V. Catégorie et principe de finalité. — 1. Les deux fina
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lil^^^i. — D'une façon générale, qui dit finalité dit disposition de moyens par rapport à une fin. Mais cette disposition peut être envisagée à deux points de vue bien différents, ce qui donne deux sortes de finalités.
a. Finalité subjective. — On peut premièrement voir dans la finalité l'ceu%Te d'une volonté intelligente, dont elle révèle la méthode d'action. Toute volonté, en effet, conçoit d'abord une fin, puis des moyens pour réaliser cette fin. Ainsi, l'on veut être heureux, et l'on cherche le bonheur dans les plaisirs, ou dans les richesses, ou dans la vertu, etc. H y a là une finalité subjective, ou d.''intention ; car c'est l'intention de la fin qui rend compta du choix et de l'utilisation des moyens.
b. Finalité objective. — On peut, en second lieu, faire abstraction de toute volonté et de t€ute intention, et considérer objectivement la fin comme le résultat vers lequel converge l'agencement des moyens, et auquel ils sont adaptés. C'est ainsi que, sans songer le moins du monde à qui a pu le vouloir et le faire, l'on constate que les poumons servent à respirer, l'estomac à digérer, etc., et en général que tout organe sert à accomplir une fonction. C'est là une finalité objective, ou d'' adaptation.
Cette catégorie de finalité objective est d'une extrême fécondité pour l'esprit, auquel elle fournit divers points de vue à considérer dans les choses, et qu'elle dote d'autant de sous-catégories, telles que celles d'utilité, de bonté, de perfection, de valeur, d'ordre, de solidarité, de beauté, de bien et de mal. Car tous ces concepts dérivent des concepts de fin et d'adaptation de moyens. — Cela est clair pour Vutilité, ainsi que nous venons de le voir ; il y a synonymie entre l'utilité et la finaiité des organes. La bonté d'une chose ou d'un être quelconque se définit également par les services qu'ils peuvent rendre, et par les besoins auxquels ils satisfont ; et leur perfection, par ce qu'ils réalisent de l'idéal, c'est-à-dire des fins et des fonctions, que l'on conçoit pour eux. De même, toute valeur se ramène à une appréciation de services ou de perfections ; la valeur économique de l'argent est la mesure de son utilité économique ; la valeui morale est une mesure de perfection morale, etc. D'autre part, tout ordre et toute organisation résultent d'un agencement bien combiné de détails concourant à un ensemble, conmie des moyens exactement appropriés à leur fin, coordonnés les uns aux autres, et tous subordonnés au résultat final. Pareillement toute solidarité, ou interdépendance d'éléments, naît de leur coordiualiou et de leur subordination réciproques, qui les fait utiles
RAISON ET PRINCIPES DIRIiCTEURS DE LA CONNAISSANCE 407
les uns aux autres, et alternativement fins et moyens les uns des autres. C'est ainsi que, dans un corps vivant, le cœur ne peut jouer sans le cerveau, ni le cerveau sans le cœur, etc. : le cœur est une fin pour le cerveau qui assure son innervation ; et il lui est un moyen par là qu'il lui assure une bonne irrigation sanguine. A son tour, la beauté n'est intelligible que par des considérations d'harmonie, c'est-à-dire d'organisation et de solidarités d'éléments rapportés à im plan idéal, à l'unité d'une fin supérieure où l'esprit trouve à se satisfaire pleinement. Enfin le bien et le mal moral ne se conçoivent que par rapport à des fins morales ; et les meilleures définitions qu'on en donne se fondent sur des considérations d'ordre et de désordi-e moral, de réussites et d'échecs de fonctions morales. — Bref, il n'est point de vies, physiologique, psychologique, esthétique, morale, sociale, etc., qui ne se pense avec des concepts finalistes.
2. Le principe de finalité. — On voit par là quelle place tiennent dans notre conscience les perceptions de rapports de finalité. ISTous en témoignons spontanément une curiosité insatiable. C'est avec ceux de la finalité subjective que nous comprenons nos actions et celles des êtres intelligents. Et c'est avec ceux de la finalité objective que nous pensons la nature. Car nous ne voulons pas seulement y connaître les chcaes, et savoir de quoi elles sont faites, ou comment eUes sont faites ; nous voulons aussi savoir pom* quoi eUes sont faites ; nous y cherchons tout de suite des utilités et des organisations. Cette curiosité finaliste est primordiale ; elle est la première et la plus puissante chez l'enfant. On se trompe souvent, en effet, sur le sens de ses interminables « pourquoi », auxquels on répond en lui donnant des causes, alors qu'il demande plutôt drs fins. S'il s'enquiert « pourquoi y a-t-il des arbres, un soleil, etc. f » on le calmera plus vite en lui fournissant des raisons utilitaires, même fausses, ( « pour qu'il y ait de l'ombre, de la chaleur, pom* que ce soit beau » etc.), qu'en lui expliquant le mécanisme des phénomènes, dont il se soucie assez peu. H conçoit natm'ellement la causalité comme subordonnée à la finalité. Et ainsi faisons-nous tous, notre vie dm'ant.
D'où l'intelligibilité immédiate du principe de finalité : tout a une fin. C'est-à-dire : rien n'existe pom* soi, tout est pom' autre chose, tout est coordonné ou subordonné à autre chose, tout est moyen par rapport à quelque fin qu'il n'est que de déterminer. Aristote a donné à ce principe sa formule populaire en disant que la nature ne fait rien en vain.
3 La téléologie. — On donne ce nom à l'explication des choses par leur> tins. \>nv leurs « causes finales « télos. fin''. Cette explication a souvent été décriée, depuis Descartes et Bacon, comme anliscienlifique, la science ne devant se satisfaire que de lexplicalion par les « causes mécaniques ». Et ainsi la catégorie de finalité apparaît sans valeur de connaissance. Ce nest pas à la psychologie qu'il revient de justifier la téléologie; ceci revient à la philosophie. Mais il lui appartient d'en déterminer le concept et de prévenir des malentendus. Elle oblige à distinguer deux téléologies, dont la contusion explique bien des préjugés.
a) 11 y a d'abord une téléologie subjectke, qui consiste à rechercher partout des intentions, .appliquée à l'étude de la nature, elle ne peut donner que des mécomptes. C'est celle dont a usé et abusé Bernardin de Saint-Pierre dans ses « Harmonies de la nature ». où il explique toutes choses par les intentions de la nature à notre endroit. Celte méthode est doublement anlhropomorphique. et parce qu'elle rapporte tout à Ihomme, et parce qu'elle conçoit le cours des choses sur le type des actions humaines, et prête à la nature les desseins que nous pourrions avoir à sa place. Descartes a eu raison de lécarter et de refuser à la science le droit de préjuger des volontés de Dieu.
6) Il y a, en outre, une téléologie objective, qui, sans le moindre souci d'intentions, ne s'enquiert que d'utilités et d'organisations. Quelle que soit sa valeur, cette téléologie constitue une méthode de pensée nettement désintéressée, et qui n'est plus anthropomorphique. Elle nous est ".ussi naturelle, et même plus naturelle que l'autre. Il est bien remarijuable, en effet, que lenfant ne conçoit guère, avant qu'on lui ait appris a le faire, la nature comme une volonté ou une personne ; il se demande à quoi servent les choses, avant de rechercher qui les destine à cet usage. C'est là exactement l'attitude du savant en présence des phénomènes de la vie, qui ^e présentent tous comme des phénomènes de finalité objective. D'où le succès des théories modernes d'adaptation, «ini n'ont de sens que s'il s'agit d'adaptations de moyens à des fins. L'anatomie et la physiologie des organes s'éclairent par leurs lonctions : l'œil est inintelligible tant qu'on ny voit pas un appareil de vision. Les différentes transformations de l'embryon ne se comprennent que comme l'évolution d'un organisme en voie de réaliser ses tissus, ses organes et ses fonctions, c'est-à-dire en voie de conquérir ses fins. Toute vie, tant végétale qu'animale, est dominée par des nécessités vitales, qui ne sont que les besoins de l'être vivant tendant à se satisfaire par les mécanismes de la construction de son corps et de l'évolution de tous ses phénnmènes intérieurs. C'est bien ici que « la nature ne fait rien en vain », et que tout se justifie par son utilité. Aussi le dictionnaire biologique ost-il essentiellement finaliste : organes, fonctions, sélection, survie des phis aptes, adnpîatinns. coordination, subordination, organisation, santi-, maladie, évolulinn. tant régressive que progressive, etc., tous ces termes, cependant objectifs, sont inintelligibles s'ils ne signifient quelque fin à réaliser.
Au lieu donc de voir dans la téléologie objective une dérivation de la téléologie subjective, on sera plus près de la vérité en faisant la dérivalion inverse. Au lieu de dire que nous faisons agir la nature comme nous, il faut dire que nous agissons comme la nature, et réalisons comme elle des fins par des moyens. .Seulement nous le faisons à l'aide de la , ..inricnii', 11- qui nous aiiii'ii.' .c nlili'^.'i- le mécanisme nouveau de la
conception des fins et des moyens. Nous surajoutons l'intention à la finalité naturelle ; mais celle-ci subsiste objectivement sans ce luxe psychique. c) lly a donc lieu de concevoir le principe de finalité comme un principe objectif de connaissance et de détermination des phénomènes. Détermination nouvelle et originale entre toutes. Quand on explique un phénomène par sa cause, on l'explique par ce qui le précède ; quand on l'explique par sa fin, on l'explique par ce qui le suit. Cette efficacité d'une fin qui n'existe pas encore déroute l'esprit. Elle est réelle cependant, et tout le monde l'admet, même ceux qui la nient. Tout le monde convient que les organes ne seraient pas ce qu ils sont s'ils n'avaient à remplir telle fonction, que l'oeil est adapté à la vision, qu'il varie de l'insecte à l'homme et à l'oiseau selon les services différents qu'il doit rendre. Sa fonction, c'est-à-dire sa fin, détermine donc son existence. Les ennemis des causes finales ne gagnent rien à dire qu'on voit parce que l'on a l'œil, et qu'on n'a pas l'œil pour voir. Car ils ajoutent que l'œil se conserve parce qu'il est adapté et fonctionne, et que tout organe dépérit faute d'adaptation et de fonctionnement. C'est donc qu'il ne subsisterait pas sans son utilité. Ainsi avons-nous pu, le long de ce traité, expliquer tous nos mécanismes de connaissance par leurs fonctions biologiques, c'est-à-dire par leur utilité et par leurs fins.
On a parlé en ce sens de la détermination par les fins comme d'une surdétermination. Le mot est juste; c'est une détermination ajoutée à celle des causes. Cela ne la condamne pas ; car il s'en faut que la détei'mination par les causes soit suffisante. Cela ne la justifie pas non plus, et la philosophie aura à déterminer la valeur de la finalité tout comme '^elle de la causalité et de la substance. Il y aurait lieu encore de parler d'une surdétermination à propos de la détermination des phénomènes par leurs substances. 11 nous suffit de constater que nous avons là trois applications du principe de raison suffisante, qui se présentent comme également objectives, visant à donner des raisons suffisantes dans les trois plans de l'avant, *de l'après et de l'en dessous des phénomènes. Les concilier n'est pas notre affaire : nous n'avions qu'à y discerner trois méthodes spontanées et nécessaires de la pensée.
4. Théorie kantienne de la finalité. — Sous l'influence des doctrines antifinalistes, Kant est amené à distinguer une finalité externe et une finalité interne. La première est celle où l'on dit que telle chose est pour telle autre chose. C'est une finalité de destination ; on ne l'affirme qu'en prétendant découvrir les intentions de la nature. C'est elle dont a usé et abusé Fénelon, disant que le nez est fait pour porter des lunettes, etc. , et qu'on retrouve chez Bernardin de Saint-Pierre. Elle ne saurait avoir aucune valeur scientifique. La seconde est celle que manifestent les organismes vivants, où toutes les parties sont solidaires les unes des autres. C'est une finalité d'organisation. Elle se définit la détermination des parties d'un tout par l'idée de ce tout, en sorte que toutes soient réciproquement fin et moyen. Cette finalité a une place en science, mais une place secondaire. Elle fonde des jugements réfiéchissants, qui ne sauraient avoir la valeur des jugements déterminants que sont les jugements de causalité; car ils restent toujours entachés de subjectivité.
Malgré son succès historique, cette distinction appelle des réserves, du point de vue de la psychologie.
1. La distinction entre finalité interne et finalité externe, fondée sur la présence ou l'absence du critérium de destination, est inacceptable. Car il y a destination a l'intérieur même de l'organisme. Par là que les orsanes sont coordonnés les uns aux autres, ils sont destinés les uns aux autres, et tous à une fin commune, qui est la vie. Et si les uns sont destinée à des fondions internes, les autres le sont a des fonctions externes, comme, par exemple, les organes des sens et de l'action ; les dents des carnivores et des herbivores sont faites pour un genre de nourriture qui nexisle qu'au dehors. L'adaptation à l'externe vaut ici l'adaptation à 1 interne Aussi bien la finalité la plus externe est encore une finalité interne, si l'on se place au point de vue de l'univers, à l'intérieur duquel tous les êtres ont leur place. Et la finalité la plus interne est encore une finalité externe, puisqu'elle adapte une partie à une autre qui e.sten dehors d elle.
2. Il est erroné de dire que chercher une destination, c'est chercher une int"ention de la nature. C'est simplement chercher une fonction; l'expérience v suffit, sans divination anthropomorphique. C'est l'expérience qui nous apprend la fonction des yeux, qui est de voir, et qui nous permet de comprendre l'anatomic de l'œil fait pour cette fonction. De même pour la fonction des dents, de l'estomac, de tous les organes. Il n'est pas une finalité objective qui ne se découvre ainsi expérimentalement, qu'elle soit externe ou interne : la fin connue explique rétrospectivement le moyen qui la précède et la réalise. Si Fénelon et Bernardin de Saint- Pierre ont abusé de finalité, c'est précisément pour avoir néglige cette méthode expérimentale, et pour avoir eu recours à la divination des • intentions, qui. seule, est anthropomorphique comme nous lavons dit.
3. Enfin. Kant définit insuffisamment la finalité d'un organisme en n'y vovant que l'organisation d'un tout et la solidarité de ses parties. Ces concepts quantitatifs de tout et de parties sont nettement insuffisants et mal appropriés aux données du problème. Us aboutissent à éliminer les deux données essentielles qui sont la vie elle-même, avec son dynamisme et ses fonctions, et la solidarité du présent et de l'avenir. Kant tient par là la gageure de parler de finalité en ne parlant pas de la fin proprement dite delà polarisation delà vie par ses nécessités, qui subordonnent toujours le présent à 1 avenir. Mais cette gageure, conforme aux théories méranistes. n'est pas conforme aux faits.
^2 — Caractères des premiers principes
Us sont a la fois, avons-nous dit, nos méthodes subjectives (U- juger et de raisonner, et le fondement objectif de tou.^ nos jugements et raisonnements. On peut ainsi les caractériser à ce double point de vue :
I. Comme méthodes naturelles de penser, ils constituent nos Ruvoir-faire intellectuels primordiaux, ceux qui sont à la base de notre instinct de penser. De là leiir.«^ principaux caractères psychologiques.
1. LHnnéité. — L'enfant les exerce dès le premier éveil de son intelligence, sans avoir ;\ les acquérir, de même que l'abeUie
KAISUJN ET PRINCIPES DIRECTEURS DK LA CONNAISSANCE Ui
exerce d'emblée son instinct de butiner sans avoir à l'acquérir, Naturellement l'exercice perfectionnera leur usage, mais il n'aura pas à les créer. Aussi se manifestent-ils par un besoin irrépressible de s'exercer, besoin qi i s'actualise spontanément dès que son objet lui est donné. De même que l'abeille ne peut voir les fleurs sans les butiner, de même ne pouvons-nous avoir une expérience sans l'élaborer immédiatement selon nos premiers principes, et en extraire le miel de l'intelligible. Ce besoin de les appliquer n'est autre que notre curiosité naturelle d identités, de raisons, de causes, de substances et de fins.
2. La nécessité. — « Us sont nécessaires pour penser, dit Leibnitz, comme les muscles et les tendons pour marcber, bien que nous n'y pensions point. » Nul ne peut penser sans eux, et nul ne peut penser contre eux. Us sont aussi nécessitants qu'indispensables. D'un esprit qui s'y soustrairait et qui penserait; l'identité des contradictoires, nous ne dirions pas qu'il pense mal, mais qu'il ne pense pas. On n'est un esprit qu'àcondition d'exercer et d'observer les premiers principes ; et nous ne pouvons imaginer que les choses soient intelligibles autrement qu'elles le sont i3our nous, ni qu'on puisse penser autrement que nous. Même l'intelligence divine ne nous est analogiquement concevable que sur le tjrpe de la nôtre, portée à un degré infini de perfection et d'efficacité.
3. L^ univers alité. — Tout instinct est le même dans les individus d'une même espèce ; ainsi des instincts intellectuels que sont les premiers principes, et de la raison qui est leur dénomination commune. C'est pourquoi tout le monde les admet, les applique et pense d'après eux. C'est pourquoi aussi tout le monde s'entend : nous n'aurions aucune communication possible si nous ne pensions selon les mêmes méthodes.
II. Comme fondement de nos jugements et de nos raisonnements, les premiers principes voient leurs caractères psychologiques se muer en tout autant de caractères logiques, qui sont ceux des vérités premières.
1. A leur iiméité correspond leur apriorité. Ils sont vrais antérieurement à l'expérience, et indépendamment d'elle. Puisqu'ils lui préexistent et servent à l'élaborer, ils ne sauraient procéder d'elle ; elle leur fournit leur matière, non leurs lois.
2. A leur nécessité subjective correspond leur nécessité objective. Tout jugement ne sera bon et vrai que s'il leur est conforme. C'est pourquoi ils agissent comme des lois et des règles aux
^^^ COURS de psYCriOLOGit:
quelles nous en appelons pour justifier toutes nos croyances et nos affirmations. Ils constituent le déterminisme objectit de toute vérité, celui qu'on ne saurait xioler sans tomber mmiediatement dans l'errem-. Bs sont nécessairement vrais, et leur vérité est la condition de toute vérité. Elle ne se prouve pas, et elle sert à tout prouver. Tout raisonnement la suppose, et aucun raisonnement ne saurait l'établir, puisqu'on raisonne selon les premiers principes, et donc en présupposant leur vente nécessaire Vérité immédiatement reconnue, on ne peut pas ne pas y adhérer. Hs sont des jugements purement « évidents pour quiconque en comprend les termes ». selon la remarque d Aiis-
tote. , , . ,.,
3 A leur universaUté subjective correspond leur universahl^ objective. Us sont universellement vrais, dans tous les temps, dans tous les lieux, comme ils le sont pour tous les esprits. De même que nous ne pouvons imaginer qu'on pense autrement que nous, de même ne pouvons-nous concevoir que nos prmcipes puissent être faux pour d'autres que nous, que leur vente soit quelque part une erreur. ]Nous les imposons même a mtel- Uo-ence divine, en ce sens que nous ne lui accordons pas la liberté de penser l'absurde et de vouloir le mal. Aussi les premiers principes sont-ils les premières vérités étemelles, éternellement ^Taies pour tous les esprits. Et chaque fois que nous concevons la vérité universeUe d'un jugement quelconque, c'est en la rattachant à la vérité universelle de son principe.
Artici.k 111. — Origine des premiers principes.
Complexité du problème. - C'est sur cette question de lorijiine des m-emiers principes que se concentre le débat historique entre 1 empirisme le rllionalismo 11 semble quune option défin.Uve s.mposo ont e ours deux formules de l'acquisition par lexpénence et de 1 mne. le de la raison 11 en serait peut-être ainsi, si le problème était s.mple. Or il ne est pa ; l recouvre en effet plusieurs problèmes différents, quoique apparenfés.et pour lesquels on ne peut guère espérer une solution unique. l)islincuons-en au moins trois principaux :
Le problème de l'oripine de -^otre connaissance des premiers pn.v ripes Comment venons-nous à en prendre conscience, et a nous en faire dallées? Nous avons ici une reprise et une application du problème cénéral de l'origine des idées. . . .
^2 Le problème, fort différent, de l'origine de ces principes eux-mêmes et de leur existence. Nous sont ils donnés tont ûnts? Ou -vons-nous à noi.s les constituer de toutes pie'-es? Ou enfin en possédons-nous quelque gei me llu-H n!! revient de développer "? Celte fois, c'est le problème de la genèse de la raisun.
3. Le problème de la valeur des premiers principes. De quel droit les utilisons-nous? Comment arrivent-ils à rejoindre lexpérience, à l'explication de laquelle on les fait servir? Et nous donnent-ils des connaissances auth.nitiqu'^s et valables? Devons-nous conclure, en ce qui les comerne. au dogmatisme ou au scepticisme?
11 est évident que chacun de ces problèmes comporte sa solution propre, et que l'alternative empirisme on rationalisme risque, par sa simplicité, d'introduire des confusions irrémédiables. On conçoit fort bien, par exemple, qu'on puisse demandera lexpérience la connaissance des principes, et lui dénier leur génération, ou encore leur justification. On s'explique encore que tel penseur se restreigne à tel problème à l'exclusion des autres qu'il néglige, ou qu'il a 1 illusion de pouvoir résoudre avec une seule et même formule. On s'explique enfin que des penseurs comme Aristote et Leibnitz aient pu essayer des synthèses de l'empirisme et du rntionalisme.
Les systèmes nous intéressant moins que les problèmes, ce sont ces derniers que nous allons exposer et examiner successivement.
§ 1- — Origine de notre connaissance des premiers principes C'est, à vrai dire, le seul problème vraiment psychologique.
I. Leur inconscience naturelle. — H est bien certain que nous les utili.sons longtemps avant de les connaître, et que, lors même que nous les utilisons, nous continuons encore à le faire le plus souvent à notre insu. Ils sont le ressort de notre pensée la plus primitive et la plus spontanée, la pensée implicite. Et de même que nous avons parlé d'idées, de jugements et de raisonnements implicites, de même, et à plus forte raison, faut-il parler de principes implicites. Cela même confirme ce que nous avons dit de leur nature instinctive ; car tout instinct ajoute à ses caractères celui d'être inconscient. Cela répond en outre à l'objection de ceux qui prétendent qu'ils sont inutiles, comme si leur usage présupposait leur connaissance. C'est ainsi que la pensée prélogique applique les règles logiques sans le savoir : et ainsi encore ,que la marche se fait avec les muscles et selon les lois de l'équilibre, sans connaissance ni des muscles ni des principes de la mécanique.
II. Leur connaissance n'est pas innée. — Cependant c'es"^ surtout pour « les idées premières » que le rationalisme cartésien, en particulier, a cru devoir revendiquer l'innéité. Il le faisait en s'appuyant sur leur nécessité objective. Mais on discerne à la base de ses conclusions une confusion et une amphibologie. — 1. La confusion entre a priorité et innéité. Les vérités premières gont a priori, c'est-à-dire vi-aies indépendamment de l'expérience
et antérieurement à l'expérience. C'est là leur nature logique, mais qui ne fait rien à leur nature psychologique. H y a bien des vérités a priori qui ne sont pas innées. C'est le cas en particulier des vérités mathématiques. L'apriorité est une chose, et l'innéité est une autre chose. — 2. L'amphibologie du mot innéité lui-même. On peut dire en effet des catégories et des l>rincipes qu'ils sont innés à un double point de vue, premiè rement comme méthodes de pensée, et en ce sens ils ont l'innéité des instincts, et secondement comme connaissance de ces méthodes, et en ce sens ils ne sont plus innés du tout, car leur connaissance présuppose leur abstraction de l'expérience.
En effet, nous n'en venons à connaître nos catégories et nos principe^ que par l'analyse des expériences où ils se trouvent engagés. Les idées de causalité, d'identité, de finalité et de substance sont abstraites d'expériences de causalité, d'identité, de finalité et de substance. Et de même, les principes de causalité, d'identité, etc., sont abstraits de jugements, de causalité, d'identité, etc. dont ils expriment l'essentiel sous une forme schématique et universelle. Ici, conmie partout dans l'ordre de la connaissance, l'expérience précède Tidée et la fonde. Xos rapports fondamentaux sont pensés concrètement avant do l'être abstraitement : et ils ne le peuvent être abstraitement que grâce à l'abstraction préalable qui a permis de les dégager et de les formuler en idées et en principes. Il n'y a pas d'idées innées. Les idées premières ne le sont pas plus que les autres.
Elles le seraient plutôt moins que les autres, car leur abstraction est tardive. De son vrai nom, elle est une réflexion : et la réflexion n'est point notre premier acte de connaissance. Il a fallu bien de la réflexion pour arriver à expliciter les méthodes implicitées dans tous les exercices de la pensée, pour prendre conscience de leur jeu et de leurs lois. Cette réflexion est en tout analogue à celle du savant sur sa science, dont il îiirive, lui aussi, à dégager les concepts fondamentaux et les principes particuliers. On peut appliquer longtemps et sûrement les méthodes scientifiques sans s'en être fait des conceptions explicites. Ainsi utilise-t-on longtemps les méthodes spontanées que sont les catégories et les premiers principfis ; et il n'était pas superflu que des philosophes, comme Aristote et Leibnitz. vinssent nous les formuler.
III. Objection de Hume. — La solution (juenous donnons ici de l'origine de nos idées incmieres est donc conforme aux principes de l'empirisiue,
autant que contraire à l'innéisme rationaliste. Chose curieuse, l'empirisme la récuse, prisonnier qu'il est en ceci de sa théorie sur îe jugement. Nous avons vu qu'il en escamote l'essentiel, le rapport. Or catégories et principes n'expriment que nos rapports fondamentaux. Ces rapports n'existent point, selon Hume : l'expérience bien consultée ne les donne point. Il n'y a point d'expérience possible de la causalité. Si je vois, dit Hume, une boule A en mouvement qui ébi'anle une boule B, j'ai l'illusion davoir une expérience de causalité et de force. Mais, à y regarder de près, mon expérience se réduit à celle d'une succession de deux mouvements. L'analyse ne me montre jamais ni causalité, ni force; on n'expérimente jamais que des antécédents et des conséquents. Et cela est vrai également de l'expérience interne : j'ai l'illusion de mouvoir mon bras; à l'analyse je ne trouve que ma volonté de le mouvoir suivie de son mouvement, sans expérience de force. Ainsi encore de la substance, comme nous l'avons vu à propos du moi : l'analyse du moi n'offre que ses phénomènes (p. 127). et n'arrive à isoler ni leur unité, ni leur identité.
La critique de Hume, ainsi que nous l'avons remarqué à propos du moi, procède d'une mauvaise définition de l'expérience, dont il néglige délibérément la meilleure moitié. Il n'y reconnaît que l'apport brut delà sensibilité, c'est-à-dire les qualités sensibles. Il n'y a donc lùen d'étonnant à ce qu'il n'y découvre ni causalités ni substances ; car ce ne sont pas là des qualités sensibles. Il manque même à ses propres principes en y relevant des successions; car la succession, elle non plus, n'est pas une qualité sensible. Bien plus, il devrait également nier les identités et les finalités, car il n'y a que des phénomènes identiques, ou des phénomènes coordonnés comme fins et moyens. Il devrait enfin dire que l'expérience, qui donne Pierre et Paul, ne donnera jamais Pierre plus grand que Paul, car ceci encore est un rapport et non une chose. On voit donc où gît son erreur : elle consiste à n'analyser qu'une expérience morte, réduite à sa matière sensorielle. S'il analysait une expérience vivante, il y trouverait cette matière pénétrée par l'esprit qui la pense et y relève des rapports. C'est à l'analyse réflexive de cette expérience vivante que nous devons de pouvoir dégager des identités, des causalités, des substances, etc., tous les rapports que l'esprit y perçoit, et qu'il est le seul à y percevoir. Expérience vivante qui se réalise partout où des opérations interviennent pour élaborer immédiatement les données de la sensibilité, c'est-à-dire tout aussi bien dans l'expérience externe que dans l'expérience interne. Car lune et l'autre sont pénétrées de rapports, et ne nous sont intelligibles que par là : l'une et l'autre présentent l'intervention concrète de catégories et de principes, que la réflexion peut dès lors en abstraire.
IV. Les idées dues à la conscience. — Cependant Maine de Biran est assez impressionné par l'analyse de Hume pour lui concéder que nous n'avons pas l'expérience externe de la causalité et de la substance. Mais il veut que nous en ayons l'expérience interne, qui est à ce point de vue une expérience privilégiée. Car tous les arguments du monde ne sauraient nous empêcher de sentir que nous sommes un moi, et de percevoir la force de notre volonté. Substance et causalité sont donc expérimentées directement dans l'expérience interne. Ainsi encore des idées d'identité et d'unité, expérimentées dans notre identité et notre unité. De même
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de lifiée de finHlité, ol rnlln de l'idée de tein|is, expérimentées dans laclion et diins la vie intérieure. Ce sont li tout nutant d'idées dues à la conscience; c est d;ins 1 expérience interne quelles ont leur origine. De là n'His les ai)pliqunns anthropomor(»lii(]nement à l'expérience externe. Nous y interprétons les phénomènes avec des forces, quoique nous n'y en percevions point. Nous y concevons los êtres comme des substances, c'est à-dire comme des Ames progressivement diminuées et dégradées : les :inimaux comme des hommes inférieurs, les végétaux comme des animaux inférieurs, et les objets comme des centres de forces. Nousy sérions enfui la succession des filiénomènes avec notre idée subjective de temps. M'iine de Biran a raison de nous donner l'expérience interne de la cause, de la substance, etc. Il a raison encore de dire qu'il y a fréquemment de l'anthropomorphisme dans notre interprétation de l'expérience externe. C'est ainsi que nous y étoffons en effet la causalité de la notion subjective de force. L'animisme, ou la conception des objets d'après Texpérience subje. tive de l'àme. est un procédé naturel qu'on retrouve chez les enfants, chez les primitifs, et même à quelque degré chez nous tous. De mèrne transportons-nous facilement notre finalité subjective d'inten ions à la nature. Mais on ne voit pas que cet anlhropomorpiiisme soit universel ni nécessaire; on ne voit pas pourqu' i l'expérience externe serait inintelligible sans lui. Bref, on ne voit pas pourquoi Maine de Biran refuse à l'expérience externe ce qu il accorde à l'expérience interne, ni pourquoi il fait cette concession à Hume. On voit bien, au contraire, que les Jeux expériences sont également pénétrées de rapports, et élaborées immé diatement par l'esprit avec les mêmes méthodes naturelles de penser. Les idées dues à la conscience sont également dues à l'expérience externe. Ou plutôt les unes et les autres sont dues à l'esprit, qui. en les en dégageant par l'abstraction, ne fait que reprendre son propre bien.
I 2, — Origink de i/existence des premiers principes
Nous avons vu qu'ils se prés'entent à l'analyse psychologique comme des instincts innés. Sont-ils vraiment innés, ou sont-ils acquis ? La raison est-elle antérieure à l'expérience qu'elle élabore, ou n'est-elle que son produit ? C'est ici le problème fondamental, où l'option s'impose entre l'empirisme et le rationalisme.