VINGTIÈME ET VINGT ET UNIÈME LEÇONS
La discipline à Fécole. Principes généraux sur lesquels elle repose actuellement. Comment ils se manifestent dans le règlement, les habitudes et les sanctions de l'école. Examen critique des récompenses et des punitions usitées à l'école primaire.
I. Plan adopté. — Nous avons modifié l'ordre du programme sur deux points: 1° Il indique d'abord les principes généraux sur lesquels la discipline doit reposer ; puis il passe
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à rexamen critique de la réalité. Nous préférons partir du réel pour nous élever progressivement à l'idéal proposé : nous ferons donc d'abord l'examen critique, puis nous dirons les principes nouveaux, meilleurs ou améliorés, sur lesquels doit reposer la discipline. 2° En faisant passer dans la première partie tout ce qui concerne la constatation et l'examen critique du système actuel, et dans la seconde tout ce qui est relatif aux principes nouveaux ou améliorés, on adopte la méthode de recherche et de découverte, autrement dit inductive ; cette modification est le corollaire nécessaire de la précédente.
II. Définition et but de la discipline (1). — Ce serait singulièrement rétrécir le sens du mot « discipline » que de l'appliquer exclusivement aux règles et habitudes scolaires par lesquelles on excite le zèle des élèves pour le travail, tout en maintenant le silence, l'attention, le bon ordre.
Par discipline il faut aussi entendre l'ensemble des règles et des habitudes qui préviennent ou sanctionnent les écarts de conduite, dans le but de former des volontés droites, des caractères énergiques, capables de se gouverner euxmêmes. «Tout bon éducateur aspire à se rendre inutile, en formant non des machines, mais des consciences guidées par le sentiment ferme de leur responsabilité, l'amour et la claire vue d'un idéal. » (H. Marion, loc. cit.f p. 230.)
(1) Sur ce sujet important, les lectures à faire sont des plus abondantes. Voici les plus importantes : Gréard, l'Esprit de discipline dans l'éducation {Revue pédagogique, 15 nov. 1883, p. 385-446). — B. Pérez, r Education morale dès le berceau (première partie, ch. m-vi). — H. Marion, l'Education dans l'Université (ch. vni-x). — M™» Necker de Saussure, Education progressive (édition Garnier, 1. 1", p. 156 et suiv. ; t. II, p. 54-97). — M°»« P. Kergomard, l'Education maternelle {t I*'^ ch. vn ; t. II, 3" partie, ch. ii, ni et iv). — A. Vessiot, De l'éducation à l'école (ch. xi à xvn). — J. Sully, Etudes sur l'enfance (liv. Vil). — Dictionnaire de pédagogie (première partie, articles : « Discipline scolaire, Emulation, Emulation dans l'enseignement primaire. Encouragement, Récompenses, Distributions de prix. Obéissance, Punitions, Sensibilité, -Education. » — Voir aussi les chapitres de Bain, dans la Science de l'éducation, et de Spencer, dans l'Education physique, intellectuelle et morale. — Enfin, les chapitres consacrés à la discipline dans les diflérents manuels et petits traités cités dans la Bibliothèque philosophique (voir t. Il) t Compayré, Thamin, Carré et Liquier, Boirac et Mageadie, etc.
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III. Sa nécessité. — Elle est nécessaire et pour le travail scolaire, qui, sans elle, serait impossible ; et pour la formation morale qu'elle est chargée de préparer et d'aider. Nous avons déjà effleuré cette dernière question dans le tome II (p. 124-125). Elle se pose ici dans toute son ampleur et dans toute son importance.
Sans empiéter sur les développements qui vont suivre, on peut dire, dès maintenant, que la discipline exige chez l'enfant l'obéissance. Car comment pourrait-on élever, instruire, diriger l'enfant, si l'on n'obtenait pas avant tout sa soumission ? L'enfant est faible, il ne sait rien, il est incapable de se conduire, d'avoir une volonté à lui. Ses parents, ses maîtres, ont, pour lui et à son intention, à son usage^ pour son plus grand bien : force, sagesse, prévoyance, volonté. « Ne serait-il pas vraiment insensé de se refuser à suivre ces guides excellents, qui joignent à l'expérience de la vie l'ardent désir de lui faire du bien, dont l'ambition la plus vive est de le voir heureux, et qui entendent son bonheur cent fois mieux que lui-même ?» (H. Marion, Leçons de morale.) Maîtres et parents sont des amis incomparables. Leur volonté est ou doit être présumée juste et raisonnable. Voilà pourquoi l'action de cette volonté sur celle des enfants, sous la forme de la discipline et de l'obéissance, est nécessaire et bienfaisante.
Elle est particulièrement indispensable dans l'éducation publique, qui tient réunis, groupés, un grand nombre d'enfants dans la même classe, et un plus grand nombre dans le même établissement.