‹ Psychologie musicaleChapitre 6 sur 38 · AVANT- PROPOS XIII · texte numérisé non relu

AVANT- PROPOS XIII

Ailleurs, c'est par le sentiment aussi que M. Hanslick définit ou caracte'rise le génie de Beethoven, quand il écrit : « Dans les symphonies de Beethoven, sans connaître le nom ni la vie de l'auteur, le jugement esthétique discernera l'impétuosité, la lutte, l'aspiration non satisfaite vers un idéal immense, la fierté consciente de sa force. « Enfin, n'est-ce pas un aveu plus large encore, et comme une concession, voire même une contradiction de principes, cette déclaration arrachée à M. Hanslick par la nature des choses : « Je suis parfaitement d'avis qu'en dernière analyse, l'appréciation du beau reposera toujours sur l'évidence du sentiment. » A la bonne heure, et M. Hanslick a raison ici contre lui-même. Oui, la dernière analyse du beau rencontre toujours le sentiment. Je ne dis pas que le sentiment soit le but de l'art, mais il en est le résultat. Le beau musical n'existe pas par suite de notre sentiment, mais il existe pour notre sentiment ; sans doute le beau musical est beau en soi, mais il l'est également en nous, et c'est de nous, dans nos rapports avec lui, qu'il faut absolument tenir compte.

Il semble qu'après ces réticences, je dirais presque ces rétractations, M. Hanslick ne soit plus tout à fait recevable à condamner en bloc la critique qui étudie dans la musique l'expression de

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certains sentiments. Cette méthode, d'ailleurs, que nous avons cru pouvoir suivre en ce volume, de graves autorite's Tout approuve'e. M . Sully Prudhomme, par exemple, en son beau livre : FExpression dans les Beaux-Arts^ répudie énergiquemeni pour tous les arts, et pour la musique surtout, le principe du beau exclusivement objectif et spécifique. Il exige une faculté chez Tartiste et dans une œuvre d'art une qualité maîtresse, qu'il appelle la sympathie. « Un artiste, dit-il, tout à fait dénué d'aptitude à la sympathie, serait celui qui s'en tiendrait aux combinaisons purement agréables des sensations, aux qualités exclusivement sensuelles des perceptions. Un pareil artiste n'existe pas. Il n'y a pas un vrai peintre qui se borne à composer des nuances et des dessins ne représentant aucun objet extérieur, comme les nuances et les dessins des tapis; un vrai sculpteur, qui ne s'attache jamais à la forme des corps vivants et s'en tienne à modeler des motifs de pure ornementation, des formes ne s'adressant qu'aux yeux. Et encore est-il presque impossible d'imaginer un contour agréable qui, par sympathie, n'éveille quelque sentiment, de sorte qu'on ne conçoit pas un architecte dont les composilions ne procureraient que des jouissances physiques au sens de la vue, sans faire naître par sym-

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