LIVRE III L'INTELLIGENCE OU LA VIE COGNITiVE
I. Multiplicité des connaissances — Far intelligence, au sens large du mot, on entend Vensemble des fonctions de connaissance. Dire ce que c'est qu'une connaissance est impossible ; car on ne définit une idée qu'en la rattachant à d'autres idées plus simples, et l'idée de connaissance est ce que nous avons de plus simple ici ; ^n ne saurait la décomposer. Ce n'est pas la définir que de marquer qu'elle suppose un rapport entre un sujet et un objet ; ou encore qu'elle est une assimilation de celui-ci par celui-là. C'est là dégager seulement ses conditions ou ses effets, non sa nature. Partons donc de ce fait ultime que « nous connaissons ».
!N"o^ connaissance?! se diversifient à l'infini. Nous connaissons le monde extérieur et le monde intérieui-, les choses, les rapports, les idées, les sciences, l'histoii'e, etc. Toutes ces connaissances s'accumulent et se succèdent en nous à chaque instant avec une rapidité inouïe, et ne cessent pour ainsi dire de foisonner dans la conscience. Au cours d'une promenade avec un ami, j'ai le temps en dix secondes de voir le paysage, d'entendre cent bruits divers, d'échanger des paroles, d'évoquer des souvenirs, d'associer des images, d'éprouver des impressions, d'émettre ou d'essayer des idées, des jugements, des raisonnements, d'affirmer, de nier, de douter, etc., etc. Le premier travail de la psychologie doit donc être ici de démêler l'entreiûêlement de ces connaissances, d'identifier leurs fonctions et de les classer selon une nomenclature ferme. Ainsi achèvera-t-elle, en ce domaine spécial, l'œuvre nécessaire de la constitution d'un objet scientifique (p. 18).
II. Leur nomenclature. — La nomenclature actuellement reçue range nos connaissances selon un ordre qui est approxi-
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niativement à la fois l'ordre de leur apparition, .soit dau» la série animale, soit dans nne conscience humaine donnée, et l'ordre de leur évolution progrc.s>ive du concret à Tabstrait. D'où la distinction classique des fonctions (Vaequisiiion et des jonctions d'élaboration.
1. Les fonctions d/ acquisition sont celles qui nous mettent directement en rapports avec les deux mondes, extérieur et intérieur, et qui nous font prendre possession de lems données immédiates. Ces doimées sont a) les sensations^ tant externes c^Hnternes, h) y compris celles àl^étenduc et de durée, et c) les résidus de seu-ations. les images. Nous n'avons encore là que de rexpérience hrute.
2. Les fonctions d^élaboration sont celles qui organisent et travaillent comme une matière cette expérience brute. On y distingue, en suivant toujours le même ordre j)rogressif :
a) Les opérations sensitives, dites ainsi parce qu'elles se tiennent encore très près des sens, dont elles élaborent les données en représentations concrètes. Ce sont : V association, ou fonction de liaison des sensations et des images ; Vimagination ou fonction de leurs transformations ; la mémoire, ou fonction de lem" rappel et de leur reconnaissance comme expériencepassées ; la perception^ ou fonction de lem* adaptation à la connaissance d'objets réels. — Toutes ces diverses opérations sensitives se retrouvent tout aussi bien, quoiqu'avec des différences notables, chez les animaux que chez l'homme.
h) Les opérations spécifiquement intellectuelles, qui sont proprement humaines, et dont l'ensemble constitue la pensée abstraite. Ce sont particulièrement : la conception ou fonction de la formation et de la compréhension des idées ; le jugement, ou fonction de la liaison des idées ;le raisonnement, ou fonction de la liaison des jugements ; la croyance, ou fonction d'acceptation des idées, des jugements et des raisonnements comme vrais et objectifs; le langage, ou fonction d'expression de la pensée. Toutes les diverses opérations intellectuelles apparaissent enfin sous la domination de la raison, ou fonction des « principes directeurs de la connaissance ».
Cette nomenclature nous dicte la distribulion des chapitres suivants.