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IV PRKFACE
pour le second volume les préliminaires, sur la science et la philosophie, qui ne sont pas plus indispensables à l'étude de la psychologie qu'à celle des autres sciences, et qui sont la préface naturelle d'un traité de philosophie . Ainsi avons-nous pu consacrer tout notre premier volume à la Psychologie. C'est en quelque sorte le plus complet; ilrépond à la moitié du programme de V examen, et présente une synthèse de tous les problèmes psychologiques. Le second volume, consacré à la Philosophie, ne pourra offrir la même pléyiitude ; car on ne saurait raisonnablement traiter en un volume tous les problèmes philosophiques, et encore moins les y traiter dans toute leur ampleur. Nous ne pourrons, ainsi que nous y invite le programme lui-même, que nous restreindre aux plus importants. Une brève histoire de la philosophie remédiera, autant qu'il se peut faire, à cet inévitable inconvénient.
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Deux mots enfin sur la fa'^on d'utiliser ce cours. Il n*est pas fait pour être étudié comme un mémento, ni pour être « appris par cœur ». Tout livre de science, et a fortiori ^om< liv7'e de philosophie, appris par cœur, ne peut que rendre l'élève plus sot que nature, en lui désapprenant de penser. Si celui-ci aide à réfléchir, et suggère plus qu'il ne dit, il réalisera le but qu'il s'est assigné. Bien des faits et bien des analyses qu'il présente sont très certainement insuffisamment développés; mais il y a avantage évident à ce que l'élève se charge de ce développement, et que son activité propre se manifeste en enrichissant ce qu'on lui soumet, et en examinant les conclusions qu'on lui propose. Tou, véritable enseignement porte à restreindre le rôle du livre. En classe, et plus particulièrement en classe de philosophie, il n'est rien, on pas grand' chose; le professeur est tout. Un texte ne vaut que par son coynmentaire, et par le travail perpétuel d'crplications, d'exempliftcations, de critiques, d'interrogations, etc., qui l'accompagne. En étude, le livre.est un thème à méditations, fit premièrement à méditations écrites. C'est pourquoi, en particulier, nous ne concevons point ce manuel sans au moins une analyse quotidienne de son contenu par l'élève après chaque classe.
PRËFACE V
L'expérience noies a toujours fait apprécier Vitrage, si décrié souvent, des compendiums, voire des tableaux synoptiques. Autant un résumé proposé par le livre risque d'encourager la paresse en offrant du travail tout fait, qui s'adresse trop tôt à la mémoire, autant les résumés rédigés par l'élève à son propre usage, lui inculquent la saine habitude derepenserpar lui-même, de donner une formule personnelle aux idées recueillies, de les classifier, de les coordonner et de les subordonner selon leurs rapports naturels, de mettre de l'ordre enfin dans le chaos de ses connaissances. Nous tenons ce travail de résumés quotidiens pour aussi indispensable au moins que celui de la dissertation hebdomadaire; et nous avons toujours mi les élèves s'en acquitter avec plaisir, dès qu'ils ont compris l'utilité et acquis la prati que et l'aisance.
D'une façon générale, on peut définir la psycholo.îïie, conformément à son étymologie grecque {psyché, âme; logos, traité), Vétude ou la connaissance de Vâme. Mais il y a différentes manières d'entendre l'âme, et partant différentes psychologies.
I. Psychologie empirique. — Au sens le plus ordinaire du mot, l'âme signifie cet ensemble de sentiments, de pensées, de passions, dliumeurs, d'' habitudes, d'' inclinations, etc., qui constituent à un homme sa physionomie morale, son caractère et sa personnalité. C'est en ce sens qu'on parle d'âmes basses ou nobles, compliquées ou simples, etc. La connaissance de l'âme ainsi entendue fait l'objet d'une première psychologie, à laquelle nous prétendons tous, qui plus, qui moins, puisque tous nous prétendons à nous connaître nous -même et à connaître les autres hommes. Psychologie empirique, car Texpérience en fait tous les frais. Ceux-là surtout s'y distinguent que leur profession amène à scruter le cœur humain, les hommes d'action (administrateurs, politiques, commerçants, confesseurs, généraux, etc.), et les hommes de lettres (moralistes, poètes, etc.). On ne cessera jamais de vanter la psychologie pratique d'un îsTapoléon, et la psychologie littéraire d'un Eacine ou d'un Shakespeare.
Qu'elle soit pratique ou littéraire, la psychologie empiriquo reste en dehors de la science, ce qui ne lui enlève rien de sa valeur. A Toccasion, un paysan sans culture se montrera meilleur psychologue qu'un professionnel de la psychologie scien-" tifiquc. D'ailleurs, celle-ci ne d.ite que d'hier, la psychologie
empirique est vieille comme l'humanité : le premier jnlérêl. et le plus grand plaisir de l'homme a toujours été de connaître l'homme, et d'agir sur lui grâce à cette connaissance; ce qui assure aux «Belles-lettres » un attrait et une utilité éternels.
II. Psychologie métaphysique. — Par âme ou entend en second lieu le principe substantiel et immatériel des sentiments et des pensées. C'est ici que s'opposent le matérialisme et le spiiitualisme. Si un matérialiste nie l'existence de l'âme, je sais bien qu'il ne ne ni les sentiments ni les pensées, qui ne font de doute pour personne; mais il se refuse h accepter l'existence de la réalité spirituelle qui leur sert de principe, et dont l'affirmation constitue le spirituali-me. C'est cette âmesubstance qui fait l'objet de la x)sych logic métaphysique, consacrée à la solution des problèmes de son existence, de son immatérialité, de son immortalité, de ses rapports avec son corps, avec le monde et avec Dieu. On l'appelle métaphysique, parce qu'on est convenu de réserver à la métaphysique l'étude des réalités profondes, inapparentes et substantielles, qui se dérobent sous les phénomènes, telles la matière et l'âmo. On l'appelle encore psychologie rationnelle, parce qu'en métaphysique c'est la raison, et non l'expérience, qui est appelée à décider.
III. Psychologie scientifique. — Aux yeux du savant, qui ne voit dans la nature que des groupes de phénomènes à observer, à analyser, et à expliquer par des lois, l'âme ne x)eut être que la conscience, ou Vensemble des phénomènes psychiques C'est là l'objet propre de la psychologie scientifique.
Par là. clic se situe entre la psychologie empirique et la psychologie métaphysique. Elle continue la première et |)rc'pare la seconde.
i" Elle se distiiKjite d'abord de la pmjciioloijie empiiiqiie comme un" connaissance de type supérieur $o disliiu/uc d une connaissa)ice de type inférieur ; mieux encore, comme la science se dislingue parLnit de l'empirisme pré^cicnlifhjue. — a) Klle a même objet, puisqu'il s'agit toujours doludjcr des faits humains observables. Sculcmont ces faits sont cxamin«'s de pari et d'autre sous un jour diiï'.'rcnt. parce que pour des buts .lilT'reuts et avec des rurinsili's diiïrronlos. I.e but du nioralislo ou de riitiiuine d'ncliou est avant tout de satisfaire son d<''.>;ir de connaître des hommes, c'est-à dire, des êtres vivants, ses scmblal)I<'s, avec ([iii il est en communauté de sculiments, les seuls qu'il puisse aimer et haïr. Sa curiosité est aliruculée jiar ses inlérêls personnels, curiosité d'artiste, d'homme prallipic, ou, plus simplomcnl encore, de si'crlalcur amusé par le drame de la vie, curiosité de sympathiser et de sentir tout
autant que curiosité de savoir. Au contraire, le savant, comme tel, se désintéresse des hommes et n'obéit qu'à la curiosité de savoir : il veut connaître pour connaître, quelque utilité que puissent par ailleurs présenter ses connaissances. Il n'a donc affaire qu'à des phénomènes ; il envisage simplement les phénomènes psychiques à côté et à la suite des phénomènes physiques, chimiques, mécaniques, etc., dontl'ensemble constitue l'univers scientifique — Parla même, il élargit le domaine de son étude. Tandis que le moraliste est amené par son point de vue à restreindre sa psychologie à l'analyse du cœur humain, c'est-à-dire ne i-etient des trois facultés qui nous constituent, inlelligence, volonté et sensibilité, que la troisième, le psychologue scientifique étend impartialement son intérêt aux trois facultés. Le cœur, ou la sensibilité, nest pour lui que le groupe des « phénomènes affectifs », que rien ne saurait faire prévaloir objectivement sur le groupe des « phénomènes intellectuels » ou sur celui des « phénomènes volitifs ». — 6) Mais surtout il}' a différence de proccrfé^'. Qui dit empirisme, dit absence de méthode, abandon aux hasards de l'e.xpérience telle quelle, observations et réflexions personnelles recueillies à l'aventure. Lascience, aucoiilrair,\ dirigeses recherches selon desprocédés techniques bien définis, et elle tend à exprimer ses résultats dans des lois explicatives, dans des formules abstraites et générales. « 11 n'y a de science que du général», a dit Socrate.le fondateur de la psychologie scientifique. Aussi le premier besoin de la science en face de l'empirisme est il, avynt de le dépasser, de recueillir ses résultats, de les critiquer et vérifier, de les ordonner et de les systématiser en un corps de vérités impersonnelles. Ainsi donc, en psychologie comme partout, l'empirisme ne saurait être que le point de départ de la science. .\ ce point de vue, toute la psychologie empirique, amoncelée dans les littératures, constitue une des meilleures préparations à la psychologie scientifique Mais les deux psycliologies restent d'ordre différent. Il convient de demander à chacune ce qui est de sa compétence; à la première la connaissance du cœur humain, à la seconde les lois des faits psychiques. Ce n'est point Racine ni Shakespeare qui nous instruiront sur le mécanisme de l'association des idées, du jugement, ou de l'abstraction; mais l'on ne saurait non plus reprochera Descartes de n'avoir écrit ni Phèdre ni Othello. On entend parfois dire qu « il y a plus de psychologie dans tel roman ou tel drame que dans tons les traités classiques ». Non, pas plus, mais une autre psychologie.
2° C'est avant tout par leurs objets que différent la psychologie scientifique et la psychologie métaphysique, visant, l'une l'en deçà, Vautre l'au delà de l'expérience psychologique, l'une les phénomènes, l'autre lcur siibstance. De même que la cosmologie rationnelle, ou métaphysique de la matière, est l'au delà de la physique empirique et de la physique scientifique, de même la psychologie rationnelle, ou métaphysique de l'âme, est l'au delà de la psychologie empirique et de la psychologie scientifique. Mais cette différence ne crée ni une opposition ni un conflit : la science ne supplée pas à la métaphysique, et elle ne la supprime pas; elle lui prépare ses problèmes et s'aide de leurs solutions. Toute science probe et sincère se reconnaît à ce signe qu'elle force un assentiment universel à ses résultats positifs et prouvés, et les impose aux métaphysiques les plus contradictnires. De même qu'il n'y a pas deux physiques scientifiques, une pour les mécanistes et une pour les dynamistes, cependant divisés
k propos de la nature mélaplivsique de la matière, de même il ne saurait y avoir deux psvcliologies scionliQques, une pour les spirilualisLcs, et tme pour les matérialistes, malgré l'opposition irréductible de ces métaphysiciens sur la question de la nature de l'âme. Toute psychologie métaph,v^i'lue prend nécessairement pour matière les données et les résultats de la psychologie scientiflque, et se propose d'en rendre raison. Elle commence la où. celle-ci finit, et la continue sur un plan nouveau.
IV. Possibilité de la psycholoyie scientifique. — ^ous venons d'esquisser le programme de la science en psychologie. Ce programme est-il réalisable, et peut-on espérer ici dépasser le stade de l'empirisme ? On en a souvent douté. Auguste Comte, et à sa suite les positivistes, ont rayé la psychologie du nombre des sciences, disant que la vraie science de l'homme est à demander soit à la phys ologie, soit à la sociologie, l'observation scientiflque ne pouvant atteindre l'homme que dans son corps et dans la société où il pense et agit. Là seulement, disent-ils, on découvre les éléments indispensables à une vraie science, à savoir tm objet déterminable, des méthodes précises et des lois certaines. Au contraire, qui analyse immédiatement l'âme se condamne à des descriptions indéfinies qui relèvent de la littérature, et ne trouvera jamais l'objet scientifique, les méthodes scientifiques, ni enfin les lois scientifiques qui pourraient seuls constituer une véritable psychologie scientifique.
L'examen de cette très sérieuse objection nous force à préciser de plus près la nature de la psychologie, c'est-à-dire à .iétcrminor les caractères 1. de son objet, 2. de sa méthode et 3. le ses lois.