‹ PsychologieChapitre 49 sur 107 · I. — Les sensations dans la perception · texte numérisé non relu

I. — Les sensations dans la perception

Toute perception est toujours premièrement à base de qualités sensibles. Ce sont ces qualités qui lui font sa réalité et son objectivité, et qui lui valent d'être un état fort, tendant de luimême à se ranger dans le monde extérieur.

I. Prééminence des sensations tactiles. — Nous avons vu (p. 164) que, parmi les qualités sensibles, les plus représentatives, c'est-à-dire les tactiles et les visuelles, ont le privilège à peu près exclusif de la réalité extérieure, ce qui fait que nous vivons pratiquement dans un monde tactilo -visuel. C'est pourquoi les objets de la perception externe sont en effet des volumes tactilo -visuels. Une orange est avant tout une forme ronde, résistante et colorée, c'est-à-dire ce que nous disent d'elles la vue et le toucher. Ce que nous en disent nos autres sens externes est spontanément traité comme moins réel, comme subjectif, et comme accessoire à l'objet, qui n'est pas constitué de qualités sonores, olfactives et gustatives, mais n'apparaît que comme leur cause et leur source à l'occasion. Les objets qui manquent à nous donner des impressions tactiles et visuelles constantes sont à peine des objets pour nous. Tels les liquides, et surtout les, gaz. L'eau n'existe guère pour nous que sous forme de masses, d'étang, de fleuve, etc., oti elle prend figure de volumes. L'air et le vent doivent être des réalités singulièrement mystérieuses pour

les nninirtnx. si même ce sont pour eux des réalités distinctes des impressions subjectives qu'ils en ont.

D'autre part, il y a concurrence pour le privilège de réalité et d'objectivité entre les sensations tactiles et les sensations visuelles. Ce sont toujoui's les premières qui l'emportent, et, parmi elles, les sensations de la main. C'est la main qui nou9 donne la vraie mesure de nos objets familiers, de leur étendue, de leur grandeur et de leur forme. En cas de conflit, c'est toujours elle qui a raison. Elle a raison contre l'œil : un relief qu'il perçoit n'est réel que si elle le peut vérifier. Elle a raison même contre les autres sensations tactiles : l'alvéole d'une dent arrachée paraît immense à la langue et petite au doigt, c'est la langue qui a tort ; la cavité de la bouche est ressentie comme une caverne indéfinie, le doigt la ramène à ses justes proportions. Seule la main n'a jamais tort : « Je croirai quand j'aurai mis mes doigts dans ses plaies », dit l'apôtre saint Thomas. Nous agissons comme si tous nos sens étaient capables d'illusions et d'hallucinations, sauf la main. C'est la « sensation manuelle » qui est le dernier mètre des choses.

II. Rôle pratique des sensations visuelles. (W. James.) — Mais ce mètre excellent a rinconvi-nient de nélre pas le plus pratique. Toute sensation tactile se fait par contact et superposition, ce qui est sûr, mais ne se rép'ile pas à volonté ; au contraire les sensations visuelles, se faisant à dislance, se répètcnl beaucoup plus et s'obtiennent à tout instant. Le toucher à distance qu'est la vue retrouve de ce fait l'avantage sur le toucher immédiat. Aussi bien vivons-nous nalurelloment dans un monde d'objets visibles. Il importe donc que la main et l'œil s'entendent, et que celle-là délègue à celui-ci ses fonctions vérificatrices. Cela se fait par la sélection d'une sensation visuelle privilégiée, conçue comme superposable, virtuellement au moins, à la sensation manuelle, et étalonnée désormais de ce chef comme vraie représentation. Celle sélection se fait par le discernement spontané d'une représentation visuelle-type parmi les mille représentations visuelles que nous pouvons obtenir d'un objet, selon que varient sa dislance de noire œil, ses positions, les circonstances d'éclairage, etc. La sensation choisie est celle qui a lieu :

il. A une dis tance -type, la dislance de vision distincte. Plus près, on voit n plus grand que nalure » ; plus loin, « plus petit que nature ». Kn réalité toutes les sensations visuelles sont aussi << nature » les unes que les aiilres. Mais un décret inconscionl nous fait faire correspondre la nalure de l'objet, c'est-à-dire sa réalité tactile, avec la sensation visuelle qu il donne à la dislance-lype.

b. /)au>i une pnsilion-lype. La vraie représentation d'un objet est celle qu'il donne quand il est vu de friuil ; les autres ne sont que des « déformations I) Ait perspective, bonnes à éliminer ou à rootilier.

c. Avec des dimensions-types, celles qu'il a quand il csl vu à bonne dis-

lance et dans une bonne pi»sition. xXous acceptons alors la coïncidence des dimensions visuelles et des dimensions tactiles.

d. Avec des couleurs types, celles qu'il a en pleine lumière de midi. L'ombre et les lumières lai blés ou artificielles passent pour fausser les couleurs réelles.

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