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CHAPITRE XXYTII

LE CARAGTÈllE

Caractère spécifique et caractère individuel. — Tout animal réalise un type spécifique, qui peut se définir psycliologiquement un systèine d'inclinations et d'instincts (p. 465). Cela lui constitue un caractère spécifique, qui le distingue de tous les animaux d'autre espèce. H n'aurait même que ce caractèrelà, si l'on en croyait Schopenliauer, qui refuse aux animaux le don de s'individualiser- et prétend que ceux d'une même espèce ont tous les mêmes instmcts à la même puissance. H y a bien là quelque exagération. Car nous voyons que Tidentité spécifique n'empêche pas les différences de races, et de plus que les chiens et les chats d'une même race présentent encore une individualité de goûts, d'humeurs et de réactions assez marquée. En tous cas, chez les hommes, l'individualisation est frappante ; ils diffèrent tous plus ou moins les uns des autres par lem^s méthodes de sentir, de penser et d'agir, encore que toutes ces mét-hodes soient spécifiquement humaines. Chacun a sa physionomie morale, au moins aussi accusée que sa physionomie physique. Cette physionomie morale, c'est son caractère individuel, sa personnalité empirique, celle que la vie nous lui fait reconnaître, et qui nous intéresse le plus. Tout le monde a son caractère, — ce qui ne veut pas dire que tout le monde a du caractère. Ceci est réservé aux hommes qui font preuve d'une volonté ferme et résolue, qui agissent avec constance et d'après des principes invaiiables,

^1. — Naturk du caractkre

I. Le tempérament. — Le premier principe d'explication du caractère est à demander au tempérament ; car l'individualité psychologique ne peut que se fonder sur l'individualité physiologique, et le tempérament n'est pas autre chose. Les psychologues en ont toujours emprunté la conception aux médecins.

Ceux-ci l'utilisèrent d'abord pour expliquer la santé et la maladie, au sens oli l'on dit communément d'un homme qu'il a « un bon » ou «. un mauvais tempérament ». Mais si l'idée est familière, il s'en faut qu'elle soit toujours précise et que son élaboration scientifique soit achevée.

Etymolog^iquement, tempérament signifie mélange et équilibre. C'est Galien qui a donné la première définition du tempérament, en fonction des « humeurs », ou éléments organiques entrant dans la constitution du corps. A la façon dont Empedocle compose l'univers avec ses quatre éléments. Peau, l'air, la terre, et le feu, il compose tout corps vivant de quatre humeurs fondamentales, la lymphe, le sang, la bile et les nerfs. Selon la prédominance de l'un ou l'autre de ces éléments, on obtient ainsi les quatre tempéraments primitifs, lymphatique, sanguin, bilieux et nerveux. Cette classification étant trop pauvre, on l'a enrichie de sous-divisions, obtenues par conjugaisoL des tempéraments primitifs, ce qui a donné les tempéraments nervoso-bilieux, sanguin-lymphatique, ner^'oso-sanguiû, etc. Et l'on a établi des analyses longues et détaillées de la morphologie, de la physiologie, etc., de chacun des tempéraments. — En vérité, on ne peut que s'étonner de la longue vie d'une doctrine théoriquement aussi faible. L'on s'aperçoit vite, en lisant les descriptions classiques, de tout ce qu'elles ont d'arbitraire et d'incertain. On y trouve plus d'observations psychologiques que d'observations physiologiques ; car on définit plutôt le tempérament sanguin, etc., par ce qu'on sait du caractère qu'on lui fait correspondre, que par des critériums vraiment scientifiques. A "\Tai dire, le seul tempérament authentique est le tempérament nerveux ; car, en dernier ressort, c'est le système neneux qui fournit la meilleure formule de la personnalité physiologique ; il domine la vie organique, et c'est à lui qu'il est réservé d'influer directement sur la conscience.

Bichat proposait avec raison de substituer au princije de l'équilibre des humeurs ou des tissus celui de l'équilibre des fonclioDs organiques. C'est ainsi que, selon la fonction prédominante, on a proposé de distinguer les hommes en musculaires, digestifs, cérébraux, etc.

Si incertaine que soit sa définition, le tempérament n'en est pas moins eertain. Chacun a le sien, comme il a son caractère ; la personnalité physiologique fonde l'autre ; et toutes deux ne sont que deux asi)ects de la personnalité biologique profonde. Toute vie est une et individuelle en son fonds.

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