‹ Psychologie et education. --Chapitre 21 sur 81 · V. Attrait de la méthode intuitive pour Tenfant · texte numérisé non relu

V. Attrait de la méthode intuitive pour Tenfant

«A l'enfance elle rend l'étude aimable, facile, féconde; à l'enfance elle fait entrevoir dans toute sa poésie et dans toute sa fraîcheur ce monde de choses et d'idées qu'elle ne commence pas par lui présenter catalogué comme dans un musée, mais vivant, divers, mobile, riche et plein d'attraits, comme la nature elle-même. La méthode intuitive dans l'éducation, c'est l'enfant voyant, touchant, découvrant, non pas toute la science, mais successivement tout ce qui dans la science est à sa portée ; elle évite de décolorer, de figer, de glacer, de systématiser, de dénaturer. Elle sait

(1) Voir ci-dessous ll«, 13« et 15* leçons.

donner aux enfants une première vue, un premier coup d'œil, très sommaire, très insuffisant, mais qui a du moins ce bienheureux effet de leur causer une première et douce impression, de leur faire comprendre et aimer en enfants ce qu'ils apprendront plus tard à comprendre et à aimer en ^ hommes. » (F. Buisson, art. cité.) Leur esprit a n'est pas un vase qu'il faut remplir, c'est un foyer qu'il faut entretenir ».

Ce qui revient à dire qu'il vaut mieux leur donner de bonnes habitudes d'activité sensible, intellectuelle et morale, plutôt que de leur faire emmagasiner des connaissances lourdes et indigestes. C'est à donner ces habitudes d'activité que convient excellemment la méthode intuitive.

Excès a éviter. Sentiment et raisonnement. — Une fois ces habitudes acquises, ce n'est plus seulement l'intuition ou le sentiment que nos écoliers emploieront, mais le raisonnement. C'est assez dire que la méthode intuitive est celle de l'enfance, et non celle de l'adulte et de l'homme fait. Elle est une préparation, une initiation à la vie intellectuelle et morale, mais elle ne saurait, sans verser dans les dangers du mysticisme, remplacer l'attention aux détails, la démonstration des principes et l'enchaînement rigoureux des conséquences, en un mot, la méthode. Répétons le mot déjà cité de Descartes : « Il ne suffît pas d'avoir l'esprit bon, mais l'essentiel est de l'appliquer bien. » Voilà le principe de l'éducation intellectuelle et scientifique. Quant à l'éducation morale, elle trouve un principe identique dans le mot de Pascal : « Travaillons à bien penser, voilà le principe de la morale. i> En dépit d'un autre mot de Pascal (la vraie morale se moque de la morale) qui contredit le pré édent, nous dirons donc que l'intuition et le sentiment doivent, surtout dans l'œuvre de l'éducation, qui est « formation intellectuelle et morale », pénétrer dans la zone éclairée de la conscience réfléchie, s'y baigner des lumières de la raison et y devenir les auxiliaires de la méthode, plutôt que la méthode elle-même. Celle-ci est avant tout réflexion et raisonnement. Au raisonnement revient le soin d'éclairer la route et de diriger la conduite. Le sentiment intervient seulement pour stimuler et échauffer-

Résumé.

I. — L'intuition est la vue immédiate, sûre, facile et nette d*un objet. C'est l'acte par lequel l'esprit saisit une réalité, constate un phénomène. Le mot intuition qui semblait devoir s'appliquer à la seule sensation, a été étendu aux actes d'intellection et aux jugements et sentiments de la conscience morale. D'où trois formes de l'intuition : sensible, intellectuelle et morale.

II. — L'intuition sensible a été préconisée, comme méthode d'enseignement, par un grand nombre de pédagogues. Ses principales formes sont l'enseignement par l'aspect ou erisel* gnement visuel, les leçons de choses.

m. — L'intuition intellectuelle, étant inséparable de tous les actes de l'esprit, ne constitue pas une opération distincte. C'est un appel au jugement de l'enfant, au libre essor de sa pensée et de sa parole. Son emploi est très précieux, quand on l'unit à la méthode inductive ou de découverte.

IV. — L'intuition morale n'est autre que la conscience et rémotion morales ; c'est une émotion accompagnée d'appréciations et d'évaluations fines et délicates, qui n'ont rien de géométrique. C'est la prise de possession par l'esprit et par le cœur des axiomes de l'ordie moral, des vérités indémontrables et indubitables qui sont comme les principes régulateurs de la conduite. Cette méthode initie les enfants aux émotions morales, au moyen de leur expérience immédiate. Elle invite le maître aux entretiens familiers, aux anecdotes. Elle l'engage à pousser l'enfant aux exercices pratiques, aux actes, aux habitudes.

V. — Sous toutes ses formes, la méthode intuitive présente beaucoup d'attrait pour l'enfant à qui elle rend l'étude aimable, facile, féconde. Gardons-nous, toutefois, d'abuser du sentiment. Parvenu à l'âge adulte et viril, notre élève doit confier au raisonnement le soin d'éclairer la route et de diriger sa conduite. Le sentiment intervient seulement pour stimuler et échauffer.

Sujets à traiter.

Mémoires et Conférences.

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