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Ce double psychisme est automatique et inconscient

L'INSTINCT OU L'ACTIVITÉ ANIMALE 54t

Nous avons défini rautomatisme physioloaiqiie des réflexes par le fait que leurs mouvements font immédiatement suite à leur excitation, externe ou interne, dès qa'elle est suffisante. Dans l'instinct, le rôle de cette excitation revient aux rei résentations, tant à celles qui déclenchent l'acte qu'à celles qui en dirigent l'accomplissement. Ces mouvements continuent à suivre immédiatement ces représentations, qui les déterminent par leur mpulsivité propre. Elles aussi libèrent des forces internes, et es mettent en jeu. Il y a donc lieu de parler d'automatisme psychologique.

Cet automatisme, comme l'autre, s'accompagne d'inconscience. Sans doute l'animal peut avoir conscience des modifications organiques occasionnées par ses actes, mais non pas de cet acte lui même, qui se produit dès que l'excitation est donnée. C'est pourquoi Fr. CuA'ier a eu raison d'assimiler les animaux à des somnambules, et pourquoi encore l'on assimile tout aussi justement les actes des somnambules à des actes instinctifs. De part et d'autre il y a psychisme et incorscience. — Cette inconscience ne nuit nullement à l'acte, qui n'en est au contraire que plus précis et jlus aisé. La conscience, avec la réfiexion et le contrôle qu'elle rend possibles, et qui l'accompagiaent, a au contraire pour premier effet d'introduire la critique, et donc l'indécision et l'hésitation, dans l'action. C'est parce que nous sommes conscients et que nous réfiéchissox^s nos actes, qu'ils sont moins sûrs d'eux-mêmes que les actes des animaux. Et nous n'arrivons à une précision égale à la leur que dans nos actes instinctifs et habituels, c'est-à-dire dans ceux qui sont automatiques et inconscients, et que nous cessons de contrôler.

Encore convient-il de ne pas exagérer le somnambulisme et l'inconscience des animaux, surtout des animaux supérieurs. Eux aussi hésitent, précisément quand ils ont conscience des conditions de l'action. On les voit alors susi)endre l'automatisme de leurs gestes ; ce qui arrive en particulier quand ils se sentent observés, et qu'ils agissent avec défiance. Un renard est moins inconscient qu'un véritable somnambule ; et les en< fants savent qu'on ne trouble pas impimément les oiseaux qui couvent, ou qui font leur nid, et que les animaux ne se livrent pas tous à lem's travaux avec des yeux et des sens fermés. Ils perçoivent de quelque façon ce qu'ils font, et smveillent déjà leui'S actes, par une ébauche de ce qui deviendra chez nous le contrôle et la réflexion.

15e COURS DE PSYCHOLOGIE

Article IV. — ia nature de l'instinct.

On est amené à se faire diverses conceptions de l'instinct selon l'importance qne l'on donne aux éléments que nous venons de relever dans nos analyses.

I. Théories mécanistes. — Si l'on en croyait De.scart^s et les mécaiiLstes, l'iastinct se ramènerait tout entier aux réflexes physiologiques qu'il met en jeu, et les animaux ne seraient que de purs automates. ILs ne seraient que des moteurs à plumes et à poils. Descartes est amené à cette conclusion radicale par l'opposition absolue qu'il établit entre la matière et la pensée, entre lesquelles sa philo>;ophie nie tout intermédiaire. Dès lors, n'ayant que ces deux principes pom* expliquer les animaux, et ne pouvant leur attribuer la pensée, qu'il réserve à juste titre à l'homme, il ne lui reste à invoquer que les mécanismes de la matière. Les mécanistes modernes procèdent généralement d'une conception étroite de la science, qui n'est au fond qu'une métaphysique matérialiste, il n'y a de scientifique pom* eux que les phénomènes mécaniques, et que leur explication par le principe d'inertie.

Ainsi, cartésiens et matérialistes s'entendent à nier toute vie, c'est-à-dire cette troisième donnée naturelle qui est intermédiaire entre la matière et l'esprit. Us nient d'abord la vie organique, en réduisant ses phénomènes biologiques à des phénomènes mécaniques ; ils nient ensuite la vie animale, en réduisant ses réflexes et leurs excitations à ces phénomènes encore. Mais ils ne le font qu'en faisant violence à l'expérience, qui force, comme nous l'avons vu, à recoimaître l'objectivité du psychisme des animaux, qui force également, comme nous venons de le voir, à reconnaître l'intervention de ce psychisme dans leurs actes instinctifs, et (|ui force enfin à reconnaître l'originalité de la vie dans toutes ses manifestations tant organiques que psychiques. La biologie n'est ni une science sans objet, ni une science réductible à la phy.sico- chimie.

II. Théorie anthropomorphique. — D'autres penseurs, au contraire, ont été surtout rni|î»[iés île ce (jii il y a d'inlilligont flans les actes des animaux ; cela les a conduit A nttriliuercesaclesà uneinlelligi'nceidenliqu(!a la nôtre, sinon inéiiic plus perfof lionnée. Tels .Montaigne, et les mor.ilistes qui s'évertuent à liuniilifr l'homnic de ce chef. Tanlùl ils le défient de fîiirc ce 'juc fini, I'-; aniniaux : et tantôt ils le somment de reronniiitre en eux des ruisonncments analogues aux siens. — Mais de telles argu-

mentations souffrent à peine l'examen, tant est évidcnle, au contraire, la distance que l'observation force à établir entre le psychisme des animaux et le notre. L'errenr consiste à leur attribuer l'intelligence de leurs actes, à y voir leffet d'inventions personnelles et raisonnées. Or il n'en est rien. Les dispositifs de l'instinct sont très ingénieux, mais ne le sont pas du fait de lintelligence de l'animal, qui ne les invente pas, mais ne fait que les appliquer. Il n'invente rien, à proprement parler, et n'a guère de personnel que sa stupidité. C'est la caractéristique de l'instinct de présenter des formules d'action toutes prêtes, qu'il est impuissant à modifier. L'homme invente, au contraire, et crée ses dispositifs d'action; c'est pourquoi il est intelligent et raisonne. Cela ne le met pas en concurrence avec les animaux, mais avec la nature qui les a dotés d'instincts; et il n'y a rien d'humiliant pour lui à rester inférieur à la nature.

III. Théorie romantique et mystique. — C'est celle qui consiste à voir dans l'instinct le fait dune intelligence mystérieuse, tout à fait distincte de la nôtre et sans commune mesure avec elle. Déjà le sens commun se plait à voir dans l'instinct un mystère, devant lequel il s'émerveille. Il attribue aux animaux « un sens météorologique », et la prévision- des temps. 11 croit reconnaître un sens prophétique de l'avenir chez l'ammophile préparant une proie à sa larve, chez les abeilles, qui nourrissent leurs larves selon leur sexe avant qu'il soit déterminé, etc., etc. D'où les éloges que donnent à l'instinct J.-J. Rousseau, et tous les « inslinctivistes », si portés à humilier devant lui la raison. Leur philosophie simpliste triomphe à exalter les connaissances instinctives, à les opposer aux connaissances conceptuelles, à en retrouver le jeu chez les individus humains qui sentent le plus et qui pensent le moins. Tels les sauvages, les enfants, les femmes, les poètes, etc., et ceux qui aiment à répéter : « mon instinct m'assure, mon instinct me prédit, j'ai un pressentiment » etc., comme s'ils avaient en effet à leur disposition des intuitions prophétiques. Cet intuitionnisrae empirique a souvent été repris et reformnlé par lintuitionnisme philosophique, qui attribue, lui aussi, à l'instinct une communication mystique et immédiate avec la réalité et avec la nature, dont il serait plus rapproché que nous.

Mais, à y regarder de près, on voit s'évanouir ces facultés mystérieuses. Les merveilleux savoirs des animaux ne sont que des savoùs ignorants. Ils n'ont pas de sens météorologique ; mais ils sont constitués de telle sorte que certaines sensations déclenchent en eux des réflexes destinés à les préparer aux changements de temps. C'est ainsi qu'ils n'ont pas un sens prophétique de la mort par inanition, encore que les sensations de la faim les fassent agir de façon à l'éviter comme s'ils l'avaient prévue. C'est ainsi encore que certaines sensations de l'ammophile déterminent en elle les dispositifs de la préparation de la vie future de sa larve. Tout cela s'accomplit comme s'il y avait prescience, mais sans qu'il y ait prescience. Ou, si l'on veut, la prescience appai'tient à la nature, mais non à l'individu en qui elle fait jouer les dispositifs d'action. Cet individu n'a, en fait de connaissances, que celles de ses sensations et des fonctions psychiques inférieures qui y sont liées. Il n'a pas de connaissances en dehors de celles que révèle la psychologie commune. Or nous avons ces connaissances; car nous avons sensiblement tous les sens des animaux; et nous avons en plus la pensée. Si près qu'ils soient de la

bbi î;(n lis itii i'»Yt:iiOi,oLilt;

nalure, ils n'en sont pas plus près que nous : car, tout comme nous, ils en sont séparés par leurs sens, cl ne communi'i'K ni avec elle que par leurs sens. C'est donc pure mvtbologie de les doter de facultés prophétiques et mystiques. Il n'y a do mystère dans l'inslincl que celui qu y met une ignorance naïve, plus disposée à s'éblouir et à s'extasier qu'à s'éclairer.

ijue l'on consulte les instincts des animaux, et par exemple leur « sens météorologique », rien de plus juste. C'est la nature que l'on consulte en eux. Leurs pseudo-prévisions fournissent une base excellente à d'autbenliques prévisions des temps, fondées sur la lecture de signes objectifs. C'est ainsi encore que l'on consulte les animaux sur la comestibilité des aliments : les réactions de leur goût sont également instructives, et ce qu'ils sentent nous permet de savoir. .Mais que l'on ait une croyance aveugle aux pressentiments et aux intuitions des gens qui invoquent « leur instinct ». rien de plus na'if en vérité. Car cet instinct est à envisager par la raison ou comme un instinct animal, dont les réactions sont à interpréter comme nous venons de le dire, on encore, et plus souvent, comme une manifestation instinctive de l'intelligence commune c'esl-à-dire comme l'intuition indébrouillée d une pensée implicite, incon Irôlée, et d'autant moins infaillible. Aucun instinct ne vaut la raison, e. aucun n'échappe à la nécessité de se faire critiquer par elle (p 339,.

IV. Théorie biologique. — LHnstinct n'est quhine forme de la vie; il est intolligvDt comme elle est intelligente; et il l'est merveilleusement, comme elle l'est merveilleusement. Elle l'est partout en effet, dans la vie végétale aussi bien que dans la vie animale ; et. chez les animaux, dans leur vie organique autant que dans leur vie de relation. De ce point de vue biologique, l'instinct animal de l'ammophile ressemble étonnamment, par exemple, à rinstinct végétal de la vallisnérie. Celle-ci résout également, lorsqu'elle doit se reproduire, un problème apparemment insoluble. La plante femelle re,ste au fond de l'eau, à trois ou quatre mètres de la surface ; les organes mâles se détachent à maturité et viennent flotter. Conmient se fera la fécondation ? Par un dispositif aussi merveilleux que celui des plus merveilleux instincts. A un moment donné, l'organe femelle, sans se détacher, remonte, à l'aide d'un pédoncule extensible, à fleur d'eau ; la fécondation s'y achève, le pédoncule se rétracte, et la graine vient reposer et évoluer sur la plante sessile du fond. Pareillement, les instincts psychologiques des insectes préparant une nourriture à leurs larves futures n'ont rien de plus étonnant que l'instinct physiologique des femelles des mamnaifèrcs, qtii jjréparcnt dans leur corps poiu* le petit à naître des provisions de graisse, et, dès qu'il est conçu, des provisions de lait. Les moindres réflexe.»! de la vie organique sont instinctifs en ce sens, parce qu'adaptés aux fins qu'ils réalisent. Bref, la vie témoigne i^artout d'une inteUigence objective, qui ne saurait

se définir qne par 'a finalité, c'est-à-dire par Vadaptation des moyens aux fins.

C'est par cette intelligence objective que s'éclaire l'instinct animal, beaucoup plus que par ce qu'il peut comporter d'intelligence subjective, ou de connaissances. On risque toujom'S de le méconnaître en le rapprochant de l'intelligence limnaine, soit pom' le lui identifi.er, ce qui est un anthropomorphisme, soit pour le lui opposer comme une faculté mystérieuse, ce qui est de la mythologie. Il faut délibérémeiit regarder en dessous et non en dessus. Ou plutôt, il faut regarder en dedans. Et alors l'instinct n'est plus que l'intelligence de l'espèce, c'est-à-dii'e l'intelligence de la nature dans l'espèce. C'est elle, nous l'avons vu (j). 501), qui fait correspondre les émotions aux besoins biologiques : ce qui est objectivement bon ou nuisible à l'animal lui donnera, giâce à l'adaptation de la sensibilité, du plaisir ou de la douleur, du désir ou de l'aversion. C'est elle encore qui organise les dispositifs innés de l'action, les associations de réflexes, leurs automatismes physiologiques et psychologiques, etc., grâce à l'adaptation de l'activité, et toujom's conformément aux besoins biologiques. Bref, c'est elle qui rend raison de toutes les adaptations. Le problème de l'instinct n'est que le problème de la nature.

L'intelligence humaine elle-même, loin d'éclairer les instincts, doit s'éclairer comme eux, et avec eux. Car eUe est, elle aussi, une forme de la vie, et la forme la plus élevée, îsTous l'a'vons définie par là (p. 335). La pensée met en œu^^rre des savoir-faire instinctifs, et elle vaut dans la mesure où ils jouent conformément à leurs fins naturelles. L'on peut penser plus ou moins intelUgemment, c'est-à-dire avec plus ou moins d'adaptation des actes de pensée à leurs fins. Il y a des pensées parfaitement inintelligentes, qui n'en sont pas moins d'authentiques pensées ; et un sot peut penser tout autant, sinon tout aussi bien, qu'un génie. L'intelligence subjective mesure donc sa valeur, comme l'instinct, à ce qu'elle réalise d'intelligence objective. Tout son privilège revient à ce que ses adaptations à elle sont désormais voulues, réfléchies et contrôlées. Ce n'en sont pas moins des adaptations, celles d'actes vitaux et instinctifs, où se retrouve l'intelligence de la vie.

Ecste à voir d'oti les instincts, la vie et la nature, tiennent leur intelligence objective, s'ils en sont redevables à Dieu ou à quelque autre principe. Problème métaphysique, qui nous fait sortir de la psychologie, et que nous ne pouvons que renvoyer à la

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philosophie. Au moins pouvons-nous le délimitor, et voir iu8- (\\i'd quel point la science peut espérer expliquer l'origine des instincts.

Article

y. — L'origii\e de l'instinct.

Ce problème n'est étudié que depuis deux siècles environ, conmie ceux de l'origine de l'intelligence (p. 416), et de l'origine de la sensibilité (p. 501), qui n'en sont que des cas privilégiés. Aussi retrouvons -Dous ici les mêmes solutions et les mêmes méthodes, adaptées aux diverses conceptions qu'on se fait préalablement de la nature de l'instinct.

I. Théorie de Condillac. — Condillac déduit de son sensualisme la génération des instincts comme la génération de l'intelligence. « L'instinct n'est rien ». affirme-t-il radicalement. Par quoi il entend qu'il nest pas inné, mais acquis, et que les animaux apprennent à agir comme nous apprenons à percevoir. grAce à une éducation individuelle où tout est du à des habitudes personnelles et à un lent apprentissage dont l'ignorance nous fait croire à l'innéité des instincts. Leur automatisme et leur inconscience est le fait des habitudes dont ils sont composés.

11 est bien évident que cette thèse se heurte immédiatement à l'innéilé expérimentale, tant physiologique que psychologique, des instincts, en particulier des instincts des insectes, et, chez les vertébrés, des instincts primaires. Toutefois, elle n'est que l'exagération d'une vérité. Elle reste vraie pour tout ce que les inslincls comportent d'apprentissage, pour tout ce que leurs savoir-faire innés s'agrègent de savoir-faire acquis par des habitudes. C'est ainsi que l'intelligence humaine, qui est innée, comporte elle aussi, et bien plus encore que les instincts, une part formidable d'habitudes et d'apprentissage. — Waliace et Bain n'ont donc pas perdu leur temps à reprendre les idées de Condillac, à atténuer en particulier l'innéité des instincts chez les animaux supérieurs, a montrer comment les oiseaux apprennent à construire leurs nids, à chanter, à picorer, comment les oiseaux nés en captivité font tout cela différemment des oiseaux nés en liberté, comment ils s'imitent les uns les autres, etc. Mais toujours ces variations apprises présupposent un fonds de dispositifs innés : pas d'habitude sans instinct préalable et congénital.

II. Théories lamarckiennes. — A. Lamarck a été amené à a])i)liquer à l'instinct ses théories de la transformation des organismes vivants par l'action lente des milieux, et par l'adaptation c|ui y correspond. L'aninial « fait effort » pour s'adapter, et cet effort modifie simultanément les organes et leurs fonctions selon les lois de l'habitude. Ainsi l'instinct est à considérer comme l'aptitude à se servir des organes, aptitude liée d'abord au syst<!mo nerveux, il n'est qu'un complexus d'habitudes organiques et nerveuses, créées peu à peu le long des temps, par des indivi-

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dus qui les ont léguées à leurs descendants. Ce sont des habitudes ancestrales, obtenues par sédimentation lente, et finalement innées aux individus d'une espèce donnée. Ainsi s'expliquent-ils par un apprentissage préliistorique, qui opère dans l'espèce ce que Condillac demandait à l'apprentissage individuel.

Critique. — A le bien prendre, il y a moins là une doctrine de V origine qu'une doctrine de la transformation des instincts. Car Lamarck, ne cesse de présupposer l'action de la vie et de son « effort » ; il se donne l'universel instinct de vivre, dont l'énergie interne et la plasticité se prêtent à la création d'hal^itudes. Que l'habitude ait le pouvoir de transformer les instincts, rien n'est plus vrai ; les faits de dressage suffisent à l'établir. Mais que ce pouvoir soit illimité, et puisse les expliquer tout entiers, c'est ce qid est contestable.

1. Dhihord Vefficacité des habitudes ^ apparaît en raison inverse du développement des animaux. — Toute -puissante chez les hommes, puissante encore chez les vertébrés, elle ne l'est plus guère chez les insectes, dont les instincts sont les moins modifiables, il devient donc bien difficile de rendre compte avec le principe de l'habitude, des instincts des insectes et des animaux inférieurs. Or c'est précisément ici qu'on l'invoque le plus, parce qu'en effet ce sont les instincts les mieux constitués.

2. D'autre part rien de moins étaNi que lliérédité des liahitudes individiielles et des caractères acquis. oU du moins que l'universalité de cette hérédité-là. Or c'est ici un des points les plus importants de la philosophie lamarckienne. H devient en particulier d'une application difficile dans les espèces à générations alternantes : les instincts du hanneton ne sont pas ceux du ver gris dont il procède, ni de celui auquel il donnera naissance ; ainsi des papillons et des chenilles, etc.

3. Enfin Vhahitude, qui s''acquiert lentement et par tâtonnements, paraît impuissante à constituer des instincts qui, sHls ne sont pas

I. Il s'agit ici des habitudes actives, les seules qui créent des mécanismes et des savoir-iairé, les seules donc qui puissent expliquer les instincts. S'il s'agissait des habitudes passives, celles -jui créent des accoutumances et amènent l'être vivant à se prêter à son milieu, il faudrait renverser la loi, et dire qu'elles paraissent plus puissantes dans les formes inférieures de la vie, et en particulier chez les végétaux. Cela revient à la distinction des facteurs externes et des facteurs internes de l'adaptation ; ceux-là sont plus puissants en bas, et ceux-ci en haut; la plasticité passive va diminuant, et la plasticité active augmentant. Or l'instinct ne se peut expliquer que par cette plasticité active f>t par ses facteurs internes, que par des habitudes actives où s'exprime en ell'et 1 activité de l'animal.

bb6 COUKS DE l'SYCHULOtjli:

immédiafemcnt parfaits, enfroîneront immédiatement la mort de l'espèce. Tel ccliii de l'amniophile, qui ne supporterait pas la maladresse d'un apprenti Tels, en général, tous les instincts liés à la nourriture des petit.-, : comment concevoir que les insectes aient à apprendre à nourrir leurs larves, à discerner ce qui leur convient, à leur laisser des provisions appropriées quand elles ne doivent éclore qu'après la mort de leurs parents ? Comment même engendrer par la seule habitude, dans n'importe quelle espèce, les instincts paternel et maternel et leurs merveilleuses adaptations *?

Ainsi donc Vexplication des instincts par des habitudes ancestraies reste aussi limitée que Vexplication par les habitudes individuelles. De part et d'autre, l'habitude est un facteur de modification, et non de création. Tout compte fait, il restera toujours un reliquat énorme d'instincts inexpliqués, à ranger à côté des instincts physiologiques et des instincts végétaux. 11 restera les fonctions vitales les plus essentielles et les mieux adaptées, fonctions qui préexistent à toutes les modifications que leur exercice peut y introduire par les habitudes qu'il engendre.

B. Spencer a pensé fortifiei- la doclrine de Laniarck en l enrichissant d un nouveau facteur, linlelligence. Parlant, probablement à sok insu, de la psychologie des habitudes humaines, il remarque quelles sont des coordinations d'actes voulus d'abord par l'intelligence, puis devenus progressivement inconscients et automatiques. Il en conclut que la conscience est liée aux adaptations dilficiles et inachevées, qu'elle disparaît dès quelle les a assurées ; les mécanismes qui lui survivent ne sont donc que de l'intelligence mécanisée et dégradée (p. 119\ Ainsi tous les instincts des animaux seraient dus à l'intelligence de leurs ancêtres. — Cette théorie sert à E. Perrier k expliquer les instincts pour le cas des généralions allernanles. Les insectes, actuellement à vie annuelle, ont eu leur âge d'or dans la période primaire de notre globe, sous un printemps éternel sans alternances de saisons. Les générations aujourd hiii successives'étaient alors simultanées; elles ont donc pu s'instruire les unes les autres. Le travail de la constitution des instincts était heureusement achevé quand se produisit la séparation des saisons, ce qui permet aux animaux saisonniers et annuels de vivre aujourd'hui avec les instincts acquis autrefois, grâce à une intelligence préhistorique évanouie. — lînfin Cope trouve dans le même principe l'explication des instincts des végétaux, qui ne sont que d'anciens animaux fixés, et dont rinlelligence disparue subsiste toujours dans leurs adaptations actuelles. Tout est vie et inteliitionre dans la nature (panpsvchisme).

Le lamaickisme ne parait devoir rien gagner à ces explications anlhroponiorphiquos. «lar il y a pur anlliropomurphisme à prêter aux animaux, .'t surtout aux végétaux, une inleliigcnre analogue à la nuire, et opérant comme la notre. A aucun prix l'on ne doit consentir à identifier linlelligonce objective de la naluie à l'intelligence subjective de la pensée

comme nous l'avons établi ci-dessus (p. 551). Les théories spencériennes ne sont donc que de la mythologie, sans l'ombre de base scientifique.

III. Théories darwiniennes. — Tandis que l'instinct est encore pour Lamarck un savoir-faire biologique, dont il demande l'explication au principe expérimenta] de l'habitude, il n'est plus pour Darwin qu'im compiexus de réflexes, dont il croit rendre raison avec le principe hypothétique de la sélection naturelle. Les transformations des organismes se font par des mutations brusques, fortuites, et immédiatement héréditaires ; ainsi de celles des instincts, dues, elles aussi, à des variations accidentelles, fixées par la sélection. Un compiexus de réflexes se trouve modifié par hasard, gTâce à l'adjonction de quelques réflexes supplémentaires : si la nouvelle combinaison est bonne, elle subsiste, par là qu'elle assure à l'individu favorisé la prépondérance dans la lutte pour la vie : si elle est mauvaise, elle le condamne à disparaître. Ainsi, tout se fait sans la moindre finalité, sans l'intervention d'une intelligence subjective pom" organiser les adaptations, et sans même l'intervention de l'intelligence objective de la vie. Tout revient au hasard : la mutation de l'instinct est fortuite, et fortuite également sa fixation.

Critique. — On a cent fois objecté au darwinisme que ses formules : variations, mutations, lutte pour la vie, sélection naturelle, survie des plus aptes, etc., qui expriment empiriquement les faits, n'en offrent aucune explication. Car le hasard n'est pas une explication, mais un déni d'explication. Les instincts varient et changeur ; les mieux adaptés servent le mieui leurs espèces, etc. : rien de plus vrai. Pourquoi varient-ils, et comment se constituent-ils ? D'où viennent leurs adaptations et comment se fixent-elles *? C'est là la question, et l'on ne nous en dit rien. Tout ce que l'instinct comporte de finalité objective, d'admirable préscience, reste inexpliqué. Le darwinisme laisse donc intacts les problèmes de l'origine et de la natui'e de l'instinct. C'est pom'quoi on a pu lui reprocher de présupposer tacitement l'instinct de la vie, raison dernière des variations et des sélections dont elle s'accommode ; pour résoudre le problème, il n'offre que les données de ce problème.

Ainsi, toutes les explications scientifiques de l'origine de l'instinct, comme celles de l'origine de l'intelligence et de la sensibilité, nous ramènent toujours au problème fondamental de la nature de la vie et de sa finalité.Il nous faut répéter que ce problème est métaphysique, et qu'il est extérieur à la science

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Celle-ci ne peut nous parler aue des évolutions de la vie, des enrichissements de 1 ■intelligence, de la sensibilité et des instincts, par des habitudes. Ses explications sont donc forcément limitées ; elles obligent toujours à en appeler au dynamisme et à î'iiiU'lligence antérieure de la vie. — L'on diia peut-être que c'est se dérober devant le problème de l'origine de l'instinct que de le réduire au problème de l'origine de la vie : ce n'est point se dérober, c'est lui reconnaître son vrai sens. Et il y a toujoms gain à réduire des i)roblèmes, le gain qui consiste à supprimer ceux que l'on réduit.

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