‹ PsychologieChapitre 50 sur 107 · II. — Les images dans la perception · texte numérisé non relu

II. — Les images dans la perception

I. Leur intervention. — Il semble paradoxal d'affirmer la présence d'images dans la perception ; car c'est mi lieu commun d'opposer l'imagination et la perception. Cependant rien n'est plus vrai ni plus facile à prouver que ce paradoxe. — Deux hommes entendent im troisième qui parle une langue étrangère, l'un la comprenant et l'autre ne la comprenant pas : tous deux ont vraisemblablement les mêmes sensations auditives. Mais chez l'un ces sensations resteront nues, si tant est qu'elles ne se groupent pas dans la perception d'un charabia confus ; chez l'autre elles se couleront à mesure dans les souvenirs des mots, qui sont perçus sans hésitation, parce que connus d'avance. Et il est à peu près impossible à ce dernier de discerner dans sa perception la sensation de l'image, tant les deux sont bien synthétisées. — De même en face d'ime image -devinette représentant à volonté un bois et un voleur, on voit ce qu'on imagine : l'un le bois, l'autre le voleur. Cependant les sensations sont encore les mêmes dans les deux visions ; seules sont différentes les images. — Ainsi encore en face d'une même page hnprimée. un enfant qui ne sait pas lire ne voit que du noir sur du blanc, c'est-à-dire n'a guère que des sensations ; un enfant qui épèle voit des lettres ; le maître voit des mots. Il nous faut faire effort pour expulser l'image du mot et ne voir que la lettre, et un plus grand effort encore pour ne plus voir la lettre, mais seulement un graphisme noir.

Pour un homme fait il y a presque impossibilité d'obtenii des sensations pures de toute image. Ainsi percevons-nous notre univers habituel à l'aide d'images qui sont au moins de moitié, et probablement plus encore, dans nos perceptions. C'est ce qui nous permet de ne voir qu'à moitié, l'imagination suppléant le reste. D'un coup d'oeil nous percevons une salle, une rue, etc. : parce que les images se précipitent au-devant des sensations pour achever instantanément la représentation.

II. Leurs espèces. — On distingue ici les images constitutives, qui servent à établir l'identité de l'objet perçu, et les images

additionnelles, qui s'ajoutent à la perception elle-même sans ea. constituer l'objet, parce qu'elles sont d'autre nature que la sensation qu'il donne. Comme exemple d'images additionnelles, on peut citer le nom de l'objet, évoqué à sa vue, le sentiment de vertige avec sensations viscérales qui accompagne la vue d'un précipice, etc.

Ce sont surtout les images constitutives qui sont intéressantes. Elles sont de deux sortes, génériques ou individuelles (p. 232), selon qu'elles nous donnent la notion d'une classe d'objets ou celle d'un objet en particulier. C'est ainsi que, voyant un troupeau de moutons, nous n'aurons guère que la perception d'un même type de mouton répété à l'infini. Seul le berger a des images individuelles de ses moutons, par quoi il les reconnaît un à im. Nous nous en tenons le plus souvent aux images génériques des choses ; ce qui nous fait dire, par exemi^le, que « rien ne ressemble à un nègre comme im nègi-e «. îfous n'en venons aux images individuelles que pom* les gens et les objets familiers, dont il importe que nous ayons une connaissance précise. A ce point de vue, l'on peut dire que la connaissance de l'individuel nous coûte plus que la connaissance du général, par tout le travail d'enrichissement de la représentation qu'elle comporte. D'oii l'effort de l'artiste, qui doit créer des individus, exprimer des réalités vivantes, et non des représentations schématiques.

III. Leur classement. — Tout ce que nous avons dit du classement des sensations dans la perception vaut a fortiori pour les images, qui viennent si souvent les y doubler. Sous l'influence permanente de l'attention, tant lors de leur acquisition que lors de leur exercice, les images les plus objectives prennent le pas sur les images subjectives, l'image manuelle sur toutes les autres, et l'image visuelle-type se dégage avec sa forme plus ou moins schématisée qui sert d'étalon ne varietur des objets. C'est elle surtout qui permet de les reconnaître, c'est-à-dire de les identilicr, au besoin en notant les différences dont elle seule encore l)ermet de juger.

Physiologiquement ces images, comme d'ailleurs les idées dont nous allons parler, et qui jouent un rôle analogue, sont à concevoir comme de véritables habitudes, d'autant plus tenaces qu'elles servent plus souvent, et auxquelles correspondent, comme à toutes les habitudes, des voies n^'iveuses appropriées.

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