‹ Psychologie naturelle (volume 2)Chapitre 14 sur 23 · SL’H LA FOLIE · texte numérisé non relu

SL’H LA FOLIE

Faisons l'application do ces principes «à l’étude de la raison et du libre arbitre dans la folie intelligente ou raisonnante, chez le malade et chez l'homme en santé.

Le fou est fou. non parce qu’il a absolument perdu le libre arbitre, car il peut en jouir dans toutes les circonstances où la passion qui le domine n’étoutfe pas son sens moral , non parce qu’il a absolument perdu la raison, car il peut jouir de la raison dans toutes les circonstances où la passion qui le domine n'étouffe pas ses sentiments moraux ; mais il est fou parce qu’il a perdu la raison dans toutes les circonstances où la passion soulevée par un étal pathologique de son cerveau si c’est un malade, où la passion qui est naturelle à son caractère s’il est en santé, étouffe, dès qu’elle se fait sentir, tous les sentiments moraux antagonistes de cette passion, et aveugle complètement l’esprit, c’est-à-dire lui fait croire que les inspirations de cette passion, pensées et désirs, sont rationnelles, quoique fausses, absurdes, immorales. Ce qui constitue la folie, c’est la perte de la raison instinctive à l’égard des inspirations d’une passion, ou d’un petit nombre de liassions, objets limités par conséquent.

Encore un mot sur la folie instinctive, soit du malade, soit de l’homme en santé. — Pour que la folie existe, deux conditions sont nécessaires: 1° Il faut l’objet de la folie. Cet objet est inspiré par une passion, ou exagérée, ou bizarre, ou perverse ; 2° Il faut que cette passion domine l’esprit, ne rencontre dans la conscience aucun sentiment opposé qui la combatte, soit parce que cette passion étouffe les sentiments rationnels qui lui sont opposés, soit parce

que l'individu est naturellement privé de ces sentiments rationnels; il faut, en un mot, l’aveuglement et la possession de l’esprit par la passion. Chez les criminels privés de sens moral et des autres principaux sentiments supérieurs de l’humanité, la première condition de la folie morale est remplie par la perversité active , et la seconde condition par l’insensibilité morale. Les deux conditions nécessaires à l’existence de la folie se rencontrent donc chez eux.

sur l’influence que les anomalies organiques et

FONCTIONNELLES DU CERVEAU EXERCENT SUR LES MANI- FESTATIONS DE LESPRIT.

Deux causes dépendant du cerveau produisent des manifestations incomplètes et anomales de l’esprit' : 1° une structure imparfaite et incomplète; 2° l’activité anomale de cet organe, activité qui peut avoir lieu aussi bien en santé et avec une conformation complète que sous l’influence d’un état pathologique. A chacune de ces deux causes organiques se rattachent des manifestations psychiques anomales particulières.

A une organisation cérébrale imparfaite, incomplète, soit naturellement, soit par une destruction pathologique, correspondent: 1° des facultés intellectuelles faibles en quantité ou absentes, ainsi qu’on l’observe chez les imbéciles, chez les idiots, chez les déments. La perception et la mémoire de ces individus est incomplète, et leurs fa-

1 11 y a des manifestations anomales ou incomplètes de l'esprit qui provienneut, non pas du cerveau, mais d'un défaut de culture des facultés psychiques virtuellement suffisantes, d’une éducation ou mauvaise ou nulle de ces facultés.

cultes réflectives sont ou rudimentaires ou nulles ; 2° des facultés instinctives faibles et peu nombreuses, plusieurs d’entre elles, les plus élevées surtout, manquant tout à fait.

A une activité anomale du cerveau correspondent des anomalies dans les facultés instinctives, caractérisées par la bizarrerie ou la perversité. Les facultés intellectuelles, n’étant pas de nature à devenir perverses ou bizarres, ne subissent pas l’influence de cette activité anomale, et peuvent rester intactes et puissantes , quoique alliées à une nature instinctive anomale.

L’atrophie du cerveau produit chez les idiots des facultés intellectuelles rudimentaires et des facultés instinctives faibles et peu nombreuses. Mais si l’activité restreinte du cerveau mal conformé des idiots s’exerce d’une manière normale, les faibles facultés instinctives de ces êtres seront de bonne nature, ces idiots auront un bon caractère. Si au contraire cette activité est anomale, leurs éléments instinctifs seront mauvais, ces idiots seront irritables, méchants, dangereux.

En résumé: la quantité virtuelle et perfectible par la culture, des facultés intellectuelles et des facultés instinctives est réglée par la perfection organique du cerveau : et la qualité des facultés instinctives est réglée par la nature de l’activité de cet organe. Les éléments instinctifs ont des tendances morales et rationnelles avec une activité cérébrale normale, et ils ont des tendances bizarres et perverses avec une activité cérébrale anomale. Comme preuve de l’influence du mode d’activité du cerveau sur la nature des éléments instinctifs de l’esprit, nous savons qu'à une excitation modérée du cerveau correspondent les sentiments gais, expansifs, généreux, orgueilleux : qu’à une

excitation plus vive de cet organe correspondent la propension à la violence, la colère, la fureur, ainsi que cela a lieu dans les accès de manie, dans le deuxième degré de l’alcoolisme. Nous savons aussi qu’à une inactivité, à une paresse fonctionnelle du cerveau correspondent la tristesse, le découragement, la défiance, la crainte, et que ces passions tristes de la lypémanie disparaissent dans certains cas par l’excitation cérébrale au moyen du galvanisme ou de vives émotions morales. Les facultés intellectuelles étant plutôt susceptibles de manifester des différences en quantité qu'en qualité, sont peu influencées par l’activité anomale du cerveau ; aussi voit-on des individus d’un fort mauvais caractère, n’étant inspirés que par des motifs d’action absurdes, immoraux, irrationnels, et cela sans le sentir, être doués d’une intelligence fort remarquable.

Mes études psychologiques m’ont démontré que les éléments instinctifs avaient dans les phénomènes psychiques une part bien plus grande qu’on ne l’avait pensé jusqu’à ce jour. Sur ce point je suis allé plus avant que les psychologistes Écossais, puisque j’ai porté mou attention , non-seulement sur les fonctions des facultés morales, mais encore sur les lois qui président à leur activité. Entré ignorant, et par conséquent sans idée préconçue, dans la carrière, c’est en étudiant la nature que je suis parvenu à des résultats qui me paraissent importants pour la science. Dans mon introduction, je signalais cette ignorance comme un excellent point de départ, équivalant au doute Carté-

sien. J’ai depuis rencontré la même pensée exprimée par deux savants philosophes contemporains :

«En philosophie, ditM. Paul Janet, l’ignorance est trèsfavorable à l’invention ' .»

a La pensée d’un homme de bon sens, ignorant, mais qui sait ignorer, ditM. A. Lemoine, est un excellent point de départ pour des recherches philosophiques plus précises et plus profondes a.»

1 Les spiritualistes français. (Rev. des Deux-Mondes, n“du 15 mai 1808.)

2 L'aliéné devant la philosophie, la morale et la société, pa#. 39.

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