‹ Psychologie naturelleChapitre 17 sur 20 · C.hapitue 1 \ . — Du Sens moral ou Faculté morale · texte numérisé non relu

C.hapitue 1 \ . — Du Sens moral ou Faculté morale

Article I*r. — Fonction de cette faculté

La connaissance du bien et du mal nous est donnée par une faculté instinctive qui est le sens moral. Cette connaissance n’est

point un produit spéculatif de la faculté réflective. — A la connaissance instinctive du bien et du mal est lié, par le sentiment du devoir, l’obligation morale de faire l’un et de repousser 1 autre. — Le sentiment du devoir n’a lieu d'intervenir pour engager à faire lo bien, que lorsque le penchant qui porte au mal est plus grand que celui qui porte au bien. — Certains moralistes, Larochefoucauld entre autres, ont méconnu le motif supérieur d’action basé sur le devoir, et ont attribué tous les motits d action à l’intérêt. — Le sens moral jteut remplacer les bons sentiments égoïstes ; mais ces derniers ne peuvent pas remplacer complètement le sens moral , parce que ce dernier sentiment, au moyen du sentiment du devoir, engage à faire le bien alors même que l’on désire davantage faire le mal; tandis que les bons sentiments égoïstes n’engagent à faire le bien qu’autant que les bons désirs qu’ils inspirent sont plus puissants que les mauvais désirs inspirés par les sentiments égoïstes pervers. La conscience du bien et du mal ayant son principe dans le sens moral et non dans les facultés réflectives, il en résulte que par cela seul qu’un individu réfléchit et raisonne, on ne doit pas conclure qu’il a cette conscience. Pour savoir s'il la possède, il faut s’enquérir s’il est doué de sens moral.

Article II. — De In conscience morale et <lu reinonl-; MSé

La conscience morale est la voix du sens moral qui nous apprend ce qui est bien et ce qui est mal. — Il ne faut pas la confondre avec la conscience personnelle, qui est la connaissance des actes de l'esprit par l’esprit. — Quand le sens moral manque, la conscience n'est plus morale; formée alors par des sentiments égoïstes, les seuls qui animent l'individu, elle est éyuisle et conseille toujours de faire ce qu’inspirent les sentiments égoïstes bons ou mauvais les plus puissants. — Le remords est le froissement du sens moral par un acte pervers qui le blesse. — Le froissement des sentiments égoïstes fait surgir des regrets, mais non le remords. — Le remords, expression d’un sentiment, est involontaire. — Les criminels privés de sens moral n’éprouvent jamais de remords véritable; ils u'ont que des regrets égoïstes.

Article III. — Différence qui existe entre le sens moral et le sentiment religieux ‘217

Le sens moral, sentiment du bien et du mal, est distinct et indépendant du sentiment religieux; ce dernier étant formé par la causalité, la crainte, l’espérance et la vénération, sentiments tout à fait indépendants du sens moral. — L’idée qu’on se fait de la Divinité dépend de l’ensemble des sentiments propres aux races et aux individus. — On peut être très-religieux sans posséder le sens moral. — On peut posséder le sens moral, être très-moral, sans être animé du sentiment religieux. — Si le sentiment religieux n’est pas nécessaire aux personnes douées de sens moral pour qu’elles soient engagées à faire le bien, ce sentiment religieux est le plus propice à retenir dans la voie du bien les personnes dépourvues de sens moral. L’instruction

morale religieuse est donc utile. — Si les dogmes diffèrent, la morale est une ; tous les hommes moraux sont d’accord sur les principes fondamentaux de la morale.

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