Psychologie et pedagogie des aveugles
Mon initiation à la psychologie date de l’époque où l’atomisine associationniste régnait sans partage dans l’enseignement universitaire. Ce serait me faire illusion que de m’imaginer aujourd’hui que j’ai été fortement heurté alors par l’inadéquation radicale de cette doctrine avec mon expérience d’aveugle. Du moins me fautil reconnaître qu’à mesure que je me suis informé des tendances nouvelles de la psychologie j’ai senti une grande lumière pénétrer en moi. Je me découvrais à moi-même. La psychologie des aveugles me paraît manifester l’insuffisance de l’associationnisme et du sensualisme psychologique traditionnels, et illustrer les vues que des recherches expérimentales conduites avec une méthode plus appropriée nous ont ouvertes depuis une quarantaine d’années sur la vie profonde de l’esprit.
Lorsqu’en 1914 j’ai exposé dans Le monde des aveugles les résultats de mes recherches, m’adressant au grand public, je n’avais pas à me placer à ce point de vue. Je me suis contenté de présenter les faits aussi nus que possible.
Ces faits ont depuis lors, surtout en Allemagne, été l’objet d’un contrôle méthodique et d’investigations nombreuses. Ils sortent de cette épreuve fortifiés par l’accord de divers chercheurs. En particulier la notion que j’avais présentée d’images spatiales synthétiques, qui avait soulevé le plus d’incrédulité, est aujourd’hui confirmée par des témoignages qu’on ne peut plus guère mettre en doute. Je renvoie d’une manière générale aux deux ouvrages d’ensemble parus ces dernières années en Allemagne ; la Blindenpsychologie de Bürklen (Leipzig 1924), qui apporte des résultats originaux en ce qui concerne la psychologie de la lecture et de l’écriture, est précieuse surtout en ce qu’elle est une compilation d’opinions et de témoignages; les Hauptproblemen der Blinden-
REVUE PHILOSOPHIQUE
psychologie de Steinberg (Marburg, 1928), oeuvre d’un demi-voyant qui a été élevé dans des écoles d’aveugles, est un travail personnel, basé sur des expériences très sûres. Ils dispensent de recourir aux Studien der Blindenpsy cholog ie de Th. Heller (première édition 1825, deuxième 1904).
Il va sans dire que la pédagogie des aveugles n’a pas attendu une psychologie rationnelle pour tenter de se constituer. Nous avons essayé d’éclairer les principes de cette pédagogie dans un ouvrage paru en 1922 (La Pédagogie des aveugles, Alcan), et l’année suivante, en collaboration avec M. G. Pérouze, professeur à l’Institution Nationale des aveugles de Paris, nous avons groupé en un recueil les études sur la matière parues depuis 1883 dans le Valentin HaiXy, pour la plupart inspirées à des maîtres d’aveugles par leur expérience pédagogique. La collection du Valentin Haüy (publiée par l’Association Valentin Haüy, 9, rue Duroc, Paris) reste utile à consulter, en particulier les fascicules de cette collection parus depuis 1923.
L’Allemagne nous a donné en 1913 un traité de pédagogie des aveugles de Zech, qui est fort intéressant. J’apprécie moins les Hautprobleme der Blindenpaedagogik publiés à Marbourg en 1928. Mais le Blindenfreund, organe des instituteurs d’aveugles en allemand, paraissant depuis 1883, est très riche en études pédagogiques, de même que les comptes rendus des congrès triennaux tenus par ces instituteurs, et le compte rendu des congrès internationaux pour le bien des aveugles.
11 existe aux États-Unis, comme en Allemagne, une association d’instituteurs d’aveugles. Elle tient des assises biennales dont les comptes rendus sont publiés depuisL L’ American Foundation for the Blind a depuis peu doté ces instituteurs d’un petit périodique, le Forum, et son service de recherches psychologiques a entrepris une série de publications pédagogiques dont les premiers spécimens font bien augurer. Nous les mentionnerons à propos de la lecture Braille. Son bulletin trimestriel, V Outlook, présente parfois des études psychologiques et pédagogiques.
En Italie, il faut mentionner surtout le livre de Romagnoli : Bagazzi ciechi (Roma, 1924).