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IV. Ses principes généraux à l'heure actuelle. — Nous

parlerons surtout ici de la discipline scolaire. La discipline dans la famille est un peu en dehors de notre sujet, mais on trouvera d'excellentes indications sur cette phase de la discipline dans les ouvrages de B. Pérez et de J. Sully cités ci-dessus, dans la note 1 de la page 269.

En allant des formes extérieures aux formes intérieures, la discipline actuelle repose sur quelques principes généraux que l'on peut, pour plus de commodité, ramener à six principaux :

1° Elle s'applique d'abord à faire contracter par l'enfant

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(les habitudes d'ordre et de régularité, et cela dans toutes les manifestations de la vie scolaire : entrées et sorties à heures fixes ; heures d'étude, de classe et de récréation, distribuées d'une façon régulière et méthodique; application, attentioni silence ; uniformité de la règle, et ainsi de suite.

2° Elle provoque et entretient l'ardeur au travail par l'émulation. Ce n'est pas dire que l'émulation soit le seul ressort de la discipline. Il en est d'autre s, tels que la peur, le plaisir, l'amour-propre; — l'amour des parents, l'affection pour le maître ; — l'intérêt et le calcul, la crainte des punitions, l'espoir des récompenses; — l'idée même du devoir. Mais l'émulation se mêle à tous ces mobiles d'action, et elle est, sans doute, le plus puissant des moyens disciplinaires.

Elle est un amour-propre actif qui veut conquérir de nouveaux avantages. Elle est donc très voisine de l'ambition et du désir de la gloire, car l'élève rivalise avec les ambitions de ses camarades et aspire à les dépasser. Elle n'est pas nécessairement une inclination égoïste. Elle est aussi un sentiment généreux qui aspire au mieux. L'émule veut, tout en égalant ou en surpassant un concurrent, atteindre un idéal plus élevé. « Quelque rapport qu'il paraisse de la jalousie à l'émulation, il y a entre elles le même éloignement que celui qui se trouve entre le vice et la vertu. L'émulation est un sentiment énergique, courageux... qui rend l'âme féconde, qui la fait profiter des grands exemples, et fa porte souvent au-dessus de ce qu'elle admire. » (La Bruyère.)

3° De l'emploi de l'émulation comme ressort principal de l'éducation est résultée une tendance très nettement accusée à récompenser surtout le mérite intellectuel et à punir surtout la paresse. C'est là une des caractéristiques du système actuel.

Toutefois, une nouvelle tendance s'est fait jour qui réclame pour l'effort moral, même non couronné de succès, une part dans les éloges et les récompenses scolaires. De là les prix de sagesse, d'assiduité, de bonne conduite. De là l'institution des livrets scolaires, où les facteurs moraux (bonne volonté, persévérance) sont appelés à compenser les défaillances ou les lacunes de l'intelligence.

4° Le système disciplinaire contemporain s'applique à respecter dans l'enfant la dignité humaine et à former, dans

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cet être faible et sans défense, l'homme futur, l'homme libre et responsable : d'où suppression radicale des châtiments corporels et des peines dégradantes ou simplement humiliantes.

5° Par suite, ses commandements ne s'imposent pas par la force brutale, mais empruntent leur autorité à la force de la persuasion et de la bonté. La discipline est libérale et non autoritaire. Elle vise à faire connaître la règle et habituer l'enfant à s'y soumettre volontairement et après réflexion, en un mot : à y consentir.

6° Cependant, il faut bien reconnaître que la part de la répression est la plus considérable. La discipline actuelle punit beaucoup plus qu'elle ne récompense.

V. Règlement, habitudes et sanctions de l'école en matière disciplinaire. — Ces principes généraux se manifestent de la façon suivante dans le Règlement actuellement en vigueur.

Pour les écoles maternelles : « Il est donné aux enfants, à titre de récompense, des bons points, des images ou des jouets. A la fin de chaque mois, les bons points sont échangés contre des images ou des jouets. Sont interdites les distributions de prix. — Les seules punitions permises sont les suivantes : privation, pour un temps très court, du travail et des jeux en commun, retrait des bons points. » (Règlement scolaire modèle, annexe A de l'arrêté organique, art. 9 et 10.)

Pour les écoles élémentaires : « Les seules punitions dont l'instituteur puisse faire usage sont : les mauvais points ; la réprimande ; la privation partielle de la récréation ; la retenue après la classe, sous la surveillance de l'instituteur ; l'exclusion temporaire. Cette dernière puine ne pourra dépasser trois jours. Avis en sera donné immédiatement par l'instituteur aux parents de l'enfant, aux autorités locales et à l'inspecteur primaire. Une exclusion de plus longue durée ne pourra être prononcée que par l'inspecteur d'académie. » {Ibid.^ annexe B, art. 19.) « Il est absolument interdit d'infliger aucun châtiment corporel. Il est également interdit aux instituteurs et institutrices de tutoyer leurs élèves. » {Ibid., art. 20.)

On remarquera que le règlement est muet sur les récompenses, dont la nature et l'emploi sont fixés par l'usage, les traditions et le tact des maîtres. Ce qui donne au système actuel, nous l'avons déjà remarqué, un caractère plus répressif, que préventif.

A ces différents points de vue, les habitudes de l'école préparent aux habitudes de la vie : « Dans la vie aussi il y a des châtiments, il y a des récompenses ; et, l'école étant la préparation à la vie, il n'y a aucun inconvénient à ce que l'enfant, quand ille mérite, fasse connaissance avec le code pénal scolaire, ou inversement soit appelé à bénéficier de certaines distinctions. C'est se faire de la nature humaine une conception chimérique, plus chimérique encore quand il s'agit de l'enfance, que de prétendre conduire les hommes par le seul amour du bidn, par la seule horreur du mal. Qu'on ne l'oublie pas, d'ailleurs, l'écolier d'aujourd'hui, c'est le soldat de demain ; et il est bon qu'il n'arrive pas au régiment, où l'attend une discipline sévère, sans avoir déjà fait l'apprentissage de la punition, quand il la mérite. » (Com-pSiyTé, Organisation pêdagogiquey p. 243.)

De grands progrès se sont accomplis dans les habitudes et les sanctions de l'école. Les maîtres, de plus en plus, tempèrent la concision un peu sèche du règlement par l'apport personnel de la douceur et de la persuasion. Ils ne récompensent pas pour récompenser, mais pour éveiller le sentiment de l'honneur, l'idée du devoir, exciter une saine ambition. Ils ne punissent pas pour punir, mais ils font appel au repentir, à un sentiment naturel de honte, par la privation de certains avantages, par un petit surcroît de travail. Les moyens matériels ne sont que les» symboles visibles des sanctions qui, envisagées dans leur inspiration et dans leur but, sont essentiellement morales

Tout ce que l'on peut regretter, ou plutôt constater, — car tout ce qui est a eu, à un moment donné, sa raison d'être et a constitué un progrès, — on peut constater que le système est, en soi, plus répressif que préventif et qu'il récompense presque exclusivement la valeur intellectuelle. C'est ce qui ressortira de l'examen détaillé de§ récompenses et des punitions usitées actuellement.

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VI. Examen critique des récompenses et de punitions usitées à l'école primaire. — Récompenses. — 1' Leur légitimité. — Encore moins que l'homme fdit, l'enfant n'est capable de se laisser guider par le seul attrait du devoir accompli et de se contenter du témoignage intérieur de la conscience.

La récompense est un secours extérieur particulièrement nécessaire à l'écolier français, parce qu'elle répond à un besoin du caractère national : « S'il est un peuple qui soit sensible à l'approbation, à la louange, à la récompense, c'est assurément le nôtre. Le contentement intime et solitaire, le témoignage muet et froid de la conscience satisfaite ne suffisent pas aux exigences de notre nature expansive et chaleureuse. Nous ne savons pas, nous ne pouvons pas nous passer des autres, nous avons besoin de connaître les sentiments que nous leur inspirons, nous cherchons à les surprendre, à les lire dans leurs regards, nous prêtons une oreille inquiète à ce qu'ils disent pour apprendre ce qu'ils pensent de nous ; rester au dedans de nous est au-dessus de nos forces ; nous voulons nous sentir dans les autres et vivre en quelque sorte à l'unisson. Aussi, plus que tous les autres peuples, sommes-nous sujets aux entraînements, et subissons-nous d'une manière presque irrésistible la contagion de l'exemple. Ce caractère a ses dangers, sans nul doute, mais il a aussi ses avantages ; la crainte de l'opinion, le besoin d'estime, sont des freins puissants et des stimulants énergiques ; avec nous il n'y a jamais à désespérer ; si l'on peut nous entraîner au mal, on peut aussi nous ramener au bien ; il suffit souvent d'un mot, d'un geste, d'un regard, pour nous arrêter sur la pente où nous glissions, et l'espoir de la louange, la perspective des récompenses nous attire, nous enlève et nous transporte. » (Vessiot, De V éducation à V école, p. 142, 143.)

2° Leurs formes. — Dans les écoles maternelles, le règlement (art. 10) prévoit bons points, images et jouets. Les croix et rubans ont été supprimés.

Pour les écoles élémentaires le règlement ne prévoit rien,

mais voici les récompenses traditionnelles : bons points,

images, satisfecits, inscription au tableau d'honneur, clas-

^sement d'après les notes et les compositions, prix et livrets

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de caisse d'épargne accordés à la fin de l'année scolaire, en

distribution solennelle.

. Ont été supprimés le banc d'honneur, médailles et

décorations.

Sur les avantages de chacune de ces récompenses et la façon de les distribuer de manière à leur conserver leur caractère moralisateur, éducatif, les élèves-maîtres et les élèves-maîtresses puiseront des indications utiles dans l'article récompenses du Dictionnaire de -pédagogie et dans les chapitres consacrés à cette question dans les différents manuels (Compayré, Carré, etc.), et surtout, ce qui vaudra tout autant, dans leur expérience et les leçons de leur directeur. Nous préférons nous attacher à apprécier leurs caractères et leurs lacunes en bloc.

3° Leurs caractères. — Ces récompenses sont, ou du moins il est entendu qu'elles doivent être justes, proportionnées, fixes et stables, discrètes et égales. Il est inutile de développer ces cinq caractères, qui sont clairs et faciles, essentiels et très connus. (Voir Dict, de pédagogie^ article

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