‹ Psychologie pedagogiqueChapitre 11 sur 146 · DEFINITIONS — HISTOIRE — MÉTHODES — DIVISIONS · texte numérisé non relu

DEFINITIONS — HISTOIRE — MÉTHODES — DIVISIONS

1. Education. La Psychologie pédagogique est la science positive des phénomènes psychologiques dans leuîs relations avec les problèmes pédagogiques.

[jCS phénomènes psychologiques sont étudiés parla Psychologie rationnelle dans leur nature et leurs raisons dernières, par la Psychologie expérimentale selon leurs lois positives. Les problèmes pédagogiques sont l'objet d'une autre science, la Pédagogie ou science de l'éducation.

Plusieurs préfèrent le terme Ae Pédagogique kceivà de Pédagog- ■, ce dernier étant souvent emijloyé d;ins le sens restreint d'éducation morale '. Le mot vient d'Aliema^-^ne et s'est accrédité depuis les ouvrages de J. F. Hbrbart (Iv'jS)'-.

1. LiTTRÉ, Diction fiiiiii-, Art. « Pédagogie, PéclMpc-ig-ique »•

2. Le signe (b73) indique l'ouviage précédé duii° 73 dans l.i Bibliogrupliie

l'syc'ioluj^ie jjédagogKiue. »

2 PSYCHOLOGIE PEDAUOGIQUB

L'entente est loin d'exister sur la définition de l'é'hication. Tous s'accordent néanmoins sur les points suivants :

1° L'éducation, selon la définition du Dictionnaire de LiTTRÉ, est l'action d'élever, de former un enfant. Non seulement dans sa première enfance, mais encore pendant la seconde période décennale de sa vie, l'individu humain ne se suffît pas sans l'aide de ses semblables, sous quelque aspect qu'on le considère, physique, intellectuel, moral, social, religieux.

2° L'éducation se distingue de l'instruction : celle-ci s'adresse à la seule intelligence, celle-là se rapporte à tout l'homme.

Ces notions sont évidemment insuffisantes à préciser la nature du travail éducatif. Dans la formation de l'enfant, l'agent, étant l'intelligence et la volonté de l'éducateur, ne saurait travailler à façonner une matière donnée selon une forme qu'il ignore. Lo physicien soumet le corps à des traitements divers, selon qu'il doit être mû, chaufré, électrisé : de même le travail de l'éducation variera avqc la forme visée. Inutile d'insister : l'éducateur dirige une évolution et un devenir, il doit donc savoir quel est le terme de cette évolution, ce qu'il faut faire de l'enfant. Un homme, dira-ton, mais cette réponse n'en est pas une: pourvu qu'il conserve la vie corporelle, en toule kypollicse l'enfant restera un homme. — Un homme digne de ce nom, un homme bon et beau, dont les dillerentes facultés s'accordent en un équilibre harmonieux : rien de plus juste, cet idéal précisera l'éducation, pourvu cependant que l'on sache ce qui fait l'homme bon et quel est l'idéal de beauté selon lequel on peut juger de l'harmonie de ses facultés. Comme le dit très bien

liNTHOUUCTlON : i

li. W. Pace ; « La nature du travail de l'éducateur est iivanttout déterminée par le sens qu'il donne à la vie, à ses destinées et à ses valeurs. L'éducation vise un idéal, et à son tour cet idéal dépend de la conception que l'on se fait de l'homme et de sa fin dernière, de ses relations avec Dieu, avec ses semblables et avec l'univers^. »

Comme toute autre science distincte de la Métaphysique, la Pédagogie supposa certains principes constituant un corps d'axiomes et de postulats, dont la justification doit être demandée à une branche supérieure de connaissances. Pour déterminer ce qui fait l'homme beau et bon, il faut s'adresser aux sciences indiquant ce que l'homme doit être, par conséquent à VEihiqiie^ à la Théologie. Kn vain consulterait-on la science de l'évolution, la psychologie, la sociologie: ces sciences disent ce que l'homme est, ce qu'il a été' elles pourraient au plus établir les lois du devenir humain spontané, mais, sans postuler un principe non établi, elles n'enseignent pas ce que l'homme doit être, elles n'indiquent pas le terme que son activité libre doit viser.

On voit combien il est actuellement difficile de s'accorder sur la nature de l'éducation; il suffit de parcourir les rapports du Congrès d'éducation morale tenu à La Haye en 1912 pour constater avec quelle faîalité une divergence de vues morales et religieuses conduit à des conceptions très différentes en cette matière^.

Sur le terrain très restreint où se place la psychologie pédagogique, les pédagogies différentes se ren-

1. Pa.ce, Art. « Education », Cittholic Enryc!.,^tàVt-York Appletoii, t. 5 295.

2. J. Bt.NKUBi, 2" Cg. d'cd. morale, R. pli. l'Jl3 t. 1 7MUH,

contrent en bien des points. La science de l'édiica- Hon, en conduisant l'enfant vers son idéal, le dirige d'abord vers certaines fins intermédiaires : que l'idéal éducatif soit le chrétien, le citoyen, l'homme de son temps, le serviteur de l'humanité, le produit perfectionné de l'évolution passée, ou simplement l'homme capable de choisir lui-même l'idéal qu'il veut atteindre, tous, ou moralement tous, déclarent que pour atteindre le terme, il faut développer l'intelligence de l'enfant, lui donner un fond de connaissances courantes, former son caractère. La psychologie pédagogique se contente d'offrir au pédagogue les lois psychologiques utiles à la réalisation de son idéal, et précisément la catégorie de phénomènes que l'expérience psychologique peut atteindre se rattache presque exclusivement à l'acquisition des connaissances élémentaires, au développement de l'intelligence et du caractère.

Ce traité ne s'écartera pas du point de vue positif de la psychologie pédagogique. Amenés cependant au début de notre exposition à définir l'éducation et par suite l'idéal qu'elle se propose, nous croyons nécessaire de faire notre profession de foi sur ce point.

De même qu'il n'y a qu'une morale et qu'une théologie, il n'y a aussi qu'une pédagogie. La théologie et la morale s'accordent à dire que la règle de la bonté et la norme de la beauté humaine ne peuvent se fixer sans relation avec Dieu qui es{ le Bien et le Beau suprême. L'homme créé par Dieu existe pour Dieu, est «un être religieux par construction <» et par suite, si l'éducation doit former l'homme bon et beau, elle a une fin religieuse.

Une indétermination persiste encore : on parle de former un être religieux, mais de quelle religion s'agit-il? La révélation répond nettement : une seule religion est bonne et la Chaire

1. J. Grivet, l'Eglise et l'Enfant, El. rel. 1910 t. 2. Cf. Lettre collective des évt'ques de France 14 Sept. 1909.

de Pierre en a le dépôt et la garde. La solution du problème est dès lors donnée sans aucune ambiguïté. L'éducation consiste à former en l'enfant l'homme bon et beau; l'hommebon et Ixiau est celui qui est conforme à la règle de bonté, à l'idéal de i>eauté, c'est-à-dire qui est selon Dieu; l'Uomme selon Dieu est celui qui est semblable au Dieu fait homme, au Christ; un magistère vivant, l'Eglise, est là pour définir ce qui est et ce qui n'est pas selon le Christ.

2. Pédagogie. Ses divisions naturelles. La pédagogie étant la science de l'éducation, la considération des diiïérents facteurs influant sur la transformation de l'enfant et du jeune homme conduit à une division naturelle des problèmes pédagogiques.

Dans toute action dirigée par l'intelligence et la volonté libre ces facteurs son t la personnalité de l'agent, le but qu'il se propose, le sujet soumis à l'action, le milieu physique ou social, enfin l'action elle-même considérée dans son terme, c'est-à-dire les différentes transformations subies par le sujet. Cette division est rationnelle, puisqu'elle conduit à étudier l'action selon ses causes (efficiente, finale, matérielle, formelle) et parsuite à en acquérir la science au sens philosophique de ce mot; elle est également complète et sans redondance. Si l'influence du milieu peut se rattacher à la cause efficiente de l'éducation, il importe grandement dans le problème actuel de distinguer l'éducateur, personnalité intelligente, dirigeant le travail selon des buts qu'il se détermine, et les causes agissant sur le sujet sans cette préoccupation intentionnelle du terme, le milieu physique et social.

La pédagogie se divise donc naturellement en 5 partics : l éducateur, les fins, V enfant et le jeune homme, le milieu, les moyens d'éducation ou le travail éducatif .

b PSYCHOLOGIE PEDAGOGIQUE

1° Pour faire partie de la pédagogie les questions doivent être examinées au point de vue de la transformation éducative de l'enfant. Par exemple les problèmes concernant l'hygiène scolaire ont bien rapporta l'élève et au milieu, mais ils ne sont pédagogiques que dans la mesure où leur solution peut contribuer au problème de l'éducation.

3° Bien que toute pédagogie générale, pour être complète, doive étudier l'éducation selon toutes ses causes, une division rationnelle peut cependant mettre en évidence d'autres lignes de partage, plus importantes pour les temps actuels ou plus intéressantes pour le lecteur. La division selon les causes se montre particulièrement apte à encadrer les différents problèmes de psychologie pédagogique; elle est déplus assez communément usitée; enfin elle se prête à recevoir ce que présentent de commun les pédagogies comprises sel©n les différentes conceptions de l'édi\cation.

Après ce coup d'oeil d'ensemble sur les divisions de la Pédagogie examinons séparément chacune d'elles.

lo L'éducateur. Différents agents peuvent travailler intentionnellement au problème de l'éducation : les parents, l'Eglise, la cité, l'Etat, les associations libres, les maîtres, etc. La Pédagogie recevra de ses deux sciences directrices, la Morale et la Théologie, la réponse à cette première question : quels sont ceux qui ont le droit, quels sont ceux qui ont le devoir de donner l'éducation? Elle examinera ce que doit être le maître dans son esprit, dans son cœur, dans son attitude, pour conduire le mieux possible ses élèves au terme de l'idéal éducatif. Elle étudiera les moyens les plus efficaces de formation des maîtres.

Au point de vue chrétien, l'agent par excellence de l'éducation est Dieu, l'éducateur invisible. Puisqu'il s'agit de former un chrétien. Dieu seul achève l'oeuvre en plaçant dans l'àme la grâce sanctifiante et les vertus sarnaturelles; c'est encore Dieu qiii la prépai e et la poursuit par toutes les grâces

INTROUUCTION 7

actuelles et tous les dons qu'il répand dans ce but sur les maîtres et les élèves'. Celte action divine n'amoindrit en rien d'ailleurs la part de l'éducateur humain: Dieu veut la libre coopération de la créature raisonnable et l'ordre surnaturel élève l'ordre naturel sans le détruire. Aux yeux du chrétien, le premier des pédagogues visibles est également Dieu, le Verbe incarné, dont l'Eglise continue sur terre la mission éducatrice. Le docte Clément d'Alkxandrie, dans les catéchèses qu'il a réunies sous ce titre le Pédagogue, parle ainsi à ses chrétiens: Achille eut Phénix pour précepteur, les fils de Crésus furent instruits par Adraste, Alexandre par Lconide, Philippe par Nausithous... Mais notre pédagogue à nous est le Dieu saint Jésus-Christ, lumière du monde, Verbe du Père; ce Dieu clément et bon est notre pédagogue^. »

La pédagogie dé l'éducateur chrétien lui apprendra donc au nom d'une science supérieure sa dépendance de Dieu : qu'il enseigne des vérités sublimes ou la pratique d'un métier, qu'il surveille des jeux ou exhorte à la vertu, le maître doit compte de son effort éducateur au Pédagogue suprême qui est Jésus- Christ, et par ailleurs il pourra toujours compter sur le secours du travailleur invisible dont il est l'humble coopérateur.

La morale chrétienne enseigne encore que les parents sont les éducateurs de par la loi naturelle, et donc l'Etat ou tonte autre association ne saurait se substituer à la famille po«ir imposer un système éducatif contraire à la conscience et aux vœux des parents 3. Tout maître chrétien doit enseigner en représentant du Christ, de l'Eglise, des parents ; il ne doit rien épargner pour retracer en lui l'image de celui qui est par excellence le Bon Maître, pour faire revivre aux yeux de ses élèves la personne du Christ^.

2° Les fins. L'idéal, vrai ou faux, visé par l'éducateur, ne peut être atteint que par l'exercice des différentes puissances de l'enfant : volonté, intelligence,

1. SuAREZ, De divina praedestinatione L. III c. 7 n' 10. B42 t. 2 De l'autorité et du respect dans l'éd. M Baunahd, Le collège ckrét,, Poussielgue 1889 t. 1 16-28.

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