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LA MÉMOIRE 2S

Mémoires visuelle, auditive, tactile, motrice, gustative, olfactive, etc. La classification que nous avons donnée des images est également une classification des mémoires sensorielles (p, 218).

2. La mémoire affective, ou des images affectives, dont nous avons également .établi l'existence (p. 219). C'est la « mémoire du cœur «.

3. La mémoire intellectiidle, ou des idées, des jugeçients et des raisonnements, sur laquelle il nous faut insister. En effet, on ne la méconnaît que trop souvent, par suite de l'habitude empiriste de confondi'e idée et représentation, habitude injustifiable, nous le verrons (p. 364). Si je me rappelle une conversation dans son texte même, c'est (en partie) par mémoire auditive ; si je n'en ai retenu que le sens, il n'y a que mémoire intellectuelle. De même pour la mémoire des lectures, des sciences, etc., et en général pour toutes les mémoires dites intelligentes.

L'importance de cette mémoire intellectuelle ne saurait être exagérée. Et il convient d'ajouter aux types des mémoires visuelle, auditive, motrice, etc., le type de la mémoire intellectuelle. n prime évidenmient chez les philosophes, les savants, etc., qui pensent infiniment plus qu'ils ne représentent. C'est pourquoi Galton les trouve moins Imaginatifs, moins bons visualisateurs, etc., que les gens du peuple. De plus, la mémoire intellectuelle pénètre normalement toutes les autres mémoires, que l'on ne trouverait guère à l'état pur, sinon chez les animaux. Car les hommes, ceux même qui pensent le moins, ne cessent d'incorporer des concepts à leurs expériences sensorielles, ce qui leur permet de les exprimer immédiatement dans le langage, dont les mots ne sont que des enveloppes de concepts. Et ils se rappellent ces expériences comme ils les ont perçues, c'est-à-dire conceptua- Usées et intellectuaUsées. Ainsi la mémoire auditive d'une conversation ne va pas sans la mémoire intellectuelle de son sens ; de même avons-nous dû souHgner la mémoire intellectuelle des émotions, etc. Enfin toute mémoire chez l'homme tend à s'étaier dans la perspective intellectuelle du temps, perspective qui manque aux animaux, et qui chez nous pénètre et intellectuahse tout souvenir complet.

Nous allons maintenant examiner pour toutes ces mémoires les cinq fonctions qui définissent lem' jeu.

Article II. — La fixation des souvenirs.

Tous les souvenirs, quels qu'ils soient, dérivent d'un premier acte de connaissance, dont ils ne sont que le renouvellement.

Us sont d;inc à considérer psycho-physiologiquement comme des hal)itudes. La « fixation des souvenirs » n'est qu'im cas de r « acquisition des habitudes )^, dont nous n'avons ici qu'à rappeler et vérifier les lois (p. 83).

I. La répétition des expériences n'est pas plus indispensable pour l'acquisition des souvenirs que pour l'acquisition des autres habitudes. En fait, une seule expérience suffit pour nombre de nos souvenii'S, qui, d'avoir été enregistrés une seule fois, possèdent quelque aptitude à réapparaître tôt ou tard.

II. Facteur physiologique. — Toute mémoire suppose une plasticité organique originelle des tissus nerveux, qui lui constitue ses coefficients de facilité et de ténacité. C'est d'après ces coefficients, qui varient beaucoup d'individu à individu, qu'on la définit empii'iquement. L'idéal d'une « bonne mémoire » serait celle qui retiendrait immédiatement et pour toujours, sans avoir à utiliser les mécanismes de répétition et d'association. Cet idéal se trouve plus ou moins réalisé dans les « mémoires absvirdes », et quasi miraculeuses, d'horaires de chemins de fer, de généalogies compliquées, de dictionnaires, etc. En général, nous avons tous plus ou moins de cette mémoire absm'de, c'està-dire plus ou moins de facilité, plus ou moins de ténacité ; et assez souvent une ténacité en raison inverse de la facilité.

Si l'on en croit W. James, ces coefficients physiologiques de la mémoire seraient à peu près invariables (sauf variations de santé) de l'enfance à la vieillesse. Ce qui est contraire à l'opinion reçue, qui veut qu'au contraire la mémoire baisse progressivement avec l'âge, comme la plasticité organique des tissus. Mais, que le facteur j)hysio logique soit invariable, ou qu'il subisse des oscillations, cela ne décide point du sort de la mémoire, que nous voyons s'améliorer par la culture du facteur psychologique et par l'exercice.

III. Facteur psychologique. — Ici intervient le rôle de l'attention et de ses coefficients d'intérêt (p. 71). Ainsi un souvenir se fixe proportionnellement à :

1. Sa vivacité. On n'oublie guère les grands événements auxquels on a assisté, incendies, batailles, cérémonies nouvelles ou exceptionnelles, etc. Benvenuto Cellini conte qu'ayant vu (ou cru voir) tout enfant une salamandre dans le feu, son grand-père bii donna immédiatement un grand soufflet, pom- l'empêcher

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