VIII AVANT-PROI'OS
s'accouplent, se repoussent, se fuient, s'atteignent ; leur essor, leur décroissance, voilà ce qui se présente à notre esprit, dans des formes libres, et qui lui donne le plaisir esthétique du beau. »
Aussi fermement que M. Hanslick, Victor de Laprade tenait pour la beauté purement spécifique de la musique : « Je ne veux pas, écrit-il, poser au compositeur cette question stupide : qu'avez-vous prétendu prouver, ou même raconter, ou décrire, ou simplement exprimer. Je n'oserais môme pas lui demander : quelle passion déterminée vouliez-vous peindre, quel sentiment vouliez-vous faire naître dans l'auditoire, quelle direction vouliez-vous imprimer aux plus mobiles, aux plus vagues désirs? »
D'accord ; il ne faut pas poser de pareilles questions au compositeur ; celui-ci ne saurait y répondre. Le compositeur ne se préoccupe pas, alors qu'il compose, d'éveiller en nous tel ou tel sentiment, de provoquer tel ou tel état d'dme ; il n'a d'autre dessein que l'invention et la combinaison de certaines formes, sonores : mélodies, harmonies, timbres et mouvements. Mais cela n'empêche, et voici où nous nous séparons de M. Hanslick et de son école, cela n'empêche que ces formes créent en nous les états d'âme et nous suggèrent les sentiments en question.