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CHAPITRE X

De temps immémorial on a reconnu l'existence des « cinq sens ». et la psychologie s'est longtemps bornée à classifier leurs qualités respectives. La psycho-physiologie moderne est arrivée, surtout depuis une quarantaine d'années, à élargir sur ce sujet nos connaissances, et à doubler au moins le nombre des sens. Elle a soumis à ses analyses, en particulier, le sens du toucher, si complexe et si riche, et en fait sortir successivement le sens thermique et le groupe des « sensations internes «. Ainsi s'est trouvée confirmée la pensée de Démocrite. qui considérait déjà le toucher comme le sens fondamental, celui qui peut exister sans les autres, sans lequel les autres ne peuvent exister, et dont les autres enfin ne sont que des spécifications. La vue et l'ouïe apparaissent ainsi comme des touchers à distance, l'odorat comme le toucher des parfums, etc. En fait, le toucher est le premier sens que l'on découvre dans la série animale ; les autres s'en différencient à mesure que la vie s'enrichit et doit s'adapter à des conditions nouvelles.

Pour que Von ait le droit d^ affirmer l'existence d'wn sens, il faut, et il suffit, que Von puiss-t lui assigner : 1. un excitant spécial; 2. un organe spécial; 3. U7ie qualité spécifique spécialt. Faisant ici de la psychologie, nous allons avoir à insister sur ce dernier élément ; le:> deux autres reviennent à la physique et à la physioloo-ie. Nous trouvons ainsi, en allant des sens classiques aux sens récemment différenciés :

j Aktiglk I. — Les sens externes

I 1. — Lk (ioii

1. Excitant. — Lf^s particules sapides, dihiées dans la bouche. Un morceau de sucre sec sur la langue sèche ne donne que des seiisations tactiles.

2. Organe. — Les papilles caliciformes, fongiformes et filiformes, qui émergent du nerf gustatif , à la surface et en arrière de la langue.

3. Qualités. — Les saveurs. Leur nombre est illimité. Il est souvent difficile de les dissocier des sensations tactiles et olfactives qui les accompagnent ; ainsi les saveurs dites « piquantes » ou « brûlantes » tiennent ce caractère de sensations tactiles. D'autre part, si l'on garde le nez fermé, bien des saveurs disparaissent, ou semblent s'altérer, alors qu'elles ne font en fait que se purifier. On s'accorde assez à reconnaître quatre saveurs fondamentales, celles de doux, d'amer, d'acide et de salé. Il est impossible de les ordonner en gammes.

Le goût ne paraît avoir que le rôle biologique de nous faire discerner les aliments.

.| 2. — L'odorat

1. Excitant. — Les particules odorantes, émises par certains corps, et entraînées dans l'air inspiré.

2. Organe. — Les houppes du nerf olfactif, qui tapissent une petite partie des muqueuses nasales chez l'homme (le cornet supérieur ) , et une bien plus grande partie chez les quadrupèdes . En effet, les parfums devenant de moins en moins perceptibles à mesure qu'on s'éloigne de leur source, la station droite est défavorable à leur appréhension. D'où la faiblesse de l'odorat chez l'homme (faiblesse plus grande encore, d'après des mesures expérimentales, chez la femme, que les parfums violents impressionnent moins que l'homme). Au contraire nous voyons que les quadrupèdes ne cessent de flairer les objets, toujours à proximité de leur nez ; ils ont l'odorat plus développé, et sans doute plus délicat. Exemple, le chien, dont on a dit qu'il devait se représenter le monde extérieur comme un « continuum d'odeurs » (si tant est que ces qualités inétendues puissent former un continuum quelconque).

3. Qualités. — Les odeurs. Elles sont en nombre indéfini ; aucune classification acceptable n'en a encore été donnée. On les rapporte pratiquement à leur causes, et l'on parle d'odeurs de rose, d'oeillet, etc. Chaque objet paraît avoir la sienne, que les quadrupèdes discernent fort bien, et que nous pouvons, avec de l'application, arriver à reconnaître nous-mêmes. La chimie, en créant des corps nouveaux, crée des odeurs et des parfums nouveaux.

170 COURS 1)I-: PSYCHOLOGIK

L'odorat, se référant au monde extérieur, intervient dans l'orientation de l'animal et dans sa perception de l'espace. Il indique, à qui sait interpréter ses données, la proximité ou l'éloiu^nement des objets odorants, la dii'ection où il faut les cliercher ; d'oti le flair des pistes chez les chiens de chasse :

Mirant, siii- son < deui- ayant philosophé, Conclut que c'est son lièvre.

^ § 3. — L'ouïe

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