‹ PsychologieChapitre 4 sur 107 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Objet brut et objet scientifique. — Toute science, avons-nous dit, reçoit son objet de i'exijcrience. .Mais il y a lieu de distinguer une expérience brute et une expérience élaborée. Par la première, on entend les données expérimentales telles quelles, antérieurement à toute interprétation par l'intelligence; c'est une expérience préscienlifique, et même préempirique. La seconde est laite de ces mêmes données déjà comprises et formulées par Tintelligence, qui se les exprime comme elle les perçoit, en les inlormant de ses concepts. La chute d'une pierre, par exemple, doit être sensiblement la même pour quiconque a des ^eux, pour un chien, un chat, un enl'anl. un ignorant, un savant. Mais déjà un enfant et un ignorante voient ce que ni le chien ni le chat n'y voient, car ils ont les concepts de pierre, de terre, d'espace, de temps et de chute, que le chien et le chat n'ont pas. Le savant, à son tour, discerne ce que l'enfant et l'ignorant ne discernent pas, à savoir les points de vue que sont la masse et la densité du corps qui tombe, sa vitesse initiale, l'accéléi'ation de cette vitesse, son rapport aux espaces parcourus et aux temps mis a les parcourir, la résistance des milieux, enfin les mesures mathématiques de ces éléments : tout cela grâce à un lot de concepts scientifiques appropriés. On voit ainsi comment on passe de l'expérience brute a l'expérience empirique d'abord, puis à l'expérience scientifique. — Celte observation a immédiatement son application en psychologie. Ici encore, iiy a lieu de distinguer un objet brut, constitué parles données immédiates de l'expérience psychologique. Cet objet brut, dès qu'on le perçoit et l'exprime à laide des vocabulaires empirique ou scientifique, devient un objet empirique et scientifique, l'ensemble des phénomènes psychologiques, tels que nous avons riiabitude de les percevoir et de les penser soit dans la vie soit dans la science.

Nous allons donc successivement 1° déterminer l'objet brut de la psychologie ; 2° voir comment il s'élabore en objet scientifique.

Article I. — L'objet brut.

Les données immédiates de la conscience.

Il faut d'abord "nous bien pénétrer de l'objet brut de notre science, et par là prendre possession de son domaine matériel.

Effort sinsTulier et presque paradoxal, que les autres sciences ne demandent pas. mais que la psychologie exige. C'est que, si nos sens sont spontanément ouverts sur le monde extérieur, nous sommes moins naturellement orientés vers le monde intérieur, qu'il nous faut en vérité découvrir et redécouvrir sans cesse. Effort difificile, en outre, parce qu'il ne s'agit pas seulement de rentrer en soi-même, mais encore de saisir à même l'en dedans de nos phénomènes psychologiques, de pratiquer le retour à l'intuition immédiate de leur réalité essentielle. C'a été le but constant delà psychologie la plus moderne, avec W. James et M. Bergson, de souligner de ce point de vue les caractères généraux de la vie psychologique, antérieurement à toute élaboration empirique et scientilique. Esquissons, à la lumière de leurs analyses, les principaux de ces caractères.

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