‹ Psychologie naturelle (volume 2)Chapitre 12 sur 23 · SUR LES LOIS PSYCHIQUES · texte numérisé non relu

SUR LES LOIS PSYCHIQUES

Dans le premier volume, j’ai énoncé au chapitre III une loi importante dont l'existence a été démontrée dans le cours de ce travail. — Cette loi n’étant pas la seule à laquelle l'esprit humain soit soumis dans l’exercice de ses facultés, il me parait opportun de rassembler en un faisceau celles qui sont à notre connaissance , afin que le psychologiste voie d’un seul coup les bases connues delà sciencequ’il étudie.

Première i.oi. Lorsque les facultés instinctives fonctionnent simultanément avec les facultés réflectives , l’activité de celles-ci est soumise à la direction des premières ; autrement dit: l’homme pense comme il sent. — Cette loi est nécessaire en soi, car il n’est pas possible qu’à l’égard des connaissances que donnent seules les facultés instinctives, l’homme puisse penser autrement que dans le sensde celles qu’il éprouve, et qu’il puisse penser dans lo sens de celles qu’il n’éprouve pas.

Deuxième loi. L 'homme veut toujours la ire ce qu’il désire le plus , lorsqu'il ne se sent pas obligé par le sentiment du devoir, ou lorsqu ’il n’est pas contraint par une force ou une circonstance indépendante de lui-même, c’est-à-dire parla nécessité , de faire ce qu’il désire le moins. — Cette loi est la loi do l’intérêt, dont l’existence a été reconnue par tous les philosophes, dans les deux circonstances que je viens de spécifier. Cette loi est également nécessaire en soi, car si l’homme voulait faire ce qu’il désire le moins lorsqu’il n’en sentiraitpas l’obligation morale, ou lorsqu’il n’y serait pas contraint par la nécessité, les deux seules raisons qui

pourraient l’engager à faire ce qu’il ne désire pas ou ce qu’il désirelo moins, il voudrait alors, sans raison aucune, se causer une peine, une contrariété. Or, vouloir se faire de la peine sans raison n’est point dans la nature humaine.

Les conséquences de cette loi de l’intérêt, du désir le plus grand, qui fixe la volonté de l’homme dans tous les cas où n’interviennentni la nécessité ni l’obligation morale, ces conséquences, dis-jo, sont très-importantes, car elles servent en partie à résoudre la question, si controversée jusqu’à ce jour, dulibre arbitre.

J’ai contribué pour ma part à prouver l’universalité de cotte loi, toujours en dehors des deux circonstances que j’ai indiquées : la nécessité et l’obligation morale, en démontrant que, lorsqu’en présence d’un défi porté par autrui ou par soi-même, l'on faisait ce qui plaisait le moins, on décidait ce parti par le désir d’être vainqueur dans ce défi, désir actuellement plus grand que celui de faire ce qu’on désirait le plus avant le défi ' .

Troisième loi. Iiienn’a autant de puissance sur l’esprit de l’homme que sa manière de sentir, que le témoignage de sa conscience instinctive. — Cette puissance est si grande, que parfois elle prime même sur le témoignage des sens, sur l’évidence matérielle. C'est à l’occasion de ce qui blesse et contrarie de puissants sentiments, qu’a été trouvé ce dicton populaire : Je le verrais, que je ne le croirais pas. Par une conséquence de cette loi, un élément instinctif seul a le pouvoir de combattre toujours efficacement les inspirations d’un autre élément instinctif ; de sorte que si un sentiment ne rencontre dans l’esprit aucun sentiment opposé, il domine tellement cet esprit que les fa-

t Voyez tom. I, pag. 335, 336 et 337.

cultes réflectives ne fonctionnent que dans le sens de ce sentiment.

Quatrième loi. Il n’est pas possible à l’homme de faire volontairement ce que repoussent invinciblement ses éléments instinctifs. — Cette loi nous est également démontrée par l’observation, et l’on comprend qu’elle est, comme les autres, nécessaire en soi.

La liste des lois psychiques est loin d’être complète, et d’autres lois viendront s’ajouter à celles-ci à mesure que la psychologie s’engagera de plus en plus dans une voie réellement scientifique.

Il est à observer que les quatre lois que nous venons d’énoncer ont rapport aux fonctions des facultés instinctives. La première règle l'influence qu’elles ont sur les facultés réflectives. Delà deuxième il résulte que la demande des éléments instinctifs les plus puissants , c’est-à-dire le désir le plus grand, est ce qui fixe la volonté, en l’absence du sentiment du devoir et en dehors de la nécessité. La troisième et la quatrième ont rapport au pouvoir que les sentiments exercent sur l’esprit.

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