi sommes-nous portés à objectiver, et à regarder comme étranger, le monde de nos idées, qui n'existent cependant pas hors de nous.

c. Enfin l'on voit comment le « je » présent s'approprie le moi passé ; il se l'approprie exactement comme il s'approprie le moi présent : car il le reconnaît aux mêmes signes d'intimité, de chaleur et de présence réelle. Le revécu est encore du vécu ; il s'enveloppe de la même tonalité affective, et par là donne le sentiment de « cela c'est encore et toujours moi ». Faute d'être perçus avec ce signe subjectif, les souvenirs ne seront plus que des images objectives, et la mémoire qu'une imagination sèche d'objets étrangers (p. 2ti5).

La conscience d'idenlilé est donc bien avant tout une conscience d'identité affective, cénesthésique et vitale.

Evidemment la conscience du moi, ainsi ramenée à une fonction de synthèse s'cx<'r<^ant sur des données affectives, ne peut être que relative à l'intensité et de cette synthèse et de ces

données. Leur apparition réglera son apparition, leur puissauce mesurera sa puissance, leur fléchissement déterminera son fléchissement. De là l'évolution de la conscience du moi, et ses maladies.

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