II. Fonctions d'action
1° Sensible : inclination, passion, émotion ; 2° Intellectuelle : volonté libre.
En somme donc, deux facultés, l'intelligence et la volonté, celle-ci contenant ce qui sera plus tard la sensibilité.
Descartes, réagissant ici comme partout contre l'aristoté-
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lisme du moyen âge, rejette cette classification et y substitue la sienne fondée sur la distinction des modes, ou phénomènes et états de l'âme, en modes passifs et modes actifs. D'oii :
I. Modes passifs, constituant V entendement ; 10 Les idées (innées, adventices et factices) ;
2° Les passions, qui ne sont que des idées obscures
II. Modes actifs, constituant la volonté libre 10 Le jugement;
20 Les actions proprement dites.
C'est toujours la distinction entre l'intelligence et la volonté, avec cette différence que, cette fois, la sensibilité se trouve réintégrée dans Tintelligence.
La sensibilité arrive enfin au xyiii^ siècle à la dignité de faculté autonome, grâce à l'influence qu'elle obtint en littérature par J.-J. E)usseau. Kant enregistre le premier la trilogie classique : intelligence, volonté et sensibilité. Les écoles écossaise et éclectique ayant voulu faire adopter au commencement du xixe siècle de nouvelles facultés, telles que celles des « penchants primitifs «, du « langage », de la « locomotion », etc., les psychologues se sont généralement entendus à les réduii-e aux trois facultés unanimement reconnues.
n. Justifications. — On a été amené à justifier a priori cette division tripartite, et cela par divers arguments. Ainsi l'on a cru pouvoir établir dialectiquement qu'elle ne pèche ni par défaut, ni par excès. 1° Pas par défaut, puisqu'on peut y ramener tous les phénomènes psychologiques ; par exemple les « penchants primitifs » à la sensibilité, le « langage » à l'intelligence, etc. 20 Pas par excès, puis qu'intelligence, volonté et sensibilité représentent trois groupes de faits irréductibles. Car d'une part on ne saurait identifier des faits actifs, comme ceux de la volonté, à des faits passifs, comme ceux de l'intelligence et de la sensibilité, selon la distinction établie par Descartes. Et d'autre part on ne saurait non plus identifier des faits subjectifs, comme ceux de la sensibilité, à des faits objectifs comme ceux de l'intelligence, selon la distinction établie par Kant ; seule rintcUigence nous fait connaître des objets, la sensibilité ne nous donnant que des impressions personnelles. — On a tenté encore d'autres justifications après coup ; mais il convient sans doute de n'accorder à toutes (ju'une médiocre importance. La classification actuelle des facultés se légitime surtout par son
histoire et par son utilité; nul n'hésiterait à en adopter une meilleure à Foccasion. C'est ainsi que Schopenhauer et bien des psychologues contemporains ont pu revenir à celle d'Aristote. Très évidemment le problème des facultés a moins d'importance que celui des fonctions et lui reste subordonné, comme on va le voir.
f III. Interprétation des facultés. — A. Interprétation empirique. — Platon et Aristote les ont appelées des « parties de l'âme » et les ont envisagées comme des « puissances » jouant le rôle de véritables causes physiques dans l'explication des phénomènes psychologiques. Cette conception est encore celle du sens commun. Elle est commode ; mais elle n'est pas sans danger ; car d'une jjart elle expose aux explications verbales et aux tautologies, et d'autre part elle compromet la donnée Sri importante de l'unité de la conscience.
a) Il y a explication verbale, et seulement apparente et dans les mots, chaque fois qu'on pense rendre compte d'un phénomène par ce phénomène même exprimé en d'autres termes plus ou moins imposants, avec ou sans majuscules. Ce qui revient à répéter deux fois la même chose ou à commettre une tautologie. « Pourquoi l'opium fait-il dormir ? Parce qu'il possède une vertu dormitive », répond le médecin de Molière (les médecins d'aujourd'hui disent : parce qu'il iDossède une propriété hypnogène). Les facultés ont été décriées pour avoir prêté à un sox)hisme et à un abus analogues. « Pourquoi pensons nous ? Parce que nous avons l'Intelligence », etc. On est exposé d'ailleurs à faire le même mauvais usage des fonctions. « Pourquoi nous souvenons-nous du passé 1 Parce que nous avons la Mémoire ». « A quoi tiennent les merveilleux savoir-faire des animaux ! A ce qu'ils ont l'Instinct. » « Comment se fait-il que nous répétions volontiers les mêmes actes ? C'est que nous avons l'Habitude », etc., etc. Les facultés et les fonctions mal entendues prêtent ainsi à cette « philosophie paresseuse » dont parle Leibnitz, x^aresseuse en elïet puisqu'elle détourne de rechercher les vraies causes en se payant de mots.
h) D'autre part, morceler l'âme en parties disjointes, c'est faire tort à son unité. On en vient ainsi facilement à cc-nsidérer l'intelligence comme une faculté qui pense sans vouloir ni sentir, la volonté comme une faculté qui veut et ne pense ni ne sent, etc. Et l'on ne retrouve plus l'unité de cette trinité-là. D'où cette juste remarque de Bossuet : « L'entendement n'est
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autre chose que Tâme en tant qu'elle conçoit ; la mémoire n'est que l'âme en tant qu\ lie retient et se ressouvient, et ainsi des autres. De sorte qu'on peut entendre que toutes ces facultés ne sont au fond que la même âme qui reçoit divers noms à cause de ses diverses opérations. »
B. In'crprêtation scientifique. — C'est premièrement ces opérations ou fonctions, nous l'avons vu, qui constituent l'objet scientifique de la psychologie; de là le vrai sens des facultés : elles sont des groupes ou fayniilles de fonctions rapprochées et systématisées, en raison de leurs ressemblances, sous une dénomination commune. L'intelligence figure l'ensemble des fonctions de connaissance; la volonté l'ensemble des fonctions d'action, et la sensibilité l'ensemble des fonctions d'émotion. Ou encore, si l'on veut souligner le dynamisme spontané de la conscience, les trois facilités signifient séparément la vie représentative, la vie active et la vie émotive, qui ne sont que trois asptcts distincts do Tunique vie intérieure, où toutes les fonctions ne cessent de s'interpénétrer. En effet, à quelque moment qu'on l'observe, elle est toujours plus ou moins teintée de représentation, d'émotion et d'action. La moindre « iDulsation de conscience » présente ces trois caractères réunis ; pensée pure, émotion pure, volonté pure ne sont g-uère que des états-limites, poui parler la langue des mathématiciens. A l'inverse des phénomènes et des fonctions, les facultés sont des produits de l'abstraction, et non des données de l'observation. Leur utilité l)our la science se réduit à celle des concepts généraux, qui, comme nous le verrons, nous servent avant tout à penser économiquement sous une désignation commune une multitude de faits particuliers et de connaissances systématisées. Ainsi pensons-nous sous l'Intelligence tous les faits et toutes Us fonctions de connaissance, et tous leurs caractères communs, etc.
He^lorail a classificr les facultés elles-mêmes. CesL en ce sens que l'on pose le dernier problème de leur hiérarchie.
IV. La hiérarchie des facultés. — Dans quel ordre historique apparaisseiil-cllcs "? Uud'c est celle (\\ù prédomine? Kt enfin quelle est relie qu'il faut faire prédominer ? Trois questions de priorité liislorique, empirique et rationnelle dont il convient de dire ici quelques mots.
V Priorité liùloriquc. — Un dit volontiers que lasen.siliililé a|)parall la première en date; puis viendrait lintilli^'ence. et enfin la volonté. Sans doute il parait plus juste de constater rintcrpéiiélration de loiilos les fonctions dès les débuts de la vie psychique ; le nouveau-né a déjà à côté
de ses impressions de bien-être ou de douleur, des sensations, et il fait des mouvemonts. Cependant, si l'on entend parler de différenciations successives, 1 ordre présenté paraît acceptable. 11 semble bien en effet que la conscience de l'enfant soit surtout affective, qu'elle se fasse ensuite, a mesure que le corps se développe, connaissance du monde extérieur, et qu'enfin il faille retarder la réflexion et l'action pleintMnent raisonnée et volontaire jusqu'à T « âge de discrétion », ou d'intelligence bien différenciée.
2'^ Priorité empirique. — Quel est maintenant, chez l'adulte normal et moyen, la faculté qui prédomine? Cela encore est bien délicat à décider. Car nous offrons tous ici des variations individuelles très élastiques, selon notre nature et selon nos occupations ; ce qui rend très difficile la détermination du normal et du moyen, il est évident que l'homme d'étude développe plus son intelligence, et l'homme d'action sa volonté. Le mieux que l'on puisse dire est que chaque caractère se définit assez heureusement par son dosage des facultés : on est un intellectuel, un volontaire ou un sensitif, selon l'élément qui prévaut dans la formule personnelle de ce dosage.
3° Priorité métaphysique. — La question de savoir à laquelle des facultés il convient d'attribuer le primat sur les autres est une question dont la solution tient à la solution de beaucoup d'autres problèmes sur la nature de l'univers et de l'âme, et sur le sens et la valeur de la vie. C'est donc là un problème métaphysique et moral au premier chef. — On appelle « intellectualistes » ou « rationalistes » ceux qui réservent le primat à l'intelligence, qui entendent faire prévaloir en tout la raison et amener en parliailier la sensibilité à l'état de faculté subordonnée; telle fut en général la conception des anciens. Elle domine les littératures dites classiques, grecque, latine et française, jusqu'au romantisme. — On appelle « volontaristes » ceux qui entendent faire prévaloir la volonté, souvent sous le nom de raison pratique; tels Descartes et surtout Kant. — Parmi eux, enfin, il y a beaucoup de penseurs qui, tout en revendiquant le même nom de volontaristes, attribuent en fait le premier rang à la sensibilité et aux instincts. Leurs chefs de file sont avant tout J.-J. Uousseau, selon lequel (( tout homme qui pense est un animal dépravé », et qui a substitué le culte de V « homme sensible » au culte de l'homme raisonnable, puis tous les écrivains du romantisme, si portés à oublier ou à déprécier la raison en faveur du sentiment, et à exalter les passions. Faute d'un nom meilleur, on pourrait les appeler <« instinclivistes » ou « alïuc.tivistfca ï-.