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d'oublier un événement aussi heui-eux, ainsi dot>é artificiellement d'une vivacité sui^plémentaire.
2. Son rapport aux tendances, soit instinctives, soit acquises. La mémoire dépend de la curiosité et de tout ce qui l'attii-e. Tel paresseux oublie vite ses leçons, et retient tout ce qui concerne ses plaisii's. Les gens de métier ont tous une assez bonne mémoire pour ce qui est de leur métier, etc.
3. Son rapport avec le cotitenu de la conscience. Toute expérience qui ne trouve pas place dans nos occupations et nos préoccupations actuelles est immédiatement perdue. ISTous manquons sans cesse à nous enrichir de souvenii's, distraits que nous sommes par ce qui nous absorbe. Les grands attentifs traversent la vie en véritables somnambules, tout entiers à leurs méditations, et ne retiennent à peu près rien de ce qu'ils voient ou entendent, là précisément où un mondain désœuvré trouve matière à alimenter d'interminables chroniques de toilettes, de potins, de faits divers, etc.
IV. Facteur de l' exercice. — Le souvenir, comme l'habitude, est soumis à la loi de l'usage et du non-usage. L'exercice, qui ne le crée point, le fortifie et l'empêche incessamment de disiDaraître.
Il le fait en utilisant le double mécanisme de la répétition et de l'association. La répétition et l'association ont le double résultat de fixer et de multipUer les voies nerveuses, conditions physiologiques du souvenir, et d'intégrer celui-ci à la vie de la conscience. Ce qu'on n'a vu qu'une fois, et isolé, risque de se perdre; ce qu'on a vu cent fois, et toujom's parmi les associations nouvelles, se fixe. C'est pourquoi le « bourrage » et le « chauffage « ne créent qu'une mémoire de quelques jom-s ou de quelques hem'es, qui tend d'elle-même à l'oubh. — L'association sm'tout joue un grand rôle, en particuUer dans la mémoù-e intellectuelle. Si les sensations et les images peuvent encore être retenues pour elles-mêmes, et comme états de conscience isolés, elles gagnent déjà à être retenues en groupes, à former des synthèses d'associés. Mais la synthèse par association est pour ainsi dire une loi dès qu'il s'agit des idées ; car les idées n'existent guère qu'incorporées à des systèmes cohérents de représentations et de rapports. Aussi l'association doit-elle seconder la répétition et l'accompagner.
C'est donc surtout par l'association qu'il faut chercher à améliorer la mémoire. On y recourt spontanément quand on
fait un nœud à son mouchoir, pour ne pas oublier une commis Bion. On y recourt artificiellement quand on pratique une mnémotechnie ; car toute mnémotechnie n'est qu'un procédé pour associer des souvenirs sans lien naturel à une trame qui les systématiscj de façon que cette trame les porte et les fixe dans la mémoire. C'est ainsi que les vers nmémotechniques conservent des dates, des noms géocrraphiques, des formules, etc. Toute science enseisnée enfin n'est qu'une sorte de mémoire ration nelle et méthodique, où les principes s'attachent leurs consè quences ; et l'ordi'e d'un livre est autant un artisan de mémoire qu'un artisan de clarté. L'art de se souvenii- est donc surtout l'art d'associer ; nous avons tous inconsciemment de ces systèmes de concepts qui nous servent à assimiler et à retenir tous les souvenirs que nous tenons à sauver de l'oubli. Tels ceux du marchand avec ses listes de prix, du chimiste avec ses formules, de l'historien avec ses synchronismes, etc.
Corollaires pédagogiques. — La pédagogie expérimentale, pendant ces quarante dernières années, a beaucoup étudié les problèmes de la mémoire et des procédés de mémorisation (Binet, Ebbingliaus, etc.). Voici quelques-unes de ses conclusions les plus intéressantes.
I. Sur le rappokt de i.â mémoire et ue l'intelligence. — « Tout le monde se plaint de sa mémoire et personne de son jugement y, dit La Rochefoucault ; ce qui crée un préjugé défavorable à la bonne mémoire. En moyenne et normalement, il y a cependant proportionnalité entre l'intolligence et la mémoire : les grands génies, Aristote. Leibnitz, Goethe, Napoléon, etc., avaient des mémoires exceptionnelles. Inversement les idiots et les imbéciles ont une mémoire déficiente. Et cela est naturel : l'intelligence a besoin pour s'exercer de matériaux suffisants, que lui procure précisément la mémoire. L'on est donc autorisé à s'en plaindre quand elle manque à cet office. Exceptionnellement, on rencontre de grandes mémoires au service de petites intelligences, auxquelles elles nuisent alors. Car elles les dispensent d'effort, .en leuç fournissant sur tout des idées reçues, qui favorisent à la fois leur paresse et leur vanité.
II. Sur les puockdés pratujues de mémorisation. — a. Chomr les temps de plus grande fraîcheur cérébrale, qui sont évidemment l'enfance et la jeunesse, par rapport à la vie, et le malin, pîu* rapport à la journée. Le travail du soir est contre-indiqué, à cause de l'accumulation de fatigue qui l'accompagne.
b. Appliquer la loi des habitudes sur l'alternance des exercices et des repos (p. 85). L'expérience prouve qu'on obtient le meilleur rendement avec des séances de mémorisation active d'un quart d'heure, suivies de repos (ou, ce qui revient au même, de travaux diiïérenfs). La mémorisation continue du « rhaiilTai:e » est reniarquable pur le grand surmenage qu'elle entraîne, et le peu de résultats qu'elle donne. L'étude des