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Enfin, et surtout, nous percevons immédiatement la durée

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de nos mouvements fonctionnels et vitaux, dans leurs sensation» cénesthésiques, dans les sensations auditives, et plus généralement dans la conscience du courant de la vie psychique L'expérience de durée est la sensation différentielle et synthétique des successions d'états de conscience, soit affectifs, soit représentatifs.

II. La loi du rythme. — Toute sensation de durée est donc sensation de succession. Par là, elle tend à introduire dans sa matière, qui est toujours un mouvement continu, la discontinuité de ses mesures. La sensation confuse de durée se fait perception distincte de dmée à deux bouts, située entre un avant et un après. Cette perception, comme les autres, obéit à notre besoin de connaître du fini, du déterminé (p. 283), à notre horreur naturelle de l'indéterminé et du fluide. Cela est particulièrement remarquable dans notre connaissance de la durée vitale, qui est celle de mouvements ininterrompus, sans commencement ni fin, et qui est cependant débitée par segments discontinus, grâce à la perception de rythmes. Un rythme est le morcellement d'un mouvement continu en segments égaux, qui se répètent à intervalles égaux et en séries, avec alternance de temps forts et de temps faibles, de pleins et de vides, d'intensifications et de relâchements. Son expérience est celle d'un nombre concret.

Ainsi percevons -nous la durée organique de notre respiration et de notre circulation dans le rythme des inspii'ations et des expirations, d'une part, et des battements du cœur et du pouls, d'autre part. — Nous ne pouvons entendre la succession des déclics d'une horloge sans la cadencer en tic-tac, avec accentuation alternative de^ tics et des tacs, séparés par des intervalles égaux, ou au moins réguliers. De même du galop du cheval, et en général de tous les bruits et de tous les sons qui se veulent prêter à cette mesure concrète. C'est pourquoi le rytlime est un élément naturel de la musique, et môme de la parole. D'oii notre goût inné pour la poésie, avec ses rythmes alternatifs de syllabes fortes et faibles (vers grecs, latins, etc. : ce rythme manque malheureusement à la poésie française), de syllabes à nombre fixe (vers français), de rimes répétées et alternées, etc. Très certainement le rythme est pour beaucoup dans la magie naturelle de la musique et de Ja poésie ; c'est lui <iui a valu à l'ouïe la caractéristique de « sens de la durée », et à hi musique celle d' « art «lu temps >-. — Il se retrouve enfla

partout dans la conscience de notre vie psychique. Dans cellci de notre vie intellectuelle, que nous avons vu se débiter en rythmes d'attention (p. 66). Dans celle de notre vie active, qui se débite en rythmes d'efforts : rythmes des pas dans la marche, des gestes, des coups de marteau du forgeron, des coups de rame du batelier, des coups de fléau du batteur en grange, etc. ; tout travail en commun ne se fait bien que s'il est rythmé. Enfin la danse n'est que l'expression de notre plaisir naturel à cadencer nos mouvements. Et les Grecs ont fort bien défini la vie harmonieuse une « eurythmie ».

Ainsi la loi du rythme domine toutes nos perceptions de durée. De même que nous ne pouvons guère percevoir des points simultanés sans les synthétiser et lier par des lignes virtuelles (p. 200), de même nous ne pouvons guère percevoir des états de conscience successifs sans synthétiser et lier leurs successions dans des rythmes qui les sérient les uns à la suite des autres. La « ligne du temps » sera la figuration naturelle de ces séries à direction constante d'arrière en avant.

III. Théorie intuitionniste de la durée. — De par sa prédileclion pour les données immédiates de la conscience, l'inluitionnisme devait faire un sort particulier à la durée, surtout à la durée vitale, qui est pour lui non seulement la durée pai" excellence, ce qu'elle est bien en réalité, mais encore la seule vraie durée, ce qui est une exagération. Car, à côté de l'intuition de la durée vitale, nous avons l'intuition de la durée des mouvements objectifs, comme nous l'avons dit ; et cette intuition est aussi immédiate et certaine que l'autre : nous sentons durer les phénomènes externes comme nous nous sentons durer.

En outre, l'intuitionnisme conçoit (car c'est un concept) la durée vitale comme une expérience purement qualitative de continuités pures, de transformations sans arrêts, de données perpétuellement hétérogènes ; il se refuse à voir dans la durée une grandeur, et veut que toute détermination quantitative ne lui soit appliquée qu'artificiellement, par « spatialisation », tout comme dans les mesures d'intensité (p. 53). — Mais ces thèses enveloppent d'abord une confusion initiale, la confusion entre la durée et ce qui dure, entre le mouvement et sa mesure. Ce qui dure, c'est en effet la vie avec ses qualités hétérogènes, c'est le mouvement avec ses variations. Mais autre chose est des états de conscience successifs, autre chose le sentiment de leurs successions; et l'expérience de la durée n'est que ceci. — De plus, cette expérience est bien celle d'une grandeur naturelle, qui offre immédiatement du plus et du moins, selon ce qu'en embrasse la perception, et qui s'étale comme un ruban toujours en train de se dérouler. L'expérience universelle des perceptions de rythme montre combien est naturel le morcellement de la dui'ée en segments distincts, et le découpage de ce ruban. Il se fait sans aucune spatialisation ; nous le constatons même chez les animaux, qui n'ont pas l'idée d'espace, et qui se montrent sen-

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sil)Ics aux rvUmies de leur propre vie (tel le chat à celui de son ronron, et tous les animaux à celui de leur marche), et même à nos rvlhmes musicaux. C'est donc d'elle-même que la sensation de durée s'apparait comme une grandeur, ainsi que la sensation d étendue. — Que si les durées successives trouvent chez l'homme leur figuration dans une ligne, c'est parce que cette image est commode cl naturelle; elle symbolise fort bien la direction commune de toutes les durées réelles, et leur homogénéité naturelle. Elles vont toutes d'arrière en avant. Nous n'avons même pas à opérer ici la réduction de durées qualitativement différentes, comme nous avons eu à opérer la réduction de l'étendue visuelle et de l'étendue tactile. La sensibilité différentielle de la durée dégage d'elle-même son « sensible commun », qui se réduit en tout et partout à des successions de phénomènes immédiatement extérieurs les uns aux autres.

I 2. — Différenciation du présent, du passé et de l'avenik

1. Le présent. — La première durée que nous percevions e.st celle de nos états frésenis, c'est-à-dire actuellement vécus, et sentis tandis qu'ils passent. La base de toute conscience de durée est donc le « présent apparent « ou « présent psychologique », qu'il importe de ne pas confondre avec le « présent physique ». Celui-ci n'est que le point mobile qui sépare le passé de l'avenir dans le temps. C'est un instant -limite, qui n'a aucune durée. Celui-là est un instant qui a une durée toujours appréciable. Selon Wundt, elle est normalement de douze secondes environ, s'il s'agit de perceptions distinctes, et peut aller jusqu'à une minute, s'il s'agit de perceptions indistinctes. Pratiquement la longueur maximimi du présent psychologique se mesure à la longueur maximum d'une phrase musicale, ou d'une phrase parlée. Une phrase, en effet, n'est intelligible que pour autant qu'y est possible la synthèse des sons successifs, et qu'on peut tous les réunir dans un état d'aperception unique, oii la phrase est comprise et perçue comme un tout.

Le présent i)sychologique a donc pour limites extrêmes l'état de conscience le plus récent, et l'état de conscience le plus ancien, celui qui se meurt derrière nous et tombe déjà dans le passé. Ainsi le présent, est-il déjà divisible en instants successifs distincts, en autant d'instants distincts qu'il y a de successions distinguées. Le plus court instant semble être de 1/500^ de seconde, puisqu'on distingue encore deux étincelles électriques se succédant à cet intervalle. — Toujours est-il que les états de conscience qui traversent notre présent, passent par des instants qui leur confèrent successivement, au point de vue du sentiment do la durée, le« coefficients prati-

ques d'états qui « passent », puis d'états qui « ne font que de passer », et enfin d'états qui ■< sont passés i. Les premiers appartiennent à la conscience la ohis présente ; les seconds appartiennent à la mémoire immédiate, car on peut encore les saisir avant qu'ils aient disparu ; les derniers vont enrichir la mémoire proprement dite, car ils auront à ressusciter pour réapparaître à la rampe de la conscience.

2. Le passé commence donc au premier état recueilli par la mémoire. C'est la mémoire qui fournit sa matière à la perception du passé ; et celle-ci est riche dans la mesure oii l'est celle-là.

Toutefois, il importe de bien remarquer que la conscience du passé est encore une conscience présente (W. James). En effet, les souvenirs, s'ils sont des représentations de ce qui a été et n'est plus, sont aussi des représentations qui existent pour elles-mêmes, et qui appartiennent au présent psychologique. Ils constituent des états de conscience présents, en qui le passé se projette comme objet à revivre et à repenser. Il n'y a donc aucun rapport entre la durée actuelle que présente la conscience du passé, et la durée passée qu'elle représente

3. Quant à l'avenir, il n'est évidemment l'objet d'aucune sensation présente de durée. Sa conscience psychologique est le fait' de l'imagination, projetant en avant des souvenirs de durée extraits du passé. Il n'est qu'une prévision de durée, plus ou moins accompagnée d'un sentiment d''attente.

I 3. — Appréciation des longueurs de durée

La durée étant une grandeur naturelle, on conçoit tout de suite que nous soyons portés à apprécier et à mesurer cette grandeur selon le^ rapports quantitatifs du grand et du petit, ou i^lutôt du long et du court, puisque la durée prend spontanément la forme d'une série linéaire. — Si naturelles que soient ces appréciations et ces mesures, eUes ne peuvent que se heurter à une difficulté inhérente à leur objet. Car, contrairement aux segments d'étendue, qui sont simultanés, les seg ments de durée sont successifs et perçus l'un après l'autre . il est donc impossible de les juxtaposer, et plus encore de les superposer. On ne pourra jamais comparer que la perception d'un segment au souvenir d'un autre, sinon même deux souvenirs entre eux. De là l'inexactitude inévitable des appréciations directes de durées, oîi l'on ne peut qu'éprouver une im-

pression subjective de grandeur sans mètre. De là, en outre, le besoin de mesures indirectes, où l'artifice consiste à trouver des mètres pratiques.

I. Appréciations directes. — Il est d'expérience commune que nous trouvons le temps plus ou moins long, sans nous rapporter à ses mesures objectives. Nous parlons de * minutes qui durent des siècles » et de « la vie qui passe comme un jour ». Sur quoi se fondent ces appréciations subjectives ? il faut distinguer ici 1 appréciation du présent et l'appréciation du passé.

1 . Appréciation du présent. — C'est surtout en fonction du désir que nous mesurons le temps qui passe : nous trouvons ce temps court quand nous désirons qu'il se prolonge, et nous le trouvons long quand nous désirons qu'il se raccourcisse . Un temps occupé à des occupations agréables et intéressantes est toujourstrop court; il passe « sans qu'on s'en aperçoive » ; on voudrait « arrêter Ihorloge » quand on est dans la fièvre du jeu et de l'action; Theure qui sonne fait dire» déjà ». (La crainte dun avenir désagréable produit ici le même effet que la jouissance dun présent agréable : les minutes qui précèdent une épreuve redoutée, examen à passer ou algarade à recevoir, passent très vite, à moins que le désagrément de l'attente ne les fasse paraître longues.) Par contre, le temps passé à s'ennuyer, a travailler à contre-cœur, à faire anlichamln'e, etc., parait effroyablement long; on voudrait alors « pousser les aiguilles de l'horloge » ; et l'heure qui sonne fait dire « seulement? » Le désir agit alors en nous comme une force qui nous tend vers l'avenir et qui voudrait en divancer l'avènement. La conscience n'est faite que de déceptions et d'élans qui alternent et s'accumulent, c'est-à-dire de désirs frustrés. Selon un poète, si Ion confiait au désir le soin de dévider le fil de nos jours, il en éfiuiserait l'écheveau en quelques minutes.

Par l'action du désir s'explique ce fait, bien connu, que le même trajet de Paris à Orléans paraîtra plus long si l'on s arrête à Orléans, que si l'on continue jusqu'à Bordeaux. Dans le premier cas, le désir se fixe sur l'arrivée à Orléans, et on s'ennuie dès Clioisy; dans le second, il se fixe sur Bordeaux et l'on se résigne à attendre. Si bien que cette fois l'on trouve à peine le temps plus long de Paris à Orléans que la première fois de Paris à Clioisy.

2. Appréciation du passé. — C'est surtout on fonction de sa ricbesse eu représentations et en souvenirs que nous mesurons le temps passé. Ses périodes sont longues en proportion de leur contenu. Ainsi un jour de voyage, qui réapparaît sous la forme de souvenirs d'excursions et d'expériences variées, parait bien autrement long que trois r-o-i de maladie, qui ne restent pour ainsi dire que comme une date dans la :uusciencc. et ne lui représentent plus qu'un intervalle vide.

L'on comprend donc que les années vécues paraissent plus longues à l'enfant qu'au vieillard: elles sont pour le premier autrement riches en souvenirs que pour le second. Selon Paul Janel. la durée apparente d'un segment de la vie écoulée serait proportionnelle à la durée totale de celte vie : une année pour un jeune hnmme de vingt ans serait le vingtième de sa vie, pour un homme de cinquante elle ne serait que le cinquantième. La repr.'sentation de la vie passée s'étalerait perspertivement dans un champ d étendue sensiblement constante ; c'est un fait que

LE MOUVEMENT. L'ESPAGK ET LE TEMPS îiS

le vieillard ne trouve pas son passé de vieillard sensiblement plus long, qu'enfant il ne trouvait long son passé d'enfant. C'est que la mémoire a une amplitude assez constante : elle ne s'enrichit guèi'c de souvenirs nouveaux quen s'appauvrissant de souvenirs anciens. Peut-être même chez le vieillard s'appauvrit-elle plus vite qu'elle ne répare ses perles, les expériences nouvelles n'étant plus que des expériences habituelles qui laissent peu de souvenirs individuels ; d'où le raccourcissement rétrospectif du passé, si sensible chez les vieillards.

3. Anomalies. — Si maintenant, l'on rapproche l'une de l'autre ces deux appréciations subjectives de la durée, on comprend certaines anomalies.

a) En général, le temps qui a paru le plus court, tandis qu'il passait, paraît le plus long quand il est passé; précisément parce qu'il est fait d'expériences agréables, qui n'ont pas donné à la conscience présente le sentiment de la fuite des heures, et qui ont laissé à la mémoire une série importante de souvenirs pour étoffer l'intervalle évoqué. Inversement, les intervalles trouvés longs, quand on les a vécus, réapparaissent généralement comme des intervalles vides, et que révèle à peu près seule leur date : témoin les heures d'antichambre et les mois de maladie.

6) D'autre part, quand nous nous interrogeons sur la durée d'un segment de vie écoulée, il arrive que nous obtenons des résultats discordants; que, par exemple, nous nous rappelons des heures d'antichambre soit comme fort longues, soit comme fort courtes. Dans le premier cas nous nous rappelons nos mesures d'autrefois, c'est-à-dire le sentiment de longueur que nous éprouvions. Dans le second cas, nous mesurons à même le souvenir des heures, qui ne nous offre que fort peu d'événements distincts. C'est ainsi que des mineurs, perdus sous terre, donc sans aucune appréciation objective du temps, ont déclaré d'abord avoir attendu un temps infini ; puis, quand on leur demandait de pi'éciser ce temps, ont donné à peine le tiers du nombre de jours réels.

c) Le sentiment de la brièveté de la vie, qui diffèi'e tant d'individu à individu, est fait à la fois d'une app4."éciation du passé, raccourci par la mémoire, et d'une appréciation du présent, qui fuit trop vite à notre gré. C'est pourquoi les enfants et les jeunes gens connaissent peu ce sentiment, étant toujours tendus vers l'avenir, et ne mesurant guère le passé. Les vieillards le doivent connaître, qui se replient vers le passé, et ;hez lesquels la crainte de la mort modère le désir de l'avenir.

II. Mesures indirectes. — Les appréciations directes sont évidemment de peu d'utilité pratique. Il n'y a de pratique qu'un mètre, permettant des évaluations et des comparaisons sensiblement exactes. C'est à quoi tendent les mesures indirectes de longueurs de durée. Elles sont de deux types, selon que le mètre est subjectif ou objectif.

1. Mesures subjectives. — Ici le mètre est toujours un rythme connu par expérience personnelle. Nous en avons plusieurs à notre disposition. Tels le rythme de certaines sensations cénesthésiques : de la faim, du sommeil, etc., dont les besoins périodiques font assez bien apprécier le temps écoulé et avertissent de l'heure des repas ou du coucher {temps viscéral des

psycho-physiologistes). Tel encore le rythme de l'effort musculaire : on sent à la fati^'ue qui survient combien de temps l'on a marché ou travaillé (temps musculaire). Tel enfin les rythmes plus pressés de la respiration, des battements du cœur, de la marche, qui peuvent servir à mesurer des intervalles plus comts (temps sensori-moteur).

Des expérimentateurs out essayé de déterminer l'exactitude de ces mesures subjectives (Mach, Wundt, etc.). C'est ainsi qu'ils demandaient à leurs sujets d'apprécier la longueur de temps vides, c'est-à-dire sans représentations. 11 s'agissait alors : 1. de percevoir un intervalle de temps donné, objectivement mesuré; 2. puis de dire quand on avait le sentiment d'un intervalle égal écoulé. Cela revenait donc à comparer une perception à un souvenirimmédiat de durée. En général les sujets appréciaient assez bien des durées d'une seconde, faciles à rapporter aux rythmes de la respiration et du pouls; les intervalles plus petits étaient généralement allongés, et les plus longs raccourcis; sans doute sous l'influence de l'imagination et du d( >ir. fLes plongeurs, au contraire, allongent toujours la perception de la durée de leurs plongées, et pour des raisons analogues.)

2. Mesures objectives. — Evidemment toutes ces mesirres subjectives sont encore bien peu précises ; on n'y recourt que par pis -aller et faute d'autres, comme le font les prisonniers, par exemple. Dans la vie ordinaire, au lieu de rythmes subjectifs, on utilise les rythmes objectifs plus précis de phénomènes familiers, dont les principaux sont d'abord la succession des jours et des nuits ; puis, pendant le jour, la hauteur du soleil et la longueur des ombres (Jani decidunt altis de montihus umhrae, dit le berger de Virgile) ; puis enfin, pendant la nuit, les positions de la Imie et des étoiles, etc. Ainsi nous trouvonsnous amenés naturellement à apprécier toutes les durées en fonction de notre idée du temps, et avec ses mesures objectives, autrement maniables et pratiques que des intuitions subjectives.

I I 4. L'iDKE DU TKMPS

Cette idée, comme celle de l'espace, est une conception de l'esprit ; elle est propre à l'homme; nous n'avons aucune raison de l'attribuer à l'animal. Celui-ci a bien des représentations de durée, présentes et passées, mais de durées concrètes, oii les limites font cori)s avec les états de conscience limités, et ne s'en détachent jias pour être pensées pour elles-mêuies et commedès rapports. A plus forte raison ne les pensc-t-il pas avec les idées d'avant, de pendant et diaprés.

LE MOUVëMI:NT. LIisJPAGE ET LE TEMPS ^15

I. Idée empirique. — L'enfaut paraît avoir beaucoup moins vite l'idée nette du temps que celle de l'espace. Le passé ne se différencie guère pour lui : tout ce qui est passé a facilement eu Lieu « la semaine dernière », ou « hier ». A fortiori n'a-t-il guère l'idée de 1' « avant moi », qui est assez tardive. Quant à l'idée de 1' ;' après moi », son illusion naturelle d'immortalité la lui interdit longtemps. Mais il a très vite les idées à'^avant, d''après et de pendant, qui sont les éléments essentiels de l'idée du temps, faite des rapports d'antériorité, de postériorité et de simultanéité. Dès qu'il peut étendre par l'imagination l'avant à l'infini devant lui, l'après à l'infini derrière lui, il a l'idée empirique intégrale du temps.

Psychologiquement donc, le temps apparaît déjà comme une série Unêaire, comme une ligne que suivent tous les mouvements, toutes les successions, et le long de laquelle nous projetons toutes les durées, les nôtres et celles des choses. Sa mesure comporte un rapprochement de tous les mouvements, objectifs ou subjectifs, et lem' homogénéisation dans ce caractère commun de glissement d'arrière en avant. C'est pourquoi la troisième dimension, ou Ligne de distance, est le schème naturel avec lequel nous pensons le temps. Ainsi, contrairement à ce que pensaient les empiri«tf^s. l'espace nous aide à penser le temps, beaucoup plus que le temps ne nous aide à coustruii'e l'espace.

Pour mesm'er la Ugne du temps, il fallait la considérer dans une dm*ée-type, uniforme et rythmique. La succession périodique des jours et des nuits, des mois, des saisons et des années a doté l'homme de cet étalon de dm-ée ; le mouvement apparent du soleil a fourni les heures : les clepsydres, les chandelles, les sabliers, les horloges, les « chronomètres », ont permis la mesure des intervalles plus petits, jusqu'aux intervalles de minutes, de secondes, et de miUièmes de seconde. Pratiquement donc, à côté de nos appréciations subjectives si imprécises des dm'ées, nous avons tout un système de mesures objectives, dues à la détermination de symboles conventionnels, qui se sont élaborés parallèlement aux progrès de la civilisation et de la science.

II. Idée scientifique. — Cette conception empirique du temps a subi, en vue de fins scientifiques, une élaboration analogue à celle de l'idée d'espace. Le temps fait l'objet de définitions et de conventions; cestainsi qu'on le conçoit comme absolu, alors que tout temps réel, soit solaire, soit sidéral, ou tout autre, est relatif aux mouvements dont il est lu

mesure : comme uniforme, alors qu'un temps réellement uniforme ne saurait se démontrer sans pétition de principe, puisqu'il postule l'uniformité de son propre mouvement : comme infini, alors que l'expérience ne peut donner que des temps finis, indéfiniment prolongeables par l'imagination; comme vide, c'est-à-dire indépendant de tout mouvement, ce qui est contraire à toute expérience. Le temps scientifique n'est donc qu'un temps abstrait, créé par la pensée pour la pensée. — D'où l'effort naturel des philosophes pour restaurer la réalité du temps expérimental dans une idée métaphysique.

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