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DES FACULTES INSTINCTIVES OU MORALES, OU DES SENTIMENTS

Par la perception, l’homme acquiert les connaissances évidentes puisées dans le monde extérieur; par les facultés intellectuelles supérieures, il découvre les vérités cachées, ou bien il apprend celles que d'autres ont trouvées avant lui ; enfin, au moyen des facultés instinctives ou morales, il acquiert un ordre particulier de connaissances senties, que ne donnent point les facultés intellectuelles, et dont les plus élevées sont la connaissance du beau et celltf du bien. « Il existe un grand nombre de vérités de sentiment que le raisonnement seul ne pourrait démontrer, dit M. De Laténa '. » Par ces facultés, l’esprit manifeste ses besoins, ses goûts, ses désirs, ses inclinations, ses répulsions; paires facultés, il aime, il recherche certains objets et il jouit de leur présence; il réprouve et il fuit d'autres objets qui lui causent de la peine, qui lui sont antipathiques.

Des sentiments peuvent avoir assez de puissance pour se manifester spontanément; mais souvent aussi ils sont faibles et ils n entrent en activité que sous l’influence des causes qui les excitent. L éducation les développe, les fortifie en les tenant constamment en haleine et en leur imprimant une bonne direction. Mais si une ouplusieursde ces facultés

1 Élude de l’homme, pag. 7.

manquent ou sont incomplètes; si La nature, qui crée des anomalies en toute chose, refuse à certaines personnes les germes de ces facultés instinctives; ou bien si ceux qu’elle a donnés sont insuffisants, ces personnes ne posséderont jamais ou ne posséderont qu’incomplètement, quelque effort que l’on fasse pour les leur procurer, les connaissances instinctives qui sont du ressort de ces facultés. Ces absences et ces imperfections constituent des infirmités, fies anomalies morales involontaires d’autant plus fâcheuses que les sentiments absents ou incomplets ont plus d’importance ou d’utilité.

Les facultés instinctives sont appelées vulgairement qualités du cœur. Ainsi, la bonté, la bienveillance, la compassion, la charité, forment les éléments d’un bon cœur; l’égoïsme, la méchanceté , la cruauté, donnent le mauvais cœur; l’homme a le cœur noble et élevé avec des sentiments de dignité et d’amour-propre; il ale cœur bas et vil , s’il se plaît dans les conditions misérables, s'il commet des actes déshonorants ou lâches, sans en avoir honte : il a le cœur tendre, lorsqu’il possède à un degré élevé les sentiments affectueux ; et le cœur dur, quand , dépourvu de ces sentiments, il est insensible aux souffrances de son prochain. Ces expressions, prises à la lettre , induiraient en erreur; car le cœur, organe central de la circulation , est complètement étranger aux manifestations de l’esprit ; Gall a rectifié l’opinion erronée que Cabanis et lîichat professaient à cet égard. Lorsque nous éprouvons vivement un sentiment, le cerveau , organe qui manifeste l’esprit, est impressionné par cet acte psychique; cette impression retentissant sur tout le système nerveux, il en résulte divers phénomènes organiques involontaires, tels que des mo-

difications dans les mouvements du cœur, des troubles dans les fonctions de divers organes , des sensations agréables ou pénibles dont le siège principal réside dans l’appareil nerveux sympathique des régions épigastrique et précordiale. Mais ces sensations physiques, qui ont pour cause des manifestations instinctives de l'esprit, ne doivent pas être prises pour ces manifestations elles-mêmes, elles sont un effet de l’influence du moral sur le physique.

11 importe également de ne pas confondre le plaisir ou la peine, les émotions qui accompagnent ordinairement les manifestations des facultés morales avec ces facultés elles-mêmes. C’est à ce plaisir et à cette peine, c’est aux émotions, que les philosophes ont le plus particulièrement donné le nom de sentiment. Le langage vulgaire n’a point adopté cette signification; il appelle sentiment toute faculté morale, et même tout mauvais instinct inspirateur des désirs pervers. Tel est le sens qu’il attribue aux expressions de: bons sentiments , mauvais sentiments. Nous adoptons complètement cette signification, parce que les connaissances <pie nous donnent ces éléments instinctifs sont des aspirations senties par l’esprit. Mais, tout en étant senties, elles sont indépendantes du plaisir ou de la peine psychiques ipii peuvent les accompagner. La signification vulgaire du mot sentiment est même souvent adoptée dans le langage scientifique. Par exemple, quand M. De Laténa dit qu'il existe un grand nombre de vérités de sentiment, il donne ce nom aux facultés morales. Bescherelle le donne également dans son Dictionnaire à chacune de ces facultés.

En réservant le mot sentiment à la peine et au plaisir seuls qui accompagnent les manifestations instinctives de l’esprit, on comprend que les philosophes aient combattu

la morale du sentiment, parce que celte morale, plaçant en définitive le bien dans un plaisir, et le mal dans une peine, se confond avec la morale de l'intérêt, qui détruit le libre arbitre. Mais en appelant fument toute faculté morale, la morale véritable, celle qui est basée sur la connaissance instinctive du bien et du mal, sur la conscience morale, sur l’obligation ressentie de faire le bien parce qu’il est le bien, parce qu’il est juste, devient une morale de sentiment, puisqu’elle est basée sur le sens moral, qui est une faculté instinctive, qui est un sentiment.

Ouelques écrivains appellent esprit, l’ensemble des facultés intellectuelles ; et âme , l’ensemble des facultés instinctives; ils placent ce dernier terme dans les circonstances où d’autres se servent du mot cœur.

ARTICLE 1er. — Fonctions des facultés instinctives.

Énumération des principales facultés instinctives. — Leurs fonctions. — Les facultés instinctives sont le principe des motifs rationnels d’action. — Ces , motifs se résument tous, ou dans une satisfaction soit présente, soit éloignée, à obtenir, ou dans le devoir. — Toutes les facultés instinctives engagent à agir pour obtenir une satisfaction, motif égoïste au fond. — Le sens moral, outre qu’il engage à agir par ce motif égoïste, engage aussi à agir par devoir, lorsque le bien qu’il conseille de faire contrarie des penchants pervers puissants. — Les opérations réflectives qui ont lieu sur la conduite à tenir sont inspirées par les facultés instinctives actuellement ressenties.

Il n’entre point dans le cadre que je me suis tracé d’étudier chacune des facultés instinctives, ni même de présenter leur classification, la science ayant à peu près fait son œuvre sous ce rapport. La difficulté d’une classification rigoureuse des sentiments moraux provient de ce que chacun de ces principes instinctifs se manifeste rarement seul . et de ce que le psychologiste n’observe, en général. que les effets provenant de plusieurs d’entre eux. Du

reste, si l’on fait attention que par sentiments on entend les manières diverses dont l'esprit est impressionné, on comprendra que la science n’a pas un intérêt majeur à séparer exactement les uns des autres les sentiments dont les fonctions ont quelque rapport, et qui semblent se confondre. L’essentiel est de reconnaître aux éléments instinctifs tous les pouvoirs qui leur appartiennent, et de n’attribuer aucun de ces pouvoirs aux facultés réflectives. erreur commise de tout temps, et même de nos jours.

Il faut arriver jusqu’aux philosophes Ecossais pour avoir de bonnes descriptions des facultés instinctives. Leurs travaux, si remarquables à tant d’égards, fixèrent cependant si peu l’attention du monde savant, lors de leur apparition, qu’ils restèrent près d’un demi-siècle sans sortir du pays qui les avait vus naître. Ces travaux étaient fort peu connus en Allemagne, et étaient complètement ignorés en France, lorsque Gall introduisit chez nous, sous le manteau de 1a phrénologie , ce qui a trait aux facultés qui nous occupent maintenant. Bien que Gall ne fasse point mention de ces philosophes dans son ouvrage, il est certain que la psychologie Ecossaise servit de point de départ à son système de phrénologie. Sa classification des facultés, donnée en 1810, a beaucoup de ressemblance avec celle d’Hutcheson, qui date de 1740: de même, la classification présentée par Spurzheim en 1880 n’est qu’une mollification peu importante de celle exposée par Reid en 1780. Cette similitude entre la psychologie des phrénologistes et celle des philosophes Ecossais a été signalée par Ad. Garnier et parM. Lélut. Un peut donc supposer avec raison que Gall fut conduit à imaginer son organologie cérébrale, afin de démontrer matériellement une psychologie si conforme à l’observation.

Il divisa le cerveau en autant de parties, appelées organes, qu’il y avait de facultés admises par les Écossais , sauf quelques modifications , et il assigna à chaque division la fonction de présider à une de ces facultés. Le bon sens public, trouvant dans ce système une psychologie frappée au cachet de la vérité, l'accueillit favorablement, confondant dans une seule et même chose les facultés de l’esprit et leur localisation dans le cerveau. Telle fut la principale raison du succès de la phrénologie. Sa psychologie si vraie, ainsi que son principe fondamental également vrai, l’attribution exclusive au cerveau de toutes les manifestations psychiques, engagèrent plusieurs savants à l’adopter ; mais comme il est fort rare que les produits de l’imagination se trouvent conformes aux desseins du Créateur, c’est-à-dire avec la vérité scientifique , l’idée préconçue de Gall s’est trouvée fausse, et elle a subi le sort de tout ce qui est faux. La psychologie Écossaise, étant essentiellement vraie, a survécu au naufrage de la phrénologie.

Dans les classifications des facultés de l’homme, données par Hutcheson , lteid , Gall , Spurzheim et M. Lélut , les différentes manières dont les facultés instinctives sont présentées, prouvent la difficulté de les préciser exactement et de les isoler les unes des autres. Nous nous contenterons donc d’énumérer les principales d’entre elles, en signalant leurs fonctions, le but pour lequel chacune d’elles a été donnée à l’homme. Nous ferons observer seulement, à l’occasion de la classification des facultés instinctives, qu’on doit faire entrer dans cette classification seulement celles qui ont un but rationnel et moral , celles qui sont bonnes et utiles, et non les sentiments anomaux et pervers. Les philosophes Ecossais n’ont pas failli à ce précepte; mais les

phrénologistes n’en ont pas tenu compte lorsqu’ils ont placé le penchant au meurtre parmi les facultés instinctives. Rationnellement , c’est-à-dire inspiré par ses sentiments moraux, l’homme commet le meurtre, non par un penchant qui le porte à cet acte, mais seulement dans le cas de légitime défense. L’animal ne tue pas non plus pour satisfaire un penchant, un désir de tuer ; mais pour se nourrir ou pourse défendre. Irrationnellement, immoralement, et en état de santé, l’homme commet le meurtre, non pas également par un penchant au meurtre, mais pour satisfaire des passions perverses , telles que la haine , la colère , la jalousie, la vengeance, la convoitise du bien d’autrui. C’est seulement sous l’influence d’une maladie cérébrale que l’homme éprouve réellement le penchant au meurtre, le désir de tuer pour tuer, la monomanie homicide. Évidemment on ne peut pas faire entrer dans une classification des sentiments naturels, un sentiment pervers, prenant naissance sous une inlluence pathologique.

Dans l’exposition suivante des sentiments moraux, nous présenterons d’abord les sentiments les moins élevés, qui sont aussi les plus communs dans l’humanité; et nous placerons en dernier lieu ceux qui sont d’une nature supérieure, lesquels sont en général les moins développés et les plus rares.

La propagation de l’espèce étant dans ses desseins , Dieu a donné à l’humanité le sentiment de l’amour , qui attire puissamment un sexe vers l’autre ; et afin que cet attrait fut moral, il a voulu que ce sentiment s’adressât, non pus indistinctement à tout individu du sexe opposé , mais à un seul. Cet attrait psychique est tout à fait distinct du besoin physique, institué aussi en faveur de la pro-

pagation de l’espèce, et s’adressant à un individu quelconque du sexe opposé.

Dieu, voulant que lès enfants fussent préservés des causes nombreuses do destruction dont ils sont environnés , surtout pondant les premières années de leur existence; qu’ils fussent soignés et élevés , a mis pour eux , dans le cœur du père et de la mère, un amour énergique pourvoyant tà tout, et permettant à ces parents de supporter avec constance les peines et les soucis inséparables de la paternité.

Afin que les enfants eussent de l’affection pour leurs parents et qu’ils fussent portés «à leur donner des soins pendant leur vieillesse , Dieu créa l’amour filial. Les trois sentiments dont nous venons de parler sont, avec le respect, les principaux éléments constitutifs de la famille.

Pour que les hommes, dont les rapports entre eux sont fréquents, eussent de l’attachement les uns pour les autres, il les a dotés de l’amitié.

L’excès de toutes les affections produit la jalousie; leur absence, Y indifférence-, le sentiment pervers qui est le contraire de ces affections est la haine.

Le Créateur ayant établi que l’homme devait s’aimer lui-même pour veiller à la satisfaction de ses besoins physiques, intellectuels et moraux, à ses intérêts bien entendus/lui a donné l'amour de soi , dont l’exagération et la perversion constituent l’égoïsme vicieux.

Par une affection spéciale , il lui donne de l’attachement pour sa patrie, appelé patriotisme. Par un sentiment de même nature, il lui fait aimer le lieu de sa naissance et Celui qu’il a longtemps habité.

Dieu, voulant que l’homme respectât et vénérât ceux

qui ont sur lui de l’autoritéou quelque supériorité, l'a doué dans ce but des sentiments de respect et de vénération.

Afin que l’homme désirât posséder , il lui a donné l’amour de la propriété , sentiment du tien et du mien , nécessaire pour la constitution des sociétés supérieures. lJar ce sentiment , éminemment excitateur du travail et ennemi du communisme , l’homme est poussé à accomplir de grandes œuvres, utiles à tous, qu’il n’exécuterait probablement pas si ce sentiment ne lui avait pasété donné. Le désir de posséder exagéré et perverti produit l’avarice.

Dans toute société , une autorité directrice , à laquelle tous doivent obéir pour le maintien de l’ordre , étant nécessaire . Dieu a donné à l’homme l’ambition, qui inspire hi désir d’accepter et d’exercer cette autorité sur ses semblables» Sans cette faculté , l’homme ne compromettrait pas son repos et sa tranquillité , pour s’occuper d’affaires sérieuses qui ne lui sont point personnelles. L’ambition revêt des caractères différents selon la nature des autres sentiments de l’individu. Tantôt elle est noble, grande, généreuse, ne visant qu’à imprimer une bonne direction aux affaires publiques, et à satisfaire les besoins intellectuels, physiques et moraux des subordonnés; tantôt elle est égoïste . perverse , ne cherchant dans l’autorité que les moyens de satisfaire l’orgueil et d’autres mauvaises passions , d’affermir et d’augmenter son pouvoir personnel par des moyens vexatoires.

Pour être excité à accomplir de belles actions, à exécuter de grands et de pénibles travaux , l’homme a reçu du Créateur 1 amour de 1 approbation , de la gloire et des honneurs.

In sentiment énergique attache l’homme à l’existence,

et lui fait redouter la mort malgré les peines sans cesse renaissantes qu’il éprouve ici-bas.

Afin qu’il eût la conscience de sa puissance, et qu’il l’employât à protéger sa vie, ses droits, sa patrie, sa famille et sa propriété, il a reçu le courage, la fermeté, l’énergie morale, et l’instinct de la défense. La perversion de ces diverses facultés instinctives porte l’homme à abuser de sa force.

Dieu , voulant que l’homme s’estimât et qu’il sentît sa dignité, a placé dans son esprit l’amour-propre et la fierté, qui lui inspirent une juste répugnance contre l’humiliation, l’asservissement et l’esclavage. Parce sentiment, l’homme, se sentant L’égal de son semblable , aspire à jouir des mêmes droits que celui-ci; il réclame la liberté de conscience et le libre exercice de ses facultés. L’exagération et la perversion de ce sentiment constituent Y orgueil.

Ayant voulu que l’homme fût bon envers ses semblables, môme sans avoir pour eux une amitié qu’un commerce fréquent peut seul inspirer; ayant voulu qu’il les secourût dans leurs besoins et qu’il compatît à leurs souffrances, le Créateur lui a donné les sentiments de bonté, de charité, de pitié. Ayant voulu aussi que l’homme fût convenable envers les autres hommes , Dieu lui a donné les sentiments de bienveillance et de convenance qui inspirentla politesse. Les sentiments pervers opposés produisent la méchanceté, la malhonnêteté, l’esprit d’opposition, le mépris, l’insolence, la malignité.

Pour reconnaître les bienfaits qu'il reçoit, l’homme a été doué du sentiment de gratitude.

Au sentiment de prudence l’homme doit de pouvoir se diriger d’une manière sage et réservée, étant porté par

cette faculté à étudier les inconvénients qui peuvent résulter de la satisfaction de ses désirs, à parer à ces inconvénients ou à s’abstenir de cette satisfaction suivant les cas. De la prudence naissent la circonspection et la ruse. L’absence de ce sentiment produit l’imprudence et l’imprévoyance, surtout quand la crainte fait également défaut.

C’est à l’espérance, sentiment consolateur, que l’homme doit la force de supporter les afflictions qui l'assiègent à chaque instant, qu’il doit d’entrevoir un avenir meilleur, même au-delà delà tombe. Sur cette faculté bénie, et sur une vive répulsion pour l’anéantissement, est surtout basée la croyance sublime à l’immortalité de l’âme.

Le sentiment du merveilleux , qui transporte la pensée loin de la réalité, a été spécialement donné à l’homme pour étendre le champ de son imagination , et alimenter le plaisir qu’il trouve dans l’exercice de cette admirable faculté. Ce sentiment, en quelque sorte trompeur, est tellement universel dans l’humanité, qu’on le rencontre jusque dans les esprits les plus positifs et les plus scientifiques: Newton, écrivant des Commentaires sur l’Apocalypse, nous offre un exemple remarquable de ce fait. Cette faculté est réellement avantageuse à l’humanité lorsque , dans les arts et la poésie . elle inspire la pensée : lorsque , unie à l’espérance, elle console des amertumes de la vie. Mais en toute autre circonstance la prudence nous fait une loi de nous en méfier : car le sentiment du merveilleux éloigne trop facilement l’esprit de la réalité.

Par le sentiment de crainte, l’homme a reçu le don de redouter ce qui blesse ses intérêts physiques et moraux ; de veiller sans cesse à sa conservation et à son bien-être. Ce sentiment a aussi pour fonction de modérer, d’arrêter

les entraînements des autres éléments instinctifs. Il engendre la prévoyance.

Par le sentiment, de sociabilité, l’homme est porté à vivre en réunion, à rechercher son semblable et à lui communiquer ses pensées. Cette faculté instinctive est une des bases constitutives de la société.

L’ordre et la propreté lui viennent de sentiments qu'on pourrait appeler domestiques.

Par le sentiment de croyance, l’homme a foi dans la réalité des objets qu’il perçoit, dans ce que lui transmettent la tradition et 4 parole- de son semblable, dans les faits rappelés par sa mémoire, dans les inspirations de ses facultés instinctives, et même dans les produits de son imagination ; et cela sans preuves raisonnées, par le seul fait qu’il perçoit, qu’il se souvient, que ses sentiments élèvent leur voix dans son esprit. Enfin, il a également foi dans tout ce qui est établi par des preuves raisonnées, par la méthode scientifique.

La foi instinctive pouvant faire souvent considérer comme vrai ce qui est l’erreur, Dieu lui a opposé, dans l’esprit de l’homme, le doute. Par ce sentiment, modérateur comme la crainte, l’homme est porté à contrôler ce que la croyance lui fait trop facilement considérer comme réalité.

L’espérance unie à la croyance produit la confiance.

Au sentiment heureux et expansif de la gaîté , deux sentiments de nature différente sont opposés : la tristesse sombre et concentrée, et l’inquiétude turbulente et agitée.

L’homme est engagé à imiter son semblable par un instinct particulier ; mais toutes ses propensions à imiter ne proviennent point de cet élément instinctif. On est naturellement porté à l’imitation, par intérêt, lorsqu’on voit

son semblable faire quelque chose d’utile ou d’agrqable, dont on peut profiter soi-même. On y est également porté, soit en bien , soit en mal , par la circonstance suivante : Tout élément instinctif manifesté chez quelqu'un, par des paroles ou par des actes, éveille le même élément instinctif chez tous ceux qui le possèdent à un degré élevé; il éveille par conséquent des désirs semblables qui peuvent à leur tour amener des actes semblables. Ce principe d'imitation n’aura donc aucune influence sur ceux qui ne possèdent pas le sentiment manifesté. Un acte charitable n’excite à l imitation que les personnes douées de charité, et jamais celles qui sont tout à fait dépourvues de ce sentiment. Le récit d’un acte criminel ne pourra engager à commettre un acte semblable, que les personnes chez lesquelles ce récit excite des sentiments pervers, semblables à ceux qui ont porté l’auteur de cet acte à l’exécuter, mais non pas les personnes qui no les éprouvent point. Tel est le principe de la contagion morale ou instinctive.

Enfin, Dieu voulant donnera l’humanité un caractère de noblesse et de grandeur, l'a douée des quatre sentiments suivants, d’une nature réellement supérieure : la curiosité, la pudeur, le sentiment du beau, et le sentiment du bien et du mal, ou sens moral.

Pour que l’homme eût le désir de savoir, de pénétrer dans l'inconnu au moyen de son intelligence, il a été doué de la curiosité. Les effets de ce sentiment s’observent à chaque pas dans les petits événements de la vie. Une variété importante do cette faculté est la causalité , qui porte à rechercher les causes des événements, des phénomènes de la nature , et à entrer dans la voie des sciences. Personne n’est peut-être dans le cas de connaître

la puissance de cet instinct comme le médecin. Le malade veut savoir la cause de ses maux ; il la cherche, il la demande ; il faut lui en présenter une quelconque pour satisfaire son désir, sous peine do perdre sa confiance ; il en invente lui-même avec une grande facilité. L’homme dont l’esprit est actif est tellement impatient de remonter aux causes, qu'il en adopte souvent sur de simples apparences ou sur des analogies trompeuses. La causalité porte seulement à la recherche des causes; quant à cetto recherche elle-même , elle appartient aux facultés réflectives auxquelles le désir de connaître a imprimé cette direction. La curiosité, la causalité et l’amour de la vérité, sont les éléments excitateurs par excellence des facultés réflectives, de la pensée spéculative, de l’intelligence proprement dite. Aussi ne rencontrons-nous ces sentiments très-développés que chez les races humaines les plus élevées , les plus intelligentes. Celles dont l’intelligence est stérile ne possèdent ces sentiments qu’à un faible degré; un degré supérieur leur eût été inutile.

Pour que les deux sexes fussent réservés dans leur relations de chaque instant, pour qu’ils fussent chastes dans leurs amours, et pour leur inspirer de la répulsion contre les mouvements désordonnés de la volupté , ils ont été doués du sentiment de pudeur.

L’homme a reçu le sentiment du beau . pour apprécier les beautés répandues dans la création et pour produire lui-même de belles œuvres dans le domaine de l’imagination, dans les arts, dans la poésie. En général incomplet , ce sentiment ne permet d’apprécier que tel ou tel ordre de beauté, et non le beau partout où il se rencontre. Celui, par exemple, qui apprécie les beautés de la poésie ou de

la peinture , reste souvent insensible aux charmes de la musique, bien que, par l’éducation, on ait cherché à développer en lui le sentiment du beau sur ces différents sujets. Apanage exclusif des races élevées, cet instinct supérieur ne se rencontre trés-développé, même chez ces races, que dans quelques esprits d’élite. Ce n’est point , en effet, ce qui est le plus beau et le plus parfait qui plait le plus, qui impressionne le plus les masses; celles-ci comprennent peu la délicatesse et la noble simplicité qui impriment au sentiment du beau son principal caractère de perfection. Non-seulement ce sentiment est rare et incomplet, mais, étant naturellement peu doué de spontanéité chez la plupart de ceux qui le possèdent, il a besoin d’une certaine culture pour se manifester, et cette culture doit être de longue durée pour qu’elle soit efficace.

Afin que l’homme connût les lois éternelles de la morale. Dieu l’a favorisé du sens moral, principe de la connaissance du bien et du mal. du juste et de l’injuste, de ce qui est convenable et de ce qui ne l'est pas. Ce sentiment donne l’amour du bien, inspire le désir de le faire, et en outre il fait sentir le devoir de l’accomplir ; il fait réprouver, détester le mal et sentir l’obligation de ne pas le commettre. Par cette faculté supérieure, l’homme comprend par sa conscience qu’il est essentiellement bien de respecter la vie. la propriété, l’honneur de ses semblables, d’être bon et secourable envers eux en toute circonstance: de faire, en un mot. tout ce qui lui est dicté par les sentiments moraux que nous avons énumérés : il sent qu’il est essentiellement mal de commettre le meurtre , le vol ,

1 incendie, le parjure, la trahison, la tromperie, la violence, la cruauté, de faire enfin, en quoi que ce soit, du tort à son prochain.

Plusieurs sentiments moraux inspirant ses facultés réflectives, l’homme a reconnu l’existence de Dieu. Il trouve surtout le principe de cette croyance dans les sentiments de causalité, de vénération, de reconnaissance, d’espérance, deconüanceet de crainte. Lorsque ces sentiments, agissant ensemble, inspirent l’idée d’un Dieu créateur et d’un culte à lui rendre, ils prennent le nom de sentiment religieua \ Dans les facultés instinctives se trouve, par le besoin de satisfaction qui leur est inhérent . par les inclinations, par les penchants qu’elles donnent, par les désirs qu’elles font naître, par les motifs d’action qu’elles inspirent aux facultés réflectives, le principe inspirateur de nos actes rationnels. Il est facile de reconnaître dans ces facultés l’origine des motifs d’action qui , d’après les vues du Créateur, doivent se présenter à l’esprit de l’homme dans les différentes circonstances où celui-ci peut se trouver. Les qualifications de principes actifs ou d’action, de facultés actives, données par les philosophes Écossais à nos facultés instinctives ou morales, leur conviennent donc parfaitement. D’après la constitution de la nature humaine, les actes de l’homme, inspirés par ses propres facultés, et non obligés par un pouvoir étranger à lui-même , n’ont pas d’autre but que les deux suivants : ou une satisfaction actuelle ou éloignée, ou bien le devoir. Tout autre but que ces deux-là serait : ou l'indifférence, ou un déplaisir; or, agir par indifférence ou pour obtenir un déplaisir seulement, n’est point dans la nature humaine. Dans les cas où ce que nous accomplissons facultativement nous fait de la peine, ce n’est point pour éprouver cette peine que nous accomplissons cet acte ; c’est , ou pour éviter une peine plus grande, ou parce que nous sentons que nous devons

-ei-

io faire par devoir. On a dit que les inclinations étaient d'abord désintéressées parce qu elles cherchent 1 objet qui doit les satisfaire, avant de savoir que cet objet doit être agréable. Cette manière de voir est erronée. Les inclinations cherchent l'objet qui doit les satisfaire, par une science innée qui les accompagne et qui fait prévoir que cet objet sera agréable, même avant que le plaisir qu il doit procurer ait été déjà éprouvé. Seiüement. quand ce plaisir a été goûté, le désir de le goûter encore peut devenir plus puissant.

Si nous examinons maintenant lequel des deux buts d’action : une satisfaction présente ou éloignée , ou le devoir, ressort des diverses facultés instinctives, nous voyons que chacune d’elles engage à agir selon ses inspirations par le plaisir que procure sa satisfaction. Lessentimentsgénéreux, c’est-à-dire ceux qui inspirent le désir de faire du bien à nos semblables, de les secourir, nous portent aux actes de bienfaisance, parce que nous éprouvons du plaisir, de la satisfaction à les accomplir: parce que nous souffrons des peines dont nous sommes témoins: parce que nous ne sommes soulagés de notre souffrance qu'en contribuant à diminuer celle de notre prochain. Le sens moral lui-même nous engage à faire le bien, par la satisfaction qu’il nous fait éprouver lorsque nous faisons ce bien. Ce principe d’activité, inhérent à tous les sentiments, autant au sens moral qu'aux autres, le plaisir que nous éprouvons à satisfaire leurs demandes, est , en dernière analyse, égoïste, dans le meilleur sens attaché à ce mot. dans le sens indiquant une satisfaction personnelle , satisfaction rationnelle voulue par le Créateur qui nous a donné nos sentiments.

Le sens moral, outre son principe d’activité résidant

dans la satisfaction que nous éprouvons à suivre les désirs qu’il inspire , en possède un autre d’une nature plus élevée. Ce principe est le sentiment du devoir ; c’est l’obligation sentie par la conscience de suivre les inspirations provenant de ce sentiment, bien qu’en accomplissant ce qu’il dicte on éprouve une contrariété, une peine. Cette obligation, entièrement basée sur le devoir, ne repose nullement sur l’espoir d’une satisfaction compensatrice éloignée. Ce principe d’activité ne peut appartenir qu’au sens moral ; car le devoir, l’obligation, ne peuventêtre inhérents qu’à la connaissance du bien moral et du mal moral, et par conséquent ausentiment, qui seul donne cette connaissance à la conscience. Déplus, ce principe d’activité doit nécessairement appartenir au sentiment qui donne la connaissance du bien et du mal moral ; car il ne peut exister d’idée de bien moral et do mal moral qu’accompagnée de l’obligation ressentie par la conscience de faire l’un et de repousser l’autre. Par la même raison, il devient évident que les motifs d’action qui ne sont point accompagnés de l’idée de bien et de mal, n’ont rien d’obligatoire, et que la loi naturelle et rationnelle est de satisfaire ses désirs. Ce qu’on appelle alors bien et mal à l’égard de ces motifs d’action, n’a rien de moral ; le bien réside dans ce qui fait plaisir, le mieux dans ce qui plaît le plus, et le mal dans ce qui contrarie les désirs.

Le fait que tous les sentiments moraux engagent à prendre des déterminations par des motifs basés seulement sur des désirs, sur des demandes de satisfaction, et que le sens moral seul inspire, dans certains cas, comme motif de nos actions , le devoir, l’obligation morale, cas qui ont seulement lieu lorsque le bien que ce sentiment

engage à faire doit occasionner, non plus un plaisir, une satisfaction, mais une peine, une contrariété; ce fait, dis-je, est très-important à connaître. En en tenant compte, nous distinguerons les cas dans lesquels l’homme prend des déterminations par son libre arbitre, de ceux dans lesquels il prend des décisions par ses désirs seulement, et nous pourrons résoudre d'une manière satisfaisante tout ce que renferme actuellement d'obscur et d’indéterminé la question si difficile du libre arbitre et de la responsabilité morale.

Les deux motifs qui engagent l'homme à prendre des déterminations : le désir, qui présente toujours une satisfaction, un plaisir en perspective , et le devoir, qui présente une peine, une contrariété, étaient nécessaires à l’homme, créé pour être moralement libre. En premier lieu, il devait être dans les desseins de Dieu que l’homme fût engagé à agir dans le plus grand nombre des cas par 1 attrait d un plaisir, d'une satisfaction, Dieu ne pouvant pas condamner sa créature à n'agir que par devoir, car le devoir n’intervient que lorsqu’il y a un penchant à vaincre, ce qui implique toujours une peine à éprouver. En second lieu. Dieu devait donner à l'homme le sentiment du devoir, pour que celui-ci fut engagé à faire le bien, lorsque de puissants désirs pervers le portent au mal, afin qu'il put les vaincre librement, et afin qu’il eût du mérite à les vaincre.

Le sens moral, sentiment si nécessaire, puisque seul il inspire le devoir de faire le bien et d’éviter le mal, quelque grands que soient les désirs qui nous portent aux actes pervers, est cependant si faible chez la plupart des hommes, qu’il a presque toujours besoin, de même que le sentiment du beau, d’être cultivé, pour remplir

convenablement ses fonctions. C’est par l’éducation morale qu’on arrive à ce but; et ce but n’est complètement atteint que lorsque le sons moral est assez développé pour éclairer l’esprit sur les différentes manières dont le bien et le mal peuvent se présenter. La faiblesse extrême et surtout l’absence complète du sens moral, sentiment antagoniste par excellence des mauvais désirs, constituent une infirmité morale grave , infirmité la plus fâcheuse dont l’homme puisse être affligé. L’homme privé de ce sentiment supérieur ne trouve le bien que dans la satisfaction de ses désirs les plus grands, quels qu’ils soient. Cet homme, ignorant la morale basée sur le sentiment du devoir et n’étant forcément accessible qu’à la morale de l’intérêt, commettra inévitablement le mal si, animé de désirs pervers énergiques, il considère comme étant de son intérêt de les satisfaire.

La perfection morale de l’homme réside dans la perfection de ses facultés instinctives. L’exercice fréquent de ces facultés augmente leur puissance ; et leur inactivité , parle fait de l’éloignement des causes qui les excitent, les affaiblit. C’est en cultivant les bonnes facultés instinctives et en affaiblissant les mauvaises, que l'éducation peut modifier les mauvais caractères, et non en donnant les facultés qui font totalement défaut, pouvoir que l’homme ne possède point.

Des facultés instinctives , les unes , telles que le sens moral, le sentiment du beau, la causalité, la crainte, l’espérance, etc., ont un butgénéral. s’appliquant à un grand nombre d’objets; d’autres, telles que les diverses affections, la pudeur, etc., ont un but spécial.

Outre les sentiments moraux , il existe d’autres senti-

méats qui représentent le mauvais côté de la nature instinctive, et qui n’en sont pas moins inhérents à la constitution psychique de l’homme. Les uns sont essentiellement pervers , immoraux ; d’autres , sans être contraires à la morale, sont irrationnels, bizarres. Ces éléments instinctifs varient à l’infini chez les différents individus. La qualification de principes actifs, donnée aux facultés morales par l’école Ecossaise, convient également aux sentiments bizarres et pervers, à toute passion. A ces besoins psychiques de diverse nature, si nous joignons les besoins du corps, nous avons tous les principes qui donnent des désirs, qui poussent, qui engagent à agir ; je ne dis pas : qui déterminent a agir , car nous avons à tenir compte du libre arbitre.

Lorsque les sentiments élèvent leur voix dans l’esprit . ils s’emparent aussitôt des facultés rétlectives, et dirigent . dans le sens de leurs aspirations , les actes divers de la réflexion. Ces produits instinctifs réfléchis ne sont par conséquent pas dus à la réflexion seule , car la nature de la réflexion dépend entièrement alors de la nature de la faculté instinctive manifestée. Ainsi , les pensées aü'ectueuses sont inspirées seulement par les diverses affections; les pensées timorées, par la crainte seule; les pensées heureuses pour l’avenir, par l’espérance ; les pensées généreuses. parles sentiments généreux; les pensées bizarres et irrationnelles, par des sentiments de même nom ; les pensées perverses, par des sentiments pervers. Si l’un de ces éléments instinctifs fait défaut chez un individu, jamais ses facultés rétlectives ne produiront des pensées conformes à l’élément instinctif manquant. Celui qui est dépourvu des sentiments d’ordre et de prudence, par exemple, ne pensera jamais dans le sens de ces sentiments, quelque savant et

intelligent qu’il soit; celui quiestprivé de sens moral n’aura jamais des pensées réellement morales; s’il a des pensées conformes à la morale, elles sont inspirées, ou par l’intérêt bien entendu, ou par l’amour-propre, ou par la crainte, ou par quelque autre bon sentiment à satisfaction égoïste , et elles ne sont bonnes, à ses yeux , que parce qu’elles flattent son intérêt, son amour-propre, et non parce qu’elles représentent le bien moral.

Les produits des facultés instinctives étant le résultat d’une inspiration, soit irréfléchie etspontanée, soit réfléchie, cas où la réflexion dirigée par l’élément instinctif joue seulement un rôle secondaire , ces produits , dis-je , ont pu acquérir d’emblée, de même que les œuvres de l’imagination, dépendant également de facultés toutes d’inspiration, les dernières limites du parfait, lorsque la nature a exceptionnellement favorisé certaines personnes sous le rapport instinctif. Doué de sentiments d’une admirable perfection, Socrate , véritable génie moral , a pu formuler de prime abord et presque sans précédents les plus élevés et les plus nobles préceptes de la morale. Un degré de perfection aussi grand est bien plus rarement atteint d’emblée dans les produits purement intellectuels , dans la découverte des lois naturelles et des vérités scientifiques, cette perfection ne s’obtenant sur cette matière que graduellement après un temps d’incertitude, de recherches et de tâtonnements toujours fort long. Dans cet ordre de productions, nous ne trouvons, je crois, que la logique à peu près créée et poussée à ses dernières limites de perfection par le travail d’un seul homme. Cette science, ne s’occupant que d’un objet fort restreint, a été faite par Aristote, dont le vaste génie a su découvrir toutes les régies auxquelles doit se soumettre

la faculté de raisonner. N’avant omis aucune des règles qui composent la logique, il n’en restait aucune à découvrir. et en effet, après lui , rien de mieux ou de nouveau n’a été dit sur cette matière.

L’homme a des devoirs et des droits. C’est par ses facultés morales qu’il sait, ou plutôt qu’il sent, en quoi consistent ses devoirs envers Dieu , envers ses semblables, envers lui-même. Quant à ses droits , ils me paraissent consister dans l’exercice libre de ses facultés intellectuelles, morales et physiques, dans les limites imposées par la j ustire et la raison. Ces facultés essentiellement actives ayant été données à l’homme par Dieu même, nul ne peut mettre obstacle à leur activité rationnelle, sous peine de ravir à l’homme ses droits naturels.

Les buts les plus nobles vers lesquels doit tendre l’esprit humain sont le vrai, le bien et le beau. Nous savons maintenant par quelles facultés psychiques il acquiert ces trois notions. Il arrive à la connaissance des vérités scientifiques par ses facultés intellectuelles seules, au moyen de l’observation et du raisonnement; il atteint les vérités métaphysiques, telles que l’existence de Dieu, l’existence de l’âme et son immortalité, au moyen de ses facultés intellectuelles inspirées par ses sentiments moraux; il acquiert la connaissance du bien moral et du mal moral par une faculté instinctive; il acquiert également la connaissance du beau par une autre faculté instinctive. Ces deux facultés instinctives, surtout celle qui fait connaître le beau, doivent être souvent aidées par les facultés intellectuelles, pour donner les connaissances qui sont de leur ressort.

Les sentiments n’appartiennent pas exclusivement à 1 espèce humaine. Lesanimaux, les plus élevés surtout, prou-

vent qu'ils possèdent certaines affections : le respect, la crainte, la bienveillance , etc. Un a vu de jeunes chevaux broyer l 'avoine que leurs vieux compagnons n’auraient pu prendre sans cette préparation. Le$ chiens ont pour leur maître un attachement sincère devenu proverbial. Certains oiseaux possèdent l’amour conjugal, qui les attache à unseul être du sexe opposé dans leur espèce. L’éléphant et même certains animaux féroces ontle sentiment delà supériorité de l’homme; ils le fuient, rarement ils l’attaquent, seulement ils se défendent contre ses agressions; enfin, ils subissent son empire et se laissent maîtriser par lui. On ne doit pas cependant comparer les sentiments des animaux avec ceux de l’homme, sous les rapports de la quantité et de la qualité. Les sentiments supérieurs . et principalement le sens moral, le sentiment du beau, la pudeur, et la causalité, appartiennent exclusivement à l’bomme; aucun animal n’en offre de traces. La manifestation, incontestable chez quelques animaux supérieurs, d’un certain degré d’intelligence et de quelques-uns des sentiments appartenant à l’humanité , porte naturellement à penser qu’ils ont une âme, et par conséquent une personnalité. La principale objection de Descartes contre l’âme des animaux était que, s’ils en avaient une , elle devrait être immortelle , ce qui lui répugnait à admettre. Ai^si préféra-t-il ne point leur en reconnaître, et considérer ces êtres comme des machines vivantes. Ce philosophe niait aussi l’existence d’une âme chez l’animal, à cause de l’immortalité dont leur âme serait douée , motif dont la démonstration est inaccessible à l’homme. « Labrute, dit à ce propos avec beaucoup de justesse Ad. Garnier, n’a pas l’espérance, le sentiment d’une autçe vie, que Dieq a mis en nous pour une raison. La

simplicité d’une âme n’implique pas son immortalité, qui dépend des décisions de Dieu. »

ARTICLE II. — De la manifestation des sentiments par les caractères.

Le caractère de chaque individu a sa source dans la nature des sentiments qui l'animent. — Caractères faibles ou nuis. — Bons caractères. — Caractères bizarres ou irrationnels. — Caractères pervers.

Bien que les hommes différent considérablement les uns des autres par leurs facultés intellectuelles, ce sont seulement les facultés instinctives, principes de leurs inclinations. de leurs désirs, de leurs goûts, de leurs penchants, de la direction de leurs pensées en ce qui regarde leurs actes, qui leur impriment un caractère. Ces facultés instinctives nombreuses, variant par leur nature, ou bonne, ou bizarre, ou mauvaise, et par leur degré de puissance, produisent des combinaisons innombrables donnant à chaque individu un cachet psychique distinctif. De tout temps les moralistes ont reproduit dans leurs ouvrages la pensée suivante : Le cœur de l’homme est un mystère impénétrable, quelque chose d'indéfinissable. Il est certain que si l’on veut ramener à un seul type la nature instinctive de tous les individus appartenant à l'humanité, le cœur de l’hoimne est indéfinissable, incompréhensible, présentant les plus grandes contradictions. Mais analysons la nature instinctive île chacun en particulier: après avoir trouvé les sentiments bons, mauvais et bizarres, qui lui sont propres, nous pouvons parfaitement définir son cœur, nous rendre exactement compte de la nature de ses pensées, de ses désirs, desa manière d’agir. Nous avons, par l’analyse de la nature instinctive des différents individus, non-seulement

la clé de la diversité présentée par le cœur humain, mais encore celle de la diversité, de l’opposition même qui existe dans les goûts, les pensées, les désirs de chaque individu.

Les facultés intellectuelles ont si peu d’importance dans la création des caractères, que, dans tous les degrés de l’intelligence, depuis les plus élevés jusqu’aux plus bas, on trouve des caractères semblables en bonté, en bizarrerie ou en méchanceté; seulement les individus plus intelligents manifestent leur caractère, quel qu’il soit, d’une manière plus intelligente que les individus qui le sont moins.

La diversité des caractères , des goûts et des penchants était nécessaire à la constitution de la société. Par cette diversité, chacun prend une voie différente, et il n’y a pas encombrement d’un seul côté.

En exposant rapidement ici quelques caractères, mon but n’est point de les décrire, de continuer l’œuvre des moralistes, oeuvre plus remarquable par la vérité et le piquant des descriptions que par les appréciations psychologiques. Mon intention est seulement de démontrer que ce sont les éléments instinctifs qui forment les caractères. Je n’aurai donc point à m’étendre sur des détails descriptifs que d’autres ont déjà fournis avec un talent que je ne saurais atteindre. Dans cette exposition, il sera également facile de constater l’influence toute-puissante des élé-

ments instinctifs sur les facultés réflectives, la conformité des pensées aux sentiments éprouvés, fait psychologique de la plus haute importance et qui a lieu en vertu d’une loi naturelle.

Les divers caractères peuvent se grouper autour des quatres chefs suivants :

1° Caractères faibles ou nuis. Chez certaines personnes,

les facultés instinctives d’une faiblesse extrême, sans initiative, sans activité, sont insuffisantes pour inspirer des goûts, des désirs énergiques, et pour diriger la pensée dans un sens déterminé. Extrêmement malléables, ces personnes ainsi moralement conformées changent de manière de voir et d’agir selon les sentiments qu’on excite en elles par des conseils ou par l’exemple. Le dernier qui leur parle les entraine. Sans originalité aucune, elles ne sont qu’un pâle reflet des individus qu’elles fréquentent. Si la nature lésa douées de facultés intellectuelles remarquables, elles pourront briller dans les sciences, mais elles seront nulles dans la poésie et dans les arts, où l’inspiration. pour être vraie et puissante, doit être dirigée par de vifs éléments instinctifs. L’élan des nobles sentiments leur faisant défaut, elles seront incapables de grandes et de belles actions. Malheur à ces natures incolores, si le hasard de la naissance les a placées dans un milieu immoral ! elles y recevront inévitablement l’empreinte du vice, sans pouvoir se soustraire par elles-mêmes «à sa fatale influence. Si. au contraire, elles sont entourées de personnes morales, elles deviendront bonnes et resteront telles par habitude. Entraînées au mal par des influences perverses accidentelles, elles reviendront facilement à une bonne conduite par do bons conseils et de bons exemples; bien différentes, en cela, des personnes portées aux actes criminels par l’initiative énergique de leurs sentiments pervers.

*2° Bans caractères. — Unegrande prédominance des sentiments moraux sur les sentiments pervers produit les bons caractères. O11 rencontre des hommes, rares, il est vrai, dont la plus douce satisfaction est de s’occuper du bonheur cl du bien-être de leurs semblables, tant les sentiments de

bienveillance, de bonté, de générosité prédominent dans leur esprit. Les malheurs d’autrui leur causent un vif chagrin, ils s’empressent de les adoucir par les moyens qui sont en leur pouvoir, et ils ne sont soulagés euxmêmes qu’après y avoir porté remède. On les trouve toujours disposés à rendre service, et même à prévenir les désirs d’autrui. Les bons caractères se présentent sous mille formes dillerentes, suivant la nature et la puissance des sentiments moraux prédominants de l’individu. Sous l’influence de ces inspirations bienveillantes, les facultés réflectives ne produisent que des pensées généreuses et charitables. L’homme ainsi fait trouve toujours quelque raison pour excuser les fautes de son semblable ; la bienveillance lui fait interpréter en bien les actes de celui-ci, toutes les fois que ces actes peuvent donner prise à cette interprétation, chacun étant porté à juger son prochain d’après ses propres sentiments.

3° Caractères bizarres ou irrationnels ; et 4° Caractères pervers. — L’imperfection, inhérente à l’homme, affecte tous les éléments constitutifs de son être. Celle qui se manifeste dans ses facultés instinctives ne le cède en rien aux imperfections de son corps et à celles de ses facultés intellectuelles ; elle est caractérisée , non-seulement par les sentiments bizarres et pervers les plus variés , mais encore par la faiblesse ou par l’absence des sentiments moraux générateurs des bonnes pensées et des désirs rationnels. La prédominance des sentiments bizarres et pervers donne lieu aux fâcheux caractères dont il est ici question. Ces caractères sont surtout apparents lorsque aucun sentiment moral ne s’oppose à l'expansion des sentiments bizarres et pervers qui les forment.

Devant étudier les caractères essentiellement pervers, lorsque nous nous occuperons de la criminalité dans ses différentes formes, nous n’en parlerons point ici. Exposons seulement, quelques-uns des caractères bizarres et irrationnels dont on trouve des exemples si variés et si nombreux dans l'humanité , et qui font les originaux incorrigibles. C’est principalement dans ces caractères, lorsqu ils sont fortement accentués; que l'on peut juger de la toute-puissance des éléments instinctifs sur les facultés réflectives*.

L'homme dominé par la confiance, et peu impressionnable à la crainte, n’envisage les choses que sous leur beau côte. S'il désire les richesses , il ne rêve que succès dans ses entreprises . et il aventure imprudemment sa fortune entre les mains des escrocs qui connaissent son caractère.

Celui , au contraire . qui est dominé par la crainte et la défiance, pense d'une façon entièrement opposée : il voit des périls et des inconvénients partout, il croit sans cesse qu’on le trompe. N’envisageant les éventualités que sous leur mauvais côté , il n’ose rien entreprendre.

L’avare, dominé par l’amour de l’argent, ne pense qu’à conserver et qu’à augmenter son trésor. Sous l’influence de sa passion bizarre . les idées les plus extravagantes se produisent, il imagine mille procédés usu rai res envers ceux <pii ont recours à sa bourse, et mille privations pour luimeme. Ces privations, loin de lui être pénibles, lui procurent la jouissance que donne toute passion satisfaite; il

1 Nous nous servirons des mots : éléments instinctifs, au lieu de ceux do facultés instinctives, toutes les fois que nous ferons allusion en même temps aux sentiments bons et aux sentiments mauvais , ne voulant pas donner à ces derniers le nom de facultés.

en est heureux. Les personnes exemptes de cette infirmité morale, lajugeanl d’après leurs propres sentiments, ne peuvent croire à la satisfaction que l’avare éprouve clans la vie misérable où le poussent ses goûts et ses penchants, parce qu’une telle existence ferait leur malheur. « 11 y a des gens, dit La Bruyère, qui sont mal logés, mal couchés, mal habillés , plus mal nourris , qui essuient les rigueurs des saisons, qui se privent eux-mêmes de la société des hommes, et passent leurs jours dans la solitude, qui souffrent du présent , du passé et de l’avenir, dont la vie est comme une pénitence continuelle , et qui ont trouvé le secret d’aller à leur perte par le chemin le plus pénible : ce sont les avares' . » Cette appréciation est complètement erronée. Ce moraliste, animé de facultés instinctives rationnelles, aurait été le plus infortuné des hommes s’il avait été obligé de subir l’existence de l’avare, toute sa nature instinctive y répugnant essentiellement. Mais celui-ci, animé de principes instinctifs tout différents, éprouve la plus grande satisfaction en se privant du bien-être physique, et même quelquefois du nécessaire.

Le prodigue, animé de sentiments contraires, pense différemment ; ses réflexions ne sont dirigées que vers les moyens de dépenser avec largesse. Dépourvu des sentiments de prudence et de prévoyance, il n'est point soucieux de l’avenir; le moment présent seul le captive, et il use de sa fortune comme si elle était inépuisable. N’étant point ramené à la raison par les sentiments moraux qui hq manquent, par le bon sens qui lui fait défaut, il descend aveuglément la pente qui l’entraîne à la ruine.

1 Les Caractères, ch. X : De l’homme.

L’exagération, en affectant les instincts naturels de 1 esprit. enfante mille bizarreries dans les idées. Celle qui consiste à désirer davantage ce dont on est déjà largement pourvu, est très-fréquente. Dans cette exagération on trouve le principe de la manie de collectionner sans un but utile, beaucoup de personnes désirent d’autant plus l’accroissement de leur fortune, que celle-ci devient plus importante. D’autres, pourvues d’emplois et de titres honorifiques , sont dévorées de la passion d’en obtenir un plus grand nombre, et cette fureur d'honneurs et de places, une fois allumée dans leur esprit , devient une folie incurable. Si nous portoifs notre attention sur les hommes qui exercent un pouvoir quelconque, nous voyons qu’en général, plus leur autorité est importante, plus elle excite en eux le désir de l’augmenter, de substituer leur propre initiative à celle de leurs administrés.

Celui qui est animé du sentiment bizarre de contradiction, combat toujours la thèse soutenue en sa présence, et trouve mille raisons pour nier, objecter, tout discuter, même l’évidence. Il y a des êtres malheureux , dominés par l’inquiétude, qui éprouvent constamment le besoin de contrarier leurs semblables. Il trouvent à redire à tout ; ils détestent les personnes qu’ils devraient le plus chérir, leurs parents, leurs amis intimes; ils finissent même par ne pouvoir se supporter eux-mêmes. Leurs discours et leurs actes révèlent sans cesse leur anomalie instinctive, dus ils sont intelligents, plus ils ont les moyens d’être désagréables ou dangereux.

D autres, animés par un instinct aussi bizarre que méchant, imaginent les combinaisons les plus ingénieuses pour semer le trouble et la discorde partout où ils se trouvent.

Privés dos sentiments qui pourraient leur inspirer de la réprobation contre leur conduite, rien ne les ramène à la raison , ils sont incorrigibles. Chassés d’une société , ils vont ailleurs porter le trouble et la discorde.

Certaines personnes sont portées, par un attrait bizarre pour la plaisanterie, à toujours fausser sciemment la vérité. D’antres trompent involontairement, et ce sont les plus nombreuses. Exaltées, dominées par une passion qui remplit leur esprit, elles modifient, sans s’en apercevoir, les faits dont elles sont témoins, les paroles qu’elles entendent, de manière à les rendre conformes aux désirs inspirés par leur passion. Si l’orgueil et le sentiment du merveilleux les possèdent, elles se vantent de faits extraordinaires, héroïques, créés par leur imagination; elles considèrent ces faits comme réels, et elles les affirment avec une conviction inébranlable ; elles ne trompent que parrè qü’elles sont trompées elles-mêmes par leur imagination.

Les hommes complètement dénués des sentiments d’amour-propre , de dignité et d’estime de soi , acceptent la position infime dans laquelle ils sont tombés , sans désirer en sortir , sans penser à se procurer une existence plus élevée. Les affronts qu’ils s’attirent les laissant insensibles, ils s’exposent à en recevoir de nouveaux sans le redouter.

Les variétés présentées par les caractères ne dépendent pas seulement de la nature ou qualité des éléments instinctifs, mais encore du degré plus ou moins grand de leur vivacité et de leur ténacité. Les sentiments bons ou mauvais, qui ont une grande puissance, font les caractères énergiques dans le bien ou dans le mal. Les sentiments irritables font les caractères violents , colères, emportés. Les

sentiments sans force, que rien ne peut exciter vivement, font les caractères mous, calmes et impassibles.

ARTICLE III. — Des facultés instinctives dans les races, dans les sexes et dans les âges.

Le cerveau, organe chargé de manifester les facultés de l’esprit, a une influence telle sur la nature de ces facultés, sur leur qualité et sur leur quantité , que les différences présentées par cet organe en déterminent île très-importantes dans les facultés psychiques, et par conséquent dans les facultés instinctives. Etudions les variétés remarquables présentées par ces facultés sous l'influence de trois causes physiologiques importantes : les races, les sexes, les âges. Malgré tout l’intérêt qui se rattache à cette étude, nous ne pouvons que retlleurer. cet ouvrage n’étant pas spécialement consacréà cette matière. Plus loin, nous aurons également l’occasion de passer en revue les changements que subissent les facultés psychiques, sous l’influence des états pathologiques du cerveau, en étudiant les diverses formes de 1 aliénation mentale au point de vue psychologique.

1* nlvrrtil^ des facultés Instinctives dan* les rares humaines.

Ce qu on entend par espèce et par race. — Polygénistes et monogénistes. — Les races humaines supérieures appartiennent toutes à la famille Européenne. Etude psychologique sur quelques races inférieures. — Facultés instinctives du peuple Moscovite. — Facultés instinctives des Hindous. — Facultés instinctives des Chinois. — Facultés instinctives des populations dites Arabes habitant le nord de l’Afrique. Les facultés instinctives, éléments inspirateurs des penchants, des goûts, des désirs, et par conséquent des mœurs, des coutumes et des institutions, dépendant pour leur qualité et en partie pour leur puissance du cerveau, organe qui manifeste les facultés psychiques, on ne peut changer complètement et d'une manière durable les penchants et les mœurs des races inférieures, qu’en élevant l'organisme de ces races au moyen de leur mélange avec les races supérieures.— Facultés

instinctives de quelques races habitant l’Océanie: Calédoniens, Australiens, Nouveaux-Zélandais. — Facultés instinctives des Boschimens. — Les races humaines inférieures sont destinées à disparaître tôt ou tard devant les races supérieures. — Les races inférieures sont froissées dans leurs instincts, et ne sont point heureuses par leur contact avec les races supérieures. — Ce que deviennent les races supérieures incultes en présence des races supérieures civilisées. — Conclusions pratiques.

Avant d’entrer en matière, disons ce qu’on entend par espèce et par race. Un grand nombre de définitions ont été données sur l’espèce; toutes concordent à la caractériser par la ressemblance et par la filiation , c’est-à-dire la reproduction indéfinie d’individus semblables, la fécondité indéfinie des alliances dans les descendants. On considère donc, comme appartenant à la même espèce, tous les êtres ayant la faculté de reproduire ensemble des êtres semblables à eux, cette faculté se perpétuant chez leurs descendants.

Certains naturalistes nient que les types les plus élevés de l’humanité puissent procréer avec les types les plus bas; ou bien, s’ils reconnaissent que ces types extrêmes peuvent procréer ensemble, ils nient que les unions de leurs descendants soient fécondes, d’où ils concluent à la pluralité des espèces humaines; cependant leur opinion n’est pas suffisamment établie pour être adoptée , et celle qui reconnaît l’unité de l’espèce parait la plus probable.

On entend par races , les variétés présentées par une espèce, variétés capables de distinguer un ensemble d’individus, et se transmettant héréditairement. Celte définition, généralement adoptée , se tait absolument sur l’origine primitive des races. Pour être de la même espèce, les races peuvent donc aussi bien sortir de plusieurs souches représentant des types primitifs, que d’une souche unique . la

Divinité ayant pu créer, soit en même temps, soit à des époques différentes, cent couples, miMe couples, tout aussi bien qu’un seul.

Ceux qui reconnaissent la pluralité des souches primitives de chaque espèce sont polygénistes ; et ceux qui n’en reconnaissent qu’une sont monogénistes . Les premiers ne peuvent admettre que les diverses races humaines, si différentes par leurs caractères, soient , ainsi que le pensent les seconds, le produit des milieux danslesquelsles hommes ont vécu, ou de déviations individuelles du type primitif, transmises ensuite en permanence par l’hérédité. Ils reconnaissent que les différentes races primitives ont formé, par leur mélange , une grande quantité de races secondaires, impossibles à distinguer des primitives, si toutefois il existe encore aujourd’hui de ces races exemptes de tout mélange. S'ils admettent que les milieux ont une influence réelle sur les appareils extérieurs directement en contact avec ces milieux , mais pas suffisante cependant pour produire les couleurs de la peau propres aux populations de chaque continent, le blanc, le jaune, le noir et le rouge, ils ne reconnaissent pas aux milieux le pouvoir de modifier d’autres organes avec lesquels ils n’ont aucune relation directe, le cerveau, par exemple; d’y déterminer les différences importantes que cet organe présente chez les races extrêmes, différences qui occasionnent celles, si considérables, présentées par leurs facultés psychiques, et que les monogénistes ont le soin d’atténuer autant que possible. Ils ne reconnaissent pas non plus aux milieux le pouvoir de donner un grand développement à la face en amoindrissant le crâne, celui d’allonger le calcanéum chez les nègres, de perforer la cavité olécranienne de l’humérus chez les races

inférieures habitant le sud de l'Afrique et chez les Guanches de Ténériffe , etc. S’ils reconnaissent des pouvoirs modificateurs aux milieux , et la transmissibilité de certaines particularités individuelles aux descendants, ilsn’admettent pas que ces pouvoirs soient indéfinis, ils les voient limités par une loi naturelle, ramenant sans cesse vers les types primitifs d’où ils sont partis, les individus qui. par une cause quelconque, tendent à s’en trop écarter. Par cette loi. la nature, jalouse de ses œuvres, frappe de stérilité les produits qui, par artifice ou par des causes pathologiques, s’éloignent trop des types créés par elle, et même elle las frappe de mort*. Cette loi se manifeste également par la reproduction, chez quelques descendants, de certains caractères appartenant à la souche primitive, bien qu’on ait constamment cherché à empêcher leur réapparition par la sélection de parents privés de ces caractères. Laissons aux naturalistes le soin d’élucider la question difficile du polygénisme et du monogénisme, qui n’est pas encore assez avancée pour que tous puissent se ranger du même bord. Remarquons seulement que le polygénisme , issu uniquement de recherches scientifiques récentes, gagne chaque jour du terrain sur le monogénisme, idée à priori issue des traditions religieuses, et défendue également par d’illustres savants. La psychologie n’est pas tout à fait désintéressée dans cette question; car la pluralité des souches naturelles explique ce grand principe essentiellement pratique et trop

1 L'épizootie qui a régné en Angleterre en 1865 et 1866, a été attribuée. non sans quelque raison, aux altérations artificielles profondes que l'on a lait subir dans ce royaume à la race bovine. La nature a réagi par une maladie mortelle contre cette déviation exagérée des types qu’elle a créés.

ignoré, quoique démontré par l’expérience : que les facultés psychiques des races inférieures ne sont modifiables dans le sens de la supériorité, que par le mélange incessant de ces races avec des races supérieures; et que l’on ne doit pas s’attendre à pouvoir élever leur niveau intellectuel et instinctif jusqu’à la hauteur île celui de ces dernières races, par l’effet seul des milieux pris dans l’acception la plus large, y compris l’instruction et l’éducation.

Les naturalistes ont divisé les races humaines en deux groupes. Dans le premier, le profil est droit, proéminent: les dents incisives verticales; l’augle facial largement ouvert: il forme le type orthognathe. Dans le second, le front est fuyant, les incisives saillantes, l’angle facial plus ou moins aigu ; il constitue le type prognathe. Le premier est aussi remarquable par la puissance de son intelligence, par l'élévation et la noblesse de ses sentiments , que par la beauté de ses formes physiques. Le second est caractérisé autant par la stérilité de son intelligence . par l’imperfection de sa nature instinctive, par l’absence totale des sentiments supérieurs, que par ses caractères physiques, qui en font à nos yeux un être laid et repoussant. Entre ces deux types extrêmes, il en existe un grand nombre d’intermédiaires qui participent , plus ou moins et de manières différentes . à l’un et à l’autre type.

A la réunion qui a eu lieu en mai 1866 à la Société ethnologique de Londres. M. Farraz a lu un mémoire dans lequel il admet l'unité de l’espèce humaine ; mais il nie (jue toutes les races soient descendues d’un même couple primitif. Il les divise en trois catégories distinctes : les races sauvages, les races demi-civilisées, et les deux races civilisées, la race sémitique et la race âryane. D’après ce

savant, les grands caractères qui distinguent l’homme des animaux manquent plus ou moins dans toutes les races à peau foncée ; et comme ce sont ces races qui ont apparu les premières à la surface du globe, elles seront les premières à disparaître, et déjà plusieurs ont disparu1. D’après M. Farraz, les Chinois seraient le peuple le plus avancé des races semi-civilisées.

Les races supérieures appartiennent toutes à la famille Européenne. Ce sont les races latine , germanique, anglosaxonne, slave et Scandinave. Ces races, toutes secondaires, provenant du mélange de diverses souches primitives supérieures, sont à peu près égales en facultés intellectuelles et en sentiments élevés. Chacune d’elles présente cependant quelques aptitudes intellectuelles spéciales, quelques sentiments plus développés, qui la différencient des autres races supérieures sous le rapport psychique. Seules, ces races ont contribué au progrès constant de leurs institutions, des sciences et des arts, soit par les nobles sentiments qu’elles possèdent, soit par la fécondité

1 II n'est pas prouvé que les races supérieures aient apparu sur la terre après les races inférieures, bien que cela puisse être. Les ossements humains les plus anciens que l’on ait trouvés appartiennent aux races supérieures. A la séance du Congrès scientifique de France qui a eu lieu le 10 juin 1866 à Amiens. M. Cotteau a dit avoir été conduit à croire, d'après ses observations faites aux gisements de Moulin-Quignon et de Saint- Acheul, que l'homme est contemporain des terrains quaternaires; et, d’après lui, les rares débris des ossements humains trouvés dans ces localités appartiennent à la race caucasique. De ce que diverses races humaines inférieures ont disparu , on ne doit pas en déduire nécessairement qu’elles ont apparu avant les supérieures. En disparaissant, elles ont subi le sort qui est probablement réservé aux races inférieures qui existent

encore.

de leur intelligence; seules, elles tendent à se réunir en groupes libres et volontaires.

En présence de la nécessité de nous restreindre sur la matière que nous traitons en ce moment , nous passerons sous silence l’examen des facultés instinctives des races européennes, ces races les possédant toutes, à divers degrés néanmoins. Il sera plus intéressant d’examiner ces facultés dans les races qui s’éloignent de ces types élevés, les différences instinctives étant chez elles plus saillantes, (le n’est point accidentellement, et momentanément par un manque de culture, que leurs sentiments sont moins nobles et moins élevés ; ce fait est essentiel . permanent; il résulte d’une organisation cérébrale moins parfaite. Aussi ces facultés ne peuvent-elles se perfectionner sérieusement, chez ces races, que par la modification de leur cerveau au moyen de leur mélange avec les races supérieures. Leurs institutions, dépendant de goûts, do penchants inspirés par des facultés instinctives inférieures, ont bientôt atteint le point culminant de leur perfectibilité, point quelles ne dépassent jamais avec leurs propres forces. L’immobilité, l’absence de tout progrès important par elles-mêmes, caractérisent ces races.

Facultés instinctives du peuple Moscovite. — Au nord et à l’est de l'Europe, et au nord de l’Asie, s’étend un empire immense par sa superficie, dont les habitants appartiennent en faible minorité à la race slave européenne , et en très grande majorité aux races asiatiques inférieures, aux Tatars ou Mongols *. Nous ne saurions mieux faire, pour

1 On ne doit pas les confondre avec les Tartares, d'où sont sortis en grande partie les Turcs.

donner une idée des principaux caractères de cette nation, que d’exposer la peinture qu’en a faite M. Henri Martin dans un travail intitulé : La Pologne, les Russies et la Moscovie : « L’esprit moscovite , dit-il , est absolument différent de l’esprit slave européen. Ses caractères principaux, négatifs pour la plupart, sont: l’absence de personnalité, de variété, d’invention, de perfectibilité par un ressort qui lui soit propre, avec une grande facilité d’imitation et une docilité singulière; aucune aptitude aux institutions de discussion et de garantie; tendance à une concentration despotique, et à une adoration fanatique de la force ' .

» Le Slave, et en général l’Européen, est agriculteur, attaché au sol ; il a le sentiment énergique de la propriété comme de la famille. Le Moscovite, et en général le Tatar, l’Asiatique du nord, garde un fond de tendances à la fois nomades et communistes. Chez les vrais Slaves, les habitations et les cultures sont séparées ; même dans les plus mauvais jours de l’oppression seigneuriale, la personne, la famille, le champ, dessinent, pour ainsi dire, leur individualité. Dans l’agglomération moscovite , la personnalité est nulle, le lien de la famille est faible, le lien de l’homme avec la terre n’existe pas , la horde semble toujours campée.

» Assez doux et hospitalier dans ses foyers, le Moscovite, une fois armé et lancé dans la guerre , s’il n’est contenu par une discipline de fer et si ses chefs le livrent à luimême, développe un instinct de férocité et de destruction inconnu à ce degré partout ailleurs que dans les races

1 Rica n’égale la terreur superstitieuse et puérile que le Tzar inspire au paysan russe.

tatares : il fait disparaître les personnes et les choses , il fait le désert, il détruirait même le sol s'il le pouvait. Ges instincts surexcités font, en bas, des bêtes farouches; combinés en haut, avec une fausse culture et la civilisation matérielle des Pierre-le-Grand et des Catherine II, ils font des monstres.

» La faiblesse du sens moral est le signe distinctif de ce peuple ; ce qui est indifférence brute et dissimulation instinctive dans la masse devient trop communément , chez les lettrés, subtilité sophistique, facilité à tout imiter, sans rien être ; mélange de légèreté cruelle et d’un art d 'équivoque que rien n 'égale. Parfois le masque civilisé tombe, et le fond tatar éclate par des accès de cvnisrae sauvace, comme ces toasts effrontés au meurtre et au pillage personnifiés, ces bourras à Mourawief. qui jaillissent d’un bout a 1 autre de 1 empire, du milieu de bouffonnes parodies libérales et humanitaires.

» Le but do la civilisation occidentale est l’association libre des nationalités indépendantes et alliées, la Fédération européenne. Le but du Tsarisme moscovite est l’absorption des nationalités et la monarchie asiatico-européenne. »

Les hommes d état russes issus, soit des races slave, Scandinave ou germanique, soit du mélange de ces races entie elles ou avec les races asiatiques, connaissent parfaitement les différences instinctives qui existent chez les diverses races de ce vaste empire, et ils en tirent parti dans 1 occasion. Ayant eu besoin, pour comprimer la dernière reaction polonaise, d'un homme capable d’employer, comme système, les procédés les plus violents et les plus inhumains, procédés essentiellement répulsifs aux races

supérieures civilisées, ils ont lâôhé sur lu Pologne , à la tète des Cosaques, un chef de race asiatique. Or, ce qui caractérise l’infériorité instinctive du peuple russe, c’est que cet homme , après avoir si bien accompli sa barbare mission, est devenu l’idole de ce peuple, ses actes ayant été pris pour des traits d’héroïsme. Chez les races inférieures, la valeur et le mérite d’un homme sont, en effet, estimés non par ce qu’il crée et édifie , mais par ce qu’il détruit.

Facultés instinctives des Hindous. — Quelques extraits d’un travail remarquable de M. H. Lamarche nous donneront une idée exacte des facultés instinctives de la race hindoue*.

« La race mongolique, qui, dans l’Inde comme en Chine, n’a pu résister par les armes aux conquérants, a défendu contre eux ses superstitions et ses mœurs par sa force d’inertie. Cent vingt millions d’hommes mongoliques ont résisté à tout raisonnement, à toute éducation, et y résisteraient jusqu’à la consommation des siècles, si on n’enlevait pas, par le mélange des races, les causes physiologiques qui séparent leur intelligence de la nôtre1 2 3. Les Hindous sont méchants ou bons, suivant l’occasion ou le caprice, mais sans conscience suffisante du bien et du mal qu’ils accomplissent3. Leur entendement n’a pas l’âge

1 Des rares humaines à propos de conquête et de civilisation , 1858.

2 Les faits qui suivent ont moins pour générateurs les facultés intellectuelles (pie les facultés instinctives, directrices de la pensée dans tout ce qui a rapport aux actes. ( Note de l'Auteur.)

3 On peut en dire autant de tous les peuples de race inférieure : ils font je j,jen quand ils éprouvent du plaisir, de la satisfaction à le faire-, mais non par le sentiment du devoir appartenant au sens moral, qu'ils n'ont pas. ( Note de l Auteur .)

viril. Vainement objecterait-on la richesse de leur littérature, leur facilité à apprendre de nous certaines choses, et la capacité dont ils font preuve dans quelques spécialités. La virilité de l’entendement se prouve par la conscience pleine et entière*; cette conscience, les Hindous ne l’ont pas , ils ne l’ont jamais eue, ainsi que le prouvent leurs traditions et leurs mœurs; ils ne l’auront jamais tant qu’ils subsisteront tels qu’ils sont.... La race mongolique, qui pullule le plus dans l'Inde, est celle qui présente le moins d’énergie, le moins d’aptitude à se gouverner d’après les principes de la civilisation, dette race inférieure forme les quatre cinquièmes de la population de l’Inde ; et, de son développement excessif, est né le mal moral dont cette contrée est atteinte.

» Les Hindous reconnaissent une trinité divine : Brahma est la puissante créatrice ; Wischnou, la sagesse ; Shiva. la destruction. Or. selon eux, la destruction étant la cause du renouvellement de la vie, détruire, c’est donner à Brahma l’occasion de manifester sa puissance. De là les sacrifices humains et les sectes religieuses des étrangleurs el des empoisonneurs. Il est abominable à Dieu que l’on tue une vache; c’est devant lui œuvre pie de tuer un homme, si on le tue d’une manière conforme aux rites. Des monomamies de meurtres au nom de la religion se sont manifestées trop souvent chez la race caucasique; mais ces monomanies étaient guérissables, on les a guéries. Home païenne a interdit les sacrifices humains à la divinité, et les homicides commis dans le cirque étaient, comme l’esclavage, une extension abusive du droit delà victoire.

1 La conscience morale réside dans le sens moral. ( Note de l'Auleur.)

Ghez les chrétiens, quand on tuait lu corps, c’était pour sauver 1 unie, disait-on. Puis, on no saurait trop le redire: cos monomanies furieuses, allumées par la foi. ont été traitées et détruites par la raison ; preuve qu’elles n’étaient point congéniales et inhérentes àla race. Elles le sont chez les Hindous.

» Que los brahmines aient persécuté le boudhisme et Paient à peu près exclu de l'Hindoustan, ce n’est là qu’un acte d’intolérance commun à toutes los races humaines. La preuve du vice originel de la race hindoue est dans la religion même, d’où ce vice rayonne sur tous les actes sociaux , dans la guerre comme dans la paix.

» 11 convient d’autant moins d’exagérer los mérites de la vertu militaire , que c’est celle dont l’abus est le plus facile et le plus fréquent. Mais il n’y a pas peuple, nation, là où les hommes n’ont pas le sentiment de l’indépendance, et la religion des Hindous, qui tantôt prescrit, tantôt tolère l’homicide sans inspirer le courage, est une religion doublement mauvaise, une religion digne seulement d’une race inférieure. Tel est le brahmanisme.

» Quoique cruels en vers les autres etsouvent envers euxmêmes, et ne tenant que médiocrement à la vie, les Hindous. principalement les brahmines, qui sontpourtant doués d’apparences martiales, ne savent combattre que s’ils sont guidés par des chefs de race caucasique. Si l’on se servait exclusivement, comme autrefois, d’armes blanches, dix mille Européens extermineraient en un jour cent mille cipayes ; car le courage n’est pas simplement le mépris de la mort, il est le résultat du sentiment du devoir combiné avec la clairvoyance, que donnent aux natures fermes le danger et le salut commun.

»Les Hindous, toujours battus, toujours conquis, toujours foulés aux pieds, n’ont pas de vertu militaire ce qu’il en faut pour former un peuple, une nation. Ils ne sont qu’un amas d’hommes.

» Dans la paix, si jamais l’état social mérite chez eux le nom d’état de paix, les Hindous n’ont aucun esprit, aucun sentiment de charité, dans le sens attaché à ce mot par la civilisation. L’égoïsme, l’instinct, la chimère, voilà au vrai leur trinité ; et tout ce qui y fait obstacle est par eux traité en ennemi.

» La justice, à leurs yeux, est un frein tyrannique auquel on doit échapper par la ruse, la fraude, le parjure; et comme tous nourrissent à ce sujet une même pensée, tous, à charge de revanche, sont empressés de prêter à un accusé quelconque l’appui d’un faux témoignage. L’espionnage, la délation, le parjure, n’entrainent point de honte . si ce n’est parfois en cas d’insuccès. Celui qui est condamné n'est qu’un malheureux ou un maladroit ; le juge qui n’écoute pas son intérêt personnel ou sa passion n'est qu’un sot , et il y a peu de sots parmi les magistrats hindous.

» Le sens moral ne fait pas défaut , ici et là, dans quelques individus ou même dans quelques catégories d’indi- \idus; il est inconnu a la société tout entière, où vous ne rencontrez la bonté , le dévouement, la probité qu’à 1 état de caprice de 1 instinct. Dans une société ainsi faite, le devoir de la famille ne saurait partir d'un sentiment ; il part d’une superstition. Malheur à qui n’a pas un fils pour accomplir au jour des funérailles certains services rituels !

• Mi demande donc ce fils à une épouse, et, si ce fils vous précédé dans la tombe, on le redemande à l'adoption.

» Polygames par sensualité et par luxe, mais ne reconnaissant à la femme aucun droit quelconque à l’égalité avec l’homme, les Hindous ne laissent vivre de filles que le nombre nécessaire à la reproduction de l’espèce et au recrutement des bayadères. Une enquête sur le nombre comparatif des populations masculine et féminine dans l’Inde anglaise, a effrayé plus qu’elle n’a éclairé, ce nous semble, le parlement britannique. Celte enquête a montré que, dans les diverses régions de l’Hindoustan , la population féminine est do 15, 20, 25, 30 pour cent inférieure à la population masculine, et que vers l’Himalaya elle l’est de 40 pourcent — Mais ce n’est point naturellement que la population féminine dans l’Hindoustan est réduite aux proportions qu’aflirme l’enquête : c’est par le meurtre pratiqué systématiquement et selon des formules religieuses.

» La mère, proprio motu ou sur l’ordre du mari , noie sa fille naissante dans du lait, ou enduit de poison le bout de ses seins; puis, quand les pauvres petites ont tété la mort ou l’ont reçue par l’asphyxie lactée, on confie leur corps aux fleuves sacrés.

» Là où vous êtes présents et les plus forts, vous empêcherez les suttees ; vous empêcherez aussi qu’en certaines solennités on attache une victime humaine à un arbre . qu’on lui coupe les articulations pour la priver de mouvement; jmis que les assistants, passant devant elle en cadence, lui enlèvent la chair lambeau par lambeau, jusqu’à ce que ses entrailles, seules restées intactes, fonctionnent à découvert aux yeux de tous, pour la plus grande gloire de Shiva ; vous empêcherez d’autres horreurs encore. Mais là où vous ne serez pas les maîtres , on les pratiquera ,

et partout, — entendez bien ceci. — partout on regrettera. tout haut ou tout bas , que vous osiez interdire des hommages quela divinité réclame, et contrarier des mœurs ayant la sanction d’une tradition qui compte des milliers d’années. Tant que vous ne mélangerez pas le sang caucasique au sang mongolique , vous ne changerez pas plus le cerveau des Hindous par l’éducation que vous ne changerez la couleur de leur peau par le savonnage et les cosmétiques. Les jeunes filles que vous instruirez dans votre religion deviendront toujours des bayadères , car elles sauront ce qui n’est pas permis aux honnêtes femmes d’apprendre ; et si vous faites des chrétiens parmi les hommes, tout ce que vous leur aurez enseigné n’ira pas de leur esprit dans leur conscience : ils n’auront appris qu’un moyen de plus de vous tromper. Le métis seul pourra vous comprendre.

» Aucuno expérience du mélange des races caucasique et hindoue n’a encore été faite en grand ; mais il y a eu un certain nombre de mariages mixtes en Angleterre et même en France, et dés la première génération l’alliance avait produit son effet sur le caractère et l’intelligence. »

On a prétendu que les Hindous et les Européens avaient une origine commune, qu’ils étaient de même race, en se basant sur la ressemblance du sanskrit, langue sacrée des brahmes, avec le groc et le latin. Or cette ressemblance n’implique point nécessairement cette communauté d’origine, ainsi que l’affirment les monogénistes. « M. Max. Muller, dit M. Emile fiurnouf1, fait observer avec raison que la généalogie des langues n’est pas nécessairement la

1 La scienc e du langage, par M. E. Burnouf. ( Revue des Deux- Mondes, numéro du 15 janvier 1867, pag. 290.)

mémo que celle des peuples qui les parlent. Il peut arriver, et il arrive quelquefois qu’un peuple abandonne sa langue et adopte un idiome étranger. Les familles humaines ne sont donc pas identiques aux familles des langues. L’ethnologie no peut pas avoir pour hase unique la philologie. » Ge principe trouve surtout son application dans les rapports quiontlieu entre le sanskritet les langues européennes. Des différences physiques et psychiques aussi grandes quecelles qui existent entre les Européens et les Hindous, excluent en effet la possibilité que ces peuples soient de même race. Dans la formation des langues, il no peut y avoir qu’un nombre limité de marches à suivre, on no peut sortir de certaines lois, de certains assemblages de sons, de certaines règles grammaticales; et dans l’adoption de ces divers éléments, l’intelligence humaine est nécessairement guidée par certaines facultés naturelles. Or, si les facultés qui président à la formation du langage ontquelque ressemblance chez des individus de races différentes, les produits de ces facultés, c’est-à-dire les langues, devront avoir aussi quelque ressemblance entre eux, quoique sous tout autre rapportées races diffèrent complètement les unes desautres. Faire dériver les langues celtique, germanique, grecque, latino, iranienne et sanskriite, à cause de certaines affinités quelles ont entre elles, d’une langue mère, la langue, aryenne, n’est point nécessaire, et on no doit point conclure sur cos affinités, ainsi qu’on l'a fait très-souvent, que los peuples qui parlent ces langues sortent d’une souche commune.

Les monogénistos, ayant à cœur de donner aux milieux une influence modificatrice considérable, afin d’y trouver l’explication des types si différents que présente l’huma-

nité, ont insisté, d’une manière spéciale, sur quelques changements survenus dans la coloration de la peau , des yeux et des cheveux, chez les Anglais qui ont séjourné ou qui sont nés dans l’Inde, on Amérique, en Australie, pour j trouver que les races européennes se rapprochent peu à peu des indigènes de ces contrées. Que le teint blanc et rose de l’Anglais, respecté par le pale soleil de la Grande- Bretagne, devienne {dus foncé sous un climat plus chaud, cela est naturel ; mais, des modifications occasionnées par l’iniluence des milieux sur les organes avec lesquels ces milieux sont en contact direct, conclure une dégénérescence progressive des races européennes en Asie, en Afrique, en Amérique et en Australie, c’est là une déduction que n’autorise point l’expérience du passé. Ce n’est pas la couleur de la peau ou celle des cheveux qui constitue l’élévation delà race, mais bien l’organisation plus parfaite du cerveau, permettant la manifestation do facultés psychiques plus parfaites aussi. Or. la noblesse des institutions et le progrès dans les sciences et dans les arts, qui donnent la mesure de ces facultés, ne prouvent-elles pas que les races européennes n’ont dégénéré sur aucun continent? Il faut réellement se contenter de peu et n 'être pas exigeant en fait de démonstration, pour trouver les preuves de 1 abaissement des races européennes, en Amérique, dans une modification légère de la couleur de la peau , des yeux et des cheveux , dans une forme un peu plus allongée du cou, dans une prédominance un peu moins grande du tissu graisseux, dans une rondeur un peu plus accentuée des orbites ; et pour prendre au sérieux la boutade suivante d un Américain : « Par les traits et par le caractère, nous devenons Hurons. » Non ! les races européennes sont

restées supérieures par les facultés psychiques, partout oii elles ont pu s’implanter. Los Anglais habitant l’Amérique depuis quatre cents ans, no sont pas devenus peaux-rouges, ni physiquement, ni moralement, ni intellectuellement; les races supérieures fixées au cap de Bonne-Espérance ne sont devenues ni cafres, ni hottentotes; cellesqui habitent l’Inde n’ont rien delà race hindoue, etc. Partout où ces races séjournent, chacune d’elles conserve les caractères physiques et psychiques qui lui sont propres, si elle ne se mélange pas avec les races indigènes inférieures, quels que soient les milieux où elle se trouve ' . De même, les races inférieures sont restées les mêmes sous tous les climats, lorsqu’elles ne se sont points mélangées avec les supérieures. Lesnègres

' Los inonogénistos ont toujours cité depuis Cuvier, comme prouvant la puissance modificatrice des milieux, le sanglier, qui, réduit en esclavage, devient porc après deux ou trois générations , et le porc , qui , abandonné de nouveau à l’état sauvage , redevient sanglier après le même nombre de générations. Eh bien! M. Sanson vient de prouver qu’il n'en est rien. « Mes études, dit-il dans une communication faite à l’Académie des sciences en décembre 1866, sur la caractéristique de la race, ne permettent plus d’admettre l’hypothèse généralement adoptée sur l'origine des cochons domestiques. Le sanglier n’a que cinq vertèbres lombaires, tandis que le porc en a toujours six. On ne voudra pas prétendre que la domesticité soit capable de faire pousser des vertèbres , d’autant plus que le cochon asiatique n'en a que quatre. 11 est donc bien certain que le cochon a toujours été cochon, et le sanglier toujours sanglier. La facilité avec laquelle ils reproduisent ensemble, en donnant des produits indéfiniment féconds, prouve qu’ils appartiennent à une seule espèce. La différence de leurs types prouve qu’ils sont de races différentes dont le principal attribut est la fixité. Le porc devient sauvage et le sanglier devient domestique avec la plus grande facilité ; mais, dans les deux cas, les seules modifications qui se produisent n’affectent que les caractères superficiels et tout à fait secondaires. » Les monogénistes ne commettent-ils pas une erreur semblable . à l’égard de l’origine du chien, lorsqu'ils le font dériver, avec ses races si variées, les uns du loup, les autres du chacal?

transportés depuis cent soixante et dix ans environ en Amérique, y sont restés nègres par leurs facultés psychiques , malgré quelques heureuses modifications obtenues dans leurs mœurs par l’éducation et l’instruction. Qu’importe qu’ils aient légèrement tourné au gris sur ce continent , selon le dire des monogénistes ; aucun d’eux ne s’est élevé au-dessus de sa race par des travaux psychiques remarquables. Le nègre deviendrait-il blanc, qu’il n’en persisterait pas moins dans son degré d'infériorité, si, par l’intermédiaire d’un cerveau plus parfait, les facultés de son esprit n’acquéraient pas une puissance supérieure. On aurait tort d’attribuer son immuable infériorité à l’état d'esclavage où on l’a réduit. Les facultés de l’esprit réellement supérieures ne se laissent pas comprimer par autrui. Ésope était esclave, et son nom a passé à la postérité. Sous l’empire romain, combien d’esclaves de races supérieures se sont élevés au-dessus de leurs maîtres, par la puissance de leurs facultés psychiques ! C’est surtout dans le malheur que les races élevées affirment leur supériorité, par l’énergie avec laquelle ellos luttent contre leur infortune.

Facultés instinctives du peuple Chinois. — Les Chinois, depuis un grand nombre de siècles, ont atteint le plus haut degré de civilisation que comportent les facultés permises par leur organisme; et le passé de ce peuple nous donne la certitude que, de lui-mème , il ne lui est plus possible de progresser dans ses institutions. Rien ne saurait donner une idée de son immutabilité, comme le fait suivant relaté par le Moniteur du 12 août 1863, dans le but de démontrer 1 antiquité de la civilisation chinoise. «Le plus ancien journal du inonde se publie à Pékin ; il est imprimé sur

une grande feuille de soie jaune, et paraît encore dans la même forme, avec les mêmes caractères, et sur la même étoffe qu’il y a mille ans; il n’y a que les rédacteurs do changés. Ce qui est incontestable , c’est que les mœurs , les arts, l’industrie , les institutions politiques et sociales du Cèlcste-Empire se retrouvent dans les temps les plus reculés tels qu’ils sont aujourd’hui, sans autre différence que quelques changements introduits depuis trois siècles par l’invasion brutale des Tatars, d’une part, et de l'autre par la lente et progressive accession des nations européennes. » Dépourvus d’énergie morale, les Chinois n’ontjamais organisé de résistance contre les mauvais traitements dont leurs chefs les accablent. Malgré leur faible attachement il la vie, qui semblerait devoir leur permettre d’affrônter facilement les périls, ils ri 'ont pu s’opphser aux envahissements, et ils ont fui, dans ces derniers temps, devant une poignée d’Européens. Des sentiments moraux sont, chez eux, voilés et amoindris. L’amour qu’ils ont pour les enfants est si faible, que l’infanticide, de même que chez les Hindous et chez d’autres peuples de race inférieure, a pu passer dans leurs mœurs. Les instincts les plus saillants de leur caractère sont trois vices capitaux : l’avarice , la mauvaise foi, la cruauté; et deux qualités exceptionnellement développées : une patience incomparable et une constance à toute épreuve dans le travail. Le Chinois travaille lentement, il est vrai , mais il travaille toujours. Que de

merveilles sa race n’eùt-elle pas créées, si elle avait été douée

de l’intelligence des races européennes, si elle avait possédé de grands et do nobles sentiments ! « Les Chinois, dit le L)r Guérin, riches ou pauvres , agriculteurs ou commercants. sortis d’un même moule , sont taillés sur le même

patron. Faites leur part aux latitudes, aux positions, les dissemblances ne résident qu’à la superficie; et, sans beaucoup creuser , on heurte une similitude d’instincts , une identité d’aptitudes, monotones parleur répétition. Le Chinois, le plus infatigable travailleur de la création, se concentre en lui-méme , il est sa famille et sa patrie. Il invente ruse sur ruse pour échapper à la spoliation ; spolié . il se remet «à l’œuvre, il entend acquérir par lui malgré tout' . » Cette similitude dans la nature instinctive bonne ou mauvaise, dans les qualités comme dans les vices , chez tous les individus d’une même race, est propre aux races inférieures. Chez elles , un organisme d’une grande uniformité produit des facultés uniformes. Les personnes qui ont vu les Cosaques en France disent qu’ils se ressemblaient tellement tous, qu’il était difficile de les distinguer les uns des autres. « Plus la race est ignoble, dit Gratiolet1 2 3, et plus les hommes qui la composent sont semblables dans le niveau de leur abaissement. Dans les nations vraiment sauvages et pures de tout mélange, tous les crânes se ressemblent; c’est dans tous la même forme et les mêmes proportions. Ainsi, deux têtes de Diérnénois, deux têtes d’Alfourous australiens , prises au hasard , seront comme deux empreintes d’un même moule. Étudiez les noirs insulaires de la Nouvelle-Calédonie ; allez de là aux Papouahs, parcourez les diverses races nègres qui peuplent l’Afrique, et vous trouverez dans chacune de ces races un type spécial que tous les individus reproduisent dans une invariable

1 Voyage en Chine, publié dans le Sémaphore de Marseille en décembre 1860.

2 A luilomie comparée du système nerveux considéré dans ses rap-

ports avec l'intelligence, pag. 286.

monotonie. La variété, inconnue parmi les sauvages, ne vient qu’aux races du jour , comme les appelle si poétiquement Carus, avec l’intelligence; je veux dire: avec la liberté! Ici l’individu se distingue dans sa race, par une forme qui est à lui, par un caractère empreint d’une personnalité de plus en plus apparente; et, bien que la race ait une physionomie générale qui la distingue, cette physionomie commune n’implique plus aucune ressemblance réelle entre les hommes qui la composent.»

Ce que Gratiolet dit des ressemblances et des dissemblances physiques chez les individus d’une même race, est exactement applicable à leurs facultés psychiques, et par conséquent à leurs facultés instinctives, à leur caractère.

L’immobilité dans des institutions fort médiocres, immobilité caractéristique des races inférieures, a été fort remarquable chez les Égyptiens, dont les monuments attestent une ancienneté de plus de six mille ans. Co caractère d’infériorité a été signalé en ces termes par M. E. Renan': «L’Égypte estime Chine née mure et presque décrépite, ayant toujours eu cet air à la fois enfantin et vieillot que révèlent ses monuments et son histoire... Nous ne sommes point ici enla terre d’Homère etde Phidias; nous’sommes en la terre de la conscience claire et rapide, mais bornée et

stationnaire L’Égypte fut, de tous les pays, le plus

conservateur : pas un révolutionnaire, pas un grand poète, pas un grand artiste, pas un savant, pas un philosophe, pas un grand ministre ne s’est rencontré en son histoire... Dans cette triste vallée d’éternel esclavage, on dura des milliers d’années, on cultiva son champ, on fut bon fonc-

« Revue des Deux- Mondes , l«r avril 1865. — Les antiquités et les fouilles de l'Égypte.

tionnaire, on porta sa pierre sur son dos, on vécut fort bien sans gloire. Un même niveau de médiocrité intellectuelle et morale pesa sur tous L’Égypte et la Chine sont vrai-

ment deux sœurs en histoire, non en ce sens qu'il faille chercher entre elles aucune analogie de langue ni de race, mais en ce sens qu’elles ont suivi des lignes de développement parallèles. De part et d’autre, l’usage de l’écriture, d’abord idéographique puis hiéroglyphique, se perd dans la nuit des temps, et se rattache presque aux origines de la parole. Une conséquence de ce fait capital fut, des deux cotés, une historiographie très-riche, remontant, non par des fables, mais par des récits positifs, à une haute antiquité; des annales, en un mot, infiniment mieux tenues que celles d’aucune autre race. De part et d’autre encore, nous y trouvons une royauté de sages, sans aucun caractère féodal ou militaire ; une société gouvernée par une sorte d’académie des sciences morales et politiques, une nuée de fonctionnaires, une administration très-développée, une notion fort limitée des droits de l’individu, une idée énormément exagérée des droits de l'Etat, un grand bon sens, une certaine douceur de mœurs, moins de sang répandu que dans toutes les vieilles histoires; avec cela, nulle science, nulle philosophie, nulle critique, nul progrès, le règne absolu de la médiocrité. » Mentionnons encore, comme caractère de l’infériorité de la race égyptienne. le culte qu’elle a rendu à des végétaux et à des animaux, considérés par elle comme des divinités.

Cette comparaison entre les Chinois et les Égyptiens est fort intéressante pour l’anthropologiste. La nature psychique de ces deux peuples ayant été à peu près la même, les produits résultant de leurs facultés ont eu entre eux une

grande analogie, et n’ont pas dépassé un certain niveau limité par la faiblesse et par la qualité inférieure de ces facultés. La pauvreté de leur imagination les a rendus forcément plus exacts dans la relation de leur histoire que les peuples de race sémitique. Ceux-ci, inspirés par le sentiment du merveilleux, faculté très-développée chez eux, ont souvent faussé la réalité et comblé les vides laissés par l’inconnu, avec les secours d’une imagination féconde et poétique.

Partout où il existe dans la nature des organisations similaires, il y a des facultés similaires, qui donnent nécessairement des produits similaires. Que de fois n’est-il pas arrivé que des individus étrangers les uns aux autres, mais ayant des facultés semblables, ont eu les mômes pensées, ou bien ont émis, par la même raison, des idées fort anciennes, dont ils n’avaient aucune connaissance. S’il arrive assez souvent qu’une personne a, sans s’en apercevoir, des réminiscences de ses anciennes idées, il y a aussi certainement des cas où elle a pu reproduire deux fois exactement les mêmes séries d’idées conduisant exactement aux mômes conclusions sans réminiscence aucune. C’est ce qui m’est arrivé dans la circonstance suivante : Ayant à résoudre un problème psychologique qui m’embarrassait, je n’en obtins la solution qu’après trois jours d’un travail incessant. Quelle ne fut pas ma surprise quelque temps après, lorsque, relisant des pages que j’avais écrites un an auparavant, je trouvai le même problème résolu exactement par la même série de conceptions de raisonnements! La mémoire avait donc été tout à fait étrangère à ce second travail. Par la raison que les facultés d’un individu peuvent donner plusieurs fois les mêmes produits, les facultés semblables de deux indivi-

dus. ou de deux groupes d’individus, peuvent donner des produits semblables. De même, s’ils ont des facultés différentes. ils ont despensées, des inclinations différentes, bien qu'ils vivent en contact les uns avec les autres.

Pour en revenir aux races asiatiques, nous avons possédé en France plusieurs de leurs représentants, dans les ambassades Anamites. de Siam, de Birmanie et du Japon. Comme type do figure, c’est toujours cette face bistrée, épatée et vulgaire, qui n’a rien de commun avec la physionomie régulière et même distinguée de l’Hindou. Sur de tels masques, l’expression de la pensée est à peu prés nulle, et les plus nobles sentiments de l’humanité ne se reflètent point. Insensibles en présence des œuvres des civilisations avancées, ces Asiatiques ne semontrent impressionnés que par les objets où se trouvent à profusion les pierreries et les riches métaux, ou bien par les objets destinés aux besoins de la vie, et surtout par les soirées magiques de Robert Houdin, si propres à flatter le sentiment du merveilleux. Si les journaux officiels ont signalé l'attention de ces étrangers sur re qui a rapport aux sciences et aux arts, c’est par pure convenance. Ces races, de même que les Chinois et toutes les races inférieures abandonnées à leurs seules forces, sont condamnées à un état stationnaire perpétuel dans leurs connaissances . dans leurs mœurs et dans leurs institutions. Elles sa détestent aussi profondément les unes les autres qu’elles détestent les Européens; rien n’égale la froide cruauté avec laquelle les individus de ces races traitent leurs semblables.

Facultés instinctives des populations dites arabes habitant le nord de l'Afrique. — Les mœurs, les coutumes, les institutions qu’adoptent les hommes, dé pendant de la nature de leurs

facultés instinctives, et les facultés instinctives dépendant de l' organisation du cerveau, on ne peut améliorer d’une manière durable les mœurs, les coutumes et les institutions des races inférieures, qu’en élevant l’organisation de leur cerveau au moyen du mélange de ces races avec les races supérieures.

L’intérêt que nous avons à connaître exactement l’état psychique des habitants de l’Algérie , nous engage à nous occuper d’eux d’une manière spéciale. Cette étude nous fournira en outre l’occasion de démontrer la proposition que nous venons d’énoncer, c’est-à-dire les liens qui rattachent la psychologie à l’histoire naturelle de l’homme.

Les habitants actuels du nord de l'Afrique, depuis la Tunisie jusqu’au Maroc inclusivement, sont en grande partie les descendants des premiers habitants connus de ces contrées, lesLybienset les Gétules; les uns, sans mélange important avec les peuples étrangers qui ont successivement envahi cette partie de l’Afrique, les autres plus ou moins mélangés avec ces peuples. Les mœurs et les coutumes des Africains du nord, lors des premiers envahissements, dénotent dans leur race une infériorité semblable à celle des sauvages de l’Océanie. D’après Procope, ils vivaient comme des brutes, mangeant de la chair crue, broutant l’herbe, n’ayant aucune habitation, et dormant où ils se trouvaient, comme des bêtes sauvages. La première invasion rapportée par l’histoire est celle d’un chef nommé Hercule, qui pénétra chez eux à la tête d’une armée composée de Mèdes, de Persans et d’Arméniens. Par leur contact avec une race asiatique supérieure à la leur, et probablement par suite de quelque mélange avec elle, les indigènes progressèrent un peu ; car, à la suite de cet

envahissement, on les trouve habitant de mauvaises cabanes, dormant néanmoins sur la terre ; les moins misérables ayant à peine quelques peaux de mouton pour se coucher, vêtus du même habit dans toutes les saisons, ne connaissant ni pain ni vin, et mangeant l’orge, le blé, sans les réduire en farine.

Une différence dans les goûts et dans les caractères, différence dont la cause est inconnue, divisa cette population. Les uns, doués de plus d’activité, d’énergie et d’amour pour l’indépendance, se retirèrent dans les montagnes; les autres restèrent dans les plaines et sur les plateaux. Les premiers sont les anciens Numides, actuellement appelés Berbères ou Kabyles; les seconds sont les anciens habitants des Mauritanies Tingitane et Césarienne, formant en partie la population appelée Ardbe. Les Numides ou Kabyles ne constituent donc pas une race, mais quelques tribus de la grande famille des Africains du nord, ayant toutes une origine commune dans les deux souches primitives que nous avons indiquées. Ces peuples ne se donnèrent point eux-mèmes la faible civilisation qu’ils possèdent ; ils la reçurent des Carthaginois et des Romains, avec lesquels ils furent souvent en contact, soit pendant leurs alliances avec ces peuples, soit surtout pendant la domination romaine sur leur contrée. Sous l’empereur Valentinien, Boniface, gouverneur des provinces africaines, se révolta, et appela à son secours les Vandales, alors maîtres de l’Espagne. Ceux-ci s'emparèrent de l’Afrique romaine, la gardèrent pour leur propre compte, etenjouirent pendantprès de cent ans. Cette occupation étrangère a laissé des traces peu importantes en Algérie, traces qu’on rencontre seulement chez quelques individus isolés, et qui s’effacent de plus en

plus par U prédominance des élémeuls africain et arabe; mais elles sont plus importantes dans le Mauoc. De nos jours on voit, à Fez principalement, des familles entières à la barbe blonde, à la peau blanche, aux yeux bleus, aux traits germaniques, à côté d’une population plus ou moins foncée en couleur; ce qui prouve que les milieux n’ont pas, sur l’espèce, toute l’influence qu’on s’est plu à leur attribuer. Bélisaire fit cesser la domination des Vandales, en refaisant la conquête de l’Afrique au profit de l’empire. Les garnisons romaines vivaient en bonne harmonie avec les Mauritaniens. Ceux-ci avaient embrassé le christianisme, et un bon nombre de Romains s’étaient alliés avec ces indigènes en épousant leurs filles. La puissance des empereurs s’affaiblissant, ces garnisons se séparèrent de l'empire, et formèrent plusieurs états indépendants, où la race africaine fut sensiblement améliorée par l’élément romain ; non pas uniformément dans tout le nord de l’Afrique, mais dans les localités où cet élément supérieur s’était fixé, et où ses traces sont indiquées , de nos jours , par des monuments en ruine, c’est-à-dire sur certains points du littoral et dans une grande partie de la province de Constantinc, même très-avant dans les terres.

Au commencement du vma siècle, les kalifes arabes, qui s’étaient emparés de l’Egypte, firent irruption dans l’Afrique septentrionale et soumirent à leur domination les habitants de la plaine et du littoral. Depuis lors, tous les individus professant l’islamisme dans ces régions, furent appelés Arabes. Le passage des kalifes et de leur armée, avant de se rendre en Espagne, où ils séjournèrent de 712 à 1492, ne fit pas disparaître cependant la race indigène, et ne la remplaça point par des Arabes, comme semble-

rait l’indiquer cette qualification donnée aux mahométans africains. La cause qui a donné lieu à cette erreur a été l’abandon que firent alors les indigènes de leur langue primitive, pour en adopter une étrangère; cette adoption trouve son explication dans la circonstance suivante : Les Africains, chrétiens jusqu’à l'invasion desArabes, trouvant la religion inahométane plus conforme à leur nature instinctive inférieure que le christianisme, embrassèrent l’islamisme. non point par la violence, ainsi que cela a été dit et répété, mais par goût; et ils pratiquèrent cette religion avec un fanatisme qu'ils n’avaient point manifesté pour la religion par eux abandonnée, celle-ci étant trop au-dessus de leur portée. Or le Koran ne pouvant être lu qu’en arabe, tous apprirent cette langue, pour réciter les prières et pour connnaitre les préceptes de l’islam. Peu à peu, la langue arabe se vulgarisa tellement qu elle finit par se substituer à la langue primitive. Lorsque les musulmans espagnols, dans le plus grand nombre desquels on ne trouvait plus la race arabe pure, par suite du mélange constant de leur sang avec le sang européen, furent chassés de la péninsule, après 780 ans de séjour, ils résidèrent principalement sur le littoral méditerranéen do l’Afrique. Ces musulmans seuls, dont la race était devenue de plus en [dus européenne par suite de l’introduction de plus en plus fréquente des femmes européennes dans les harems, ont conservé, parmi les habitants de la Mauritanie, le nom de Maures. Leur transformation par l’élément européen a été si complète, que ceux que l'on rencontre dans les villes de 1 Algérie et du Maroc n’ont rien, soit physiquement, soit psychiquement, de l’Arabe ou de l’Africain. Ce sont de beaux hommes, ayant une belle prestance, plutôt gras que

maigres, ne séjournant que dans les villes, et adonnés au commerce et à l’industrie.

Baba-Aroudj , vulgairement appelé Barbarousse , mit Alger sous la protection turque. Los garnisons que la Porte envoyait dans les villes du littoral africain ne laissèrent pas que d’y modifier aussi les populations, de nombreuses alliances ayant lieu entre les Turcs et les filles algériennes. C’est aux descendants do ces alliances qu'on a donné le nom de Koulouglis. Après une domination de trois ^siècles, la Turquie a perdu sa suzeraineté sur T Algérie, occupée par les Français depuis 1830.

D’après ce coup d’œil rapide sur l’origine des habitants de l’Algérie, nous voyons que les Kabyles sont les seuls Africains qui ne se sont point mélangés avec les races étrangères; que les habitants des plaines et des plateaux des provinces d’Alger, d’Oran, et d’une partie de celle de Constantine, sont, soit des Arabes purs de tout mélange, soit des Africains mélangés avec des Arabes; que certaines tribus de l’intérieur de la province de Constantine sont composées d’Africains sensiblement améliorés par leur mélange avec les Romains qui ont séjourné longtemps dans ces contrées. Nous rencontrons aux confins du grand-désert une tribu importante, originaire en partie du voisinage de la Palestine, et dont nous parlerons plus tard. Enfin, dans les villes du littoral, on ne trouve plus de trace de la race indigène parmi les mabométans. ceux-ci étant un mélange où domine de beaucoup le sang européen.

Dans le Maroc, les races européennes sont beaucoup plus répandues qu’en Algérie; les Maures y sont en plus grand nombre, non-seulement dans les villes du littoral, mais encore dans les grandes villes de l’intérieur, Maroc,

Fez, Mequinez, Tafilet. Ces Maures sont la plupart remarquables par leurs manières polies et par leur affabilité, qui font d’eux ce qu’on appellerait en Angleterre des gentlemen accomplis. Le voisinage de l’Espagne et l'introduction constante des divers éléments européens expliquent cette particularité. Les Vandales, avons-nous dit précédemment, ont laissé d’assez nombreuses empreintes chez les Marocains. Mais à côté de ces éléments, qui ont élevé partiellement la race africaine dans l’empire du Maroc, vient s’en placer un qui n’a pu que l’abaisser; je veux parler de* nègres importés en grand nombre du Sénégal comme esclaves. Beaucoup de Marocains ont des négresses dans leurs harems; aussi les mulâtres sont-ils fort nombreux dans ce pays, où ils jouissent, comme musulmans, des mômes droits que les autreshabitants. L’empereur actuel du Maroc est lui-même mulâtre.

Ces préliminaires, essentiels à connaître, étant établis, étudions les facultés instinctives, le caractère, 1° des Algériens habitant la plaine, Arabes purs, ou Arabes mélangés avec la race africaine ; 2° des Kabyles ou Africains purs ; 3° des habitants d’une partie de la province de Constantine. mélange d’Africains et de Romains; 4» des individus appartenant à la tribu des Beni-Mzab ou Mozabites.

1° Facultés instinctives des Algériens habitant la plaine, Arabes purs, et Africains arabisés. — L’infériorité de leurs goûts, de leurs penchants, de leurs mœurs ; leur immobilité et leur résistance énergique aux tentatives faites par les races supérieures pour améliorer l’espèce de civilisation que leur ont inspirée leurs facultés, indiquent l'infériorité de leur nature instinctive. Essentiellement paresseux, sans énergie pour le travail, qu’ils regardent comme

une occupation dégradante, ils vivent dans la plus grande misère sur la terre la plus féconde du globe. Leur insouciance et leur ineptie ont laissé tomber en ruine les importantes constructions hydrauliques bâties par les Romains pour arroser certaines plaines merveilleusement fertiles. Leur nourriture est insuffisante et des plus grossières. Sous ce rapport ils ne sont guère plus avancés que les premiers habitants de l’Afrique; ils n’ont gagné sur ceux-ci que l’art simple de moudre le blé, et d’en faire du pain. Les produits de la terre, ordinairement sans cuisson et sans apprêt, composent leur nourriture ; c’est par exception que la chair en fait partie. Les unshabitent des tentes, d’autres de misérables gourbis formés de roseaux ou de branchages enduits de terre, très-mal recouverts de chaume, ouverts à tous les vents, à la pluie, au froid et au chaud. Toute la famille y vit pèle-mèlo avec quelques animaux domestiques, couchant par terre sur une natte de paille, quelquefois sur une peau de mouton. Ils portent en toute saison le même vêtement de laine grossière; rarement ils le lavent; plus rarement encore ils le changent contre un neuf. Lorsque l’usuro en a emporté une importante fraction, beaucoup d’entreoux se contentent d’y mettre une pièceà la place du morceau manquant; et ainsi font-ils jusqu’à leur mort. Sans éprouver la moindre honte, ils font parade, dans les villes de l’Algérie, do leurs affreuses guenilles couvertes de vermine. Tout cet appareil de la misère ne mérite pointla pitié qu’il inspire à première vue ; la vie misérable de l’indigène est entièrement dans ses goûts, il ne la changerait point pour toute autre. Sa manière de vivre tient essentiellement à sa nature instinctiveinférieure, qui y trouve sacomplète satisfaction et qui repousse le confortable, en habita-

lion, en nourriture, en vêtements, confortable que nous apprécions si fort. Cette manière de vivre tient à ce qu’aurun désir ne le portant à travailler, il se complait dans sa paresse extrême, vivant au jour le jour, sans nul souci du lendemain. Peu attaché à la vie, comme la plupart des individus appartenant aux races inférieures, l'Arabe ne se défend pas contre les fléaux naturels. En temps de famine, il saura mourir de faim; pondant un hiver rigoureux, il se laissera périr de froid, mais il ne saura pas se procurer par le travail des moyens d’existence; il ne se livrera pas à de nouvelles cultures pour suppléer aux récoltes qui ont manqué, il n’améliorera ni ses vêtements ni son habitation. Le fait suivant, rapporté par le Courrier de Marseille, n°du 6 octobre 1867, mettra en évidence ces deux dispositions instinctives, portées à un si haut degré chez l’Arabe: la paresse et le mépris pour l'existence.

«Ce qui est de nature à inquiéter surtout les personnes qui s’intéressent à l’avenir de l’Algérie, c’est le manque de ressort que l’on est forcé de constater parmi la race indigène. On a espéré coloniser l’Algérie avec les indigènes, et donner un démenti aux assertions des Anglo-Saxons, qui prétendent que, pour coloniser, il ne faut compter que sur l’élément européen, et refouler ou exterminer l’élément indigène. Cette politique impitoyable et féroce répugnait à nos instincts. Nous avons donc fait en Algérie une part très-grande à l’élément indigène dans l’œuvre de la colonisation. Or quel est le résultat au bout de trente-sept ans d'occupation?

» Voici une anecdote que nous empruntons au Courrier de l’Algérie du 22 septembre:

»I n propriétaire de Birtouta avait besoin d’ouvriers, il y

a trois jours. Il s’agissait de travaux mécaniques à la portée des indigènes. Ce colon, sachant que ceux-ci manquaient absolument de moyens d’existence, se mit en campagne pour en trouver. lise mit abattre la broussaille, et finit par découvrir sous le feuillage des maigres lentisques des hommes étendus par terre.

» — Ile, l’arbi! l’arbi! réveille-toi!

» Un grognement sourd répondit à ces paroles.

» — Es-tu malade?

» — Mesquine barka ; macache manjaria.

» — Alors, viens travailler; tu gagneras un bon salaire et tu pourras acheter de quoi te nourrir.

» — Qu’est-ce qu'il dit? Moi crever demain;... Pourquoi travailler? macache travailler.

»Tous les Arabes firent la même réponse, sans sortir de leur immobilité; nul d’entre eux ne se serait dérangé pour un empire.

» Notre Colon rentra chez lui complètement désillusionné.

»Que personne ne prenne cette anecdote historique pour un conte bleu.

«Notre confrère algérien intitule cette anecdote: Philosophie pratique des Arabes. Nous ne serons pas aussi indulgent que lui. ou alors nous déclarerons qu’une telle philosophie est la négation absolue de toute civilisation. Avec de tels êtres, tout espoir de colonisation devrait être abandonné, et le système anglo-saxon de refoulement des indigènes et leur remplacement par des émigrants européens seraient le seul praticable, le seul sur lequel on pourrait espérer des résultats. — Etienne Mouttet.» — Cette conclusion est fort juste.

On a attribué l’insouciance de l’Arabe devant les causes de destruction, son fatalisme, à la religion qu’il professe; c’est là une erreur. L'Arabe accepte sans lutter tout ce qui peut le faire périr, parce que le sentiment de l'amour de la vie est très-faible chez lui. comme il l’est chez toutes les races inférieures, et parce qu’il est essentiellement paresseux. C’est de ces deux causes et de son ignorance de toute chose qu’est né son fatalisme. Le Kabyle, moins paresseux, est moins fataliste, quoique mahométan ; il lutte mal contre les causes de mort, c’est vrai, mais il lutte. Si l’Arabe est insouciant devant ces causes qui ne froissent point ses sentiments, il oppose une résistance énergique contre toute civilisation supérieure, parce qu’elle contrarie vivement ses sentiments naturels. L Arabe est essentiellement voleur; il s’approprie le bien d’autrui sans avoir la conscience de mal faire. Étant nomade, il ne tient pas au sol sur lequel il est né. et. s’il se révolte, ce n’est pas par amour de la patrie, mais par fanatisme religieux et pour se soustraire au contact d’institutions que repoussent ses instincts. S’il aime l’argent, c’est par pure avarice; ne sachant pas s’en servir pour son bien-être, il enfouit en terre celui qu'il possède et ne touche plus à ce dépôt. Donnerait-on cent mille francs à un Arabe, qu’il ne changerait rien dans sa manière de vivre ; il enterrerait son trésor, et la seule jouissance que ce trésor lui procurerait, serait de savoir qu’il le possède. Sa paresse et son incapacité l’ont empêché de jamais rien créer par lui-même; il a laissé dépérir, ou bien il a détruit ce que d’autres ont édifié. S’il est porté pour la guerre, il est loin de la faire toujours avec courage; il n attaque pas ouvertement, mais par surprise. Poussé sans cesse à la révolte, soit parce qu’il ne peut sup-

porteries civilisations trop au-dessus de sa portée, soit par fanatisme, soit par amour du pillage et de la destruction, il n’attaque que lorsqu’il est supérieur en nombre; alors seulement il est audacieux! . . . . Appartenant à ces races inférieuresqui ne comprennent que la force brutale, si la race conquérante ne lui fait pas sentir d’une manière incessante sa supériorité, il ne tarde pas à manifester la répulsion qu’il a pour elle et pour ses institutions. Si on leflatte, il a la conviction qu’on le craint, et il devient impertinent, hautain, menaçant. Dépourvu de reconnaissance, l’Africain arabisé est insensible aux bons procédés. La généreuse mesure qui lui donne des terres en propriété, et qui satisferait toute population de race supérieure, mesure qui l’émancipe de chefs avides, rapaces et tyranniques, contrarie ses goûts; il met toutes lesentraves possibles à l’exécution de cette mesure, il refuse souventde fournir lesrenseignements nécessaires aux géomètres chargés de poser les limites des tribus et des douairs, préférant la mauvaise et barbare administration d’un Africain à celle infiniment plus douce des Français, mais qui n’est pas en rapport avec sa nature instinctive. Nos hôpitaux lui sont insupportables, quoiqu'il y soit bien logé, bien nourri, bien couché et soigné, quoiqu'il y trouve un confortable qu’il n’a jamais goûté dans sa misérable demeure. Celui qui, par exception, se hasarder entrer dans un hospice, n’y fait pas un long séjour. Ses instincts le dirigent dans son affreux gourbi, où tout lui manquera, et où, incontestablement plus satisfait, il périra enveloppé dans ses haillons et couché sur la terre ! Privé de sens moral, ce n’est pas le sentiment du devoir qui le détourne de ses mauvais penchants; ce sont des sentiments égoïstes, tels que l’intérêt, la crainte, les affec-

lions; etc. La religion sensuelle de Mahomet est tout à fait conforme à sa nature instinctive: entée sur un caractère tenace, emporté, et sur une ignorance profonde, cette religion prend chez lui les proportions du fanatisme le plus exalté. Sous cette influence, il considère le vol et l'assassinat des chrétiens comme une œuvre pie. Mahométan avant tout, il a abandonné sa langue primitive pour adopter celle du Koran. L’orgueil de l’Africain de la plaine est tel, que ses luttes contre les Français l’ont à peine convaincu de son infériorité; et lorsque ceux-ci ont été contraints de lui en donner des preuves, il les a bientôt oubliées. si un marabout, exploitant sa stupide crédulité, l’excite à la révolte, à la guerre sainte. Trente-sept années de défaites ne l’ont point éclairé sur son impuissance. Les malheurs qu’il a essuyés après son insurrection de 1864 11e l’ont point impressionné, et les rapports des personnes qui ont parcouru les contrées où avait régné la révolte, affirment qu 'après le rétablissement de l’ordre, loin de regretter sa rébellion, il se montra plus insolent que jamais. L'Africain , aussi faiblement doué en intelligence qu’en facultés instinctives, n’a jamais apprécié l’utilité et le mérite des sciences et des arts. Jamais il n’a cru qu’un Français pouvait voyager simplement pour admirer les beautés de la nature, pour s’instruire, pour réunir des objets de curiosité. Mis en contact avec les merveilleuses créations des nations civilisées, il y reste complètement insensible.

« Deux membres de la commission scientifique conduite en Egypte par Bonaparte, Monge et Berthollet, dit Arago, s ciaient occupés des moyens de frapper l’imagination des Orientaux par des spectacles empruntés aux arts, aux sciences, qui semblaient propres à montrer la supériorité de la

France et à fortifier notre conquête. Ces tentatives restèrent presque toujours sans résultat. Un jour. Bonaparte demanda aux principaux cheiks d’assister à des expériences de chimie et de physique. Dans les mains de Monge et de Berthollet, divers liquides éprouvèrent les plus curieuses transformations. On engendra des poudres fulminantes; de puissantes machines électriques fonctionnèrent avec tous leur mystères; on produisit au moyen du galvanisme des convulsions chez des animaux morts et dépécôs. Les graves musulmans n’en restèrent pas moins impassibles devant toutes ces expériences. Monge n éprouva pas une moindre déconvenue le premier vendémiaire, septième anniversaire de la République. Il avait été décidé que ce jour-là on rendrait les indigènes témoins d'un spectacle qui semblaitdevoirfrapper inévitablement leur imagination. L’ascension de U aérostat préparé par Conté réussit à souhait ; mais les Africains n’en montrèrent aucune surprise. On vit même bon nombre d’individus de tous les rangs traverser la grande place Usbékieh sans daigner lever la tète au moment où le ballon planait majestueusement dans les airs.»

Les armes et les chevaux fixent principalement l’attention de l’Arabe, ces objets se rattachant à la guerre, vers laquelle le portent son orgueil et son amour pour la rapine. Essentiellement faux et menteur, il nous a appris à ne pas nous fier aux paroles dorées et aux protestations amicales qu’il sait si bien prodiguera l’occasion. Enfin, un dernier coup de pinceau achèvera son portrait : rêveur, contemplatif, dominé parle sentiment du merveilleux, amoureux des formes poétiques, l’Arabe pur principalement se plaît à revêtir ses pensées d’allégories. Cette disposition d’esprit

explique en partie ses tendances religieuses et son fatalisme. Mais quelques pensées remarquables, inspirées par son imagination vive et colorée, ne suffisent pas pour attribuer à sa race une élévation qu’elle n’a point.

De même qu’on l’observe dans toutes les races inférieures, une grande uniformité règne dans les caractères physiques, intellectuels et instinctifs, des individus composant cette race vulgairement appelée Bédouine. On y rencontre peu ces variétés si prononcées chez les races supérieures. Tous les Arabes purs se ressemblent, et les Africains mélangés avec le sang arabe ont également des traits uniformes. Cependant, de même que dans toute agglomération d individus, il y a dans cette population deshommes exceptionnellement bonsetd’autresexceptionnellementmauvais.

En somme, l’Africain du nord, mis en contact avec les civilisations avancées et habitant un pays très fertile ; l’Africain placé, par conséquent, dans les circonstances les plus favorables pour progresser, est resté immobile dans son infériorité, se plaisant uniquement dans la vie misérable qu’il s’est créée, et à laquelle il tient si essentiellement que son contact avec une civilisation plus avancée que la sienne le contrarie profondément, quoiqu’iln’y participe point.

Pour démontrer que les milieux ont le pouvoir de produire les grandes variétés présentées par les races humaines. M. Quatrefages, un des défenseurs du monogénisme, cite une population irlandaise qui, chassée il y a deux cents ans dans une contrée froide et stérile, où elle vit en quelque sorte isolée des autres hommes, a changé d’aspect sous l’influence du climat, de la misère et de l’ignorance, a Ces Irlandais, dit-il, ont la bouche entr’ouverte, les dents pro-

jetees en avant, les mâchoires avancées, le nez déprimé, la taille plus potito, le ventre ballonné, les jambes cagneuses, les traits semblables à ceux d’un avorton, caraclères appartenant aux races australiennes'.» Que l’intempérie du climat et l’extrême misère produisent lamaigreur, rabougrissent le corps, amènent le ballonnement du ventre, rendent les jambes cagneuses, et déterminent l’affection scrofuleuse dans ses différentes formes, cela est parfaitement exact; mais il y a contradiction évidente en avançant que ces Irlandais qui ont les traita d'un enfant venu au inonde avant terme, ressemblent aux Australiens, et qu’ils ont les dents projetées en avant et les mâchoires avancées; car rien no ressemble moins à la tète d’un avorton que la tète d’un Australien. Tandis que celui-ci a le crâne très-petit, comparativement à sa face volumineuse etprojotéeen avant, l’avorton a le crâne très-volumineux, comparativement au faible développement do sa face. Une race supérieure forcée de subir les plus mauvaises conditions hygiéniques, n’en restera pas moins race supérieure ; car, sous une influence salubre, elle reprendra bientôt toutes ses qualités. En outre, si les mauvaises conditions telluriques et atmosphériques exercent leur influence sur les populations qui y sont soumises, ce n’est jamais d’une manière égale et uniforme sur tous les individus de cette population ; il s’en rencontre toujours, dans le nombre, dont l’organisme est assez puissant pour résister à ces causes. Dans les contrées qui produisent un grand nombre d’ètresscrofuleux, rachitiques, rabougris, naissent également des hommes robustes et bien conformés; à côté du crétinisme le plus hideux,

1 Unité de l'espèce humaine, pag. 228.

l'homme de génie peut prendre naissance chez les races supérieures. Saint-Jean de Maurienne, en Savoie, ville trèsféconde en crétins, a donné le jour à Foderé, l’illustre professeur de la Faculté de Strasbourg, le véritable créateur de la médecine légale. Ce qui caractérise l'infériorité radicale de la race, c’est que, placée sur une terre fertile, sous un bon climat, circonstances dans lesquelles se trouvent les Africains du nord, les Australiens et tant d’autres peuplades, cette race reste indéfiniment inférieure par ses caractères physiques, intellectuels et moraux; c’est que, miseencoutactavec des civilisations avancées, elle repousse constamment ces civilisations, sans jamais se laisser influencer par elles.

L’exemple suivant sera une nouvelle preuve que les milieux, considérés, non-seulement <lans le climat, mais encore clans le contact avec des individus de race supérieure, clans la religion, dans les institutions, sont incapables d’opérer quelque changement dans la nature psychique de l’homme de race inférieure, si l’organisme de cet homme n’a pas été préalablement modifie par un mélange constant avec une race supérieure. On saitqu’un grand nombre d’ Africains suivirentles Arabes en Espagne, et qu ils s’y fixèrent avec eux. Or. on rencontre aujourd’hui, dans les anciens royaumes arabes de Valence et de Murcie, des populationsabsolumentsemblablesàcellesqui. dans l’Algérie, sont formées par le mélange des Arabes et des Africains* . Les Bédouins espagnols sont bruns, secs, osseux, portant le mollet très-haut; leur crâne est petit, leur front est fuyant,

1 Ces renseignements m'ont été donnés par un Français habitant Alicante depuis vingt ans, fort versé dans l’histoire des habitants de l'Espagne, M Rippolyte (luourny.

leur nez proéminent. Ils sont fiers, orgueilleux, graves, taciturnes, de mauvaise foi. Rancuniers et vindicatifs, la vendettaest pour eux une suprême satisfaction. Ils n’ont aucun regret des assassinats qu’ils commettent, et ces actes n’inspirent aucune horreur aux témoinsde même race qu’eux. Ceux-ci excusent le meurtrier en disant que c’est la chaleur du sang qui leur a fait commettre cet acte. Ils sont très-jaloux, et plus de leur maîtresse que de leur femme. Ils méprisent celle-ci, et ne lui permettent pas de manger avec eux. Leur sobriété est très-grande. Paresseux à l’excès, ces faux Espagnols demandent à la contrebande, qui metleur vie en péril, un gain facile; l’idée d’affronter un danger leur plaît et les relève à leurs propres yeux. Ils dédaignent l’escroquerie et le filoutage, préférant le vol à main armée; ils admirent et poétisent les brigands, et font des complaintes en l’honneur des suppliciés. Profondément ignorants et pleins de superstitions, ils croient aux filtres, aux charmes, et aux sorciers. Réfractaires à tout progrès, ils conservent obstinément les mœurs de leurs ancêtres. La religion chrétienne, qu'ils ont fait descendre au niveau de leur infériorité psychique, a beaucoup d’analogie, chez eux, avec le paganisme, et môme avec le fétichisme. Les saints sont des dieux lares qui jouent un grand rôle dans la vie de famille. Malheur à ces demi-dieux, s’ils n’exaucent pas les demandes qui leur sont adressées: ils sont accablés d’injures. La religion de ces Espagnols n’a aucun but moral; elle elle est simplement, à leurs yeux, un moyen de racheter à bon marché les fautes qu’ils commettent. Un cierge brûlé, un habito, sorte de vêtement demi-monastique, porté plus ou moins longtemps suivant la gravité du cas, voilà les moyens de rédemption qui, une fois accomplis, laissent leur

conscience égoïste parfaitement tranquille. Il y en a qui tiennent un compte-courant en méfaits et en pénitences par doit et avoir, avec l’objet en vénération de la localité, qui, à Alicante, par exemple, estl’image de la sainte Face. Tantôt on lui doit, et tantôt c’est elle qui doit. Ils montrent, dans le christianisme de bas étage qu’ils se sont fabriqué, autant de fanatisme aveugle et exalté que les Africains arabisés en montrent pour la religion de Mahomet. Comme catholiques, ils professent contre les musulmans, dont ils no se doutent pas de descendre, le même mépris que ceux-ci éprouvent contre les chrétiens. L’injure à laquelle ils sont le plus sensibles est la qualification de Maures. Dans les grandes fêtes de l’Église, leur divertissepnent par excellence est de simuler un combat entre les chrétiens et les Maures. Dans ces mêlées , les acteurs représentant les chrétiens sont tellement excités contre leurs adversaires, que ceux-ci sont obligés de se défendre sérieusement. Rarement ces combats se terminent sans blessures plus ou moins graves. Chez ces populations, le clergé n’est respecté que tout autant qu’il ne gênera pas trop les passions individuelles. La physionomie que prend le christianisme, chez ces populations d’origine africaine et arabe, nous prouve que ce sont les facultés supérieures qui font les religions supérieures, les institutions nobles et élevées, et que ce ne sont pas ces religions et ces institutions qui rendent supérieures les facultés et les races. Les religions qui se basent sur la morale n’impriment sérieusement une bonne direction aux coutumes et aux mœurs, que si les populations possèdent les sentiments capables d’apprécier cette direction comme bonne. Et cela se conçoit : une religion morale peut bien stimuler, fortifier, épurer les bons sen-

timents qui existent en germe dans le coeur de l’homme: mais elle ne donnera jamais aux races inferieures les facultés instinctives supérieures quelles n’ont point, ou quelles ne possèdent que dans des limites fort restreintes. Chez toutes ces races, la religion la plus noble perd son caractère élevé et se met au niveau de l’état psychique de ceux qui la pratiquent. Ces races n’atteindront jamais les régions élevées du christianisme pur ou des idées philosophiques; il leur faut des religions inférieures, à la taille de leurs facultés. Le clergé algérien l’a si bien compris, qu’il s’est abstenu de faire des prosélytes parmi les indigènes, de peur de compromettre le catholicisme local par l’adjonction de néophytes aussi pauvrement doués.

L’habitation du Bédouin espagnol est une véritable baraque couverte de chaume, à toiture très-inclinée ; il y vit pêle-mêle avec ses animaux domestiques et sa chère vermine, pour laquelle il professe le plus grand respect. D’autres habitent des maisons basses, sales et sans aucune commodité. On rencontre parfois des villages impossibles à décrire, tant ils se confondent avec les pierres et les broussailles. L’habitant de ces demeures se couche sur un banc de pierre ou sur la terre, enveloppé dans sa mante.

Ses vêtements ont une grande analogie avec ceux des Albanais; chemise entoile blanche, petit gilet étriqué, ample jupe à manches pour le passage des jambes descendant jusqu’aux genoux, chaussures en sparterie, et un mouchoir de couleur enroulé autour do la tête, à la place du turban ou de la corde en poils de chameau, dont les Arabes s’entourent la tête. Les jambes, nues en été, sont couvertes en hiver avec des bas de laine montant jusqu’au mollet. Une mante bariolée, jetée fièrement à la Romaine

sur les épaules, complète le costume. Les femmes portent des costumes européens qui se distinguent par des couleurs éclatantes et disparates.

Nous pouvons nous figurer, par ce tableau, ce que serait la race arabo-africaine de l’Algérie subissant les formes d’une civilisation au-dessus de sa nature, si elle professait la religion chrétienne, avant d’avoir été préalablement relevée par un mélange continué pendant plusieurs générations avec les races européennes. Elle compromettrait, ii n’en pas douter, des institutions pour lesquelles elle n’est point faite. En Espagne, cette race a sensiblement abaissé le niveau intellectuel et moral de la population, principalement dans les lieux où les Maures ontséjourné.

Facultés instinctives des Kabyles. — L’ancien Numide, actuellement appelé Berbère ou Kabyle, possède une nature instinctive différente de celle de l’Arabe'et de l’Africain mélangé avec la race arabe. Il est essentiellement positif, ami exclusif du fait. Le sentiment du merveilleux étant peu prononcé chez lui, il n’a pas de goût pour les rêves de l’imagination: son langage n’est point poétique, et le sentiment religieux a bien moins de [irise sur son esprit que sur celui de ses voisins. Nullement créateur et inventif, mais doué d’une certaine activité, il est porté à imiter ce qu’il voit faire. Il a appris diverses industries des races supérieures, et s’est fait artisan : il est forgeron , armurier, maçon, bijoutier, fabricant de poudre, et même de fausse monnaie. Son intelligence bornée n’a pu se fixer que sur des ouvrages matériels. Entêté, hargneux, d’un commerce difficile, il est bien moins sociable que l’Arabe et que 1 Africain arabisé. Après la pioche, la scie et le marteau, il ru* connaît que son fusil. L amour de l’indépendance est

sa passion dominante. Son crâne, qu’il est facile d’étudier, étant presque toujours découvert, est d’une petitesse remarquable, comparé à celui de l’Européen: sonfrontest cependant moins fuyant que celui de l’Arabe. Son mollet est placé haut, circonstance anatomique qui s’observe chez toutes les races inférieures. Les attitudes qu’il prend, les poses qu’il donne à ses bras et à ses mains, ressemblent beaucoup à celles que l’on observe chez les sauvages de l’Océanie.

Présentons sur ses mœurs quelques traits importants qu’a fait ressortir le prince Ribesco, dans un travail publié par la Revue des Deux-Mondes, n° du 1er avril 1 865:

« L’organisation de la société arabe1 est aristocrate, presque féodale; celle de la société kabyle est démocratique et égalitaire. Chacun de ses membres prétend s’ingérer dans la direction des affaires. L’Arabe no connaît d’autre loi que sa loi religieuse ; le Kabyle, bien que musulman, place ses devoirs de citoyen au-dessus de ses devoirs religieux, sa coutume nationale au-dessus du Koran. Aussi l’obstacle de la religion, qui se dresse entre nous et l’Arabe , n’existe plus entre le Kabyle etnous, qu’en seconde ligne. » C’est à cette circonstance que M. Ribesco attribue le refus que firent les Kabyles de participer à l’insurrection, en grande partie religieuse, de 1864. «Ils sacrifient volontiers leur vie et leur avoir pour leur indépendance, mais non pour leur religion. Au premier plan, on trouve chez le Kabyle sa passion d’égalité civile et politique, son amour du travail et de l’industrie. Sur ce terrain, il est tout accessible au progrès, et, si nous savons

1 C’est l’habitant de la plaine, soit Arabe pur, soit Arabe mélangé de sang africain, qui est ici désigné sous le nom A' Arabe.

flatter en lui le travailleur et le eitoven, le musulman s’efface. L’élément kabyle se rapproche de nous par les côtés qui l’éloignent de l’Arabe. Il est donc assimilable et perfectible. » Il ne faudrait pas cependant se faire illusion sur sa perfectibilité et sur son assimilation, qui ne seront jamais que fort limitées. Nous ne sommes pas plus aimés de lui que de l’habitant de la plaine ; son fanatisme politique est aussi intraitable que le fanatisme religieux de ce dernier. Le Kabyle sera porté à se révolter contre nous, toutes les fois que nous voudrons exercer sur son territoire un pouvoir plus grand qu’une simple suzeraineté; il repoussera toujours nosmœurs, nos coutumes et nos institutions, qui ne sont point en rapport avec sa nature instinctive. a Le Kabyle est prêt à tout sacrifier pour la question du point d'honneur. Doué d’une grande activité, les luttes sont dans sa nature ; aussi existent-elles en permanence entre les villages, petites républiques, ou entre individus du même village ; l’accord ne s’établit entre tous que pour nous combattre.

» L’intérêt légal, «à 33 pour cent, de l’argent qu’il prête, dénote son extrême rapacité ; cependant il est charitable envers les pauvres et les vieillards qui ne peuvent pas travailler. '

«Le Kabyle a conservé sa langue; il apprend l’arabe seulement pour les besoins de son commerce, et non pour étudier le Koran. Le Kabyle dont les affaires n’exigent pas la connaissance de cette langue ne l’apprend point. Musulman sans fanatisme ni respect excessif pour la loi de Mahomet, il mangera du sanglier s’il n’a pas d’autre nourriture à sa disposition, et en temps de Ramadan il boira pendant le jour, s’il est pressé par la soif. Les Kabyles, au-

Irefois chrétiens, ont apostasie douze fois avant d’embrasser franchement l'islamisme, tellement la question religieuse est secondaire chez eux. Ils n’aiinent pas l’instruction, le livre écrit; ils n’ont aucun désir de connaître. Ils ignorent leur propre histoire, que savent cependant leurs voisins rie la plaine. Ils répugnent tellement à toute écriture, qu’ils ont perdu l’alphabet particulier à leur langue, et ils écrivent maintenant celle-ci avec les lettres arabes. Ils n’ont pour toute littérature que des chansons orales dans lesquelles ils manient assez bien la raillerie. » Privés de causalité, dépourvus du sentimpnt du merveilleux, et peu craintifs, ils devaient nécessairement être peu religieux.

Les Kabyles méprisent les Arabes et les Africains arabisés, ils évitent leur contact en s’isolant dans les montagnes'. L’intempérie des lieux qu’ils habitent les a obligés

1 Les Kabyles marocains se sont également isolés, en grande partie, des autres habitants du Maroc, de race différente de la leur. Ils occupent une contrée riche en produits, limitée à l’ouest par l’Océan entre Mogador et l’Oued-Noun , et au sud et à l’est pur le désert. Ils échangent à Mogador leurs marchandises contre de l’argent, ipi'ils enfouissent, n’acceptant en paiement que lort peu de produits européens. Quoique riches, ils sont déguenillés et malpropres à un degré incroyable. La terre de ce pays, ainsi que le trésor particulier de l’empereur du Maroc, sont les réceptacles qui renferment toutes les anciennes piastres d’Espagne, réceptacles d'oii elles ne sortent plus. Ce n’est pas la crainte d’étre spoliés par l’empereur qui pousse les Kabyles marocains il enterrer leur argent, ces Africains éta.it à pou près indépendants, le pouvoir du souverain sur eux n’ayant jamais pu s'élever au-dessus d'une suzeraineté semblable à celle que la France exerce sur les Kabyles du Djurjura. Ces Kabyles marocains sont industrieux, artisans et agriculteurs, comme ceux de l’Algérie; ils fabriquent, enlreautreschoses, des armes renommées dans le pays; ils ont une langue particulière appelée le schleuli, qui n’a aucun rapport avec la langue d&s Kabyles algériens, qui sont pourtant de même race qu'eux.

La Tunisie a également sa Kabylie, pays montagneux qui confine avec l'Algérie à l'ouest, et que la mer baigne an nord. Les tribus qui habitent

de construire des habitations en maçonnerie, mais ces habitations ne sont point supérieures à la tente et au gourbi ; tout y est primitif, malpropre et sans aucune commodité. Les Kabyles n’ont pas plus profité que les Arabes des modèles que leur ont offerts de tous temps les habitations des Européens, leurs instincts ne les ayant jamais engagés à se mieux loger. Leur nourriture et leurs vêtements sont aussi simples et aussi insuffisants que ceux des autres indigènes. En résumé, quoique leurs facultés psychiques différent considérablement de celles des Arabes, elles sont aussi inférieures que celles de ces derniers; seulement elles le sont d'une manière différente. Les Kabyles repoussent avec autant d’énergie notre civilisation, et redoutent peut-être davantage notre domination que les autres Africains. Leur contact avec nous n’aura pas plus d’effet sur eux que leur contact avec les Homains. a La transformation du caractère africain par la civilisation romaine, dit M. Bibesco, après quatre siècles de contact, parait nulle»: ils sont en effet aussi sauvages qu’ils l’étaient aux temps les plus reculés. S’ils ont fait un certain progrès dans le principe, ce progrès est le seul dont ils aient été capables, la nature de leurs facultés s’opposant à ce qu’ils aient pu faire un pas do plus en avant.

L'exemple des Africains et des Arabes , vivant côte à

cette partie de la Régence sont très-belliqueuses ; elles paient un impôt au bey ; mais , en réalité , 1 autorité que celui-ci exerce sur ces montagnards est toute nominale ; ceux-ci ne reconnaissent que celle de leurs caïds, contre lesquels ils se révoltent assez fréquemment.

Les divers renseignements que j’ai consignés dans cet article sur le Maroc ont été pris par moi-méme sur les lieux, ayant séjourné un an dans ce pays en qualité de médecin, en contact journalier avec les diverses races qui 1 habitent, et parlant l’arabe.

côte, à peu près de lu même manière, sous le même climat, dans des milieux semblables, et conservant chacun exactement leurs caractères physiques et psychiques si tranchés, lorsqu’ils n’ont pas mélangé leur sang, cet exemple , dis-je , prouve bien que ce ne sont pas les milieux qui font les races humaines, et que ces races sont . pur conséquent , le produit de souches naturelles primitives. Il prouve aussi que le mélange seul peut opérer dans les races des modifications importantes dans le sens de l’élément qui prédominera dans ces mélanges.

Facilites instinctives des habitants de Biskara et de ses environs. — Par leurs instincts et leurs penchants, les Biskris diiTèrent assez des autres habitants de l’Algérie, pour que les particularités qui les différencient méritent d’être signalées. Industrieux, aimant le travail comme les Kabyles, ils différent de ceux-ci, ainsi que de l’ Africain de la plaine, par quelque attraction pour les mœurs européennes; ils vivent volontiers avec les Français; ils émigrent flans les villes, où ils se font commissionnaires, portefaix , conducteurs d’omnibus, décrotteurs , cafetiers , domestiques, etc. Lorsque l’armée française, poursuivant le lieutenant d’Abd-el-Kader. se présenta devant Biskara, elle y fut accueillie avec joie par les habitants, qui chantèrent spontanément, dans la mosquée, en présence du duc d’Aumale, le Te Deum de l’islamisme. D’après la relation des journaux, c’est aussi dans la province de Gonstantine que l’Empereur Napoléon III reçut, en 1865, le meilleur accueil des Africains. Cette province est celle où la révolte contre notre domination s’est le moins souvent manifestée. La différence instinctive importante qui existe entre les Biskris et les autres indigènes trouve son explication

dans le mélange longtemps prolongé des Romains, pendant leur séjour en Algérie , avec les habitants de cette contrée, séjour attesté par des ruines nombreuses et par l'histoire. L’introduction de l'élément européen dans leur race ayant sensiblement élevé leur nature instinctive , ils nous recherchent au lieu de nous fuir.

Facultés instinctives des individus appartenant à la tribu des Beni-Mzab. — Au sud des provinces de Constantine et d’Alger, sur les limites du désert, se trouve l’importante tribu des Beni-Mzab , que la tradition fait descendre des Moabites et des Ammonites. Fixés, après leur émigration, sur le littoral méditerranéen de l'Afrique, les invasions successives les ont refoulés dans l’intérieur, sauf un certain nombre qui habitent l'ile de Djerba , appartenant à la Tunisie. De même que les Biskris, les Mozabites recherchent les villes habitées par les Européens et s’y fixent. Ils sont laborieux , bons artisans et bons serviteurs ; ils ont la spécialité de préparer les bains maures et d’opérer le massage, non-seulement dans la Tunisie et dans l’Algérie, mais encore dans le Maroc. Ils ont beaucoup d'aptitude pour le commerce. Les boutiques de la rue Couverte de Constantine sont tenues en grande partie par des Mozabites. Leur peau est blanche , quelques-uns ont les yeux bleus et les cheveux blonds. Ils ressemblent beaucoup , soit physiquement , soit psychiquemont , aux Israélites ; ils en diffèrent cependant par leur propreté et par leur loyauté dans les affaires commerciales. Leur origine de la Palestine et de ses environs , leur mélange autrefois fréquent avec les Hébreux, expliquent la ressemblance que je viens de signaler. L’histoire rapporte même une circonstance dans laqueUe ce mélange parait avoir pris de

grandes proportions : celle où les Israélites, séduits par les tilles Moabites , se laissèrent entraîner au culto de Belphégor. Les Mozabites et les Israélites vivent fort bien ensemble. Quelques Israélites se sont glissés dans le pays des Beni-Mzab , et là, plus qu 'ailleurs, ils trouvent une tolérance hospitalière, à la condition de se conformer aux lois du pays. Ils ont leur synagogue, leurs rabbins, leurs écoles ; il leur est même permis de s’habiller à pou près couime les Beni-Mzab. Cette tolérance de ceux-ci envers les Juifs est d’autant plus curieuse qu’elle ne s’étend point aux Arabes, dont ils diffèrent par les goûts, les instincts et les mœurs. Les Beni-Mzab sont inahométans, mais de la secte ouhabite; ils sont schismatiques, et en cela ils ont encouru le mépris des autres mahométans ; ils ont des mosquées particulières. Ils sont plus sévèrement religieux que les Arabes. Leur pureté do mœurs est poussée jusqu’au rigorisme : ce sont les puritains du désert. Religieux observateurs de la foi jurée, ennemis du mensonge, ils mourraient de faim auprès du dépôt (pii leur est confié. Généralement très-sobres, ils ne mangent que des mets préparés chez eux et par eux ; ils ne prisent ni 11e fument : ils ont l’ivresse en horreur. Les Mozabites ne vivent point, comme les Arabes, delà vie nomade; la plupart se sont groupés dans dos enceintes : ils ont conservé leurs instincts primitifs et les mœurs que ces instincts engendrent. Ils vivent côte à côte avec les Arabes, qui, eux aussi, ont conservé leurs iystincts éminemment vagabonds; et de leurs relations habituelles il est arrivé que les uns et les autres sont devenus propriétaires sur le même sol ; mais l’Arabe qui possède ne cultive pas ; le citadin , le Mozabite , est son fermier. Par contre, les troupeaux que celui-ci possède.

il les eonfie aux Arabes de la tribu. La langue des Beni- Mzab est particulière à la tribu, elle n'a aucun rapport avec la langue kabyle. De même que les Kabyles, les Beni- Mzab se servent de la langue arabe dans leurs relations commerciales.

Lïle de Djerba (Tunisie; est peuplée en partie par des Beni-Mzab et en partie par des Arabes. Eh bien ! ces deux races vivent ensemble dans cet espace circonscrit, en conservant chacune ses mœurs et la secte religieuse qui convient le mieux à ses instincts, à ses goûts. Ces races gardent entre elles une réserve glaciale. Il y a très-peu de villages où elles se soient mêlées; les alliances de l’une à l’autre sont fort rares; chacune a ses mosquées, elles évitent de prier ensemble.

Nous voyons donc toujours que les facultés, que les mœurs et les coutumes qu elles engendrent, sont essentiellement liées aux races, aux types primitifs créés par la divinité ; que ces types ne se modifient sérieusement que par le mélange du sang, et que les milieux n'ont pas le pouvoir d opérer des créations, de donner ou de soustraire des facultés.

Cet aperçu sur les habitants de 1 Algérie, écrit en partie en 1 864 , à la suite d'un voyage que je fis dans l'Afrique française, a une grande conformité de vue avec les idées exposées dans un travail récent du savant ethnologiste et historien, M. Henri Martin, ainsi qu’on pourra le juger par les citations suivantes* :

« Lue erreur ethnographique, dit-il, menace d’avoir de graves conséquences politiques, et pourrait compromettre,

1 Ce travail a été publié en plusieurs articles dans journal le Siècle, pendant le mois de décembre 1865 et en janvier 1866.

si 1 on y persistait, l’avenir de notre seule grande colonie. On ne saurait, sans être profondément alarmé, entendre émettre la pensée que l’Algérie est un royaume arabe, et que l’influence de ce royaume de trois millions d’Arabes doit rayonner sur un ensemble de quinze millions d’hommes appartenant à la même nationalité et occupant tout le nord de l’Afrique, sans compter l’Asie. Cette pensée, poussée à ses dernières conséquences, rendrait impossible la colonisation. sans laquelle il n’y a point d’Algérie française, et ne nous donnerait en compensation aucun point d’appui au dehors.

» Il n’y a pas quinze millions d’Arabes en Afrique, il n’y a pas trois millions d’Arabes en Algérie. La très-grande majorité des indigènes du nord do l’Afrique en général, et de l’Algérie en particulier, ne sont point arabes. Il y a ici un grand et dangereux malentendu. On a confondu l’unité de religion avec l’unité de race, et partout où l’on voyait des musulmans, on a cru voir des Arabes, ou tout au moins des populations fondues, absorbées dans l’élément arabe. Il n’en est rien pourtant. Les Arabes ne sont en Afrique que des étrangers, une minorité conquérante qui n’a jamais légitimé sa conquête; car elle n’a jamais rebâti les villes, ni replanté les forêts qu’elle a brûlées ; jamais rendu à la fertilité les sillons qu’elle a stérilisés; jamais remplacé, en un mot, la civilisation qu’elle a détruite. Le conquérant ne s’est jamais élevé au niveau de la population conquise; et, par conséquent, c’est sur celleci, et non sur l’Arabe, que doit s’appuyer le nouveau et le plus légitime conquérant, le Français.

» Les vrais indigènes de l’Algérie, de tout le nord de l’Afrique, sont les Berbères ou Kabyles.... D’après ledoc-

teur Warnier, les Arabes purs par le. sang, par les idées et les institutions , ne dépasseraient pas le nombre de 500000 en Algérie. Les Berbères purs, ceux qui ont conservé au complet leur organisation ou leur langue, atteindraient le chiffre d’un million. Le reste de la population musulmane, 1 ‘200000 environ, seraient des Berbères plus ou moins arabisés, parlant un mauvais arabe mêlé de locutions berbères, et ayant subi l’influence des conquérants, tout en gardant les tendances et en partie les habitudes de leur race. Les Berbères purs sont, en général, étroitement resserrés dans les massifs de montagnes ; les Berbères arabisés se sont plus ou moins entremêlés avec les tribus arabes, dans les plaines, dans les landes, sur les plateaux.

«Les Arabes ne connaissent que la tribu, et non point la nation. Ils habitent la tente, changent de résidence suivant les saisons et les besoins de leurs troupeaux.

«Les Berbères fixés au sol par la culture habitent des maisons agglomérées. Les Berbères arabisés habitent la hutte de pierre dans les montagnes, la maison dans les oasis, et les gourbis dans les plaines.

» Dans les immenses espaces occupés parles Arabes, le pays est désolé, sans arbres, sans travaux d’arrosage; il il n’y a que palmiers, jujubiers sauvages, et. de loin en loin, quelques cultures passagères et superficielles. Aucun abri, ni provisions pour les bestiaux exposés à tous les excès de température, d’où résultent des pertes considérables. Dans la tribu arabe, il n’y a point de propriété ; ce sontdes communistes gouvernéset exploités très-durement par des aristocraties héréditaires.

«Le Berbère exploite les forêts; l’Arabe les brûle. Le

Berbère repousse 1-e barbare procédé du défrichement par l’incendie, que pratique l’Arabe.

» Le commerce avec le Berbère est loyal et sûr, il l’est beaucoup moins avec l’Arabe.

» Si, par barbarie , on entend: grossièreté et trivialité, l'Arabe n’est point un barbare, c’est une nature distinguée, une race noble , mais de cette noblesse qui ne sait rien oublier, ni rien apprendre; c’est la plus improgressive des races; elle n’a pas changé depuis Ismaël !... Mais, si barbare veut dire : ennemi tout «à la fois de la vio agricole et de la vie citadine, l’Arabe est resté parfaitement barbare; il necultivequequand il ne peut pas faire autrement. Il a atteint de bonne heure, et presque dés l’origine, un niveau moral d’une certaine élévation, mais d’une élévation stérile ; et il en est resté la* .

» L’illusion répandue sur son compte tient à ce que ses grandes conquêtes, à l’époque de l’invasion musulmane, avaient mis à sa disposition des éléments qui lui étaient étrangers, et dont on lui a imputé les mérites. Les savants philosophes, les artistes qui ont illustré le kalifat de Bagdad et les autres centres musulmans, sortaient, pour la plupart, de l’ancien empire persan ou iranien, ou des populations gréco-syriennes.

» Quant à la brillante civilisation des Maures en Espagne, on peut admettre que l’élément chevaleresque appartient aux Arabes , développant dans un milieu favorable ce qu’il y avait de poétique dans leur génie, et s’élevant à des rapports sociaux, particulièrement avec les femmes, qu’on ne retrouverait plus chez leurs descendants. Pour ce qui re-

1 Cette élévation prompte, mais limitée et infranchissable’, s'observe chez toutes les races inférieures. (Note de l’Auteur.)

garde les éléments positifs, scientifiques et économiques de cette civilisation, le grand développement urbain et agricole, le système d’irrigation si justement vanté, c’est aux Berberes, hériters des traditions romaines, etplus nombreux en Espagne que les Arabes, qu’il faut en faire l’honneur’.

»On peut ajouter que le vieux fonds des populations de ce qu’on appelait autrefois l’Arabie heureuse (Yemen), les cultivateurs de café, les sujets de la reine deSaba, auteurs d’immenses travaux hydrauliques dont on retrouve encore les débris, ne sont point des enfants d'Isinaël , mais bien des fils de Chain, des Kouschites, et sont plutôt parents des Berbères que des Arabes ismaélites.

1 Tout ce que les inahoméLans^nt produit de remarquable en Espagne ne doit pas être imputé ii la race arabe ui à la race africaine. Les royaumes arabes de la péniusule ibérique étaient habités par un plus grand nombre d Européens que d'Asiatieo- Africains ; les mariages entre les inahométaus et les chrétiens étaient même Irôs-fréquouts à cette éjmque. Le clergé catholique. ayant trouvé la protection la plus large dans la tolérance des kalifes espagnols, avait autorisé les mariages entre chrétiens et musulmans, et, les membres du clergé eux-mêmes pouvant se marier, il n'était pas rare qu'ils choisissent des épouses musulmanes. L'élémeut européen dominant sans cesse dans ces alliances, surtout chez les classes élevées des mahométans, les éléments asiatique et africain disparurent graduellement dans les produits de ces alliances. Si quelques musulmans se sont alors montrés supérieurs en facultés par les productions qu’ils ont données, c'est incontestablement à cette circonstance qu'il faut l'attribuer. Des trois personuages. portant un nom arabe, qui se sont le plus illustrés. Rhazès . ou Hazi, Albucasis et Averroès, le premier naquit et vécut à Ragès dans le Konifau.au x« siècle. Il fut anatomiste, mais un pauvre médecin : nullement observateur . il ne se guida que par son imagination. Albucasis. natif d'Alzharah en Espagne, vécut dans le xne siècle; il fut assez bon chirurgien ; ses oeuvros sout des compilations de celles de Rhazès. Averroès, médecin et philosophe, fut le premier traducteur d’Aristote ; il naquit à Cordoue dans le xn* siècle. Tous trois ont été, comme médecins, de mauvais copisles des illustres Grec.-,, Hippocrate et Galien. (Note de l'Aut.)

» Voilà les causes d’une erreur qui a été longtemps à peu prés générale. La conséquence politique en a été cette dangereuse idée que c’est l’Arabe qui est tout en Afrique ; que si l’on gagne l’Arabe, on a tout, et que c’est sur lui qu'il faut prendre appui. »

D’après ce qui précède, il est hors de doute que la race arabe est en minorité dans le nord de l’Afrique, et que cet élément étranger, loin d’avoir amélioré la race indigène . a exercé sur elle une fâcheuse influence. Elle y a introduit le fanatisme religieux, la rêverie, la paresse, le génie de la destruction , sans lui apporter en compensation aucune qualité. Quand on songe aux riches produits qui sortaient du nord de l’Afrique pour nourrir une partie de l’Italie, sous l’empire romain, et au faible rendement de cette terre, incomparablement fertile, depuis l’introduction de l’élément arabe dans cette contrée, on doit considérer l’influence que les Africains ont subie par leur mélange avec ces Asiatiques , comme une calamité pour le nord de l’Afrique.

dominent les Africains purs ou mélangés avec le sang arabe supportent-ils leurs nouveaux conquérants? Moins bien qu’ils ne supportaient les Turcs, s’il faut en juger par l’état à peu près constant de révolte où s’est trouvée l’Algérie depuis 1830. Une civilisation plus avancée devait leur être plus antipathique que d’autres institutions moins parfaites. Dire que les indigènes connaissent trop bien leurs intérêts pour ne pas apprécier les bienfaits de l’administration française, c’est prouver qu’on ignore complètement quels sont les éléments instinctifs qui leur sont propres, ou bien qu’on ne sait pas que l’homme place ses intérêts dans ce qui satisfait ses instincts , ses penchants , quels

qu'ils soient, bas ou élevés, et que les intérêts de chaque individu, de chaque race, varient selon la nature instinctive particulière de l’individu et de ia race. Les Africains et les Arabes, ainsi que les Hindous ou tout autre peuple de race inférieure dont l’attachement à la vie est faible, supporteront mieux des gouvernements despotiques et cruels, présidés par des chefs de leur race, que l'administration française, basée sur des éléments instinctifs d'un ordre supérieur. Ils ne comprennent et n’aiment point notre civilisation, qui n’est pas un bienfait pour eux ; ils ne la comprendront et ne l’aimeront jamais. Aussi ne lui ont-ils absolument rien emprunté , depuis qu’ils sont en contact avec elle.

La faute perpétuelle commise par les personnes qui écrivent sur les indigènes algériens, est de les considérer, comme les individus île race européenne , perfectibles par l’exemple et par l’éducation ; elles conseillent, pour nous les attacher, des moyens qui seraient excellents vis-à-vis des peuples de race supérieure, et par la raison qu’il n’y a plus ni Alsaciens, ni bretons , ni Picards, ni Languedociens, etc., mais seulement des Français, elles disent: Il n y a plus ni Berbères ni Arabes, il n’y a que des Français. Le n est point en qualifiant de Français les indigènes algériens. que l'on changera leur nature ; ils n’en resteront pas moins Lybiens , Gétules, Arabes, ou un mélange de ces races inférieures qui. ayant des instincts différents des nôtres, nous repousseront toujours, ainsi que notre civilisation. On apprivoisera bien certains chefs, on pourra les attacher a notre drapeau, en flattant leur orgueil par des honneurs, et leur cupidité par des émoluments considérables: quelques-uns même, issus de souches plus élevées.

réStéfônt ftddléSàlaFrèmée, parce (ÿoev plus clairvoyants, ils comprennent qu'elle est forte et puissante ; mais un pareil attachement n’est que factice : il n’est point basé sur l'affection, sur des sentiments, sur des penchants, suides idées semblables, seuls liens capables d’unir sérieusement les' hommes entre eux.

Toutes les races inférieures ne repoussent pas avec autant d’énergie et de constance que les Africains du nord la domination des races supérieures. Il en est chez lesquelles les éléments instinctifs ont moins do puissance et de ténacité, et qui acceptent des institutions peu en rapport avec leurs facultés ou qui réagissent à peine contre ces institutions. Ces races inférieures, n’étant ni contrariées ni blessées par leur contact avec les races supérieures, vivent paisiblement sous la domination deces-derniércs. Les Mexicains, d’un naturel doux, supportent facilement, quoique très-attachés aux moeurs et aux coutumes qu’ils tiennent de la nature de leurs facultés instinctives , les conquérants de leur pays. Les Guaranis . indigènes du Paraguay, sont très-malléables et faciles à gouverner. Les nègres sont en général dans ce cas ; ils cherchent même à imiter nos institutions, ce qu’ils font d’une manière fort grotesque. La France ayant la charge do coloniser l’Algérie, d’y planter une civilisation avancée, a une rude tâche à remplir, les indigènes de ce pays étant doués d’instincts tenaces et différents des nôtres.

La solution , selon les lois de Dieu , du problème de la civilisation des Algériens , et de leur élévation graduelle jusqu’aux races supérieures, serait dans leur mélange, par le mariage, avec ces dernières. Malheureusement ce moyen rencontre un obstacle insurmontable dans l’intolérance reli-

gieuse, chaque culte prohibant les alliances entre individus de religion différente. Les religions, d'après le nom qu elles portent, devraient chercher à relier tous les peuples, tous les hommes , dans une seule famille ; mais les chefs de ces institutions,, trop souvent déviés de la morale par les passions humaines, par l'ambition, l'intérêt et l’orgueil, s’opposent à ce noble résultat. On doit d’autant plus déplorer ce fatal obstacle en Algérie , que les habitants du littoral, que les Biskris et les Mozabites , donneraient bientôt , par leur alliance avec les races européennes . des générations à [jeu près équivalentes à ces races, générations qui nous seraient entièrement dévouées. Ce grand principe de la perfectibilité des races par la sélection des parents, si fréquemment appliqué chez les animaux , semble ignore dès qu'il s’agit de l’espèce humaine, tellement on songe peu à favoriser l'amélioration des races inférieures par leur mélange avec les supérieures; et cependant, dans quelle autre espèce animale cette amélioration mérité- t-elle plus de sollicitude 1 ?

En l’état, l’élévation des races algériennes et leur assi-

1 II ne faut point voir dans ces lignes le vœu que l'on impose des mariages eulre les Européens et les Algériens , mais seulement celui que ces unions ue se heurtent pas, si elles sont désirées, contre l’obstacle provenant des diUërences de culte, et surtout contre la polygamie mahométane, qui, abaissant la femme à la vile condition d’instrument de plaisir à l’usage de l’homme, rend impossible toute union matrimoniale libre entre les européens et les indigènes. Sans ce double obstacle, les unions entre les Européens et les Algériennes seraient bien plus faciles et plus fré<pientes qu'entre les blancs et les négresses. On remarquera que les unions volontaires entre les races diverses ont presque toujours lieu eutre l’homme de la race supérieure avec la femme de la race inférieure. La femme , plus délicate dans le choix de son affection, regarde plutôt au-dessus qu’au-dessous de son uiveau social pour douuer sou amour.

milation à notre race étant absolument entravée par l’intolérance religieuse et pur la polygamie des musulmans , le seul moyen d’éviter les révoltes perpétuelles, si nuisibles à la prospérité de la colonie, est de peupler l'Algérie d’Européens. A trois millions d’indigènes il faudrait opposer trois millions de Français. Le nombre seul est capable d’en imposer aux premiers et de leur faire comprendre l’inutilité de leur opposition.

Dans ces temps où, poussées par leurs instincts envahissants, instincts favorisés par des moyens de transport faciles, les races supérieures cherchent à s’implanter sur toute la surface du globe, l’Algérie ne peut pas être abandonnée parla France ;car, si elle l’était, elle serait aussitôt occupée par quelque autre puissance européenne. Dette terre, désormais française , doit se couvrir de Français pour contenir l'impatience des sauvages qui l’habitent. Tous les clients du Gouvernement doivent tendre vers ce but pour pacifier définitivement nôtre colonie.

Un publiciste peu favorable à nos possessions africaines a dit que l’Algérie était pour la France ce que la Pologne était pour la Russie, c’est-à-dire une source d’embarras et de dépenses. Si notre inaptitude à coloniser fait réellement de l’Algérie une source d’embarras et de dépenses pour la France, la comparaison deM. F. de Girardin est inexacte à tout autre point de vue: en Algérie, c’est une race supérieure qui gouverne une race inférieure, tandis qu'en Polognec’est l’inverse qui alieu, ce qui est contraire aux vœux de la nature.

Facultés instinctives de quelquesraces nègres . Si nous voulons avoir une idée de l’étatmoralde cesracesetde l’espèce de civilisation qu’elles se donnent livrées à elles-mêmes.

voyons ce qui ce passe dans le royaume de Dahomey.

On lit dans la Presse du 2*2 mars 1859: «On annonce la mort de Gezzo, roi de Dahomey. Ses obsèques ont eu lieu à Abomey. Tous les négriers de Wydah y ont assisté; chacun v a amené un certain nombre d’esclaves à sacri-

lier ou à donner à son successeur. Il avait été question d’immoler *2 000 Africains à sa mémoire; on s’est réduit à 800. Après la terrible cérémonie funèbre . le nouveau roi a proclamé qu'il adoptait la politique de son père. Il est parti d’Abomey à la tète d'une armée considérable pour une chasse aux esclaves. » Voici comment les fêtes se passent dans ce pays. Le journal le Siècle du *27 octobre 1859 nous donne en ces termes la relation del’uned’elles: « A Abomey, capitale du Dahomey, chaque année le roi distribue publiquementaux troubadours, uniquement occupés à chanter ses exploits . les récompenses qu’ils méritent. Aucune de ces fêtes ne se passe sans sacrifices humains. A cet usage, une plate-forme de 4m de hauteur, recouverte de draps de toute couleur . s’élève sur la place d’Abomey. Lorsque le moment du sacrifice esfr arrivé, le roi, qui y prend part , adresse une harangue à la multitude , puis il désigne la première victime. Celle-ci est immédiatement dépouillée de ses vêtements, mise dans un panier et livrée au roi, qui la précipite lui-mème dans une espèce de puits de 4m de profondeur , creusé dans la plate-forme; au fond de ce puits se tiennent sept ou huit bourreaux armés de sabres et de casse-têtes. A mesure que chaque victime tombe à leurs pieds, ils l’assomment, lui coupent la tète, et jettent son tronc à la foule, qui le mutile, puis le traîne dans un trou, ou elle abandonne ses restes aux animaux, aux oiseaux de proie. »

Le mémo journal du 16 août 1860 raconte ainsi la manière dont le nouveau roi célébra l’anniversaire de la mort desonpère : « Lesouverain de Dahomey, voulant léter la mémoire de son père, le roi Cezzo, et célébrer ce qu’on appelle la grande coutume avec un éclat sans précédent, a décide le creusement d’une petit mare qui contiendra assez de sang humain pour qu’un canot puisse y être mis à tlot. Le nombre do victimes est fixé à 2 000. Il se les procure en envoyant son armée dans les tribus voisines les plus faibles. Il leur fait de nombreux prisonniers ; les jeunes sont destines à être vendus comme esclaves, les vieux sontsaeriües à la grande coutume. L’esprit se refuse à commenter l'atroce naïveté do tels préparatifs de la fête nationale. » De pareilles horreurs commises par goût, sans passion, et passées dans les mœurs sans protestation, môme individuelle, n indiquent-elles pas, chez les races qui en adoptent la coutume, l’absence de tous les sentiments supérieurs, du sens moral , de la bienveillance, de la pitié, de la charité, du respect pour ses semblables, et la possession do l’esprit par les sentiments les plus abominables? Le faible pouvoir réflectif de ces races ne se distrait des besoins les plus grossiers de la vie , que pour créer des gouvernements, des religions, des mœurs barbares ; pour imaginer des fêtes atroces, des institutions effrayantes par leur cruauté. Ces races déshéritées, dépourvues des sentiments qui donnent la raison morale , pensent, imaginent, raisonnent comme elles sentent . et en réalité elles ne peuvent faire autrement. Si quelques rassemblements de nègres ont pu former à Haïti et à Libéria des gouvernements passables, calqués sur les institutions des Européens, ce n’est point à leur propre intelligent qu’ils le

doivent,' c'est à T initiative de leurs frères mulâtres, c'est aux connaissances que les nègres tiennent des races supérieures, c'est au désir d'imiter ces races. Mais ce progrès, adopté sous l’influence seule de l’amour-propre, qui les porte à singeries races puissantes, n'ayant pas de racines dans les sentiments élevés inspirateurs des institutions avancées, s’arrête dès l'instant où ces nègres ne sont plus dirigés par des races supérieures à la leur. Les nègres, quoique inférieurs en facultés aax Africainsdu nord, supportent cependant beaucoup mieux que ceux-ci la domination et le contact des races supérieures , parce que leurs éléments instinctifs ont moins d'énergie et de ténacité. Aussi adoptent-ils sans répugnance telle croyance religieuse qu’on leur présente , telles institutions qu’on leur impose. L’esclavage, qui a passé dans leurs mœurs, tous étant les esclaves du roi dans leur pays d'origine, tient à ce que la nature de leurs instincts leur permet de supporter cet état sans une vive répugnance. Par cette raison , ils se sont soumis facilement à celui où l'ont réduit les races blanches, et ils n’en ont paru , en général , ni malheureux, ni humiliés. Ne concluons point cependant, de l’infériorité psychique dans laquelle se trouvent certaines races et de leur impossibilité de sortir par elles-mêmes de l’état d’esclavage où les placent leurs institutions, que les races supérieures aient le droit d en faire elles-mêmes des esclaves , de les traiter comme des bêtes de somme. Non , celles-ci ayant naturellement ces races sous leur tutelle, doivent agir charitablement à leur égard, de même qu elles agissent envers les enfants et les pauvres d’esprit. Elles ont le devoir de les instruire et d’imprimer une bonne direction à leurs faibles facultés.

Lu plupart des États nègres, éloignés des centres de civilisation, ressemblent plus ou moins, sous le rapport des mœurs et «les coutumes, au royaume de Dahomey. Le capitaine Speke, pendant le voyage qu’il a fait dans l’Afrique centrale pour la découverte des sources du Nil, se trouvant àlacourde Mtésa, roi del’Ourangla, a été témoin des faits suivants : « Dans ce milieu d’esclavage sans limite et de despotisme sans frein, dit-il, le sort des femmes du roi, dont le chiffre s’élève à trois cents au moins, tourne souvent au tragique. J’habite depuis quelque temps l’enceinte de la demeure royale, et les usages de la cour ne sont plus pour moi lettre close. Me croira-t-on cependant, si j’affirme qu’il ne s’est pas passé de jour où je n’aie vu conduire à la mort, quelquefois une , quelquefois deux , et jusqu’à trois ou quatre de ces malheureuses femmes! Une corde roulée autour du poignet, traînées ou tirées par le garde du corps «jui les conduit à l’abattoir, ces pauvres créatures, les yeux pleins de larmes , poussent des gémissements à fendre le cœur : « O mon seigneur ! mon roi ! 6 ma mère ! » crient-elles ; et, malgré ces appels déchirants à la pitié publique, pas une main ne se lève pour les arracher au bourreau , bien qu’on entende eu et là quelque spectateur préconiser à voix basse la beauté de ces jeunes victimes, sacrifiées à je ne sais «pielle superstition ou à quelle vengeance ! » Quel être horrible que. l’homme privé des sentiments humains et animé de sentiments barbares ! Tout ce qu’il a d’intelligence est fatalement au service de ces derniers sentiments, les seuls qu'il possède, ne pouvant pas penser dans le sens de ceux «pie la nature lui a refusés !...

Ce qui caractérise la faiblesse morale . l’infériorité psv-

chique de ces races, c’est que, par elles-mêmes, elles sont incapables d’institutions élevées et progressives. Les nègres, mis en contact avec les races supérieures et bien dirigés, se conduiront, dans leur cercle inférieur, aussi bien que les races blanches ; on les disciplinera parfaitement ; par une excitation continuelle au travail, ils deviendront laborieux, bons matelots, bons serviteurs, et resteront tels par habitude ; mais leurs sentiments moraux ont si peu d initiative . qu’en dehors de tout contact avec les races élevées, en dehors de toute excitation au travail, ils oublient peu à peu ce qu'ils ont appris, ils retournent aux coutumes bizarres et cruelles de leurs ancêtres, à 1 inertie inhérente à leur race. Quel usage les nègres ontils fait naguère de leur émancipation en Amérique? Ils en ont profité pour se livrer à la fainéantise, si bien qu’un grand nombre sont morts de faim . plutôf que de travailler pour vivre. Voici en quels termes le Messager de Mâcon (Géorgie) nous apprend la manière dont les nègres ont compris la liberté qui vient de leur être donnée : « Les nègres affranchis des plantations du sud. qui sont disposés à se remettre au travail, refusent en général d’entrer au service de leurs anciens maîtres. Ils aiment à aller d’une plantation à une autre, parce que c’est, à leurs yeux, le seul moyen qu ils aient de faire usage de leurs droits d hommes libres. » Elevés dans un milieu bien différent de celui oii avaient pris naissance leurs ancêtres, ils ont prouvé que leur nature n’avait pas changé dans ce nouveau milieu. Jamais un nègre n’a tenté, dans son pays ou ailleurs, une réforme quelconque. Les peuplades appartenant à cette race resteraient éternellement dans la barbarie la plus grossière, sans le secours des races supérieures.

Celles-oi sont parties d ’aussi basquelos rar.es inférieuras, car ellas ont débuté dans la vie par l'Age de la pierre. ainsi que le prouvent les découvertes des géologues modernes. Mais, tandis que les races inférieures n’ont pu sortir de cet âge par eUes-mAmes (témoins les Polynésiens lorsqu’ils furent visités par Cook, et les tribus indiennes rencontrées aux bords du Rio Colorado de Californie, en 1854, par M. Marcou, tribus qui ne se servaient que d’ustensiles en pierre et en bois ) , les races plus élevées ont successivement passé par l’Age du bronze et par l’Age du fer au moyen de leurs propres facultés. Si les races supérieures ont débuté dans leur évolution par la barbarie la plus grande et par l’ignorance la plus complète; si elles ont été forcément maintenues dans cet état de barbarie et d’ignorance tant qu’elles n’ont pu s'occuper de leurs besoins intellectuels et moraux, étant absorbées par leurs besoins physiques, contraintes de lutter sans cesse contre les éléments. contre les animaux féroces et contre les hommes de même race ou de races différentes de la leur; lorsque ces races supérieures ont pu s'occuper de leurs besoins psychiques, elles ont progressé, et elles n’ont cessé de continuer leur marche ascensionnelle, par la seule puissance des facultés dont elles sont douées. Dos mœurs, des coutumes barbares et cruelles ont bien pu exister momentanément (‘liez ces races supérieures , sous l’influence de l’ignorance et des passions, tellosque les divers fanatismes, la crainte, l’ambition, la haine, la vougeanee, etc. Mais, outre qu'elles n’ont persisté, que pendant la durée des causes qui les ont produites, ces mœurs et ces coutumes barbares n’ont pas été approuvées et acceptées par tous les individus de e.es races. Toujours, plusieurs d'entre eux.

ne partageant pas les passions de leurs semblables , ou mieux doués qu’eux sous le rapport des facultés instinctives, ont protesté contre ces coutumes immorales et cruelles ; et, à mesure que l’ignorance et les passions ont cessé, les sentiments supérieurs de la race se manifestant chez tous et les éclairant, ces coutumes indignes d’elle ont complètement disparu.

Facultés instinctives de quelques races habitant l’Océanie. — Ces races, ainsi que les nègres africains, appartiennent au type prognathe. Leur ignorance complète de touteespèce de science dénote la stérilité de leur esprit. Leurs facultés instinctives sont des plus misérables. Dépourvues dessentiments élevés propres aux races européennes, elles ne sont animées que d'éléments instinctifs bas ou pervers. Si nous prenons comme spécimen de ces races les Néo-Calédoniens, nous les trouvons cupides, fourbes, ingrats, privés de la plupart désaffections. Ils poussent la paresse au point de préférer la misère aux avantages que procure le travail: souffrir poursoutfrir. disent-ils, mieux vaut endurer la faim que travailler. Les femmes sont esclaves chez eux: elles s’occupent desanimaux domestiques, eten grande partie de laculture et des provisions. La polygamie, qui convient à leur basse sensualité, favorise leur paresse. Ils ne sentent pointée qu’il y a de beau et de bien dans la pitié, dans la pudeur, dans le respect pour la vie humaine. Privés du sentiment du bien et du mal, leur conscience ne leur inspire aucune réprobation pour les grands crimes. Le peu d’estime et de respect qu’ils ont pour eux-mêmes et pour leurs semblables les rend incapables de tracer une ligne de démarcation entre l’homme et la béte ; ils mangent le premier, et ils adorent la seconde. Uuelle plus grande preuve pour-

raient-ils donner de l’infériorité de leur nature instinctive ? Les races orthognathes ont constamment répugné à l’anthropophagie et à l’adoration animale, même dans les plus mauvaises époques de leur existence. Le druidisme, lepaganisme et le mosaïsme ont toujours combattu cette sorte d’adoration.

De ce que les Australiens apprennent facilement à lire,

à écrire et à parler les langues étrangères, les rnonogénistes leur accordent une intelligence égale à celle des Européens. Or, pour posséder ces connaissances, qu’acquièrent facilement aussi de jeunes enfants, il suffît d’avoir de la mémoire, faculté que les races inférieures possèdent à l’égal des races supérieures; les facultés réflectives ont à peine à intervenir dans ce travail'. Quelques Australiens qui ont séjourné à Londres ont même pu se façonner aux mœurs anglaises; mais, revenus chez eux. ils sont retournés. par goût, à la vie sauvage; leurs instincts se sont trouvés momentanément masqués, et non changés. L’infanticide a passé dans leurs mœurs , de même que dans celles des races asiatiques. Mais, de plus, en Australie, quand la mère meurt, l’enfant qu’elle allaite est enseveli tout vivant avec elle. Un Australien, après avoir vécu de

1 Une personne capable île m’éclairer à ce sujet . par son expérience, m’a affirmé qu'apprendre à lire était , autant pour les adultes que pour les enfants, uniquement une airuire de mémoire ; et elle me citait à 1 appui un grand nombre de faits probants. Je u’eu rapporterai qu’un seul. Il s'agit d’un domestique âgé de 24 ans et pouvant passer pour intelligent. Après lui avoir enseigné, me dit-il , que g-l-o font tjlo ; après lui avoir enseigné aussi que o et t font oi , je supposais qu’il aurait trouvé par déduction que g-l-o-i font g loi. Eh bien! non, il a fallu le lui enseigner comme tout le reste, et comme tout le reste il ne l'a connu que parce que je le lui ai appris, et, s’il le suit maintenant, c’est grâce à sa mémoire.

la vie des blancs en Angleterre et àSidney, revint plus tard à la vie sauvage, et commit l’infanticide dans la circonstance qui vient d 'être indiquée. A ceux qui lui reprochaient sa barbarie il répondit que, la mère étant morte et aucune femme ne pouvant se charger d’allaiter son fils, il avait évité à celui-ci une mort plus douloureuse. L’homme qui éprouverait de l’affection pour son enfant, ou qui posséderait le sens moral, aurait trouvé, sans contredit, le moyen de surmonter les obstacles allégués par ce sauvage pour excuser sa conduite.

Pour l'Australien, de même quo pour tout individu de race inférieure, il n’y a moralement ni bien ni mal. Pour lui, le bien est tout ce qui satisfait ses désirs, quelle que soit leur nature; le mal est tout ce qui le chagrine, le contrarie, le fait souffrir. G’estdonc une satisfaction égoïste qui lui donne l’idée du bien, et c’est une contrariété qui lui donne l'idée du mal, et non pas la conscience morale.

Le Times, dans un de ses numéros du mois dejuillet 1865, rapporte la relation du massacre d’un missionnaire anglais qui, après quelque temps d’absence, était retourné auprès de ses convertis au christianisme, naturels de la Nouvelle- Zélande. « Quelque horribles que soient cesatrocités, ajoute le journal de Londres, il est utile de les faire connaître, aün que les Anglais apprécient à sa juste valeur la race avec laquelle ils luttent depuis si longtemps à contre-cœur.

»0n a épuisé dans ce pays toutes les voies de conciliation ; les sauvages ont même été les favoris des philanthropes et des missionnaires, et on nous déclare depuis longtemps que le christianisme est solidement établi dans la colonie. Des ecclésiastiques anglais et des personnes distinguées avaient entrepris la tâche de convertir cette

race, et le système épiscopal, qu’un certain parti vante comme remède infaillible à toutes les maladies morales et sociales, n’a fonctionné nulle part aussi complètement qu’à la Nouvelle-Zélande, sous la direction d’un de nos évêques les {dus capables. Il faut enfin que le rêve qu’on a si longtemps encouragé s’évabouisse devant ces atrocités, puisqu’elles établissent que nous sommes impuissants. Un missionnaire ne s’absente que peu de temps de sa station, et lorsqu’il revient, sa congrégation, qui est retombée dans la sauvagerie la plus brutale , le saisit et se livre sur sa personne aux actes d’un cannibalisme inouï *. L’évêque voisin est exposé aux mêmes dangers, et toute sa colonie se trouve dans la même position que lorsqu’on a découvert le pays. Il faut espérer que l’expérience finira par convaincre que la nature sauvage des naturels de cette île ne peut être modifiée. Elle peut sommeiller quelque temps, mais elle est toujours prête à éclater’avec la férocité de la bête fauve. Il y a deux côtés très-distincts dans les dispositions du sauvage : d’une part il est très-docile, impressionnable, doux comme un enfant, rusé sans le savoir; de l’autre il est passionné, féroce, ingouvernable.

»I1 est facile de faire tomber l’homme civilisé à un certain état de sauvagerie, mais il est à peu près impossible de faire d’un sauvage un homme civilisé. L’expérience a démontré que le sauvage ne peut pas s’unir socialement au blanc, mais qu’il disparaît toujours devant celui-ci. Il est donc clair que ces deux natures ne peuvent s’assimiler.»

< Il lut pendu, puis ou lui ouvrit le ventre, ou donna ses entrailles aux chiens, son cœur et ses chairs furent mangés, ou but son sang; enfin su tête fut coupée et promenée dans les églises et dans les autres lieux de réunion en signe de triomphe.

La Revue contemporaine du 31 août 1865 renferme un article fort intéressant pour les personnes qui voudraient s’édifier sur la valeur du monogénisme, et des objections que l'on pourrait tirer contre le polygénisme, des livres sacrés et des croyances dogmatiques 1 .

«Il y a, est-il dit dans cet article, des hommes noirs avec de vilaines formes, des dents bien blanches , mais peu caressantes et obliques comme celles d’un cheval ou d’un loup ; pas de gras do jambe, des talons aussi allongés que ceux d’un singe, une tète non moins ravalée, un front écrasé, de la laine en guise de cheveux, un nez et une bouche que l’on prendrait pour un museau; et en harmonie avec toute cette enveloppe , un esprit qui est à peine un esprit, des imaginations d’enfant, la volonté, je me trompe, la passion de la brute, un langage presque ridicule, quand il y en a un, lorsqu’il ne se réduit pas au gloussement de certains singes; tout un ensemble qui, en efiet, rappelle

la gent quadrumane Oui , il y a d’étranges formes

dans l’humanité, où la couleur est encore l’élément le moins étrange. Il y a des espèces d’hommes qui sont manifestement une sorte de transition de l’humanité par excellence aux plus élevés des animaux. Il y en a d’autres moins abaissées, moins brutales, qui pourtant encore sont essentiellement incapables d’entrer dans la voie de la civilisation , ne serait-ce que pour faire quelques pas. » Ces dernières paroles sont exactement applicables aux Africains de l’Algérie.

Facultés instinctives de Boschimens. — Les races humaines sembleraient ne pouvoir descendre plus bas que

1 Üe l égalité considérée dans ses rapports avec l'égalité des races humaines, par M. Lélut. de l'Institut.

les Australiens et les habitants de la Nouvelle-Zélande. Détrompons-nous , un degré est encore à franchir pour arriver en bas de l'échelle de ces races, et c’est l’Afrique, si pauvrement dotée sous ce rapport, qui nous présentera, à son extrémité méridionale , ce dernier type de l’espèce humaine, danslesSââbsou Boschimens:« Au cap de Bonne- Espéranco, dit Dumont-d’Urville, une race d’indigènes plus farouches que les Cafres et les Hottentots, sont les Boschimens. Cette race est le monstre de l’espèce humaine. Un regard farouche, incertain, des traits confus, insidieux et mous, une maigreur de squelette, un teint jaune et terreux, caractérisent les hommes. Les femmes sont encore plus hideuses. Leurs seins sont flasques, pendants et allongés, leur dos est creux. Cette race, mendiante et pillarde tour à tour, lâche et cruelle, sans domicile, sans gouvernement, est un fléau pour ces contrées. Ils rôdent seuls ou par bandes, dans les déserts arides, et vivent de racines, de baies, de sauterelles, de crapauds, de lézards, de souris, etc. Ils se servent de flèches empoisonnées, se cachent derrière les rochers, ettirent sur les passants. Ils aiment la vue du sang et l’odeur des cadavres. Ces hordes affamées tombent sur les villages et dévorent ce qui s'y trouve. » Le sentiment du beau diffère autant dans les diverses races que les autres sentiments. Pour nous Européens, le type de la beauté est dans les belles formes reproduites par la statuaire grecque; pour le Chinois, elle est dans un lourd embonpoint et dans des pieds contrefaits ; pour les Hottentots, elle réside dans une difformité inhérente à cette race. La race rouge américaine trouve la beauté dans le tatouage, dans une profusion d’ornements en plumes et en coquillages, et dans l’ablation du bout de l’oreille. Les habitants

d’Haïti s’écrasent le nez et se teignent les cheveux en rouge ; pour les Botacudos de l’Amérique du sud, la beauté delà femme consiste à avoir les dents incisives supérieures cassées ; pour les nègres habitant près des sources du Nil, elle est dans une surcharge de graisse telle que la femme ne puisse se traîner qu’à quatre-pattes. Pour les Ceylanais et les Javanais, elle consiste à avoir les dents noires.

Chaque race inférieure montre son infériorité par le genre d'infériorité qui lui est propre sous les rapports intellectuel, instinctif et physique; de même (pie les races supérieures diffèrent les unes des autres par leur genre de supériorité sous ces trois rapports. Une psychologie comparée des divers représentants de l'humanité serait un ouvrage fort intéressant , que la science réclame. Les documents nécessaires pour l’entreprendre pouvant être facilement rassemblés à l’époque où nous vivons, on peut espérer que ce travail verra le jour tôt ou tard.

Si nous étudions lo passé, et surtout le tableau offert par l'humanité dans les temps modernes , nous pouvons constater (pie partout oii s’implantent les races supérieures, les individus des races inférieures, qui ne s’élèvent pas par lo mélange avec les premières , disparaissent insensiblement au bout d'un temps plus ou moins long. La roue de la civilisation les atteint, d’après l’expression de M. Lélut, non pour les emporter, mais pour les broyer. La cause de ce malheur réside dans la nature psychique même de ces races. Privées d’énergie morale, d’esprit de nationalité et des moyens intellectuels nécessaires pour opposer une résistance efficace aux races supérieures , elles sont inévitablement conquises par celles-ci, que poussent au déplacement, a l’expansion et à l’envahissement, l’ambition, le

besoin de posséder et de connaître qui les caractérisent, l’activité qui les dévore, et des motifs puisés dans leur politique. Une fois soumises, les races inférieures provoquent des luttes meurtrières par des rébellions d’autant plus fréquentes que ces races supportent moins facilement les conquérants de leur pays, qu’elles diffèrent davantage d’eux sous le rapport instinctif, et qu’elles sont moins malléables. Ces luttes, dans lesquelles ces races inférieures sont constamment battues, et l’ivrognerie à laquelle plusieurs d’entre elles s’adonnent volontiers, diminuent graduellement le nombre des individus qui les composent. Le principe de leur destruction résidant dans l'infériorité de leur nature , il ne faut pas espérer qu’elles seront moins maltraitées dans l’avenir que ce qu’elles l’ont été dans le passé. Vu l’impuissance de leur intellect, ces races sont incapables de lutter contre les races supérieures, contre les fléaux naturels tels que les maladies, la disette, et contre les causes qui les engendrent. La paresse incurable, l’insouciance et le faible attachement à la vie, qui se rencontrent chez toutes ces races inférieures, les empêchent de combattre ces causes de mort. Cette faiblesse naturelle de l’attachement à la vie, en regard de l’énergie que ce sentiment possède, chez les races élevées, n’indique-t-ello pas que le vœu de la nature est que la surface du globe soit, en définitive, occupée par ces dernières races. Les inférieures, étant destinées à disparaître, devaient naturellement ne point redouter la destruction.

Le travail de substitution de races au profit des races supérieures, travail si manifeste dans les deux Amériques et dans l’Orient, n’est pas seulement accompli par ces dernières races ; les intermédiaires y concourent également

en agissant, à l’égard de celles qui leur sont inférieures, de la même manière que les supérieures agiront plus tard envers elles. La race polynésienne, ayant envahi depuis quelque temps la Nouvelle-Calédonie, s’est substituée dans une grande partie de l’ile aux Néo-Calédoniens, inférieurs en facultés aux Polynésiens. Ces races ennemies, se livrant à des guerres meurtrières, travaillent à déblayer le terrain au profit des derniers conquérants européens. L’envahissement constant de la Russie en Asie, signalé avec quelque appréhension dans ces derniers temps, est tout à fait dans le sens du progrès. Si l’élément civilisateur introduit par les Russes est inférieur à celui qu’y apporteraient les races européennes pures, il concourt néanmoins au progrès des Asiatiques, il leur imprime un premier mouvement vers une civilisation plus avancée, en attendant que d’autres éléments plus élevés pénètrent en Asie et y complètent l’œuvre première , ce qui arrivera indubitablement tôt ou tard.

On aurait tort de croire que les mœurs civilisées des races supérieures et leurs institutions progressistes, basées sur des sentiments nobles et élévés, sur une inteUigence développée , soient une source de contentement et de bien-être pour les races inférieures. Celles-ci ne possédant pas les sentiments qui inspirent et font aimer ces institutions, ces mœurs, ces coutumes, et. de plus, étant animées de facultés instinctives inférieures qui inspirent et font aimer des mœurs et des institutions tout autres, ces races, dis-je, se sentent mal à l’aise au milieu de ces institutions avancées, elfcs leur préféreront toujours le joug cruel de chefs de même race qu’elles , d’une nature instinctive semblable à la leur. Tenant beaucoup moins à la vie que

les races supérieures, mais tenant autant qu’elles à ne pas être contrariées clans leurs goûts , elles supportent plus patiemment leurs semblables avec le pillage, avec le massacre en permanence , que l’Européen qui s’efforce de détruire leurs mœurs, leurs coutumes barbares, et qui, en cela, les froisse vivement et continuellement. Les Hindous, qui ont supporté avec patience les envahissements de peuples asiatiques aussi inférieurs qu’eux, parce que ceux-ci no les ont point contrariés dans leurs coutumes cruelles et immorales , ont résisté , avec une opiniâtreté extraordinaire pour leur caractère, à la domination britannique, qui a combattu ces coutumes intolérables. Si leur rébellion a également eu pour cause les mauvais traitements auxquels ils ont été en butto, qu’étaient ces violences en comparaison de celles exercées sur eux par les envahisseurs asiatiques? Que représentait l’Inde avant la domination anglaise, si ce n’est le tableau d’une anarchie et d’une destruction continuelles? A la mort de chaque grand-mogol, quatre ou cinq compétiteurs se disputaient le pouvoir. Les fils faisaient étrangler leurs pères, les pères faisaient périr leurs fils. Les populations, exploitées, décimées par les guerres de partisans, restaient sans défense contre l’étranger, et Thamas-Koolie-Kan pouvait marcher sans obstacle jusqu’à Delhi, où il ordonnait froidement le massacre de deux cent mille hommes! Eh bien ! les Hindous ont été moins sensibles à ces affreuses exterminations qu’aux froissements de chaque instant exercés sur leurs instincts par une race supérieure qui cherche à détruire leurs coutumes abominables. Les Peaux-Kouges de l'Amérique septentrionale n’ont jamais pu supporter le contact des Européens. Ces sauvages, toujours en guerre avec les blancs, se sont fait exterminer

plutôt que d’adopter des mœurs , des institutions qui ne sont point en rapport avec leur nature instinctive. Ceux qui existent encore de nosjours vivent retirés dans les forêts, et ilsn’en sortent que pour piller et massacrer les Européens, ce qui, amenant de terribles représailles, doit aboutir tôt ou tard à la destruction complète de la race américaine.

La popularité inouïe , incompréhensible à nous autres Européens, qu’a gardée Ivan-le-Terrible, le Néron de la Russie, parmi la race moscovite, tataro, a été attribuée, par M. Kaveline, membre de l’Académie des sciences de Saint- Pétersbourg, à ce que Ivan a réagi avec une fureur exterminatrice contre les éléments européen, russien, lithuanien, novogorodien, opposés ail génie de la race asiatique.

Si, à côté de la manière dont les races inférieures se comportent devant une civilisation avancée, nous examinons une race supérieure encoro inculte , en présence d’institutions plus parfaites et plus policées que les siennes, nous avons un spectacle bien différent. Au lieu de repousser obstinément ces institutions , cette race s’empare de ce quelles ont de bon, de noble, d’élevé, pour abandonner ce qu'il y a de défectueux et de barbare dans les institutions qu elle a suivies jusqu’alors. Les Germains, par exemple, qui , du temps de la république romaine et do l’empire, étaient barbares et incivilisés, n’en possédaient pas moins, comme race supérieure, les germes des facultés instinctives élevées de 1 humanité. Ces germes avaient déjà spontanément manifesté leur pouvoirde la manière suivante : c’était la supériorité physique et morale qui fixait leur chef, et ils laissaient au possesseur de cette supériorité une autorité .presque absolue. Ils honoraient la femme ; leurs mœurs, quoique grossières, étaient fortes et pures , si bien que

Tacite les donnait en exemple aux Romains dégénérés : puis, lorsque ces barbares furent mis on contact avec une civilisation plus avancée, ils s’approprièrent ce que cette civilisation avait de bien et de beau. Ils adoptèrent sans hésitation le christianisme , dont la morale austère et le culte touchant étaient conformes à l’élévation de leurs sentiments; bien différents des Africains du nord, qui ont constamment repoussé toute civilisation avancée, qui ont abandonné en masse et avec la plus grande facilité le christianisme, pour adopter une religion moins élevée, autorisant la polygamie, c’est-à-dire l’avilissement et l’esclavage de la femme, religion plus on harmonie avec leur infériorité instinctive * .

De cette esquisse rapide des facultés instinctives propres à quelques-unes des races humaines , concluons ce qui suit :

1° Toute tentative pour modifier, par l’exemple , par l'éducation, par l’instruction seulement, la nature instinctive essentiellement incomplète des races inférieures, et par conséquent leurs goûts, leurs penchants, leurs désirs, leurs mœurs, ne produit que des résultats superficiels et bornés chez les plus malléables de ces races, et n’en produit aucun chez celles dont la nature instinctive est énergique. Pour en obtenir do réels et de durables, il faut tout

* Le libre exercice de l’islamisme , consacré en France par le grand principe de la liberté des enltes, ne doit pas s'étendre jusqu'à la tolérance de la polygamie, reconnue immorale et sévèrement punie par les lois, dette coutume n’est qu’autorisée par la religion de Mahomet, elle ne dérive point d'un précepte; on peut donc la supprimer, sans toucher aux dogmes et aux pratiques de ce culte. La polygamie ue doit pas plus être tolérée sur une terre française que l’esclavage, car elle est l’esclavage dp la femme dans ce qu’il y a de plus dégradant.

d’abord modifier l’organisme qui manifeste les facultés, en favorisant les alliances matrimoniales de ces races avec les races supérieures, seul moyen de leur donner les facultés de ces dernières. Pour que ces alliances donnent de bons résultats, elles doivent être poursuivies pendant plusieurs générations avec les races supérieures. Les premières générations ne donnent que des produits imparfaits et même quelquefois pires que la race inférieure qui a concouru à les former ; c’est ce qui arrive lorsque se trouvent réunis, chez le métis, l'intelligence et l’énergie de la race supérieure avec les instincts cruels, avec l’insensibilité inorale de la race inférieure. Les métis provenant de la race espagnole et des races sauvages de l’Amérique nous ont offert quelques exemples de tels individus.

‘2° La nature voulant, par la loi du progrès, l’élévation des races inférieures, leur conquête par les races supérieures est dans les vœux de la nature. Les conséquences de l’envahissement de leur territoire sont, d’après ce que nous en apprend l’expérience, c’est-à-dire l’histoire, l’effacement de ces races au bout d’un temps plus ou moins long, soit par leur assimilation avec la race envahissante, au moyen du mélange, soit par leur destruction, à moins qu elles ne trouvent un dernier refuge dans une émigration loin de la race conquérante 1 .

1 G est plutôt par la destruction que par le mélange qu’aura lieu l'effacement des races inférieures de l'Algérie. Cette destruction a commencé son œuvre dès 1 invasion française. L'opinion de personnes compétentes est que ces races ont diminué d'un tiers environ depuis cette invasion. Les causes de la diminution constatée sur la population indigène sont attribuées : 1“ aux guerres que ces populations ont soulevées pour s affranchir de notre domination; 2° aux épidémies cholériques, qui ont sévi avec tant d'intensité à diverses époques sur les populations indigènes, intensité ex-

3» Si la domination d’uno rare supérieure sur une inférieure a un but rationnel et progressif, il n’en est plus de même de la domination d’une race supérieure sur une autre rare égale en élévation, toutes deux étant également civilisées. Lorsqu’à la suite de circonstances malheureuses un peuple a été soumis, si le peuple vainqueur n’a pas su s’assimiler le premier en le traitant avec justice et comme son égal, s’il le froisse par des vexations et des humiliations continuelles, le peuple soumis, poussé par un sentiment plus énergique que l’amour do la vie, celui de sa dignité , protestera perpétuellement contre l’oppression , ainsi que l’a fait le peuple italien contre la domination autrichienne : Siamo schiavi, ma schiaviognor freinent i ! disait Manzoni. La condition, pour un État, do vivre tranquille, n’est point de ne contenir qu’une seule race parlant un même langage, elle est dans l’égalité des droits pour tous ; elle est dans des institutions adaptées aux sentiments de tous.

pliquée par la mauvaise nourriture composée en grande partie de végétaux crus, et par toutes les mauvaises conditions hygiéniques dans lesquelles ces populations vivent ; 3° à la petite vérole, qui, toutes les années à époque fixe, décime les tribus arabes ; 4° à la misère, qui est grande parmi les peuplades du Tell et du Sahara, lorsque la récolte, ce qui arrive fréquemment, est à peu près nulle par l'elTet, soit des sauterelles, soit de la sécheresse, misère contre laquelle ces peuplades ne luttent par aucun moyen; 5° au peu de soin que prennent les Arabes pour se prémunir contre les intempéries des saisons, au défaut d’hygiène, à leur malpropreté traditionnelle. Aussi le chiffre «les décès dépasse de beaucoup chez eux celui des naissances. Les Arabes élèvent difficilement leurs enfants; ceux-ci, mal vêtus, mal nourris, couverts de vermine, sont saus cesse exposés à la mort ; les plus robustes résistent seuls aux privations, aux variations climatériques, aux causes insalubres. Si los indigènes disparaissent, il est constaté, d'un autre côté, que la population européenne augmente sensiblement en Algérie, non parimmigration, mais par les naissances, eteelu principalement chez les Espagnols.

4° L’envahissement d’une nation supérieure et civilisée par un peuple également supérieur, quoique d’une civilisation moins avancée, tel que fut l’envahissement des Grecs par les Romains de la république, et celui des Romains du bas-empire par les races germaniques, cet envahissement, dis-je, a toujours été favorable au progrès de la civilisation, parce que les vainqueurs, subjugués à leur tour par l’ascendant intellectuel et moral des vaincus, ont adopté spontanément ce qu’il y avait de bon dans les coutumes de ces derniers, dans leurs mœurs, dans leurs institutions. Les vainqueurs ont été portés à suivre les vaincus sur le terrain delà civilisation, par des sentiments qui n’avaient point manifesté jusqu’alors toute leur puissance , faute d’avoir été éveillés, excités et cultivés.

5° Si, par suite d’une conquête ou d’un partage territorial opéré par une diplomatie aussi égoïste qu’ignorante des lois naturelles, un peuple de race supérieure est annexé à une nation de race inférieure, ce contre-sens amènera infailliblement l’oppression de la première , celle-ci étant obligée de suivre des institutions qui ne sont point en rapport avec ses sentiments, et qui lui répugnent. Cette oppression deviendra inévitablement aussi une source perpétuelle de réactions, de troubles et de malheurs; car une nation qui se sent supérieure en facultés à celle qui l’opprime, ne peut pas tolérer d’être asservie et humiliée par celle-ci : eUe préférera périr dans des luttes continuelles. L’asservissement des Polonais par les Russes nous offre un exemple remarquable de l’anomalie dont il est ici question, et de ses conséquences malheureuses. C’est en vain que l’on croit parvenir à russifier la Pologne en supprimant la langue polonaise. Ce n est pas le langage qui fait

les races, qui leur donne leurs instincts propres; quelle que soit la langue que parleront les Polonais, ils n’en resteront pas moins Slaves, ils n’en conserveront pas moins les sentiments qui caractérisent les races supérieures, et ils ne descendront point aux races asiatiques, aux Moscovites, dont on leur impose le langage. En résumé, tandis que la domination d’une race inférieure par une race supérieure peut avoir un résultat progressif et moral, l’élévation de la race inférieure, l’inverse, est tout à fait contre nature, et ne donne pour conséquence que des malheurs, sans compensation morale aucune.

0° Si les races inférieures sont perfectibles jusqu’au niveau des races supérieures, par leur mélange continu avec elles, ces dernières sont plus limitées dans leur perfectibilité, puisque, représentant l’élément le plus parfait de l’humanité, aucun autre élément ne peut les élever. Cependant, on trouve le principe de leur perfectibilité dans la diversité des facultés que chacune d’elles possède à un degré supérieur, et qui les élève d’une manière différente. Le mélange de ces races, réunissant sur leurs descendants ces qualités, que chacune d’elles possède à un degré supérieur, produira des hommes plus complets en facultés que les individus appartenant à chacune de ces races; et si ce mélange s’opère en grand, il en résultera des races secondaires supérieures à celles qui ont concouru à les former. C’est d’un mélange semblable que sont composées les races européennes actuelles ; aussi sont-elles plus complètes en qualités que les races supérieures anciennes avant leur mélange. Si la famille européenne actuelle est supérieure aux races gréco-romaines, elle le doit à la fusion des peuples supérieurs de l’empire romain avec les Gau-

luis et les Germains. A la finesse, à la grâce, à l'intelligence des races gréco-romaines, s’est alliée, chez les individus issus de leur mélange avec les races gauloises et germaniques, races chez lesquelles l’esclavage n’a jamais passé dans les mœurs, une idée plus vraie du droit, de la morale, de la justice et de légalité. C’est ainsi que les types supérieurs incomplets se sont perfectionnés les uns par les autres, et se sont élevés au-dessus d’eux-mêmes chez leurs descendants. Mais cette élévation , susceptible peut-être de progresser encore de nos jours , sera nécessairement limitée par les diverses supériorités que la nature a accordées à chacun des types do l’humanité qu’elle a créés; car l’homme ne crée aucune faculté, aucun pouvoir; il ne se donne rien, et toute sa puissance se borne à perfectionner par la culture ce que Dieu lui a donné, et. à réunir chez les descendants les diverses facultés supérieures possédées par les parents. Certaines qualités, très-développées dans les races inférieures, peuvent profiter également aux supérieures. Ainsi, la race kahyle imprimerait certainement une grande énergie de caractère et l’amour de l’indépendance à une race supérieure ou moyenne qui ne brillerait pas par ces qualités. Leur alliance avec les Moscovites, par exemple, produirait des générations moins fanatiques de l’autocratie. Le polygénisme, ou l’admission de plusieurs types primitifs différents dans l’espèce, opinion de date récente et issue seulement de travaux scientifiques, me parait le seul principe sur lequel puisse se baser la perfectibilité de Y espèce humaine, perfectibilité qu’il ne faut pas confondre avec le progrès dans les connaissances et dans les institutions humaines , lequel est indéfini.

t* Diversité des sentiments dans les sexes.

L’esquisse que nous présentons sur les sentiments, soit dans les sexes, soit dans les différents âges, se rapporte aux races supérieures seulement. N’ayant à nous occuper que d’un petit nombre de types et que d’un nombre fort restreint do sentiments, cette esquisse sera très-rapide.

M. Michelet donne une idée assez exacte du caractère général que prend la nature instinctive chez la femme, dans les phrases suivantes :« La femme, dit-il, c’est la beauté, beaucoup de tendresse, un peu do faiblesse, la pudeur, la timidité, la fluctuation, l’à peu près de je no sais combien de courbes aimables. Tout cela est le contraire de la ligne droite, de justesse et de justice, qui est la grande voie de l’homme. La femme est presque toujours plus haut ou [plus bas que la justice. Amour, sainteté, chevalerie, magnanimité, elle sent tout cela à merveille, mais le droit plus lentement. »

Douée de sentiments très-impressionnables, elle est plus accessible aux discours qui excitent ces éléments instinctifs etles passions, qu'à ceux qui développent des preuves raisonnées et qui brillent par des déductions logiques. Facilement dominée par le sentiment du merveilleux, qu’elle possède à un très-haut degré, elle patronne avec zèle toutes lesinspirations issues de ce sentiment. Le charlatanisme, qui prend toujours un point d’appui sur le merveilleux , a de tout temps trouvé chez la femme un puissant auxiliaire de bonne foi. Les vérités positives, scientifiques, n’attirent point son attention, ne lui inspirent que fort peu d’intérêt; elle se plaît surtout dans le domaine de l’imagination, et considère facilement comme la réalité les chimères inventées

par cette faculté, les fictions qui touchent son cœur. Dans cette disposition d’esprit, elle attribue plus volontiersles phénomènes naturels à l'intervention directe de puissances occultes, surnaturelles, qu’aux lois établies par le Créateur. Malgré son caractère craintif et réservé , une fois surexcitée et dominée par quelque passion, elle est capable d’exécuter les actes les plus énergiques: elle soutient avec dévouement, parle martyre même, aussi bien quel’homme, les causes , les croyances que ses sentiments lui ont fait adopter. L’amour maternel la rend capable de tout entreprendre. et l’aide à supporter sans faiblesse les crises pénibles de son existence. Sous l'empire de cette affection , sa crainte et sa timidité s’effacent, elle ose accomplir tout ce que demande ce sentiment. Destinée à procréer, le désir de plaire lui a été donné impérieux par la nature, et ce désir, tempéré par la pudeur, lui sied si bien, que la femme qui ne l’éprouverait pas serait moralement incomplète. Elle reste toujours impressionnée par le noble sentiment de l'amour qui, selon l'expression de Mrae de Staël, est 1 histoire de toute sa vie, tandis que ce sentiment n’est qu'un épisode dans celle de l’homme. Chez celui-ci, les affections ont moins de vivacité, mais elles sont peutêtre plus durables. Ses sentiments dominants sont: l’ambition, le désir de posséder, de commander, l’amour de la gloire et des honneurs. La supériorité instinctive de la femme est caractérisée par la délicatesse, celle de l’homme par la noblesse et 1 énergie; deux genres d’élévation qui les mettent l’un et l’autre, mais d’une manière différente, au même niveau dansl humanité. Les sentiments délicats se ternissant avec plus de facilité que les sentiments caractérisés par 1 énergie , les anomalies instinctives de la

fournie sont plus apparentes que colles de l’homme. Si une malheureuse disposition la prive des sentiments propres à son sexe; ou bien si, par suite d'une faiblesse naturelle de ces facultés, elle ne peut réagir contre le milieu pervers dans lequel l’ont jetée la naissance ou toute autre circonstance fortuite, sa dégradation morale offre un aspect plus repoussant que celle de l’homme.

Les sentiments dominants de la femme étant ceux qui inspirent le plus l’imagination, cette faculté est presque continuellement en exercice dans son esprit, et elle l’éloigne involontairement des appréciations justes et vraies. Cette disposition psychique, qui la rend peu propre à l ’étude des sciences, facilite beaucoup chez elle la culture des arts et l’inspiration poétique, principalement dans les genres légers et gracieux.

Les sentiments de l’homme exigent, pour obtenir leur satisfaction , un concours plus actif et plus prolongé des facultés réflectives que ceux de la femme. Le genre de travail qui est naturel au premier nécessite également davantage que les occupations de la femme, le secours do la réflexion.

3* nlrerKlté «les Kentlmrnls chez le inOnie Individu, sulvanl roii âge.

Aux éléments instinctifs de la jeunesse et de la virilité, à la gaîté, à l’espérance et à la générosité, succèdent, dans la vieillesse, l’inquiétude, la crainte et l’égoïsme. — Les causes physiques qui exercent sur le cerveau une inlluence de près comme de loin, modifient pendant leur durée la nature instinctive • de l’individu. Ordinairement ces modifications produisent des perversions morales; dans quelques cas rares, elles ont déterminé une amélioration dans les facultés instinctives.

L’étude des sentiments dans les différents âges de la vie devrait à peine nous arrêter, si nous n’avions à étudier le caractère qu’ils prennent dans la vieillesse. L’enfance

et l' adolescence nous offrent l’apparition successive des sentiments naturels que nous connaissons, apparition dont les détails intéressent davantage le moraliste proprement dit que le psychologiste. La virilité présente ces sentiments dans toute la puissance de leur développement et de leur activité. Maisla vieillesse mérite de la part du psychologiste une étude spéciale; car les éléments instinctifs qui animent l'homme à cette époque de son existence ne sont plus exactement ceux qui l'animaient autrefois. La connaissance de ces modifications dans les éléments instinctifs de l’homme rentre tout à fait dans le domaine de la psychologie anomale , laquelle mérite de fixer notre attention toutes les fois que l'occasion de l'étudier se présente.

Chez l’enfant, le sens moral, lessentimentsde convenance, qui sont le principe générateur de la raison morale supé- . rieure, n'étant pas développés, n’inspirent pas encore la pensée et ne motivent point les actions. Ne possédant pas cette raison , il dit tout ce qu’il pense sans en ressentir les inconvénients. S’il fait lo bien, ce n est pas parce qu’il s'y sent obligé par devoir: c’est , ou parce qu’il en éprouve quelque satisfaction, étant engagé à faire ce bien par ses bons sentiments égoïstes; ou parce qu’il y est contraint par autrui : 1 égoïsme, la crainte et quelques affections sont les principes instinctifs les plus saillants de son caractère.

La jeunesse est confiante , pleine d'amitié , d’amour , d’espérance, de générosité, de tous les sentiments qui font naitre les illusions; c’est l’âge heureux où elles abondent.

La jeunesse se flatte et croit tout obtenir,

La vieillesse est impitoyable1.

Sous 1 inspiration de ces beaux sentiments . l’homme

1 Lu Fontaine; Fables . Le vieux chat et la jeune souris.

voit lo présent et surtout 1 avenir sous les couleurs les plus riantes; il désire par conséquent atteindre au plus tôt cet avenir. A cet âge apparaissent les premières lueurs du sens moral, qui n’acquerra que plus tard son entier développement.

L'Age viril, comme nous l’avons dit plus haut, est caractérisé par l’expansion des sentiments propres à chaque sexe.

La vieillesse nous offre le tableau des modifications profondes que subissent les facultés instinctives, par suite de la décadence de l’organisme.

A mesure que l’homme avance en âge, ses goûts, ses penchantsjeuneset virils se modifient, disparaissent même, et avec eux les idées qu'ils lui inspiraient jadis. Sa ma- • nière de voir est toute autre, ses raisonnements s’établissent sur des principes différents et aboutissent à des conclusions différentes. S’il pense à l’avenir, il l’imagine sombre et triste; il rêve aux éventualités malheureuses qui peuvent surgir, il croit leur avènement inévitable. S’il porte ses regards vers le passé, il le regrette amèrement, mais tous ses regrets ne lui rendent pas ses jeunes facultés instinctives et leurs chères inspirations. Il vante ce temps rappelé à son souvenir par tout ce qui le charmait alors, comme ♦plus heureux que le temps présent, ce qui est vrai pour lui. Ce temps, présent qu’il voit à travers le prisme de ses nouveaux sentiments, lui apparaît plein de dangers et de tristesse; car à la gaîté, à l’insouciance, à l’espérance, aux affections vives et à la générosité, ont succédé dans son âme l’inquiétude, la crainte et l’égoïsme.

L 'inquiétude. — Lescontrariétésetleschagrinsdel’enfant, occasionnés par le froissement de ses goûts et de ses pen-

chants, sont éphémères et se résolvent par des cris et par des larmes. Mais lorsque l’homme avance en âge, surtout lorsqu’il a atteint la vieillesse, l'inquiétude se glisse peu à peu dans son esprit et s’y fixe à demeure, sans même être excitée par un motif réel et rationnel. Occasionnée par une cause organique et involontaire, cette inquiétude plusoumoins prononcée ne fait jamais défaut au vieillard. Elle donne lieu à cette prévoyance et à cette prudence exagérées qui le caractérisent, et qui portent sans cesse et involontairement sa pensée vers les éventualités dangereuses, vers les peines inhérentes à l’humanité, et vers les moyens de les éviter: Ne vous inquiétez pas, disait-on devant moi à un vieillard, vous n’avez aucun motif d’inquiétude et de crainte. — Oue voulez- vous, répondit-il, cela ne dépend pas de moi. mes idées me poursuivent sans cesse. En effet, l’inquiétude, comme tout ce qui est instinctif, est involontaire: sa suppression ne s’effectue pas par un conseil. Elle trouve aussi un aliment dans la souffrance physique, inséparable de l’altération sénile des organes. L homme sent alors son corps par la douleur, comme autrefois il le sentait par le bien-être. Cette souffrance, réagissant sur son moral, ajoute nécessairement à l’inquiétude qu'il éprouve, et le rend irritable.

La crainte qui affecte le vieillard donne un caractère particulier à ses pensées. Ayant peur de tout changement, il est partisan du statu quo quand même. Sa sagesse et sa prudence si vantées, et attribuées à l'expérience, produisent surtout 1 abstention. Il évite les solutions qui demandent quelque changement dans l’ordre établi, il temporise, il attend. Il a la prudence de l’impuissance, de l’inactivité et de la crainte, qui fuient les dangers pour ne pas avoir à

les combattre ; prudence bien différente de colle de la virilité, qui va au-devant des dangers, qui les attaque poulies faire disparaître. Lorsqùe les personnes qui exercent un pouvoir administratif avancent en âge, elles n’introduisent jamais de changements importants dans leur manière d’administrer ; ou bien, si elles en introduisent, ce n’est jamais dans le sens du progrès, de la générosité et de la liberté ; et, à moins do raisons graves, il ne peut en être autrement, les sentiments de la vieillesse les empêchant de penser et d’agir dans ce sens. Tout homme, à mesure qu’il vieillit, ne pense et n’agit plus comme il le faisait autrefois dans les mêmes circonstances, bien qu’il en ait retiré du profit et de la gloire. Les esprits les plus solidos et les plus progressistes subissent, comme les autres, la fatale influence des années : ils tergiversent d’abord entre leurs anciennes et leurs nouvelles pensées, puis ces dernièros finissent toujours par l’emporter. N’exigeons pas que l’homme ait durant toute sa vie les sentiments et les idées de la virilité, et, parce qu’il a été progressiste, qu’il doive continuera l’être dans ses vieux jours, car cela n’est pas dans la nature humaine.

Le vieux ministre anglais Palmerston, dominé, malgré sa verdeur si vantée, parla crainte d’une descente française dans le Royaume-Uni, a dépensé des sommes énormes pour hérisser de canons les côtes de l’Angleterre. Un ministre moins âgé eût certainement trouvé un meilleur emploi des richesses do son pays. Sous l’influence do la peur, si facilement communicative, on a vu alors le génie de la nation anglaise se porter principalement vers les inventions ayant pour objet la destruction et la défense. Ce n’est pas sans raison également que la politique tenue

par ce ministre, à l’occasion de la guerre des Austro-Prussiens contre le Danemark, a été qualifiée par un membre du parlement, de politique de vieillard. Cette politique se montre toujours la même en toute circonstance, stationnaire, défiante et égoïste : Incrtia sapientia est, telle est sa devise. Lapolitique jeune et virile est essentiellement active, entreprenante, généreuse. Les hommes qui ont changé les institutions de la France et qui ont remué si profondément l’Europe à la fin du siècle dernier et au commencement de celui-ci, étaient tous jeunes. La prudence et la sagesse des vieillards n’eussent jamais enfanté les prodiges opérés par ces hommes jeunes.

L’homme politique animé des sentiments de la vieillesse se eomplait dans un militarisme très-développé, dans des armements formidables et en permanence. N’éprouvant plus cet élan enthousiaste et généreux, apanagede la jeunesse et de la virilité, il n’a plus confiance dans l’énergie merveilleuse dont les jeunes volontaires ont cependant fait preuve si souvent; il nie même les services qu’ils ont rendus i» la patrie. La force d’une nation ne lui apparaît que dansl esprit militaire inculqué par un séjour prolongé sous les drapeaux.

La crainte porte instinctivement l’homme à devenir superstitieux. Sousl intluencede cette passion , le vieillard abandonne les opinions philosophiques qu'il a professées dans sa virilité. Répugnant à regarder avec incertitude cet avenir qu il sent approcher, il réclame des articles de toi précis qui llattent ses espérances et calment son inquiétude.

La crainte d événements qui peuvent le priver de son avoir, et 1 impuissance dans laquelle il se sent de sub-

venir par lui-même à ses besoins, le rendent avare et thésauriseur. Les vieillards qui ont perdu le sentiment de l’amour, perdent avec lui la connaissance de ce qu’il fait éprouver; tant il est vrai que les connaissances qui sont du ressort des sentiments ne peuvent être présentes à l’esprit quo par le moyen de ces facultés; tant il est vrai que, du moment où un sentiment no parle plus au cœur, les connaissances qu’il donne ont disparu. Ces vieillards traitent alors l’amour d’enfantillage, de bilevesée ; ils 11e voient plus dans lo mariage qu’une affaire d’argent.

L 'égoïsme remplace presque toujours dans l’esprit du vieillard ses anciennes affections; il éteint jusqu’à l’amitié même. Arrivé à la période extrême de sa vie, l’homme s’attache surtout par habitude ou par intérêt, non comme autrefois par les soins qu’il prodiguait, mais par ceux qu'il reçoit. S’il pleure la mort d’un parent , d’un ami , d’un serviteur, c’est parce qu’il sera dorénavant privé des services qu’il en recevait. Dans l’expansion de sa douleur, c’est à lui seul qu’il pense ; lui seul est à plaindre, lui seul est malheureux ! Il n’a plus de sollicitude pour ses enfants, déjà avancés en âge ; leur mort, sujet d’un cruel chagrin pendant sa virilité, le laisse maintenant presque insensible. La nature semble avoir retiré do son cœur un sentiment qui n’a presque plus sa raison d’être, et ce qui lui en reste est reporté sur ses petits-enfants , car l'amour pour l’enfance ne peut s’appliquer qu’à l’enfance elle-même. Son sentiment religieux, devenu franchement égoïste, a perdu le caractère degénérosité qu’il a danslajeunesse. L’homme jeune sacrifie à ses croyances ses biens, ses affections, sa vie même. Dans la vieillesse, ce n’est plus lui-même que l’homme sacrifie, ce sont ses subordonnés. Le vieillard

religieux soutient plus que tout autre, par la cruauté envers les autres hommes, ce qu’il croit être les droits de Dieu, afin de l’intéresser en sa faveur et d’être plus sûrement pardonné. Il est facilement capté par ceux qui font briller à ses yeux l’assurance de la félicité dans l’autre vie.

Dans la jeunesse, le fanatisme ‘est essentiellement généreux : l’homme s’expose alors lui-même dans toutes les entreprises périlleuses où le pousse sa passion. S’il sacrifie son semblable, il sait qu’il sera sacrifié à son tour. Dans la vieillesse, le fanatique ne se livre à des excès qu 'autant que sa personne est à l’abri de tout danger.

A mesure qu’il avance en Age, l'homme qui s’étudie voit apparaître et augmenter en force les sentiments de la vieillesse. Tant que ces sentiments n’ont pas assez de puissance pour étouffer ses sentiments rationnels et pour le dominer, il conserve toute sa raison, il réprouve et peut combattre les inspirations exagérées de ses nouveaux sentiments. Mais s’il arrive un moment où ceux-ci dominent son esprit, alors, ne ressentant plus tout ce qu’ont d’irrationnel leurs inspirations, il approuve ces inspirations, il les considère comme bonnes, justes, vraies; il a perdu la raison à leur égard.

Les perversions instinctives séniles, manifestées par les bizarreries les plus variées, peuvent acquérir un degré qui atteint la folie la plus complète. Ces folies peuvent revêtir toutes les tonnes possibles, elles ont même parfois un caractère d’exaltation peu en harmonie avec l’âge des individus.

Les facultés intellectuelles des vieillards se modifient de même que les instinctives. Mais la perversion n’étant pas dans la nature de ces dernières facultés , c’est par la fai-

blesse et l’extinction que les changements se manifestent en elles. Les premiers symptômes de leur décadence apparaissent dans la mémoire, non que cette faculté soit plus tôt altérée que les autres , mais parce que les effets de son affaiblissement sont plus évidents. La chute intellectuelle est d’autant plus saillante, chez le vieillard, qu’elle part d’un degré plus élevé. Le savant, le poète, le musicien, ne peuvent plus produire des œuvres importantes comme jadis, tandis que l’homme vulgaire continue à faire aussi bien, par habitude, co qu’il a fait toute sa vie, son travail manuel, commercial, industriel, et même un travail intellectuel consistant dans une pratique de langue date, tel que l’exercice de la médecine. Cette chute étant peu apparente, on suppose l'homme jouissant de toute la puissance de ses facultés; mais il n’en est rien : il a perdu toute initiative, il est incapable (l’apprendre et de faire quelque chose de nouveau. Le manque de mémoire et la faible activité de son esprit, qui ne peut plus rien créer, font qu’il répète, qu’il rabâche sans cesse les mêmes choses, principalement celles qui l’ont impressionné pendant sa jeunesse ou sa virilité. L’attention le fatigue, elle devient même impossible. Enfin la vieillesse, lasse de penser par elle-même, se repose volontiers sur les idées d’autrui ; elle accepte ces idées avec plus de facilité qu autrefois.

Les modiiications qui se produisent dans les deux ordres de facultés psychiques ne marchent pas toujours de pair. Ainsi, chez certains vieillards, les facultés intellectuelles conservent toute leur puissance; la mémoire, la fécondité et la clarté dans les idées, la présence d’esprit, sont les mêmes qu’auparavant; mais les sentiments qu’ils éprouvent ayant changé de nature, ils soutiennent, et cela avec

autant délaient et d'intelligence qu autrefois, des causes contraires à celles qu’ils ont défendues pendant leur virilité. Dans quelques cas rares, les facultés instinctives résistent mieux que les facultés intellectuelles ; mais, en général , les unes et les autres s’altèrent simultanément. A mesure que les facultés s’affaiblissent, le vieillard devient es dave de l'habitude, ou plutôt, ne trouvant plus ses satisfactions que dans l’habitude, il ne veut plus s’en distraire. Cette particularité explique le genre de vie qu il adopte.

Malgré ses travers et ses palinodies, le vieillard n'en mérite pas moins notre respect et notre vénération. 11 a subi fatalement, et mémo souvent à son insu, les changements survenus dans ses facultés instinctives. On a donc tort de lui reprocher les modifications opérées dans ses opinions, dans sa manière de penser. Plaignons-le lorsqu'il tombe dans quelques écarts; notre tour viendra, à nous aussi, et nous subirons, comme nos devanciers, soit physiquement, soit psychiquement, des ans l'irréparable

mit raye.

Ces modifications opérées par l'âge dans les sentiments sont si indépendantes de la volonté, qu elles sont toujours identiques. Ainsi, la vieillesse ne deviendra jamais généreuse, libérale , courageuse, confiante, affectueuse ;

1 homme avancé en âge pourra conserver en partie ces qualités quand il les aura possédées pendant sa virilité ; mais lorsque des changements s’opèrent en lui, c’est toujours au profit de la crainte, de 1 inquiétude et de l’égoïsme. S’il a manifesté ces derniers sentiments pendant sa virilité, il lus éprouvera davantage et plus constamment, à mesure qu il vieillira, malgré 1 instruction et b expérience acquises.

Les modifications séniles qui ont lieu dans les facultés psychiques arrivent tantôt insensiblement , tantôt avec rapidité; quelques vieillards possèdent l’heureux privilège de conserver longtemps intactes leurs facultés. Mais, chez eux, le corps a peu vieilli; le centre nerveux, présidant aux manifestations psychiques, n’a pas plus subi d’altération sénile que les centres nerveux affectés à la conservation du corps. Ces organes, doués d’une inaltérabilité rare, ont résisté plus longtemps aux causes d’affaiblissement qui pèsent sur eux, et ils ont conservé, malgré l’Age, l’intégrité à peu près complète de leurs fonctions. Tandis que d’heureuses organisations bravent les années, d’autres, faiblement constituées, ou épuisées par le travail ou par des excès de tout genre, subissent de bonne heure les modifications séniles.

Si de lentes modifications imprimées par l’âge à l’organisme font éprouver des altérations aux facultés instinctives, à plus forte raison les impressions promptes que le cerveau reçoit par les maladies , par les souffrances du corps, doivent-elles troubler ces facultés. La faim rend irritable et inquiet ; les époques menstruelles et la gestation opèrent parfois chez la femme des changements considérables, quoique passagers, dans le caractère; les maladies aiguës, les convalescences d’affections graves, les maladies chroniques, nous offrent de semblables altérations instinctives. Les perversions morales, le changement complet du caractère, les délires qui se forment dans la première période de la folie, ne sont que les premiers effets d’affections chroniques, et en général graves, du cerveau, bien que cet organe ne laisse point apercevoir encore d’altérations dans son tissu .

Certaines causes pathologiques ayant profondément agi sur le cerveau, ont pu changer complètement et pour toujours les facultés instinctives de l’individu, et par conséquent son caractère. Je tiens le fait suivant d’une personne qui en a été témoin : M. X..., doué d’un excellent naturel, était affectionné de tous ceux qui le connaissaient, à cause de ses qualités aimables. Ayant été atteint d’une variole confluente qui mit ses jours en danger, on ne retrouva plus chez lui son ancien caractère, lorsque son rétablissement fut opéré. Il était devenu irritable, acariâtre, railleur; il no pouvait supporter la moindre contrariété, et dénigrait tout le monde. Employé dans une administration supérieure , il écrivit au ministre dont il dépendait pour calomnier ses supérieurs. Quelque chose que l’on soutint devant lui, il affirmait le contraire ; il voyait tout au rebours du sens commun. Cet homme avait conservé cependant toute l’intégrité de ses facultés intellectuelles, il était considéré comme fort capable dans les fonctions qu’il remplissait; c’est à cette circonstance qu’il dut de conserver sa place. Depuis quatorze ans environ, son nouveau caractère n'a pas varié.

Ce n’est pas seulement un changement de bien en mal que de fortes secousses pathologiques imprimées au cerveau ont pu produire ; cette cause a déterminé dans quelques cas rares une modification de mal en bien. En voici un exemple remarquable cité par Plutarque 1 : « Thespesius de Soli, dit-il, ayant passé sa première jeunesse dans le libertinage, eut bientôt dissipé tout son patrimoine. Réduit a la misère, il devint injuste, et eut recours pour

* OEuvres morales, chap. Des délais de la justice divine, trad. Richard, tom. III, pag. 39.

s'enrichir aux voies lus moins honnêtes. Les moyens les plus honteux lui étaient bons, dès qu’ils pouvaient lui procurer des plaisirs et de l’argent. Aussi acquit-il en peu de temps une réputation bien établie de méchanceté et de scélératesse. Étant tombé d’un endroit assez élevé, la tête la première, il resta évanoui pendant trois jours. On le croyait mort, et on se préparait à l’enterrer, lorsqu'il reprit en peu de jours ses esprits et ses forces. Il se lit alors dans sa conduite un changement merveilleux. Dans toute la Gilicie, on noeonnut point, de son temps, d’homme plus juste dans les affaires, plus religieux envers les dieux, plus sûr pour ses amis, plus redoutable aux ennemis. » L’explication que Plutarque donne ensuite de ce fait , dans laquelle il fait intervenir les divinités de l’Olympe, est un produit do son imagination basé sur les idéos religieuses do l'époque. Ce qu’il considère comme un miracle opéré par les dieux, trouve sa raison d’être dans les lois naturelles. Nous avons du reste d’autres exemples de changements de mal en bien dans la nature des sentiments, par le fait de commotions cérébrales violentes. Ainsi, on cite quelques aliénés qui ont recouvré la raison à la suite d’une chute grave, d’une immersion subite et inattendue dans l’eau froide, de la commotion résultant de l’explosion d’une poudrière ; et nous verrons que c’est la nature instinctive qui est principalement affectée dans la première période de la folie.

ARTICLE IV. — Changements qui s'opèrent dans les manifestations instinctives de l’homme sous l'influence des causes morales, causes qui agissent directement sur les sentiments.

Les causes morales ne changent pas, comme les causes physiques, la nature des sentiments; elles font prédominer certains sentiments qui étaient restés à l’état latent, faute d’avoir été excités. Ces sentiments, se substituant à ceux qui avaient plus particulièrement été en activité jusqu’alors, donnent des produits instinctifs nouveaux.

Bien que l’organisme préside à la nature des facultés instinctives, en ce sens que nous ne possédons que celles dont il permet la manifestation, et que ces facultés changent de nature à mesure que nos organes subissent des modifications profondes ou des impressions passagères, on se tromperait fort si l’on attribuait tous les changements qui ont lieu dans les manifestations morales, à des causes physiques, a des modifications ou à des impressions organiques. Il s opère des changements considérables dans le caractère, sous 1 influence des causes qui excitent vivement certains sentiments restés latents, et dont l’activité se substitue à celle d’autres sentiments qui avaientprédominé jusqu alors chez l’individu. Sous cette influence instinctive nouvelle, la manière de penser et d’agir devient tout autre que ce qu’elle était. Les causes morales ne changent donc point la nature instinctive, ainsi que le font les causes physiques qui agissent sur le cerveau, elles font prédominer l’activité de certains sentiments et affaiblissent celle de certains autres. Cependant, lorsque ces causes agissent d’une manière pernicieuse sur le cerveau, elles produisent indirectement un changement dans la nature des sentiments.

La substitution de certains sentiments à ceux qui sont

habituellement manifestés, explique les changements qui se sont opérés en peu de temps dans la manière de sentir et de penser chez certaines personnes, à la suite de grands malheurs, ou de toute autre circonstance, qui ont vivement froissé leurs sentiments. On peut citer comme exemples remarquables de sentiments latents se substituant à d’autres, les deux faits qui suivent :

l’ne blessure reçue dans un combat, uneùiifformité qui en fut la suite, la lecture de la vie des Saints et de l imitation de Jésus-Christ, excitèrent chez Ignacode Loyola un sentiment religieux resté latent jusqu’alors. La puissance de ce sentiment devint assez grande pour dominer complètement les aspirations mondaines qui avaient occupé précédemment son esprit, et changer la direction de ses pensées. Ignaco se voyant affecté d’une claudication incurable, ii ses goiits légers du militaire se substituèrent le sentiment religieux et le désir do propager les croyances catholiques. Sous cette nouvelle inlluence instinctive, l’ambition, qu'il continuait à ressentir vivement, changea d’objet.

La mort de la duchesse de Montbazon inspira à Al. de Rancé un profond dégoût pour les joies frivoles de la vie, et le conduisit au couvent de la Trappe. Le sentiment religieux, en se substituant à l’amour profane, consola son cœur brisé par le chagrin. Les exemples où des malheureux accablés par des peines morales cherchent dans les couvents un séjour en rapport avec leur tristesse, ne sont point rares. Le sentiment religieux élevé et consolateur qu'ils éprouvent, trouve, dans la solitude de ces lieux plus qu 'ailleurs, des aliments propres à le satisfaire. Ce sentiment, dont ils possédaient le germe, sommeillait dans leur es-

prit, pendant que d'autres, d’un ordre différent, l’occupaient tout entier. Comme refuges ouverts aux infortunés dont le bruit du monde irrite la douleur, les couvents ont une utilité réelle.

Les substitutions dans lesquelles le sentiment religieux, excité par les circonstances, conquiert sur l’esprit l’influence qu’y exerçaient des sentiments profanes, substitutions appelées conversions, n’ont rien de miraculeux, et s’expliquent parfaitement parles lois de Dieu, ou lois naturelles, qui nous gouvernent. Use produit à chaque instant de semblables substitutions dans 1a vie ordinaire, entre les divers sentiments que nous possédons, suivant les causes qui excitent tels ou tels sentiments. Mais ces substitutions, moins importantes que celles qui mettent en relief le sentiment religieux resté latent jusqu 'alors, ne nous étonnent point, et nous les trouvons toutes naturelles. Ce sont leurs effets que nous recherchons par l’éducation, lorsque nous la dirigeons de manière à affaiblir les mauvais sentiments qui produisent les vices, et à fortifier les bons éléments instinctifs générateurs des bonnes qualités. Le noble sentimentde l’amour se manifestant dans le cœur humain, a pu y dominer les passions vicieuses qui étouffaient le germe des sentiments moraux, et transformer ainsi le caractère, la manière de penser, et la conduite. Le poète Alfieri est un exemple de transformation morale par ce sentiment. Ayant reçu une mauvaise éducation, et ayant mené dans sajeunesse une vie fort dissipée, l’amour et l’amour-propre le métamorphosèrent complètement: pour plaire à la comtesse d’Albany, il réforma ses mœurs, il se livra au travail, et acquit une certaine célébrité.

l’ar substitution de sentiments, ce ne sont pas seule-

ment des conversions du mal au bien qui se produisent, il en existe d’aussi étonnantes du bien au mal. Des hommes d’une bonne nature morale ont pu se livrer à des excès déplorables, sous l’influence de passions vivement excitées par des événements graves, ou par toute autre cause, et considérer cos excès comme représentant la justice et la raison. On se tromperait fort, si l’on considérait comme essentiellement immoraux tous ceux qui ont commis des excès pendant la révolution. Un sombre fanatisme politique, la crainte des dangers qui menaçaient la France au dehors, celle du retour des anciens abus au ‘dedans, inspirèrent des mesures épouvantables à des hommes qui, en les mettant à exécution, avaient la certitude d’accomplir un devoir sacré envers la patrie. Parmi ces individus , les uns honnêtes, mais égarés par les passions vivement excitées en ce moment, considéraient les moyens révolutionnaires comme des malheurs regrettables, mais nécessités par les circonstances ; d’autres, dépourvus de tous les sentiments moraux, commettaient sans regret et froidement les plus grandes cruautés. Tous les fanatismes ont entraîné des hommes parfaitement moraux à de semblables excès.

Il est important de ne pas confondre les changements survenus dans les manifestations instinctives de l’homme, occasionnés par une substitution de sentiments dans son esprit, avec les changements survenus dans les manifestations de même nature , occasionnés par des influences pathologiques agissant sur le cerveau. Les premiers changements, dépendant des causes excitantes des sentiments, ont leur durée subordonnée à celle de ces causes. Les seconds changements cessent seulement par la guérison ou parla modification de l'organisme, circonstances qui se

réalisent rarement, et que l’homme ne peut pas faire naître à volonté.

ARTICLE V. — Des besoins physiques et de la science instinctive qui les satisfait.

Les besoins de l’esprit , manifestés par les facultés instinctives, ne sont pas les seuls principes actifs de l’homme. Les besoins du corps, dans lesquels se rangent lesappétits, sont également des principes d’activité, par leur demande de satisfaction. L’hommesatisfait ces besoins avec le secours de son intelligence et d’une science instinctive innée, et l’animal avec le secours de cette science à peu près seule. La puissance instinctive, considérée d’une manière générale, se manifeste donc, non-seulement par les sentiments de nature diverse, mais encore par une science innée indiquant la manière dont les besoins du corps doivent être satisfaits.

Lorsque ces besoins, ayant tous rapport à la conservation de l'individu et à celle de l’espèce , sont perçus par l’esprit, ils éveillent en lui l'instinct qui doit les satisfaire, soit par des penchants vers les objets qui procurent cette satisfaction , et par la connaissance de la manière dont celle-ci doit être obtenue, soit par une répulsion pour ce qui est nuisible à l’individu et à l’espèce. Lorsque le besoin génératif est ressenti , il éveille dans l’esprit le penchant qui attire un sexe vers l’autre, et la science innée qui fait connaître la manière dont ce besoin doit être satisfait. La faim, besoin qui se fait sentir à l’estomac, éveille la science instinctive qui donne la connaissance de la manière dont cette faim doit être satisfaite; l’enfant manifeste alors cette science on happant le sein qu’on lui présente, et en l’as-

pirant ; l’animal, en se dirigeant vers les mamelles de sa mère, en choisissant, sans jamais se tromper, le genre de nourriture qui convient à son organisation.

Les besoins du corps sont les causes excitatrices de la science instinctive qui sert à les satisfaire, si bien qu’en supprimant l’organe d’oii part le besoin, on supprime par cela seul le penchant vers l’objet qui doit satisfaire ce besoin, et la science instinctive qui indique la manière dont ce besoin doit être satisfait. Cette expérience nepeutavoir lieu que sur les organes de la génération, les seuls, parmi ceux dont les besoins sont satisfaits par une science instinctive, qui puissent être séparés du corps sans occasionner la mort. La castration pratiquée de bonne heure, supprimant le besoin génératif, supprime tout principe instinctif ayant rapporta ce besoin, c'est-à-dire, chez l’homme, le sentiment supérieur de l’amour, le penchant qui porte vers un sexe opposé, et la science instinctive éclairant sur la manière de satisfaire ce penchant; chez l’animal, le penchant et la science instinctive seulement. L’esprit n’ayant point perçu le besoin, le germe de l’instinct n’a pas été fécondé, et cet instinct reste à jamais latent. Si la castration a lieu à une époque avancée de la vie, après que les organes génitaux . ont manifesté leur besoin d’activité, ne fût-ce même que d’une manière vague et indéfinie, les germes du sentiment et de l’instinct ayant été fécondés, l’expérience démontre que l’homme peut posséder à quelque degré ce sentiment et cet instinct après l’opération. Certains sopranistes mutilés dans leur enfance ont pu se faire remarquer par l’expression tendre et passionnée de leurs chants, mais ce n’était point le sentiment de l’amour qui les dirigeait. Inspiréspar le sentiment musical, et dirigés par l’intelligence

qui leur faisait comprendre la manière de rendre les mélodies pleines de tendresse qu'ils avaient à interpréter, ils ont pu exprimer avec vérité ce qu’ils ne sentaient point.

La science innée, irréfléchie et toujours sûre de l’instinct , est admirablement développée chez les animaux. L’homme la possède à un degré très-inférieur, devant presque tout acquérir par son intelligence ; aussi, lorsqu’on veut connaître les merveilleux produits de la science instinctive, c’est chez les animaux qu’il faut les étudier. Chez ces êtres, cette science reste pure, sans mélange d’opérations réflectives, et leur activité instinctive, mise en jeu par leurs besoins, reste aussi sans mélange de libre arbitre dans les déterminations des actes. Si nous prenons, par exemple, la science instinctive qui a rapport à la conservation personnelle, nous la trouvons plus développée, par la connaissance innée de ce qui est nuisible , de ce qui menace la vie, chez l’animal que chez l’homme. L’herbivore est saisi do terreur par l’odeur de la bête fauve , bien qu'il n’ait jamais aperçu celle-ci et qu’il n’ait jamais senti sa griffe. On a vu un chien devenir inquiet en flairant un morceau de peau de loup desséchée. L’instinct, qui éclaire si bien l’animal sur «ses ennemis naturels, ne lui procure pas la connaissance des ennemis que la nature ne lui a point donnés. Un certain degré d’intelligence seul les lui fait connaître, mais d’une manière obtuse seulement ; aussi se laisse-t-il conduire sans résistance à l’abattoir, et rarement comprend-il les pièges qu’on lui tend. C’est surtout par son intelligence que l’homme connaît et évite les dangers qui le menacent.

La science instinctive excitée par les besoins du corps guide les oiseaux dans leurs émigrations , dirige le pigeon

expatrié au loin vers le colombier où il a séjourné longtemps. Ouollo admirable scienco instinctive ne faut-il pas posséder pour exécuter ce retour ! Par cette science, chaque animal choisit le gîte qui convient aux besoins de son corps, et son genre de nourriture ; par elle, le castor bâtit sur le bord de l’eau une habitation fort remarquable ; les abeilles contruisent des cellules qui font l’admiration des géomètres, la forme de ces cellules étant celle qui permet d’en construire , à capacité égale, le plus grand nombre possible dans un espace donné. La science instinctive , précoce chez l’animal, est plus tardive chez l’homme; elle est suppléée, chez ce dernier, parles soins intelligents et airectueux des parents.

Tout ce qui est instinctif ne peut se supprimer ou se changer par la volonté, l’être lo subit. Aussi le seul moyen efücace pour empêcher la manifestation des instincts pervers est d’éviter les causes qui les excitent et do développer les sentiments moraux qui sont les antagonistes naturols de ces instincts. C’est ce que font l’éducation chez l’homme et l’apprivoisement chez l’animal. L’apprivoisement 11e change pas la nature des instincts de celui-ci, il modifie seulement leurs manifestations en excitant les instincts qui favorisent la soumission do l’animal à l'homme. L’apprivoisement peut être pratiqué chez un grand nombre (T espèces animales, non chez tous los individus de ces espèces , mais uniquement chez quelques individus qui possèdent plus que les autres le germe des sentiments par lesquels on peut les diriger, tels que les affections, lerespectetla crainte. En excitant ces sentiments, 011 substitue leur influence à celle des instincts farouches et sauvages. Ce moyen très-rationnel rend l’animal souple

et docile; mais comme il ne change pas l'organisation de sou cerveau , et ne fait pas disparaître les instincts que la nature lui a donnés, ceux-ci se manifestent bientôt, s’ils ne sont pas contenus d'une manière permanente par les sentiments qu’on leur oppose. Des instincts sauvages , énergiques, intraitables, l’absence des sentiments qui peuvent les contenir et les combattre, rendent l’apprivoisement impossible. Tout ce que nous disons de l’apprivoisement chez l’animal s’applique exactement aux principes généraux île l’éducation morale chez l’homme.

Une profonde modification dans l’organisme peut seule changer la nature des besoins, des facultés, des instincts, et par conséquent les caractères, les mœurs, la nature des désirs. On obtient cette modification par le croisement des races, qui dote les descendants de certaines qualités possédées par des parents choisis , doués de ces qualités. Si les milieux modifient l’organisme, ce n’est que d’une manière fort limitée ; ces modifications ne portant que sur les appareils extérieurs en contact avec ces milieux, et non sur les organes internes, et surtout sur les centres nerveux qui président à la manifestation de l’intelligence et des instincts.

Nous avons passé en revue, dans ce chapitre, les sources d’où naissent les motifs et les mobiles des actes facultatifs commandés par l’esprit, par notre moi. Ces motifs et ces mobiles sont tous puisés : 1 ° ou dans la satisfaction des besoins de notre corps ; 2» ou dans la satisfaction des besoins, des aspirations, des penchants de notre esprit; 3“ ou dans le devoir mofal inspiré par le sentiment qui donne la connaissance du bien et du mal. Les deux premiers ordres de motifs sont basés , ainsi que l indique le

mot satisfaction , sur un plaisir à obtenir. Le troisième motif , entièrement basé sur un devoir senti par la conscience, engagea faire ce qu’il conseille, malgré la peine, la contrariété qu’on en éprouve. Tandis que les actes accomplis par devoir sont méritoires , ayant nécessité une victoire pénible sur soi-mème, les actes exécutés pour obtenir une satisfaction, inspirés par les deux premiers ordres de motifs, ne peuvent avoir aucun mérite , quelque bons qu’ils soient.

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