ÉTUDE PSYCHOLOGIQUE SUR LES INCENDIAIRES
Le crime d’incendie inspire, de même que l’homicide, une réprobation telle aux personnes qui sont douées do sens moral, qu’il leur est impossible de le commettre de sang-froid, lorsqu’elles sont en possession de leur raison morale et de leur libre arbitre. L’observation démontre en effet que ce crime n’est commis que par des personnes dans l’esprit desquelles le sens moral est muet, soit parce qu’il n’y existe pas, soit parce qu'il est momentanément étouffé par quelque passion violente.
ARTICLE Irr. — Incendiaires par la passion de brûler, passion qui prend naissance dans un état névropathique du cerveau.
Sept obserrations. — Cet état névropathique est inhérent au jeune Age ; il détermine la monomanie incendiaire, la passion de brûler pour brûler.
11 existe un état névropathique du cerveau, particulier au jeune âge, qui se manifeste de 10 à 25 ans, qui ne déliasse guère ces limites, et qui produit une véritable monomanie incendiaire par laquelle l’individu est poussé à brûler pour brûler, et non pour satisfaire quelqu’une des passions naturelles à l’homme en santé. Cet état névropathique du cerveau est bien moins grave et moins tenace que l’affection cérébrale qui détermine la même monomanie à un âge plus avancé, car celle-ci est alors aussi peu curable
que la monomanie homicide et que la monomanie suicide. La névrose cérébrale qui produit la monomanie incendiaire dans le jeune âge existe tantôt seule , tantôt conjointement avec d’autres affections du système nerveux telles que celles qui produisent l’hystérie, l’épilepsie, l’idiotisme. Cette névrose peut être déterminée aussi par la contagion chez des personnes très-impressionnables. Le récit d’incendies ou la vue de ces sinistres pousse ces personnes à incendier.
La plupart des jeunes gens atteints de cette monomanie sont remarquables par les anomalies do. leur nature instinctive: ils sont méchants, bizarres, violents, emportés; ils ont le caractère hystériquo ou épileptique; plusieurs ont donné des signes do folie, et passent dans le public pour ne pas avoir tout leur bon-sens. L’étatpsychique dans lequel ils commettent l’incendie est évidemment l’état passionné par la passion incendiaire. Cette passion devient si puissante , à un moment donné , qu’ello étouffe tous les sentiments qui pourraient la combattre. On comprend que celui qui éprouve cette passion tombera d’autant plus facilement dans l’état passionné qu’il sera moins pourvu de sentiments moraux. Plus ces derniers sentiments sont faibles dans son esprit, plus ils seront facilement étouffés par la passion incendiaire, si bien que s’ils font tout à fait défaut, ce qui arrive assez souvent chez les jeunes gens atteints de cette monomanie, le désir criminel, n’étant point combattu, n’a pas besoin d etre fort grand, d’être impérieux, pour décider l’individu à incendier. Les différences dans le développement des sentiments moraux, chez les jeunes gens qui éprouvent la passion incendiaire, explique pourquoi les uns ont pu la combattre plus ou moins long-
temps, et pourquoi d’autres l’ont satisfaite sans l’avoir combattue dès qu’ils l’ont éprouvée.
La satisfaction, le bonheur même ressentis par ces monomaniaques au moment de l’incendie, l’absence de regrets et de remords pendant et après le sinistre, prouvent bien qu'aucun sentiment moral n’a combattu dans leur esprit le désir d'incendier. La désolation générale ne les émeut point, ils ne cherchent pas à porter secours, à arrêter les progrès du feu ; la vue des flammes les jette dans le ravissement. S’ils sont tout à fait dépourvus de sentiments moraux, ils ne manifestent jamais aucun regret de leur action. Mais s’ils sont doués de ces sentiments moraux, ceux-ci reparaissent dans la conscience lorsque la passion incendiaire a cessé par le fait de sa satisfaction, et font naître le regret, le remords. Chez ces individus, les premiers ravages de l’incendie réveillent ordinairement les différentes craintes, ou la pitié pour les victimes, ouïe sens moral, et inspirent contre l’acte criminel une vive réprobation. Ces incendiaires appellent alors au secours ; lo désespoir d’avoir commis un acte aussi horrible, aussi désastreux, peut s’emparer d’eux, et même les entraîner au suicide.
L’état névropathique qui produit la passion incendiaire détermine assez souvent des hallucinations; celles-ci sont ordinairement en rapport avec les vœux de cette passion. Ainsi l’individu entend des voix qui lui crient: Brûle, brûle !
La monomanie incendiaire dont nous nous occupons ici coïncide avec un état de santé satisfaisant. Cette monomanie, due a une simple névrose passagère du cerveau et caractérisée par 1 excitation de cet organe sans aucun
symptôme somatique, n’est pas considérée comme folie par les magistrats; elle n’est même considérée que rarement comme telle par le corps médical. Ce qui contribue à maintenir cette erreur d’appréciation, c’est que l’individu qui brûle pour brûler est très-souvent affecté, ainsi que je l’ai fait observer plus haut, d’une mauvaise nature instinctive, c’est qu’il est animé des plus mauvaises passions et qu’il est privé en même temps des sentiments moraux les plus élevés; c’est que cet individu ressemble par le fait de cette mauvaise nature instinctive aux criminels ordinaires, et que c’est à ces anomalies instinctives, et non à la passion anomale incendiaire, qui passe souvent inaperçue, que l’on attribue les incendies.
Les observations quo nous allons citer sont fournies par des sujets do 1 0 à 2 1 ans. Rappelons ici que dans la bande Villet, Lemaire et consorts, le plus jeune des associés, Prosper Villet, âgé de 22 ans, et dont lo caractère était empreint d’une grande violence, était toujours porté à incendier sans motif, sans raison, sans profit. Il avait commis deux fois le crime d’incendie.
Irc Observation ( Gazette des tribunaux, 20 septembre 1857).
«Augustine, âgée de 16 ans, habite avec sa mère, pauvre et accablée de charges domestiques. Cettejeune fille, déjà livrée la débauche, ne voulant pas travailler, sans respect pour l’autorité maternelle, a manifesté de bonne heure les plus détestables penchants. Entraînée au mal par sa nature perverse, elle est réputée capable de tous les méfaits. Elle a été condamnée pour coups portés, et a été arrêtée pour vagabondage. C’est avec de pareils antécédents que cette fille a été inculpée d’avoir allumé trois in-
cendies: 1° Elle brûle la maison de sa'mère. Sa culpabilité n’est pas douteuse, malgré ses dénégations obstinées. Quelques jours avant l’incendie, elle lance de dehors des pierres dans la cheminée, pour effrayer sa mère. Dans une autre circonstance, elle avait blessé avec des pierres des femmes réunies dans un lavoir. Elledéelara, dans l’instruction de cette affaire, que poursuivie par un sort, elle voyait sans cesse des pierres tomber autour d’elles, et qu’elle ne pouvait se défendre d’en ramasser et d’en jeter. 2° Elle incendie la maison des époux B.., qui fut consumée. Elle a nié ce crime avec la même obstination. 3° Elle met le feu à un cellier appartenant à la veuve H... Le feu, malgré ses rapides progrès, put être arrêté. Elle nia également être l’auteur de cet incendie. Mais devant la déposition des témoins qui l’avaient vue, elle a fini par l’avouer, *en donnant pour motif qu’elle avait été conseillée à commettre cet acte parla femme 1).., ce qui est faux. Elle déclare qu’elle n’a aucun sentiment de haine et de vengeance contre la veuve H..., et qu’elle a agi sous l’influence de sa mauvaiso destinée. Un témoin dit qu’elle est maniaque. Elle est condamnée à quinze ans de travaux forcés.»
Réflexions. — La folie morale se manifeste chez cette jeune fille de plusieurs manières. En premier lieu , par une perversité des plus actives, coïncidant avec une insensibilité morale des plus grandes; par l’impossibilité, par conséquent, de pouvoir combattre ses mauvais penchants. En second lieu, par sa passion incendiaire, passion qu’elle éprouve sans motif, sans une raison puisée dans la perversité ordinaire à l’humanité, passion due à un état névropathique de son cerveau. Cette passion, ne rencontrant aucun sentiment moral pour la combattre, se satis-
fait facilement par l’incendie; un simple désir sans violence sulfit pour cela. L’état névropathique dont est affectée cotte jeune fille paraît lui avoir occasionné des hallucinations en rapport avec ses besoins de violence.
2e Observation ( Gazette des tribunaux, n° 152 ; 182G).
« Pierre 1)..., âgé de 16 ans, est accusé de huit incendies ou tentatives d’incendies. Plusieurs vols lui sont aussi reprochés. Il est pâle, débile; son œil est terne; il fuit les compagnons de son âge, et ne rêve que des amusements effrayants. Devant los assises, il répond avec beaucoup do calme aux questions qui lui sont faites. Sa physionomie est stupide et impassible. 11 nio les faits qu’on lui impute, et déclare qu’il ne peut concevoir comment tous ces incendies ont ou lieu. Les témoins déposent que l’accusé a toujours eu un caractère bizarre, méchant, irascible, et qu’il faisait le désespoir de sa famille. D’autres déclarent qu’ils l’ont toujours regardé comme aliéné, et qu’on disait dans le quartier qu’il ne jouissait pas entièrement de ses facultés mentales. On cite de lui quelques traits de folie. Il a tenté deux fois do se détruire. Une de ses cousines est morte folle. Le jury le reconnaît coupable; il est condamné à mort. Il entend l’arrêt avec indifférence et impassibilité. Depuis sa condamnation, il met le feu à son lit dans la prison, et se couche dessus. Do prompts scours empêchent l’incendie de se déclarer. Un recours en grâce est formé par son défenseur. »
Réflexions. — Ce jeune homme nous présente tous les caractères de la folie morale la plus complète : instincts pervers très-actifs et absence de sentiments moraux, c’està-dire, état passionné pervers, et par conséquent impos-
sibilité de réprouver et de combattre les mauvais penchants. La méchanceté et l’irascibilité, qui font rarement défaut chez les incendiaires, le caractérisent, au dire des témoins. Son désir incendiaire, ne rencontrant aucune opposition morale dans sa conscience, n’a pas besoin d’èlre ni irrésistible, ni même trés-puissant pour être satisfait ; la simple demande de satisfaction de la part de ce désir suffît pour déterminer l’incendie. L’état cérébral qui préside chez Pierre à ces manifestations psychiques anomales n’est pas une simple névrose ; cet état parait être plus grave, ayant son principe dans l’hérédité, et devoir aboutir, dans un temps plus ou moins long, à la folie complète et à la démence. La taciturnité de Pierre, sa bizarrerie, ses tentatives de suicide, ses actes de folie , ont été mieux appréciés du public que du jury et des magistrats qui l'ont condamné à mort. C’est en 1826 qu’a eu lieu cette condamnation. De nos jours, grâce aux lumières apportées par les médecins aliénistes, ce malheuroux eut été probablement envoyé dans un asile d’aliénés.
3e Uüskrvatio.n ( Gazelle des tribunaux, n° ‘276 ; 1826).
« Antoinette, âgée do 20 ans, commet un grand nombre d'incendies. Elle les annonco d’avance et indique les lieux où ils se déclareront. Arrêtée , les sinistres cessent. « On s’attendait, dit le journaliste, à trouver empreinte sur la physionomie de l’accusée cetto férocité qui lui a été nécessaire pour commettre tant de crimes; tout au contraire, c est une jeune fille jolie, sévère et d’une figure douce. Elle répond avec calme et sans trouble. Le jury 1 acquitte, sur les considérations de la défense, qui s’est basée suri absence d’un intérêt à commettre ces crimes.»
Réflexions. — La passion incendiaire met cette jeune fille dans un état passionné complet, au point d’étouffer, non-seulement le sens moral, mais encore les autres sentiments égoïstes opposés à l’exécution des incendies, même la prudence ; cet état passionné est la cause de ces nombreux sinistres. Peut-être aussi une certaine irrésistibilité dans le penchant incendiaire l’emporte-t-elle, chez Antoinette, sur des sentiments moraux peu développés? Quel rjue soit, du reste, celui de ces deux états psychiques qui a présidé à l’exécution de ces incendies, cet état est incompatible avec la liberté morale.
4e Observation ( Gazette des tribunaux, 7 octobre 1857).
« Dans la commune do Verderel, une maison appartenant au sieur H... est dévorée par les flammes. Celui-ci soupçonne son fils, mauvais sujet sorti récemment de prison. François, Agé do 5 1 ans, maçon comme son père, est arrêté. Après une longue hésitation, il avoue être Fauteur de l’incendie. 11 déclare qu’arrivé à Beauvais, où il allait travailler, il fut pris de l’idée fatale de brûler la maison de son père. Sur ce, il part pour Verderel, et, sautant par-dessus une haie, il pénètre dans la cour de la maison, il met le feu à la toiture de chaume, et ne s’éloigne qu’après s’être assuré que la maison brûlait. »
Réflexions. — La passion incendiaire qui surgit tout à coup chez ce jeune homme dépourvu do sentimenls moraux, le domine tellement, que la volonté d’incendier lui est venue aussitôt que le désir de ce crime s’est fait sentir. L’intérêt do cette passion étouffe même dans son esprit l’intérêt bien entendu, puisque ce jeune homme se porte préjudice en brûlant sa propre maison.
5e Observation (Gazette des tribunaux, 4 janvier 1857).
« Dans l’espace de douze jours, le village de Saint- Joanny a été le théâtre de trois incendies qui ont consumé six maison, sept granges et tout ce qu’elles contenaient. Une enquête a constaté que l’auteur était un enfant de 13 ans. Dans ses réponses, il a fait preuve d’une de ces natures perverses comme on en rencontre raremeni, et d’un cynisme incroyable à son âge. Il parait avoir agi avec préméditation et discernement, non qu’il voulût exercer une vengeance, mais seulement pour le besoin de faire le mal et de satisfaire ses déplorables penchants. Il résulte aussi de ses aveux que, s’il n’eût pas été découvert, il aurait incendié le village entier. »
lié flexions. — La passion incendiaire dominant en permanence l’esprit de cet enfant, à cause de l’absence de tous les sentiments capables de la combattre, explique parfaitement l’exécution de ces incendies successifs. Le cynisme que montre cet enfant, soit par l’absence de regrets, soit par la déclaration de ses projets d’incendier tout le village, est la conséquence de l’insensibilité morale complète qui accompagne sa passion incendiaire.
La passion incendiaire peut alfecter des enfants plus jeunes encore.
6e Observation.
« Un petit garçon de 10 ans met le feu à plusieurs meules de blé, près de Lille. Il s accuse d être l’auteur du sinistre, disant qu’il connaissait parfaitement les conséquences de son action, mais qu’il voulait voir un beau feu. » Cet enfant savait qu en mettant le feu il détruisait les meules de blé, mais il n éprouvait contre son désir
aucune réprobation instinctive. Itien ne le détournant de suivre son penchant, ce penchant n’a pas eu besoin d’avoir une grande puissance pour déterminer sa satisfaction.
Ie Observation (le Droit, 27 juillet 18G5).
Cette observation est importante, non-seulement parce qu’elle nous offre un exemple de monomanie incendiaire à un âge avancé, monomanie rare et très-grave à cet âge, , mais surtout par le dialogue qui s’est établi devant le tribunal, entre le président des assises et le Dr Maldan, chargé de faire un rapport médico-légal sur l’accusé. Nous avons fait ressortir plusieurs fois la justesse des appréciations psychologiques émanant du corps médical. Nous signalons comme fort remarquables les raisons psychologiques sur lesquelles M. Maldan appuie la réalité de la folie de l’accusé, et cependant le jury n’a pas accepté ses conclusions.
L’accusé est un berger nommé Üudart, âgé de 50 ans.
a Le président. M. le docteur, veuillez nous expliquer le résultat de vos observations sur l’état mental de l’accusé.
»M. Maldan. Oudart me parait atteint d’aliénation mentale, de pyromanie. Son père était épileptique, il est luimême d’un tempérament sanguin et atteint de céphalalgie; il se livre â l’abus des liqueurs alcooliques, et sous ces influences jo pense que son intelligence s’est affaiblie, le sens moral est perverti, il no parait pas comprendre le mal qu’il fait aux autres, et ne voit que le tort qu'il croit avoir éprouvé. (Dans le cas présent, le sens moral n'est pas perverti, il est absent, il fait complètement défaut. Le sens moral est perverti lorsque l'homme fait le mal en
croyant faire le bien, ainsi que cela a lieu chez les fanatiques. Cette confusion entre l’absence complète du sens moral et sa perversion est très-souvent faite, et il importe de la fah*e cesser. La conséquence de l'absence du sens moral chez Oudart est parfaitement indiquée par M. Maldan. Oudart ne comprend pas par sa conscience le mal qu'il fait aux autres ; ses sentiments , uniquement égoïstes, ne lui font comprendre que les torts qu'il peut éprouver. Privé de sens moral, cet homme n’est donc pas moralement libre.) En examinant les circonstances dans lesquelles les incendies se sont produits , on remarque un contraste de précautions et de maladresses qui devaient le désigner comme l'incendiaire. Il est, à chaque incendie, dans un état d’agitation inexplicable, étrange, dans tousses mouvements ; il boit pour s’exciter. (L’état pathologique de son cerveau, état sous l’influence duquel naissent les désirs d’incendier, est un état d’excitation auquel participe tout le système nerveux ; de là, l’agitation automatique sus-mentionnée. On rencontre souvent celle agitation chez les personnes qui ont commis des actes violents; elle a même été prise pour du remords, bien que l’individu n’en ait exprimé aucun. Si Oudart boit alors, c’est parce que l’excitation dans laquelle il se trouve appelle une excitation plus forte.) Il y a absence complète de motifs dans un grand nombre de ses incendies ; il ne sait pas même le nom des personnes dont il réduit les habitations en cendres. Sa vio a été celle d un incendiaire ; il confesse vingt ou trente incendies. (Cette absence de motifs indique que La majeure partie de ses incendies a été déterminée par sa passion incendiaire pathologique. Avec le désir de brûler qu il éprouvait, il a dû également in-
cendier sous l’impulsion des autres passions naturelles à l’homme en santé, passions qui étaient loin de lui faire défaut et qu’aucune opposition morale ne combattait.)
d Le Président. Il a déclaré qu’il mettait le feu pour le plaisir de le mettre, pour le plaisir de faire le mal. (C’est ce qui caractérise la monomanie incendiaire, de même que tuer pour satisfaire le penchant anomal de tuer est ce qui caractérise la monomanie homicide. Ces penchants maladifs sont d’autant plus facilement satisfaits que l’individu est plus dépourvu, des sentiments moraux, leurs antagonistes.)
» M. Maldan. Oui, il y a absence complète de motifs ; il ne portait pas secours, il s’absorbait dans la contemplation de l’incendie, et dans les derniers temps il eu allumait deux à la fois. Ce sont tous ces éléments qui m’ont amené à croire qu’il avait été entraîné par une force irrésistible. (En l’absence des sentiments moraux, et surtout du sens moral, il n’est pas nécessaire que le penchant pervers soit irrésistible, ni qu’il soit d’une grande puissance, pour être satisfait; il sullit qu’il soit assez grand pour demander sa satisfaction.) Il est nuisible à la société, il n’a pas de regret de ce qu’il a fait.
» Le Président. Pardon, il a dit qu’il en avait eu.
» M. Maldan. Il n’a pas de regret dans le cœur. (Par ces paroles, M. Maldan prouve qu’il sait faire la distinction entre dire, pour le besoin de sa cause, que l’on a du regret, et sentir réellement ce regret. Il indique aussi le caractère psychologique de la folie morale, l’insensibilié morale; car, pour ne pas avoir du regret d’un acte odieux, il faut être privé des sentiments moraux qui donnent naturellement et involontairement ce regret dès qu’ils sont
blessés ; il faut ne pas éprouver ces éléments constitutifs de la raison et de la liberté morales.) Jele considère comme un fou monomane, il doit être enfermé, car il recommencera. Il appartient à la médecine, et non à la justice. (Il appartient en effet à la médecine, car c’est un état pathologique de son cerveau qui lui donne le penchant incendiaire, et s’il cède à la première demande de son penchant sans lutter contre lui, c’est parce qu’il est privé de sens moral. Aussi, par cette raison, aurait-il également besoin d’un traitement moral pour développer les faibles sentiments moraux qu’il peut avoir, et pour suppléer autant que possible par ces sentiments à ceux qui lui manquent.)
n Le Président. Je tire de votre examen des conclusions diamétralement opposées aux vôtres. Vous dites dans votre rapport : « Rendu à la liberté, il étalera bientôt, et comme invinciblement, de nouveaux effets de sa maladie incendiaire; il est séquestrable et doit être enfermé administrativement. » Je no connais que deux sortes de séquestration, la séquestration perpétuelle par suite d’une condamnation judiciaire, et la séquestration temporaire. Dans la première, le condamné subit une peine ; dans la seconde, c’est un malade qu’on traite. Supposons qu’Oudart soit monomane incendiaire, on le fait conduire à Bicètre. Dans cette maison, il se conduit bien, il ne met pas le feu parce qu'il ne le peut pas, et au bout de quelque temps on dira : il n’est plus fou, et on le mettra dehors lorsqu’il paraîtra guéri. (Cette supposition du présidentest tout à fait fausse. L’âge avancé de l’accusé, la persistance de son penchant depuis de longues années, indiquent suffisamment que l’état cérébral qui lui donne ce penchant n’estpas une simple névrose guérissable, ainsi que cela se voit dans le jeune
ui.
âge, mais une affection grave, très-probabloment incurable, qui se terminera par la démence. Toutes ces choses, que savent parfaitement los médecins aliénistes, les empêcheront d’autoriser la sortie d’un malade qu’ils savent dangereux, de sorte que la séquastration temporaire devient, par lo fait, perpétuelle pour les fous do cette espèce, si l’on suit l’avis dos médecins ; ce que malheureusement on ne fait pas toujours.)
M. Maldan . Je ne pense pas qu’un médecin le laisse mettre en liberté.
» Le Président. Mais c’est la Justice qui le mettra en liberté, car vous admettez bien que lo fait do la séquestration pendant un certain temps est susceptible de guérir de la folie? (L’incurabilité de la grande majorité des aliénés est parfaitement connue des médecins; ots’il est une forme de folie moins guérissable que les autres, c’est à coup sûr la plus dangereuse, celle qui se manifeste par des penchants qui ne sont pas naturels à l’humanité, par les monomanies criminelles. Les médecins le savent, et ils se méfient plus de ces fous qui paraissent raisonnables dans les asiles, que do ceux dont les divagations sont constantes, lesquels n’offrent pas do danger. C’est presque toujours contre l'avis des médecins que ces fous dangereux sortent des asiles, et l’on ne tarde pas à se repentir de n’avoir pas suivi les conseils de la science.) J’ai connu un individu atteint d’accoolisme : on le met à Bicêtre, où il ne boit plus et où il est très-sensé. Au bout d’un mois, il demande à s’en aller; il s’adresse au tribunal, qui le fait relâcher, malgré l’avis du médecin. (Ce n’est pas dans un mois qu’un dypsomane peut guérir de son penchant, il lui faut pour cela au moins un ou deux ans de séquestration, pendant lesquels on lui
aura fait prendre l’habitude du travail, afin de l’éloigner des cabarets.) A quatre reprises différentes on le réintègre à l’hospice , à la suite de libations copieuses ; il en sort quand on espère qu’il est guéri et quand la raison lui est revenue, et il finit par mourir d'excès en état de liberté. Je mets en fait qu’il n’est pas possible à la Justice de décider qu'un homme doit être séquestré toute sa vie; car quand bien même les médecins seraient d’avis qu’il recommencerait à se rendre malade, il faudra bien le rendre à la liberté lorsqu’il n’y aura plus en lui de trace de folie; ce n’est pas le médecin qui juge, c’est le tribunal. Je me rappelle qu'un homme avait été envoyé à Bicêtre comme homicide monomame. Au bout d’une année de douceur, il en sortit, et le premier usage qu’il fit de sa liberté, fut d’assommer sa femme. (Cela prouve bien l’incurabilité des monomanies qui se manifestent par des penchants anomaux ; et si les médecins sont si sévères à l’égard de la libération des individus qui en sont affectés, c’est qu’ils connaissent l’incurabilité de ces malades, bien que ceux-ci ne donnent depuis longtemps aucun signe de folie. Cela prouve également que les magistrats ont gravement tort de ne pas suivre les conseils éclairés des médecins aliénistes.)
Revenant au rapport de M. Maldan sur Oudart, le président continue : « II boit, il épaissit son intelligence. — Vous croyez que je vois là un boucher impénétrable d’impeccabilité? bien au contraire. Comment ! c’est le criminel qui éteint par sa volonté la lumière de son intelligence, et vous voyez dans son action première une garantie qui le protège ; et quand nous condamnons les hommes qui ont conservé cette lumière, il faudrait absoudre ceux qui 1 on éteinte volontairement ! (Nous savons qu’un homme
qui est adonné aux boissons en continue l’usage et abuse de plus en plus de ces boissons, non pas librement, mais par un besoin, par un penchant maladif irrésistible.) Il nous est impossible, dites-vous, de trouver des causes à ces incendies; il n’y a ni haine, ni intérêt, ni cupidité, ni passion . D’abord, pour plusieurs incendies, nous savons qu’ils ont eu pour mobile la vengeance; quant aux autres, il a mis le feu, c’est lui-même qui le dit, pour le plaisir de faire le mal et pour en jouir. (Lorsqu’on dit qu'un homme a commis un acte criminel sans cause, sans motif, on ne veut pas dire qu’il l’a commis sans motif aucun, car l’homme ne peut pas agir sans désir, sans motif; cela signifie que ses désirs, ses motifs ne partent pas des passions naturelles, des motifs d’action ordinaires de l’humanité. Ainsi Üudart incendie pour satisfaire sa passion de brûler pour brûler, passion anomale qu’enfante seul un cerveau malade. Voilà sou motif, voilà la cause d’un grand nombre d’incendies allumés par lui. Mais cette passion incendiaire ne pouvait manquer également de servir à la satisfaction de ses passions violentes naturelles, telles que la haine et la vengeance, passions qui dominaient facilement son esprit, cet homme étant dépourvu de sentiments moraux.)
» M. Mal. C’est un fou, il n’y a pas de cause de son crime.
n Le Près. Alors, si vous admettez que tous les hommes qui font le mal pour le mal sont des fous, nous sommes aux deux pôles des pensées philosophiques. (Faire le mal pour le mal lui-même, tuer par le seul désir de tuer, incendier par le seul désir, par le seul penchant d’incendier, voler par le seul désir de voler, n’est pas dans la nature instinctive ordinaire de l’humanité. Dans l’état de
santé, l’homme tue, incendie, vole, etc., pour satisfaire quélque passion propre à l’humanité; s’il commet ces actes par le seul penchant de les commettre, incontestablement ce penchant lui est donné par un état anomal de son cerveau, et il le satisfait, soit lorsqu’aucun sentiment moral ne le réprouve dans sa conscience, soit lorsque ce penchant anomal est irrésistible, états dans lesquels l’homme est en réalité moralement fou.) Il n’y a plus alors de méchants, il n’y a plus que des malades, il faut ouvrir les prisons et élargir les hôpitaux. Je suis convaincu que cela ne se fera jamais, car il faudrait dire que le bien et le mal sont des produits indifférents, que le bien et le mal n’existent pas. (Je ne sais réellement pas si les personnes qui font aux médecins aliénistes cette objection, comprennent bien la portée de ce qu’elles disent. Comment peut-on faire dépendre l’existence du bien et du mal de la connaissance de ce bien et de ce mal par tous les hommes? Le bien et le mal ne dépendent pas plus de cette connaissance, que 1 existence des lois de la physique ne dépend de la connaissance de ces lois. De ce que, pourcertains individus privés de sens moral, il n’y a réellement ni bien ni mal, ou plutôt il n'y a de bien que ce qui satisfait, et de mal que ce qui contrarie leurs sentiments égoïstes, s’ensuit-il que le bien et le mal n’existent pas? Non, il s’ensuit seulement que ces individus ne connaissent pas le bien et le mal , faute de posséder la faculté instinctive qui donne cette connaissance. Ce ne sont pas, en effet, des j irisons qu il faut a ces malheureux, mais des asiles où, sui\ant les cas, ils subiront un traitement ou médical ou moral.) Je déclare que le jour où votre croyance deviendrait celle de 1 humanité, nous ne serions plus que des
bêtes fauves se plaçant devant leurs tannières pour défendre leurs femelles et leurs petits. Vous parlez de son insensibilité morale, mais il y a des personnes à qui la conscience ne dit plus rien, qui assassinent pour deux francs; ils ne sentent plus rien, en sont-ils moins intelligents? (Ils peuvent être très-intelligents, mais pour cela ils n’en sont pas moins privés de la raison et do la liberté morales, moralement fous, et leur intelligence , qui ne fait que servir leur folie morale, ne sert qu’à les rendre plus dangereux.)
» M. Maldan. Mais c’est le concours do toutes ces circonstances qui ont amené ma conviction. (Nous voyons avec quelle sagacité M. Maldan place le caractère psychologique de la folie dans l’insensibilité morale, qui a pour conséquence l’absence de regrets et de remords.)
» Le Président. Vous prétendez que la multiplicité des incendies est une preuve de folie. En vérité, les bras me tombent ! Il suffira donc de commettre six incendies pour être considéré comme un monomane, et vingt pour être inviolable et sacré. (La répétition du crime est une preuve certaine d’insensibilité morale, et par conséquent de folie morale. Un homme doué do sens moral, et qui réprouve le crime après l’avoir commis dans l’état passionné, ressent un vif regret qui le tient en garde contre ses désirs pervers. Il se promet de les combattre dès qu’il les éprouvera de nouveau , et il ne manque pas de le faire pour ne plus subir les reproches de sa conscience.)
j)M. Maldan. Je soutiens qu’un homme qui recommence est fou. (Oui, il est moraloment fou, car il prouve par là son insensibilité morale. Ces paroles démontrent que le Dr Maldan a parfaitement apprécié le caractéro psychologique de la folie.)
» Le President. Oh ! alors nous ne nous entendrons jamais ; Messieurs les jurés apprécieront.
» Déclaré coupable du crime d’incendie, avec circonstances atténuantes , Oudart est condamné aux travaux forcés à perpétuité. »
Chez les sujets dont nous venons de présenter les observations, l'état psychique qui a déterminé 1 incendie a été le même chez tous : l’état passionné, la passion incendiaire qui n’a rencontré dans la conscience aucune opposition morale. Et cependant les jugements rendus nous offrent les plus grands contrastes : il y a eu un acquittement, une condamnation à quinze ans de travaux forcés, une autre aux travaux forcés à perpétuité, et une à la peine de mort. Trois jugements me sont inconnus. Si l’institution du jury est un progrès, ce progrès n’est que relatif. Les jurés décident, en effet, sur les questions les plus graves , sur cellesd’où dépendentl’honneur, l’avenir, la vie de l’homme, sans aucune donnée positive et scientifique, par l’inspiration seule de leurs sentiments, de leur conscience, parce qui varie le plus chez las différents individus. La justico rendue sur do pareilles bases peut-elle être juste? Évidemment non ; elle ne pourra l’être que lorsqu’elle s’appuiera sur une connaissance approfondie de la psychologie, que sur une connaissance oxacte des facultés de l’esprit , de leurs fonctions et des lois qui les régissent.
ARTICLE II. — Incendiaires par les passions naturelles
à l'homme en santé, incendiaires par veugcance.
Huit observations. — Le crime d’incendie par vengeance est presque toujours commis par des personnes jeunes et violentes, donnant des preuves d’une grande insensibilité inorale; quelques-unes profèrent avant le crime des menaces graves.
lre Observation (la Presse, 14 février 1861).
« Le 7 octobre 1860, un incendie éclate au monastère des trappistes de Scourmoël. Cet incendie partait de trois points différents. Évidemment, il était le résultat d’un acte criminel. On sut que c’était un religieux qui, mu par un sentiment d’aveugle vengeance, avait conçu et exécuté le projet d’incendier le couvent. Le même jour, à midi, le P. Bernard s’était élevé, dans une conférence, contre les transgressions fréquentes de la loi du silence qui se commettaient. Ces paroles avaient vivement ému le frère Robyn, qui avait à s’imputer ces infractions. L’impression de dépit fut telle, que son visage trahit la violente colère qui le dominait, et après le sermon il manifesta son ressentiment au frère Ghislain, essayant de le lui faire partager. Le frère Dominique fut aussi le confident de son exaspération; celui-ci, connaissant la violence de caractère de Robyn , conçut la crainte qu’il ne se livrât à quelque fâcheuse extrémité. Au moment où l’alarme fut donnée, l’accusé confia au frère Dominique qu’il était l’auteur du sinistre et que la fureur l’avait conduit à cette funeste action.
«Devant le juge d’instruction, il réitère ses aveux, et explique comment la pensée du crime lui était venue. A la suite du sermon prononcé par le P. Bernard, dit-il, sermon dans lequel il m’avait traité de paresseux, la colère in’est montée au cerveau, et je résolus de me venger de l’affront qu’il m’avait fait en public. Je m’essayai de mon mieux à dissiper ces idées de vengeance, et je voulus me mettre à l’étude, mais ces idées m’empêchèrent de faire quoi que ce fût de sérieux. Au chapitre, je communiquai
ma colère au frère Ghislain, mais celui-ci ne put rien sur moi; j’étais tout troublé, et j’allai du chapitre dans les cloîtres et dans les dortoirs. A trois heures, j'allai me promener au cimetière : c’est là où me vint l’idée de mettre le feu à l’établissement. Il raconte ensuite comment il alluma l’incendie sur trois points différents. L'accusé est signalé comme étant d’un caractère violent et d’une susceptibilité outrée. Son ancien précepteur déclare que la moindre observation lui faisait monter le rouge à la figure.
»Au moment où Robyn fut témoin du désastre dont il était l’auteur, il en parut désespéré. Cependant, le lendemain, il exprima au brigadier de gendarmerie qui le conduisait en prison, le regret que l’établissement n’eût pas brûlé en entier.
«L’accusé est petit de taille ; ses traits, assez rudes et expressifs, dénotent un caractère violent et exalté. Pendant tout le procès, il a conservé une impassibilité entière. Son défenseur s’est attaché à démontrer que l’acte fatal avait été accompli sous l’empire d’un accès d’aliénation mentale. Il est condamné à mort. «
Réflexions. — Kobyn appartient à la chusse des personnes peu douées ou dépourvues de sens moral. Nous basons cette opinion sur le regret qu’il exprime le lendemain de l’incendie, que l’établissement n’ait pas entièrement brûlé. Ce regrot indique non-seulement l’absence de remords, mais encore il prouve que la vengeance qui l’a porté au crime le domine toujours. Nous avons souvent constaté l’excitation violente que produisent les reproches, même mérités, chez certains individus très-impressionnables. Lorsque ces individus sont privés de sens moral, ou lorsque ce sentiment, naturellement très-faible, est étouffé par les passions
violentes soulevées par les reproches, nous avons vu ces individus commettre le parricide, l’homicide, le suicide, et maintenant nous les voyons allumer l’incendie. Quand Itobyn commet cet acte , il est réellement dominé par la colère, la vengeance et la haine, ces passions étouffent ses sentiments d’intérêt bien entendu, même la prudence; il parle de son ressentiment à deux personnes , il cherche aie leur faire partager. Sous l’influence de quelques craintes, il essaie bien de lutter , de se distraire : il parcourt le couvent , il s’agite , mais en vain ; la passion occupe toujours son esprit, et elle s’en empare si complètement, qu’à peine l’incendie so présente-t-il à sa pensée comme moyen de satisfaire sa passion , il le met à exécution. Cependant l’aspect de l’incendie lui cause un moment d’effroi , ce qui a été pris , par la personne qui en a été témoin , pour du désespoir. Si le remords moral avait été assez puissant pour produire le désespoir, ce remords n’aurait pas disparu le lendemain, et sa présence aurait empêché la manifestation du regret que l'incendie n’eut pas tout consumé. Or si ce regret a été exprimé, c’est que l’état passionné par la vengeance , état pendant lequel le crime a été conçu et exécuté , dominait encore Robyn.
2e Ouservation {le Siècle, 15 octobre 1 8G0 ).
«Le frère trappiste Hugot, auteur de l’incendie de l’église du couvent de Forges, est âgé de 28 ans. Voilà cinq ans qu’il est entré dans cet ordre. Depuis trois ans il a fait les vœux perpétuels. Il a avoué qu’il avait mis le feu à l’église, et que c’est par la vengeance qu’il a été poussé à ce crime. Lo supérieur, en assemblée générale des pères et des frères, l’avait appelé fainéant, et c’est pour se ven-
ger de cette qualification qu’il conçut l’horrible projet d’incendier l’abbaye et de brûler tous les trappistes. C'est le jour même où il conçut ce projet qu’il l’exécuta. Il fait ses préparatifs ; pendant les vêpres il s’esquive et allume l’incendie. Il attribue la pensée de son crime à son caractère violent et irascible, quele séjour du cloître n’avait point changé. En prison, il est calûie et résigné.»
Réflexions. — Cette observation a la plus grande ressemblance avec la précédente. Les mêmes causes agissant sur deux natures semblables, sur deux individus dont l’état psychique est incompatible avec le libre arbitre, produisent les mêmes effets. Ces deux observations nous montrent l’incurabilité de certaines défectuosités de caractère fortement accentuées. Ces défectuosités pourront bien être masquées pendant un temps plus ou moins long ; mais, vienno une cause excitante, elles feront explosion. L’état passionné, qui préside à l’accomplissemont du crime, est très-évident ici. On ne trouve aucune trace d’hésitation et de combat moral entro le bien et le mal. La passion domine de suite Hugot; en même temps qu’elle lui inspiro la pensée criminelle, elle étouffe par sa violence les bons sentiments qui auraient pu faire opposition à cette pensée. Le sentiment religieux, incontestablement développé chez ce trappiste, est resté muet devant sa pensée criminelle, de même que les autres sentiments moraux dont il pouvait être doué.
£3« Observation ( Gazette des tribunaux, 8 février 1856).
«Un incendie dévore les bâtiments du sieur Novel, maire de Brem, près Belley. L’opinion publique désigne immédiatement comme auteur le nommé Rosset, tailleur d’habits, révoqué, pour cause d’inconduite, des fonctions
de garde champêtre. Rosset attribuait au sieur Novel sa révocation. Il ne déguisait ni sa haine contre lui, ni ses projets de vengeance: Je suis autant que lui, disait-il, je sais ce que je veux lui faire. Je lui en ferai une qu’il n’a pas encore vue, je veux qu’il passe par mes mains. Novel lui refuse un certificat :C’est bon, dit-il, il me payera plus cher qu’il ne croit. A d’autres, il dit: Sous peu il y aura du nouveau. Un autre témoin déclare avoir entendu de lui les menaces les plus violentes. A toutes ces charges, il oppose les dénégations les plus absolues. Son avocat dit que, à supposer que Rosset fût coupable d’incendie, la conduite du maire h son égard n’était pas explicable, ayant en plusieurs circonstances vivement blessé sa susceptibilité et son amour-propre. Rosset est condamné aux travaux forcés à perpétuité.»
Réflexions. — L’état passionné pervers qui préside à l’exécution de l’incendie est rendu manifeste chez Rosset par les menaces réitérées qu’il prononce devant témoins. Sa passion violente ne peut se cacher, elle se manifeste ouvertement après avoir étouffé le sentiment de prudence. En niant obstinément son crime, Rosset prouve que le remords n’est point dans son cœur, et que par conséquent il est dépourvu de sens moral, circonstance qui facilite beaucoup la domination de son esprit par la vengeance. De même que dans tous les cas où c’est une passion violente et de longue dato qui préside au crime , des menaces réitérées ont précédé cet acte.
4e Observation {Gazelle des tribunaux, 28 janvier 1856).
« Un forçat libéré nommé Thierry, sans domicile, flétri par douze condamnations antérieures, dont deux
aux travaux forcés, est accusé d’avoir mis le feu à la maison des époux Collange. L’avant-veille du jour de l’incendie, l’accusé, dénué de ressources, menant une vie errante, se présente au domicile de ces époux, ses parents, et leur demande l'hospitalité. Ceux-ci lui reprochent son oisiveté, ils refusent de lui donner l’argent qu'il demande, et ne veulent pas le recevoir chez eux. L’accusé fut profondément irrité de ce refus , et pour se venger il met le feu à la maison. Les soupçons se portent sur Thierry, qui oppose les dénégations les plus énergiques. Il fut acquitté, faute de preuves suffisantes. Peu de temps après, arrêté pour de nouveaux méfaits, il est condamné à la réclusion. Croyant ne pouvoir plus être recherché pour l’incendie, il se vante de ce crime devant deux co-détenus, leur disant qu’il avait agi ainsi pour se venger d’avoir été repoussé de ses parents. La Justice, prévenue, poursuit de nouveau cette affaire. Thierry se renferme dans un système complet de dénégations et proteste de son innocence. Il est condamné aux travaux forcés à perpétuité.»
Réflexions. — Les mauvais antécédents de Thierry, ses condamnations nombreuses, sa paresse, l’absence de tout remords sur ses actes pervers, la gloire qu’il se donne devant des co-détenus d'avoir commis l'incendie, dès qu’il i croit pouvoir s en vanter impunément, démontrent sa nature essentiellement perverse, et l’absence chez lui de tout sentiment moral élevé. Sa perversité étant très-active, il commet un grand nombre de méfaits, sans que les châtiments divers qu’il a subis aient été capables de l’arrêter.
■ Tant il est vrai que le seul frein réellement efficace contre la perversité réside dans les sentiments moraux et surtout dans le sens moral !
Les quatre observations que nous venons do citer nous montrent combien il est dangoreux d’irriter, de blesser certains caractères violents qui tombent facilement dans l’état passionné. Lorsque l’état psychique de ces êtres malheureux sera apprécié comme il doit l’être, on aura pour eux plus de pitié que de haine, on cherchera à les dompter par la douceur, et on évitera autant que possible de les froisser. Si on ne réussit pas toujours à les ramener au bien parce dernier moyen, on peut être assuré qu’il est le seul qili ait des chances de succès. En froissant leur amourpropre, on les aigrit, on les excite à réagir par la violence, et ils réagiront d’autant plus facilement qu’ils seront plus dépourvus de sentiments moraux. Il n’y a pas de faiblesse «à prendre les hommes parla douceur, à s’adresser à leurs bons sentiments; il y aurait, au contraire, de la raison, de la sagesse et de la prudence aie faire. De plus, il y a de la cruauté et de l’absurdité à exciter en eux la haine et la violence, et à les exposer aussi à perdre la raison morale dans l’état passionné.
Dans les quatre observations suivantes, la vengeance naît moins des circonstances extrêmement futiles qui l’ont excitée, que d’une perversité très-grande et très-active unie aune insensibilité morale des plus complètes. L âge de ces quatre incendiaires est remarquable; il varie entre 17 et 2 1 ans.
5e Observation (le Droit, 29 novembre 1857).
« Laboude, domestique, a 19 ans; il est court, trapu; ses traits sont fortement accentués, il a le front bas, les narines largement ouvertes; son caractère est violent. Il met le feu à plusieurs endroits à la fois dans la maison de
son maître, qui a un commerce considérable en mercerie. Deux corps de bâtiments deviennent la proie complète des flammes. Laboude arrêté s’écrie : C’est trop tard ! je savais bien que cela m’arriverait ! Après des hésitations, il avoue le crime. Il allègue pour motif l’animosité qu’il avait contre son patron, parce qu’il lui avait ditqu’il était capable detout faire, sauf le bien. Les motifs d’animosité, continue le journaliste, sont trop futiles pour arrêter l’attention, et l’on est forcé de rechercher le véritable mobile du crime dans la nature prématurément perverse de ce jeune homme . Il répond aux questions qu’on lui adresse avec une netteté et une volubilité de paroles peu faites pour lui concilier la pitié du jury, mais révélant une assurance et une intelligence peu communes à cet âge et dans une nature aussi sauvage. Les dépositions des témoins fournissent à l’accusé l’occasion de laisser éclater la violence fougueuse de son caractère. Plusieurs fois blessé par une expression d'un témoin, il bondit sur son banc comme un sanglier. Il est condamné aux travaux forcés à perpétuité.»
Réflexions . — L'insensibilité morale coïncidant avec une perversité violente et un grand amour-propre, telle est la cause qui a poussé le sujet de cette observation à incendier. Chez uno telle nature, des reproches suffisent pour exciter la haine et la vengeance, et pour que ces passions dominent entièrement l’esprit. Nous voyons les effets de cette domination pendant la déposition des témoins. Avant de commettre l'incendie, Laboude savait qu'il s’exposait à subir des châtiments, mais cela ne l’arrête point, toute crainte étant étouffée par sa haine, lorsqu'il prémédite et exécute cet acte. Le journaliste dit que sou intelligence, très-éveillée, est peu faite pour lui con-
cilier la pitié du jury. Mais sa folie n’a pas sa source dans les facultés intellectuelles ; elle provient de la nature de ses sentiments, de ce que ceux qu’il éprouve le poussent violemment au crime, et de ce qu’aucun ne l’en détourne. Dans cette disposition d’esprit, l’intelligence ne peut que produire de mauvaises pensées et que favoriser l’exécu tion des désirs criminels; elle n’est point une source de raison et de libre arbitre.
Ge Observation {le Droit , 17 novembre 1859).
« Wast, âgé de 2 1 ans, a de déplorables antécédents. Il a déjà été condamné pour vol. Doué d’une heureuse physionomie, intelligent, hardi, il n'a fait que tourner ors le mal les facultés qui lui avaient été données par la nature, et son attitude déplorable devant le jury serait une preuve suffisante de sa perversité, si les preuves materielles n’abondaient déjà contre lui. (L’emploi exclusif de son intelligence au service de sa perversité est une conséquence de la loi qui soumet les facultés réflectives aux facultés instinctives. Wast n’ayant que des sentiments pervers n’a pu avoir que des pensées perverses.) Son œil ardent se fixe sur le président, dont les reproches ne paraissent faire aucune impression sur ce caractère audacieux, qui ne parait connaître ni la crainte, ni le frein moral de la conscience . (Cela est exactement vrai. Or, si ce jeune homme n’a ni la crainte des châtiments, ni le sens moral, je demanderai aux personnes qui l’ont condamné à mort ce qui aurait pu l’empêcher de succomber à ces mauvais désirs, ce qui aurait pu l’engager à choisir le bien lorsqu’il était porté au mal. Une perversité aussi active devait nécessairement produire des actes déplo-
râbles, puisqu’aucun frein, ni moral, ni d’égoïsme bien entendu, ne la retenait. Get homme n’était donc ni libre, ni responsable moralement des actes auxquels l’entraînait son état psychique anomal. ) Lorsqu’on eut arrêté Wast , toute la commune sembla respirer plus à l’aise. Ge jeune homme a commis un grand nombre de vols avec escalade et effraction, qui dénotent de sa part une grande hardiesse. (La hardiesse n’est, dans ces cas, que la conséquence du manque de crainte. L’homme, n’étant pas retenu par ce frein , ne redoute rien , il marche sans hésiter où ses instincts pervers le poussent ; son intelligence, toute au service de ses éléments instinctifs, aplanit les difficultés et lève les obstacles qui s’opposent à leur satisfaction.) Le 1" juillet 1859, il met le feu à une étable du sieur Petit. De là, le feu se communique à plusieurs maisons. Il est probable que c’est par vengeance qu’il commet cet incendie, car l’étable était attenante à la maison du sieur Merlin, qui avait cherché à le faire emprisonner à la suite de plusieurs vols. Arrêté pour cet incendie, il nie d’abord en être l’auteur, et il ne l’avoue plus tard que devant les preuves flagrantes. L’instruction amène la découverte de deux autres incendies qu’il a allumés : un en 1854 et l’autre en avril 1859. A l’audience, ses dénégations ont un caractère d’audace et de hauteur qui oblige le président à le rappeler à une attitude plus humble. Il est condamné à mort. Il entend sa condamnation sans sourciller , et se retire d’un pas ferme.» (On voit, par l’attitude de ce jeune homme devant ses juges, combien il est vrai .qu’on ne peut penser que d’après ses sentiments. Son intérêt aurait dû le porter à s’attirer la bienveillance du jury par un maintien humble in. it
et convonable. Mais n’ayant pas même les sentiments qui inspirent l’intérêt bien entendu, il se montre tel qu’il est. Aucun sentiment ne l’engageant à simuler le repentir, pour se rendre ses juges favorables, il n’a ni la pensée, ni le désir, ni le pouvoir detre hypocrite. Telle fut également la cause de la franchise brutale de Charles Lemaire, dont nous avons rapporté l’observation dans un chapitre précédent.)
7* Observation (Gazette (les tribunaux, 3 janvier 1850).
« line jeune tille de 20 ans, à la physionomie vive, à l’œil expressif, est accusée du crime d’incendie. L’avenir qui lui est réservé ne parait nullement l’inquiéter ; son visage ne trahit aucune émotion.
» Le 22 septembre 1855, un incendie dévore les bâtiments du sieur Deymarie, et détruit tout, mobilier et récoltes. Les soupçons se portent sur Marguerite. Le caractère de cette fille, ses menaces, ses mauvais antécédents, justifiaient ces soupçons.
» En 1854, une pièce d’étoffe ayant été volée à Deymarie, celui-ci accuse du vol Marguerite, et la traite de
voleuse et de canaille. Elle lui répond: Il , tu me la
payeras quelque moment. En avril 1855, Marguerite se querellait avec sa mère et sa sœur; Deymarie, survenant dans le débat, conseille à la mère de mettre sa fille à la porte. Celle-ci en conçut une haine violente, et dit à des témoins : Il faut qu’il me le paye ; il faut que le diable le tue ou moi. Son mauvais caractère la faisait détester par les habitants de la commune, et à ce propos elle dit : On m’en lait trop ici, mais un jour je mettrai le feu avec deux quenouilles d’étoupes enflammées. Elle cherche à se procurer
de l’arsenic dans une pharmacie; on refuse de lui en donner. C’est alors qu’elle met le feu à la propriété de Deymarie. Elle nie énergiquement son crime, ainsi que les propos qu’elle a tenus, et proteste hautement de son innocence. Elle est condamnée à dix ans de réclusion.»
Cette observation ayant la plus grande analogie avec la précédente, nous nous abstiendrons de présenter des réflexions qui ne seraient que la répétition de celles qui ont été déjà faites. Nous signalerons seulement de nouveau le danger que présentent les personnes qui menacent dans un état passionné permanent, et combien il serait préférable de les séquestrer avant le crime plutôt qu 'après ; car dans l’état psychique où elles se trouvent, le crime s’exécutera tôt ou tard.
8e Observation (le Droit, 4 juin 1866).
« Cottin, âgé de 17 ans. est blond; ses yeux sont bleus, pleins de douceur. lia commis plusieurs incendies en peu de jours à Villardnoir, commune de Pontchara. Le 13 février 1866. il met le feu à la grange du sieur Rosset, qui fut consumée avec toutes les récoltes. Une maison voisine fut également endommagée par les flammes. Le 1 8 février, un incendie plus terrible consuma trois maisons et cinq granges appartenant à divers individus; ceux-ci eurent à peine le temps de fuir. Le 23 février, un nouvel incendie éclata dans une maison isolée, située à cent mètres au- • dessus de \ illardnoir, habitée par le sieur Rosset et par la veuve Gautier sa locataire. Cottin, fortement soupçonné, protesta d'abord de son innocence ; mais l’insistance du sieur Rosset, son maître actuel, lui fit avouer sa culpabilité, il se reconnut l’auteurde ces divers incendies. Il ajouta
qu'il avait mis le feu chez Rosset, pour se venger des menaces que celui-ci lui avait adressées au sujet d’un vol qu’il avait commis à son préjudice; et que , par d’autres incendies, il avait voulu réduire à la misère le sieur Leidel qui l’avait accusé d’une autre soustraction. Après avoir affirmé d’abord qu’il n’avait point eu de complice, il dénonça le nommé Lombard, âgé de 25 ans, comme l’ayant poussé aux incendies qu’il avait commis. Mais cette accusation a été reconnue fausse et pour être un acte de méchanceté de sa part. Cottin avait commis , il y a trois à quatre ans, un vol d’argent dont il a été contraint de faire l'aveu, ün l’accusait récemment d’avoir volé un portemonnaie contenant huit francs, qu’il prétendait avoir trouvé. Cottin est enfant naturel, il a reçu l’éducation ordinaire des gens de la campagne. 11 s’était fait remarquer, lorsqu’il était très-jeune, par sa cruauté envers les animaux. 11 a toujours été rusé et menteur; et pour satisfaire ses goûts de dépense et d’ivrognerie, il se livrait au vol. Il est condamné aux travaux forcés à perpétuité. »
Réflexions. — Nous rencontrons chez Cottin tout ce qu’il faut pour passer par la série de tous les crimes : la perversité la plus grande et la plus active, alliée à l’insensibilité morale la plus complète. Après avoir commis le vol et l’incendie, il est probable qu’il serait devenu assassin. Que lui eut-il fallu pour le devenir? Simplement qu’il en eût eu le désir, puisqu’il n’avait aucun sentiment moral pour combattre ses désirs pervers; et ce désir lui serait probablement venu tôt ou tard pour voler, afin de satisfaire ses goûts de débauche et d’ivrognerie.
Résumé. — Tous les incendiaires par vengeance dont nous venons de donner l’observation, sont jeunes, et près- ;
que tous ont un caractère violent. L’incendie, même occasionné par les passions normales de l’humanité, est plutôt un crime de la jeunesse que de l’âge viril ou de la vieillesse.
Ces incendiaires ayant manifesté une grande insensibilité morale, une absence complète de remords, ont été sévèrement punis. Ainsi, sur sept jugements connus, nous avons deux condamnations à mort, quatre aux travaux forcés à perpétuité, et une à dix ans de réclusion. Et cependant, la conséquence de cette insensibilité est incontestablement l'absence du libre arbitre et l’irresponsabilité morale.
Incendiaires par avarier.
Deux observations. — Incendies commis froidement sans passion violente. — Insensibilité morale complète.
lre Obseuvatio.v (Je Droit, 2 novembre 1862).
« Claude Doré, âgé de 53 ans , a une moralité . une réputation et des antécédents déplorables. Son caractère violent, vindicatif, méchant, le faisait redouter do ses voisins. Il a servi dans la gendarmerie, qu’il a été oblige de quitter à cause de sa mauvaise conduite. En 1849, sa femme, victime d’odieuses calomnies de sa part, fait prononcer contre lui sa séparation. Il vivait en mauvaise intelligence avec sa fille; il avait des querelles fréquentes avec ses voisins, auxquels il portait une haine violente. Sans probité, perdu de mœurs, il était à bout de ressources, lorsque la funeste idée d’incendier sa maison s’est présentée à son esprit.
» En juillet 1856, il avait acheté aux enchères, à Lan- -gres, une maison au prix de 1 1 000 francs, et il l’assura, l'an passé, au prix de 25 000 francs. Il devait à divers créanciers la somme de 45000 francs, et pour payer les
intérêts de -ses dettes il n’avait que les revenus de sa maison. Par son caractère violent il s’était brouillé avec tout le monde, même avec ses locataires, qui le quittèrent. Il se repentait de son acquisition et cherchait à s’en débarrasser, mais sans succès. Depuis que sa maison était assurée, on lui avait souvent entendu dire : Je voudrais bien que le feu fût aux quatre coins de la maison. Il répéta même ces paroles le jour de l’incendie.
» Ne voulant pas commettre l’acte lui-même, et cherchant à se mettre à l’ahri d’une accusation par un alibi, il fait venir à Langres, sous prétexte de le placer, le nommé Marguerito, âgé de 20 ans, sur lequel il avait beaucoup d'ascendant, et qui était capable de tout quand il était plongé dans l’ivresse. Il le fait boire dans plusieurs cabarets, le conduit sur les lieux, lui explique ce qu’il y a à faire, et part. L’incendie eut lieu; on put l’éteindre à tomps. La rumeur publiquo accusa de suite Doré. Arrêté, il nie toute participation au crime. Marguerite, arrêté également, dit d’abord des mensonges; mais, plus tard, il fait les aveux les plus complets. Doré continue à opposer aux preuves de sa participation les dénégations les plus absolues. Alors qu’il assistait calme et impassible aux débats, Marguerito témoignait par des larmes d’un repentir qui attirait sur lui un véritable intérêt. Doré est condamné à mort. Il entend sa sentence sans laisser paraître aucune émotion. Marguerite ost condamné à cinq ans de travaux forcés. »
Réflexions. — Les deux caractères de la folio morale qui produit les grands crimes: la perversité active et l’insensibilité morale, sont très-saillants chez Doré. Son insensibilité est caractérisée par l’absence de remords au sujet de ’
la longue série de ses actes pervers, et par l’absence du désir de changer de conduite. Il pousse l’imprudence, comme tous les passionnés violents, jusqu’à manifester ouvertement ses désirs devant témoins. Après l’incendie, il nie obstinément toute participation au crime. Le malheureux qui lui a servi d'instrument a éprouvé du remords lorsque l’action de l’alcool sur son cerveau a cessé, et il fait des aveux sincères. Si la crainte le porte d’abord à mentir, il ne peut soutenir longtemps le mensonge, et la douleur qu’il manifeste contraste avec l’insensibilité de Doré.
On peut être certain que les personnes qui mettent le feu à leur maison après l’avoir assurée, sont dépourvues de sens moral, car elles commettent froidement , sans v être poussées par une passion violente, un crime révoltant par sesconséquenees désastreuses. Les antécédents de ces personnes sont ordinairement fort mauvais.
2e Ousbrvation ( Gazelle des tribunaux, 20 murs 1856).
« Gallemard, maire de Longepierre, imbu des doctrines du socialisme, après les avoir prèchées dans sa commune pendant la République, avait simulé un retour aux idées d’ordre et d’autorité, pour être maintenu dans ses fonctions, et pour mieux exploiter do criminelles passions. 11 était le chef d une bande d’incendiaires composée : de Ralleau, que la misère et la paresse livraient à l’exploitation, de Guinard, homme dangereux et voleur qui simule l’imbécillité, et de Moissonnier, ivrogne qui se vante de son vice. Depuis le 2 mars 1851, le feu s’est déclaré vingt fois dans la commune, et a consumé soixante-quatre maisons représentant plus de 400 mille francs.
» Ces incendies paraissent devoir être attribués à la
haine età l’envie que Gallemard nourrissait dans son cœur contre les habitants aisés de la commune. Il avait assis sa domination sur une véritable terreur. Fort de la confiance entière que lui accordaient les magistrats, il livrait à la Justice ceux que sa vengeance venait de ruiner. Il s’était fait redouter au point que nul n’osait exprimer devant les magistrats l’opinion, depuis longtemps répandue , que Gallemard était l’auteur des incendies. Il indiquait les propriétés à incendier ?i ses agents, il organisait tout, et après le sinistre il détournait de ceux-ci les recherches de la Justice en faisant reporter les soupçons sur des innocents et même sur ses victimes. Il relâche ses complices, qui avaient été arrêtés par suite de justes soupçons. Gallemard fait acheter par son beau-fils une propriété en viager appartenant à un vieillard. Quelques temps après, il enivre ce vieillard, le fait monter sur une charrette de foin; il fait imprimer à cette charrette un mouvement violent qui précipite cet homme sur le sol, et qui le tue. Ce n’est pas seulement dans un but de haine que Gallemard provoque les incendies, c’est aussi dans un but d’avarice. Quand il voulait acheter une propriété, il y faisait mettre le feu pour la déprécier, pour ruiner le propriétaire, et le forcer à vendre à bas prix.
» Ses agents subalternes, tous trois d’une nature essentiellement perverse, s’excitaient entre eux à l’incendie ; ils vivaient dans la paresse , l’ivrognerie , et maltraitaient leur famille; ils se livraient à des orgies au milieu desquelles ils insultaient par des rires et des moqueries aux pleurs qu’ils faisaient répandre. Et en dernier résultat, ils se dénoncent et s’accusent réciproquement. Balleau ayant été pris et ne pouvant, ni se disculper, ni espérer d’ètre
relâché, dénonce Gallemard comme chef de la bande. Celui-ci, se voyant découvert, se suicide pour échapper à une condamnation qu’il ne peut éviter. Balleau dénonce aussi son beau-frère Moissonnier, et enfin Guinard. C’est au moyen de mèches inflammables qu’ils mettaient le feu. Ils savaient parfaitement qu’ils s’exposaient à l’échafaud, car ils s’en menaçaient entre eux pour s’empêcher de se dénoncer.
» Le procureur général combat l’atténuation qui pourrait résulter pour les trois accusés de ce qu’ils n’ont été que d’obscurs satellites: N’ont-ils paseu, dit-il, leur libre arbitre pour se soustraire au joug infâme? Et pendant cinq ans. à travers tant de larmes et de désolations, s’il était resté quelque chose d’humain dans leur cœur, n’aurgûentils pas eu le temps de rompre ce honteux servage, et de manifester quelque repentir? Sont-ils donc moins coupables, parce qu’ils ontété criminels sans haine, sans passion, sans colère? Est-ce pour donner du pain à leurs femmes et à leurs enfants qu’ils ont vendu leurs bras et leur âme? L’un a vu sa femme le maudire; l’autre, la sienne le déshériter; le troisième a fait de son enfant un véritable martyr. Tous trois sont condamnés à mort.»
lié flexions. — Nous voyons ici les effets déplorables des associations entre individus pervers et dépourvus de sensibilité morale. Comme toujours dans ces circonstances, ils se complètent les uns par les autres pour former un ensemble des plus dangereux. Gallemard, dont la perversité est la plus active, et dont l’intelligence est la plus développée, est le chef de la bande. Trop orgueilleux pour se compromettre, il fait exécuter ses projets par des individus aussi pervers et aussi dénués que lui de senti-
ments moraux, mais moins dangereux, parce que leur perversité moins active a un besoin de satisfaction moins grand, et parce que l’intelligence les sert moins. Ceux-ci exécutent avec plaisir et sans la moindre répulsion morale les ordres de Gallemard , ces ordres étant conformes aux instincts qui les animent. Comme la plupart des personnes psychiquement conformées pour le crime, ils sont tout au moment présent ; les châtiments leur semblent ne devoir jamais les atteindre ; la peine de mort, «à laquelle ils savent être exposés, ne les arrête point. Aucun sentiment ne les engageant à repousser les ordres de Gallemard, ils n'ont aucun moyen de les repousser. Leur insensibilité morale est parfaitement reconnue par le procureur général, lorsqu’il dit qu’aucun sentiment humain n’existe dans leur cœur; et en constatant que pendant les einq ans de leur association criminelle ils n’ont manifesté aucun repentir, il fournit la preuve que cette insensibilité n’est pas momentanée, n’est pas produite par la violence de quelque passion, mais qu’elle est permanente et causée par l’absence, de leur esprit, des sentiments moraux.
L’avarice n’étant pas une passion violente et impétueuse de sa nature, comme la vengeance et la haine, ceux qui commettent froidcmentlo crime d’incendie sous l’inspiration de l’avarice sont, de même que les voleurs assassins, dépourvus complètement de sens moral, ce crime, avec les conséquences désastreuses qu’il entraîne, étant trop repoussant pour qu’un homme qui possède la conscience morale puisse l’exécuter desang-froid. L’observation démontre en effet que ceux qui allument l’incendie de sang-froid sont dépourvus de sens moral . Il y a cependant une classe d’incendiaires voleurs qui peuvent commettre
ce crime sans être tout à fait dépourvus de ce sentiment. Ils incendient, non pour détruire mais pour commettre le vol, et lorsque leur but est atteint, ils donnent l’alarme et cherchent à arrêter les effets du fléau destructeur. Ce sont des commerçants qui mettent le feu à leur comptoir pour faire disparaître leurs livres de comptes irrégulièrement tenus, ou pour empêcher la constatation de fraudes qu’ils ont commises, ou pour déclarer dévorées par l’incendie, et en frustrer leurs créanciers, des valeurs qu’ils ont eu soin d’enlever avant le sinistre. Ces incendies sont commis dans des circonstances qui permettent de supposer leurs auteurs moins dénués, dans un certain nombre de cas, de sens moral, queceux dont nous venons de donner les observations. Tandis que ces derniers, tout à fait privés de sens moral, sont privés de liberté morale, les premiers, pouvant posséder à un certain degré ce sentiment supérieur, peuvent avoir plus ou moins la liberté que donne ce sentiment. Ils sont donc à quelque degré moralement responsables do l'incendie qu’ils commettent, et cependant ils sont traités beaucoup moins sévèrement par la Justice queceux qui, totalement dépourvus de liberté morale, sont irresponsables moralement de leurs méfaits. La Justice, complètement ignorante sur ce qui constitue le libre arbitre, ne peut baser actuellement ses arrêts que sur ia perversité et l’insensibilité morale manifestées dans les actes, c’est-à-dire sur ce qui excite le plus la crainte et 1 horreur chez l’homme moral; elle ne peut baser ses jugements sur l’état du libre arbitre chez le criminel.
incendiaire par JalouMe.
Une observation. — État passionné violent chez une personne douée de sens
moral.
Observation ( Gazette des tribunaux, 13 mars 1827)
a La fille M..., âgée de 30 ans, incendie la maison de son amant au moment où se faisaient les publications de mariage de celui-ci avec une autre fille. Elle est brune, la passion se peint dans ses regards. Elle a vécu pendant trois ans avec son amant, et elle a un enfant de lui. Celuici lui avait promis le mariage, mais il ne tint pas sa parole. Dans les derniers temps qu’il passa avec elle, alors qu’il devait se marier, il la maltraitait, puis il l’abandonna. Telles sont les causes qui ont exaspéré cette fille, et qui l’ont portée â incendier. Peu avant de mettre le feu, elle dit qu’elle était hors d’elle-méme, qu'elle ne savait pas ce quelle faisait, et qu’elle n’aurait pas commis cet acte, si elle l’avait su. Tourmentée par son idée, avant de l’exécuter elle s’écria : Mon Dieu ! donnez-moi une bonne pensée, puisque j’en ai une mauvaise. Au moment de jeter les chiffons enflammés, l’idée qu’elle pouvait incendier aussi des maisons autres que celle de son amant, lui donna un remords, dit-elle, et elle prononça ces paroles : Ouele bon Dieu et la Sainte Vierge fassent le reste ! Elle attribue la violence de son impulsion à incendier, et qu’elle n’a pu maîtriser, à des sortilèges que lui aurait faits un individu avec qui elle a cassé deux noix. Elle est acquittée.»
Réflexions. — Lorsque la jalousie, passion violente de sa nature, fait commettre un incendie à une personne douée de sens moral, c’est dans l’état passionné, alors que ce sentiment supérieur est paralysé, étouffé momentanément par la passion. Cependant, par une exception fort
rare, cette tille n'est point mise dans un état passionné complet par la jalousie et la vengeance. Lorsqu’elle commet l’incendie, le sens moral combat son désir pervers jusqu’au moment où elle le satisfait. Quand elle dit: Mon Dieu! donnez-moi une bonne pensée, elle l’a déjà cette bonne pensée qui réprouve la mauvaise ; seulement cette tille sent qu’elle n’a pas la force de résister à son désir, et c’est cette force qu’elle demande à Dieu. Son état psychique se rapproche donc de celui des monomanies caractérisées par l’irrésistibilité de penchants désapprouvés, puisque, tout en désapprouvant son penchant pervers , elle se sent vivement entraînée vers lui. L’exécution d'un crime grave dans cet état psychique, îdors que le cerveau est sain, est extrêmement rare; une vive excitation de cet organe par une passion violente, produisant momentanément, chez une personne tres-impressionnable, un état anomal semblable à celui qui occasionne l’irrésistibilité, donne seule une explication convenable de ce crime. C’est sans doute à cette irrésistibilité qu’elle fait allusion, quand elle dit qu elle était hors d’eïle-mème et qu’elle ne savait pas ce qu elle faisait, car elle savait très-bien qu'elle mettait le feu à la maison. Son penchant avait si bien un caractère d’irrésistibilité, qu’elle l’attribua à une influence étrangère à elle-même, à un sortilège, et qu’en mettant le feu elle priait Dieu et la \ierge d’intervenir pour limiter les effets de 1 incendie. Un crime grave, exécuté dans l’état psychique que les faits nous font supposer avoir existé chez cette jeune fille, est extrêmement rare dans l’état desanté, je le répète; ce cas est même le seul de ce genre dont j ’aie pris note. Peut-être la conduite odieuse de son amant atténuait-elle considérablement , aux yeux de cette jeune fille,
la perversité de son projet; peut-être la vengeance étouffait-elle son sens moral? Quoi qu’il en soit, ce crime grave est un de ceux qui sont commis dans un état psychique des plus voisins de la liberté morale. Dans ce cas et dans ceux qui ont avec lui de la ressemblance, les criminels manifestant de bons sentiments et du repentir après le crime, rencontrent toujours de l’indulgence devant le jury; tandis que les individus dépourvus totalement de sentiments moraux par le fait d’une anomalie psychique involontaire, et privés par conséquent de liberté morale, sont très-sévèrement traités par le jury et par les magistrats.
incendiaire pour éviter le froidement de l'amour-propre.
Une observation. — Sens moral très-faible étoufl'é par l’amour-propre vivement
froissé.
Observation ( Gazette des tribunaux, 1er octobre 1856).
a Le 22 juin 1856, le hameau de Ghaumeng, composé de vingt-huit maisons, brûle en entier. L’incendiaire Magnan a subi trois ans de prison pour vol. Il passait dans le village pour un voleur et un homme dangereux.
» Le jour de l’incendie, il s’était introduit chez la veuve Genis pour la voler. Celle-ci le découvrit, et comme il ne pouvait donner aucune explication sur sa présence, elle lui fait des reproches sur les intentions qu’elle lui supposait. Quelques instants après, l’incendie éclate et dévore le hameau.
«Les soupçons se portent sur Magnan. Sa femme 1 interroge à ce sujet, mais il garde le silence. Il manifeste alors l’intention de faire son testament, et il tente de se suicider. Quand on l’arrête, il nie obstinément son crime. Puis, voyant que les soupçons se portent sur sa femme et sur son fils qui allaient être arrêtés, il fait des aveux com-
plets. Il déclare qu 'après la scène qui a eu lieu entre la femme Genis et lui, il craignait detre traité de voleur par tous les habitants du hameau, car il avoue que c’est pour voler qu’il s’est introduit chez cette femme. Alors il avait résolu de brûler le village tout entier pour détourner de lui l’attention publique, et sauver ainsi sa réputation. Sa raison s’égara, dit-il ; il prit des allumettes, et mit successivement le feu à toutes les maisons du village. Il en sortit pour juger de l’effet du feu, puis il rentra chez lui pour sauver son mobilier, ce qu’il réussit à faire. Il déclara qu’en proie au remords, il avait tenté pendant la nuit de se noyer dans la fontaine, d’où il a été retiré par sa famille. Il est condamné aux travaux forcés à perpétuité.»
liéflexions. — Les antécédents de cet homme, son habitude du vol, font supposer chez lui une grande faiblesse du sens moral. Il n’en parait pas cependant tout à fait dépourvu. Son amour-propre ayant été vivement froissé de ce qu’on l’asurpris en flagrant délit de vol, l'idée lui vient de détourner de lui l’attention publique en la fixant sur un désastre capable de l’absorber, et il exécute de suite l’incendie. Dans l’état passionné où le met son amourpropre, il commet cet acte sans balancer, sans qu'aucun sentiment moral ait combattu son désir pervers. Mais la vue du désastre réveille les sentiments moraux qu’il possède; la crainte des châtiments, la pitié pour ses victimes, le mettent au désespoir, il tente de se détruire. Le sens moral, tout h fait rudimentaire chez lui, a eu peu de pari dans ce désespoir, qui parait être entièrement dû aufrois- . sement du sentiment de pitié, probablement aussi à la crainte des châtiments, car il nie obstinément, après sa tentative de suicide, d’être l’auteur du crime. S’il finit par
en faire l’aveu, c'est seulement l’affection pour sa famille <[ui 1 y engage; il no fait cet aveu que lorsque celle-ci est soupçonnée et compromise. Quels que soient, du reste, les sentiments qui lui inspirent le vif regret de son crime et qui font naître le désespoir, il ne les éprouvait point lorsqu’il combinait et exécutait le crime, car ils l’eussent arrêté; ils eussent au moins déterminé un combat entre le bien et le mal. Or tout démontre que ce combat moral n’a pas eu lieu. L’égarement de sa raison auquel il attribue son crime n’est autre chose que l’état passionné par l’amour-propre, sousl’inlluence duquel il commet l’incendie. Magnan comprend qu’il n’éprouvait pas alors les bons sentiments égoïstes qui lui sont naturels, et qui lui inspirent plus tard un vif regret; il comprend que sa raison morale était absente, égarée.
Ceux qui attribuent leur crime à un égarement de leur raison sont toujours des individus dont les sentiments moraux auraient été capables de combattre les désirs pervers, si ces sentiments n’avaient pas été alors étouffés par quelque passion violente. Cet état passionné cessant après le crime, ces individus comprennent que lorsqu’ils préméditaient et qu’ils exécutaient cet acte, les sentiments moraux qu’ils ressentent actuellement n’étaient point présents dans leur esprit, et ils expriment ce fait en disant : qu’ils ne savaient pas ce qu’ils faisaient.
Comme incendiaire par orgueil, nous pouvons citer Érostrate , que la passion insensée d’avoir un nom impérisable dans l’histoire, poussa à détruire par le feu le temple de Diane à Ephèse.
Toutes les passions violentes, les fanatismes qui jettent l’homme. dans un état passionné trop souvent caracté-
risé par la cruauté, et dans lequel il perd la raison et la liberté morales, ont produit l’incendie. L’homme tire réellement de merveilleux produits de son intelligence, lorsqu’elle est bien dirigée dans le champ de la spéculation scientifique, ou lorsqu’elle est inspirée par les facultés morales ; mais cette intelligence si belle devient pour l’humanité une cause de malheur, lorsqu’elle est inspirée par des sentiments exclusivement pervers. Si l’homme est chef de hande ou d’armée, il détruit par le feu ce que le fer n’a pu faire disparaître. S’il est souverain despote, il fait brûler un quartier de Home pour se donner le spectacle d’un immense incendie, d’une vaste ruine. Dans ces cas la passion est si bizarre, si monstrueuse, si contre-nature, qu’on la qualifie de folie. Ce n’est pas la passion elle-même qui constitue la folie , c’est l’absence des sentiments moraux nécessaires pour la combattre. La passion n’est que l’objet de la folie. L’homme qui ne sent pas que sa passion est absurde, immorale, n’est point engagé à la combattre , il commet les actes absurdes, irrationnels, immoraux qu’elle lui dicte, en croyant agir raisonnablement, et c’est cet aveuglement involontaire de l’esprit en présence de pensées et de désirs bizarres, immoraux qui constitue la folie.
ni.