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LE PHYSIQUE ET LE MORAL

synthèses vitales, isolés dans le grand laboratoire des synthèses chimiques. De plus, tandis que le corps brut ne fait que se mettre en équilibre avec son milieu, qu'il subit passivement, le corps vivant réagit à ce milieu, y sauvegarde sa forme et sa vie autant qu'il peut, se prête et varie en se maintenant. Enfin tandis que le corps brut tient son organisation de ses éléments chimiques intérieurs et des pressions physiques ambiantes, l'être vivant paraît se donner la sienne et se développer de lui-même selon un plan. Tout se passe en lui comme si ses phénomènes obéissaient à une « idée directrice », selon le mot de Claude Bernard, comme s'il opérait de vrais choix intelligents de ce qui lui convient, des sélections. Adaptations, assimilations, réactions, organisations, sélections : autant d'aspects de la finalité, ou utilisation de moyens pour des fins, qui constitue le caractère empirique de toute vie.

II. Biologie de la conscience. — Toutes ces fonctions caractéristiques des organismes vivants se retrouvent, avec une perfection et un relief nouveaux, dans la conscience. Elle ne cesse de &''adapter et d'adapter son corps, qu'elle a pour première fin de faire vivre dans l'univers : « le monde et l'esprit ont évolué de compagnie, dit W. James, ce qui leur vaut comme un ajustement récipropre ». D'autre part, connaître le monde extérieur, c'est bien pour la conscience se Vassimiler; la connaissance est la synthèse vitale par excellence ; et depuis Hume et Kant, la loi de synthèse apparaît comme la loi suprême du laboratoii'o conscientiel. La conscience est, en outre, la plus merveilleuse ouvrière de réactions vitales et de variations : tout ce qui est en elle impulsions, instincts, tendances, connaissances, etc., aboutit à lui faire dominer son milieu en s'y prêtant et en s'y accommodant. Elle est enfin la plus grande puissance à.'' organisation qui soit dans la nature; car c'est comme puissance d'ordre, tout autant que comme puissance de pensée, qu'elle mérite le nom d'intelligence. Elle ne cesse d'opérer des sélections, qui sont bien cette fois des choix indéniables ; nous verrons que nos sensations, nos pensées, nos délibérations, toutes nos activités psychiques enfin, comportent toujours des éliminations de l'inutile et des élections du meilleur, et que la loi d^ intérêt pénètre toute l'évolution de la conscience. Ainsi la finalité est partout dans les faits psychiques. Cela est tellement vrai que les partisans du mécanisme universel, c'est-à-dire les philosophes qui prétendent tout expliquer dans Tunivers avec les seuls mouvements mécaniques, ne cessent de répéter que par-

ifi COURS DI-: Psychologie

1er de iinalité dans la nature c'est commettre un anthropomorphisme, autrement dit appliquer sans raison la formule du monde intérieur au monde extérieur (p. 408).

in. — On a donné le nom de psychologie biologique à la science qui étudie la conscience au point de vue spécial de ses fonctions d'' adaptation, à celle par conséquent qui explique la vie psychologique sur le même plan que la vie physiologique, et premièrement par la loi d'intérêt et par des considérations d'utilité. Il est bien évident qu'une psychologie complète ne peut manquer de faire bon accueil à de telles explications, de situer constamment la conscience dans l'univers, de déterminer les actions qu'elle y subit et les réactions par lesquelles elle y répond.

I 2. — L\ PSYCHO-PHYSIiJLE

En ce qui concerne en particulier le problème de la connaissance, il y a une relation plus précise à relever entre les phénomènes physiques et les phénomènes psychologiques. Toutes nos connaissances, même les plus intellectuelles et les plus abstraites, se réfèrent à des sensations ; et toutes nos sensations à lenr tovr se réfèrent à des excitations extérieures, c'est-à-dire à des phénomènes physiques. Il y a une physique de la vision, une physique de l'audition, une physique du toucher, etc. Toute une science spéciale, la psycho physiqus, s'est donnée lîour objet Vétude expérimentale des rapports qui'exisient entre les sensations et leurs excitations. ISTous aurons également; a enregistrer ses principaux résultats.

Aktici.i: II. — Conscience et corps

La plus grande dépendance de la conscience vis-à-vis du monde extérieur est sa dépendance vis-à-vis de son propre corps. D'oii la nécessité d'insister un peu sur les rapports dits « de l'âme et du corps », ou encore « du moral et du physique ». Leur détail infini se laisse pratiquement réduire à d(aix grands principes empiriques : 1° le conditiouncment des faits de conscience par des faits physiologiques et 12° l'irréductibilité de ces deux ordres de faits.

§ 1. — CONDITIONNEMKNT 1)KS FAITS UK CONSCIKNCE FAH DIS FAITS l'HYSlOI.OCKJUKS

I. Influence du physique sur le moral — Nous n'avons aucune oxpérience d'esprits pursj toutes les consciences que nous

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