‹ PsychologieChapitre 52 sur 107 · I. — Évocation des images et des idées · texte numérisé non relu

I. — Évocation des images et des idées

I. Son mécanisme. — Cette évocation se fait par une association simultanée, qui permet une rédintégration complète du tout dont la sensation dormée n'est qu'une partie. C'est donc cette sensation qui est le primum movens de l'association. Ce peut être une association de contiguïté ; comme c'est le cas pour les perceptions intellectuelles des mots, qui ne vont guère sans leur sens, dont Us sont pour ainsi dire inséparables. Ce peut être également une association par ressemblance; comme il arrive généralement dans les perceptions des objets familiers de notre univers habituel, ce qui provoque le processus de reconnaissance. La ressemblance, d'aiDeurs, n'a pas besoin d'être totale ; la moindre ressemblance partielle suffit souvent à la reconnaissance d'un objet ; je reconnais Pierre ou Paul assis comme debout, de trois quarts comme de face, de loin comme de près, grâce à quelque détail de la sensation : ligne, couleur, etc., qui fait surgir immédiatement toute l'image.

Physiologiquement, la rédintégration dans la perception s'explique par l'irradiation du processus nerveux de la sensation dans les voies nerveuses affectées aux images ou aux idées, ce qui fait surgir celles-ci instantanément. Dans les cas de ressemblance, au moins de ressemblance totale, il n'y a même pas irradiation, la même voie nerveuse qui sert à l'expérience présente ayant déjà servi à l'expérience passée. Ce qui explique à la fois comment il est impossible de percevoir et d'imaginer séparément un même objet, et comment sa perception ne peut pas ne pas être une imagination, et suppléer aux insuffisances de la sensation par la suffisance de l'image qui la complète et la précise.

II. Les préperceptions. — Un cas privilégié de rédintégration perceptive est celui où l'image où l'idée sont, pour ainsi parler, toutes préparées d'avance, et s'offrent d'elles-mêmes à l'évocation, qui se fait alors sur le moindre prétexte sensoriel. Physiologiquement, on peut dire que les voies nerveuses de cette image ou de cette idée sont déjà en activité, ou au moins en sous-activité, et ne demandent qu'un léger supplément d'excitation pour fonctionner à plein. C'est ce qui arrive souvent dans les cas de vision marginale, oùlon regarde sans accommoder (vision chère aux curieux, aux surveillants d'étude, aux femmes, à tous ceux qui regardent sans en avoir l'air). La sensation marginale est trop faible pour donner une représentation distincte; mais si Ion connaît d'avance celui que l'on observe ainsi à la dérobée, son image donne du corps à cette sensation, et permet d'en obtenir des renseignements utiles. C'est ce qui arrive également, et plus encore, dans les cas ^.'attention expectante : on entend facilement sonner l'heure quand on s'attend à l'entendre sonner ; on reconnaît de loin ceux que l'on cherche; dans les conférences avec projections, le conférencier ne manque guère de prévenir ses auditeurs de ce qu ils ont à voir; ce qui Ipiir en facilite la perception. C'est qui ce arrive enfin dans tous les cas d'obsession : le pt^ureiix voit des bandits dans tous les buissons, le chasseur énervé des lièvres derrière chaque motte de terre, le frileux sent partout des courants d'air, etc. — Evidemment les préperceptions excellent à engendrer des illusions.

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