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L. c. Ci'-G

COÉULCATIO.V

Rapprochons des remarques précédentes la stalislique rlonnée en 1909 par le Tcacher de Londres : dans l'Université de Manchester, sur 56a l'emnies graduées 64 seulement sont mariées et i 2 seulement ont épousé des compagnons d'études.

D'autres pédagogues au contraire déclarent que la cocducation donne de bons résultats ; ainsi Fôrster (bSg tr. fr. 66) et MevnoFFiîn pour la Suisse*.

RouMA rend compte de ses ol)servalions sur l'école normale mixte qu'il dirige à Sucre en Bolivie : les jeunes gens sont devenus plus sociables, ont gagné en tenue extérieure, les jeunes (illes ont perdu de leur timidité, de leur frivolité, gagné en indépendance; les uns et les autres ont perdu ce :;en liment de malaise romantique « qui fait voir xva. sexe à l'autre sous l'angle d'une sorte d'idéalisation mystérieuse. » (^biSSg /|66).

Le D"" BuRNEss dans une sérieuse élude sur les essais de f:ystcme coéducatif en Angleterre établit par des données statistiques que les garçons et les filles soumis à ce régime dans les écoles secondaires n'arrivent pas à un degré inférieur d'instruction (biSsi). De plus la coéducation fournit « une instruction pratique sur le développement des bonnes relations sociales entre les sexes » (l)i32i 166). Elîe tend à faire disparaître « l'excès de la conscience du sexe : la fausse sentimentalité, la fausse modestie, le maniérisme » (biSai 196). Quant aux inconvénients moraux, l'enquête faite auprès de 61 direcleurs d'écoles secondaires mixtes en Angleterre rapporte des opinions variées : tous ne sont pas unanimes et d'ailleurs leur témoignage ne porte guère que sur la correction extérieure.

Mi'e Backstrum (biSgo 67) déclare que la ijratique de la eoéducation n'a donné lieu à aucune plainte en Suède.

Cependant presque tous ceux qui défondent la coéducation au nom de l'expérience font deux remarques importantes : Due solution bonne pour un pays n'est pas pour cela recommandaljle dans d'autres. — La surveillance et la valeur morale du personnel jouent un rôle primordial:» Cette tentative avortera partout où l'on n'aura pas, par une influença

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morale, mis les élèves à l'abri des dangers do celte vie en commun. » (bSg Ir. fr. 06).

De cette enquête mondiale il serait difficile de déduire une conclusion de valeur vraiment scientifique: les règles de l'observation n'ont pas été en efiet suffisamment observées, en particulier les influences étrangères à celle de la coéducation n'ont pas été éliminées. Cependant elle porte à une prudente réserve et, jusqu'à démonstration du contraire, les résultats précédents peuvent être considérés comme valables :

lo Dans l'ensemble la coéducation présente de graves inconvénients moraux. Elle ne semble pas avec évidence diminuer le degré d'instruction que garçons et filles sont susceptibles d'acquérir; nous examinerons bientôt si elle ne nuit pas à l'acquisition du genre d'instruction désirable pour chaque sexe.

2° En tout cas la coéducation demande delà part des éducateurs des qualités spéciales, du flair psychologique et pédagogique (bl338). C'est là un inconvénient évident pour une généralisation du système : on ne peut demander à l'ensemble du personnel éducateur des qualités aussi rares que le flair psychologique.

Mlle D"^ loTEYKo demande que l'on ne tire pas des conclusions trop hâtives des observations de mauvaise influence morale due à la coe'ducation : « L'observation des faits qui fe'accomi)lissent journellement dans les universités semble, au premier abord, très défavorable à l'idée de la coéducation. Les jeunes iilles n'ont que trop souvent à soufîrir des situations (;ne leur créent leurs trop galants camarades, et la présence des femmes dans l'auditoire est souvent l'occasion de désordres. Un observateur superficiel en conclurait qu'il est de toute nécessité d'exclure les femmes des universités. A un examen plus attentif, on aperçoit que cet étaX de choses est la conséquence logique de l'absence de coéducation dans l'en-

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seignement primaire et moyen... D'ailleurs la vérincation de cette idée a été faite en Amérique, où la jeune fille, après avoir passé par tous les degrés de la coéducation, entre à l'université sûre d'elle-même, pénétrée de ses droits, et la vie qui s'ouvre devant elle est pleine de charme et de bonheur. » (bi356). Ferrièrk demande également que l'on n'admette dans les écoles secondaires mixtes où la vie sociale est commune que des élèves ayant déjà fait leur instruction primaire dans des écoles mixtes.

Malgré toute l'autorité de Ml'e Ioteyko, il ne faut pas affirmer trop vite que la coéducation de l'enseignement secondaire diminuerait les inconvénients pour la coinstruction supérieure. En Amérique on ne croit pas du tout unanimament à l'absence de graves inconvénients pour la coéducation dans l'enseignement supérieur. Il y aurait de plus une importante distinction à faire entre la correction extérieure et la moralité réelle. Ceux qui ont eu l'occasion de vivi-e avec des jeunes gens longtemps préservés du vice ont pu constater que parfois, s'ils venaient à être corrompus, ils donnaient plus de scandales extérieurs que des camarades profondément vicieux, et la psychologie expliquerait facilement ce fait. Il en résulte qu'en attribuant à la coéducation une influence démoralisatrice, on n'irait pas contre ce résultat : le système coéducatif présente moins d'inconvénients extérieurs pour ceux qui l'ont déjà pratiqué. Mais il est clair que l'éducateur prétend bien atteindre au delà de la simple correction extérieure.

3° Les avantages signalés assez généralement en laveur de la coéducation, la perte de l'excès de la conscience du sexe, la guérison de la timidité, etc. ne sont pas tous des avantages certains : Hall et Bassi ont constaté en particulier que la connaissance plus exacte prise de leurs défauts respectifs par les jeunes gens et les jeunes filles coéduqués, point toujours indiqué comme a{>antage, diminuait le nombre des mariages. L'inflnence féminine s'exerce naturellement sur le garçon par la mère, l'aïeule, les sœurs, et il est

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à remarquer que dans les faniiîîes honnêtes celte influence ne diminue eu rien Tidéal que le jeune homme se forme de la jeune fille : en famille la femme àe montre ce qu'elle est, dans un milieu auquel elle est providentiellement adaplée. Mais le cadre de l'étudiante lui est éminemment défavorable, et, dans les relations de camaraderie entre étudiants des deux sexes, elle donnera d'elle une idée fausse, ses belles qualités resteront dans l'ombre, seront méconnues. Est-ce vraiment aussi un avaîilage de supprimer, d'amoindrir la grande pudeur et l'extrême réserve de la jeune fille? Ce qui semblerait en cela excessif n'at-il pas sa profonde raison d'être ?

Donc, à tout prendre, en s'en tenant aux résultats apparents du système, la coédueation apporte plus de maux que de bienfaits. Pour donner à cette conclusion une valeur vraiment scientifique, il serait utile de faire les observations avec plus de rigueur dans la méthode, en les faisant porter principalement sur les trois époques suivantes : première enfance, début delà puberté, période finale de l'éducation.

2" Etude des dispositions spéciales aux garçons et aux filles. — La volonté exerce son influence sur l'ensemble des activités humaines, intellectuelles, volontaires, physiques, par le maintien dans la conscience de jugements de valeur (Cf. n° 53); par ce pouvoir de maintien, qui a pour corrélatif un pouvoir d'inhibition, elle fait sans cesse un triage parmi les éléments psychologiques qui défilent devant la conscience (bI020 297). Si les jugements de valeur sont constamment orientés dans une même direction générale, la vie entière se ressentira donc de cette particularité en tout ce qui subit rinfluonce de la volonté, et, si cette

particularité doricnlaiion ost naturelle, il y aura par le fait même une S'pécialisalion naturelle de lidéal de la vie, du terme de l'éducation.

Or la conclusion qui se dégage des nombreux traranxsur la psychologie comparée des sexes est la suivante : « Dans l'évolution de l'enfant il faut distinguer des traits masculins et des traits féminins ; en un sens il n'y a pas un seul trait commun aux deux sexes. » (b294 195. Cf. bl27i; bl342; bl397 12-7; bi428; etc.). Si l'on va au détail de ces différences signalées parles observateurs, on constate que la jeune fille a les mêmes fonctions psychologiques que le garç^on, qu'elle peut comme lui avoir de l'aptitude pour telle branche d'enseignement et même primer dans un concours, qu'elle ne lui est pas, à proprement parler, inférieure ; mais dans l'exercice de ses fonctions, dans la manifestation de ses aptitudes, elle est autre. La diversité existe moins dans le détail des opérations que dans l'orientation générale, dans la finalité qui dirige toutes les activités vers un idéal déterminé. En un mot, il y a un type psychologique masculin ei un type psychologique féminin. 'Cf. no (37 p. 273), et ces types sont caractérisés par la différence des idéals que vise l'exercice de leurs activités.

Nous avons exposé la Ihéoiùe de Freud en signalant ses exagéi'alions (n° ^ p. Ss; n° 69 p. a48) : si on examine l'ensonible delà Aie sensilive pour lui-même, sans faire entrer en ligne de compte la subordination qui le fait dépendre de la vie mentale supérieure, il est vrai que les fonctions sensitives se groupent autour d'ui.c n.éme linalité, la conservation de l'espèce, finalilé qui eàl })réciséirienl celle de la différence des. sexes envisagée au point de vue de cette même vie inférieure. Or, malgré son infériorité relative, la vie sensitive conditionne la vie inteliecluelle dans son exercice; l'homme n'est pas un esprit

3oO PSYCHOLOGIE PÉDA.aOaiQUK

puretsps fonctions les plus hautes se ressentent de son ui ion avec la matière. On pouvait donc, avant même de faire des observations spéciales, prévoir que la difTérence des sexes doit avoir une influence inéluctable sur l'exercice des fonctions supérieures.

Les études de Hbymans, Gaudig, Wreschner, (hia7i; bi34a« 4; bi428), se résument assez bien dans cette formule: « Il y a dans les synthèses de la femme une différence de point de vue inexplicable par l'éducation et l'habitude. » {bi7 1 268). L'homme fait plutôt ses synthèses d'un point de vue logique, la femme d'un point de vue sentimental et esthétique. Aussi cette dernière, dans la manière de se soumettre à l'éducation, est plus réceptive, plus passive, moins portée à critiquer l'instruction reçue; elle s'adapte plus facilement aux différents maîtres, passe plus facilement d'une matière d'enseignement à une autre.

La sérieuse enquête du D' Burness, partisan de la coéducation, met en évidence plusieurs points qui conGrment l'idée précédente. En mathématiques les garçons surpassent les filles et la distance grandit avec l'âge. Ceux-là sont très supérieurs pour les sciences physiques, tandis que celles-ci témoignent plus d'intérêt pour la botanique, plus d'aptitude pour les cours d'hygiène et l'enseignement ménager. Dans la manière de s'appliquer aux études les jeunes ûUes ont plus de goût pour l'ordre, prêtent plus d'attention aux détails. Elles ont une grande facilité de mémoire et d'accumulation, tandis que les garçons sont plus capables de remonter aux causes des phénomènes. Dans l'étude de la langue maternelle les goûts littéraires sont très différents, point confirmé d'ailleurs par toutes les enquêtes sur les idéals préférés (n» 20 p. 89), En histoire le garçon s'intéresse davantage aux mouvements économiques et sociaux, tandis que l'attention des jeunes filles est plutôt dirigée vers le pittoresque (biSai 28-188). Les observations de Burness signalent particulièrement bien ce point : la jeune fille diffère du garçon pour ce qui est de dégager l'idée générale contenue dans un morceau littéraire, ou l'enseignement donné par un fait historique ; elle fait ses synthèses mentales d'après des points de vue spéciaux (b 1821 87 i39-4o).

Cette difTérence entre le type psychologique mascu-

COÉDUCATION 3oi

lin elle type psychologique féminin est-elle un argument pour ou contre la coéducation ?

Plusieurs auteurs estiment que cette diversité entre les psychologies de l'homme et de la femme prouve l'utilité de la coéducation : garçons et filles gagneront à cette fréquentation mutuelle, en prenant les qualitésqui leur manquent. Tel est l'avis du D^ Burness : « L'ordre des idées de l'homme étant en partie différent de celui delà femme, il s'ensuit par conséquent qu'il y a profit pour les élèves à recevoir leur enseignement de tous les deux... De cette façon l'élève est amené à regarder les choses sous différents points de vue, le cercle de ses idées est élargi et ceci, il nous semble, est tout à son avantage. » (bl321 130-40). Et l'auteur cite à ce sujet J. Stuart Mill : « La tendance des femmes à regarder les choses comme isolées plutôt que groupées, et leur intérêt plus vif dans les sentiments actuels des personnes, est un correctif à celle des hommes à trop estimer la simple abstraction. » Telle est aussi, plus accentuée encore, la pensée de Ferrière : « Sans que l'esprit assimilateur de l'élément féminin et l'esprit plutôt constructeur de l'élément masculin soient modifiés dans leur essence — ce sont des tendances innées que rien ne changera jamais — chaque sexe prend peu à peu les qualités de l'autre et tend de lui-même à une certaine harmonie qui ne peut que lui être salutaire. » (bl338 86).

Non, répondent les adversaires de la coéducation, l'intérêt de la société est loin de trouver son compte à ce que les différences psychologiques des sexes soient amoindries ; plus l'homme sera viril et plus la femme sera femme, plus aussi la société conjugale sera riche en ressources, plus en général la société humaine

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contiendra d'éléments de succès pour atteindre son but. Le garçon doii être élevé pour devenir un homme dans toute la force du mot, la jeune fil'e pour être une femme accomplie comme femme. Ce n'est pas là considérer la femme à un point de vue étroit, mais bien la traiter de manière à donner à ses trésoi's naturels le plus grand rendement possible. S. Hall, parlant des qualités morales, dit que sous ce rapport les diOTérences entre l'homme etla femme sont innées, invincibles, et il ajouie : « Virilité et fcininité ont besoin d'un régime diirérent pour acquérir leur parlaite floraison. — Patriotisme, famille, honneur, courage, combien tout cela rend un son spécial pour chaque texe! — Si on apprend aux garçons les vertus des filles, quand ils seront des hommes, ils auront à marcher sur leur propre terrain sans y être adaptés. » (b71 t. 1 244-5). Hall remarque encore que l'influence des femmes les plus nobles et les plus pures n'est pas bonne à ce point de vue, si elle est trop exclusive (b71 t.2 245-G).

Nef signale i>lusieurs inconvénients secondaires que celte différence des types suscite à la coins.lruclioa (bi375). 11 déclare d'après sa propre expérience qu'il y a danger pour la maître de préférer le type de travail féminin dans lequel il ti'ouve plus de docilité, plus de souplesse à prendre l'empreinte exacte de la personnalité de l'éducateur. De plus l'honneur et l'émulation ont encore plus de puissance d'action sur la jeune fllle que sur le jeune homme : facilement la tendance de la classe mixte sera moins de savoir que de briller, et, malgré les immenses bienfaits du sentiment de l'honneur et de l'émulation, il y a certainement inconvénient à faire passer au second ran^ la solidité de la formation inteliecluelle, Aus»i RuQE atTu-nie-t-il que l'introduction des fe;iiiues dans les universités a rendu l'enseisjnement plus brillant, i)lus facile, mais moins [>i-afond, moins sérieux, moins laborieux (bi3y3).

COÉDL'CATION 3j3

lin résumé, l'élude de la diversité des types psychologiques conduit à des conclusions contraires à la cocducation; ce système ne peut être employé que pour des raisons étrangères à la psychologie pédagogique et faute de mieux. !i ne favorise pas l'acquisition du type psychologique naturel de l'homme et du type puychologique naturel de la femme; or un système éducatif peut bien viser à surélever l'idéal visé parla nature, mais il cesse d'être légitime dans la mesure où il en coniprouiet rac([uisitioa.

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