‹ Psychoses et affections nerveusesChapitre 20 sur 68 · PAR L’OCCLUSION DES OREILLES ET DES VEUX · texte numérisé non relu

PAR L’OCCLUSION DES OREILLES ET DES VEUX

d’abord la sensibilité générale. Il existe, vous pouvez le constater, une anesthésie absolue comme degré, totale comme étendue de la peau et de toutes les muqueuses accessibles : nous pouvons toucher, pincer, piquer, brûler ces muqueuses et la peau sans que le malade accuse la moindre sensation agréable, indifférente ou pénible. Lorsque la vessie et le rectum sont distendus par l’urine et les matières fécales, Aim... éprouve un sentiment de gêne au bas-ventre qui l’avertit du besoin de s’exonérer, mais il ne sent passer ni les matières fécales, ni l’urine. Il sent la faim, mais avale sans pouvoir dire si les aliments ont pénétré dans l’estomac. Le dernier rapport sexuel qu’il ait eu remonte à un an ; il a accompli le coït, mais n’a éprouvé aucune sensation voluptueuse.

Le sens musculaire est aboli comme la sensibilité tégumentaire aussi bien à droite qu’à gauche; non seulement les tiraillements, les torsions exercés sur les articulations et les os ne sont pas perçus, mais Aim... n’a nulle conscience des mouvements communiqués à ses membres et de la situation qu’ils occupent; il doit regarder son bras ou sa jambe pour savoir où ils se trouvent.

Les sensibilités spèciales sont, elles aussi, profondément atteintes : le goût et Yodorat sont totalement supprimés; Y ouïe est simplement diminuée, mais d’une façon notable : le bruit de la montre à droite et à gauche n’est pas perçu au-delà de 15 centimètres. Quant à la vue, il existe un double rétrécissement concentrique très accusé du champ visuel; à gauche, où il y a de la polyopie monoculaire , la vision est moins étendue et moins nette qu’à droite.

En résumé, Aim... n’entre plus en relation avec le monde extérieur que par l’intermédiaire de la vue et de l’ouïe ; et, comme l’ouïe et la vue elles-mêmes ont perdu une grande partie de leur puissance normale, les moyens de commu-

LE SOMMEIL PROVOQUÉ

nication avec l’extérieur sont, chez le malade, réduits au minimum.

Si je ne tenais à bien limiter le sujet de celte leçon, j aurais d intéressantes considérations à vous présenter relativement à l’état psychique de Aim... L’abolition du plus grand nombre des modes de la sensibilité a pour corollaire un trouble profond des facultés qui tient lui-même à une désagrégation de la conscience. Qu’il me suffise de vous indiquer deux particularités : chez Aim..., la vue étant le sens le moins atteint, les impressions et les images visuelles tiennent la large, presque l’unique place, dans ses opérations cérébrales; il a, à chaque instant de la nuit et du jour, des hallucinations de la vue, multiples et variables ; il lui semble, par exemple, qu'il est dans une forêt, cerné par des animaux et des hommes armés, il voit des gendarmes, diverses personnes connues et, comme les impressions sensorielles ne sont plus là pour rectifier les hallucinations, Aim... se laisse aller à croire à la réalité de ces dernières. « Quand je cause avec vous, me dit-il, je vois bien que tout cela est faux. Mais, quand je suis seul, je crois à mon cauchemar, à mon rêve. »

Un autre détail à relever, c'est l’excessive suggestibilité du malade à l'état de veille : on lui donne avec la plus grande facilité les hallucinations les plus diverses; on modifie, au gré de la fantaisie, la direction de ses idées; et si les résultats ne sont pas durables, ils sont du moins obtenus sans la moindre difficulté. Le malade est comme un automate passif aux mains de l’observateur.

Enfin, Messieurs, je dois encore vous faire remarquer que cet homme, si aisément suggestionnable, présente un trait de caractère qui nous a depuis longtemps frappé; il est, dans les circonstances ordinaires de la vie, remarquablement indifférent à ce qui se passe autour de lui et d’une

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