‹ Psychoses et affections nerveusesChapitre 23 sur 68 · DES VEUX · texte numérisé non relu

DES VEUX

Enfin, si l’on essaye d’ouvrir la bouche, on y arrive, mais on éprouve une certaine résistance qui prouve que les masséters ont tendance à se contracturer. Tout cela nous

fait songer bien plutôt à une forme du sommeil hypnotique qu’au sommeil naturel.

Mais les expériences dont je vais vous rendre témoins compléteront nos renseignements. Ces expériences vont établir : 1° que le malade est susceptible d’accomplir, pendantle sommeil provoqué par l’occlusion des yeux, des actes suggérés durant la veille ; 2° qu’en dépit des apparences et bien qu’il présente l’aspect d’une masse inerte, Aim... peut, durant son sommeil, recevoir des ordres qu’il exécute soit après le réveil, soit pendant le sommeil même.

Procédons donc aux expériences. Avant d’occlure les yeux je dis à Aim... : « Quand vos yeux seront fermés, vos bras deviendront raides. » J’abaisse les paupières et vous pouvez constater que les membres supérieurs, au lieu d’être flasques et inertes comme tout à l’heure, sont affectés de contracture ; je réveille le malade. Je recommence l’expérience avec le membre inférieur, vous voyez qu’elle réussit de la même façon.

A la vérité, nous n’avons guère pu suggérer au malade que des contractures; c’est en vain que nous avons cherché à lui donner des hallucinations. Je lui dis pendant qu’il est dans son état habituel de veille : « Une fois endormi, vous verrez un serpent; » il ferme les yeux, et vous constatez que rien dans l’expression de la physionomie ne permet de supposer que le sujet ait devant les yeux l’image effrayante du serpent. Je dois dire pourtant qu’une fois, ayant suggéré à Aim... qu’il verrait un lion, nous avons surpris certains mouvements des muscles du visage qui nous ont autorisé à penser que l’hallucination avait lieu. Aussi ne suis-je pas certain qu’avec quelque exercice et en répétant les expé-

LE SOMMEIL PROVOQUÉ

riences de cel ordre on n’arriverait pas à des résultats plus appréciables et plus constants.

Quoi qu’il en soit, ce que je veux retenir des faits dont vous venez d’être témoins, c’est que Aim... exécute, durant le sommeil provoqué, quelques-uns au moins des ordres donnés pendant la veille, ceux notamment qui ont pour but d’amener la raideur et la contracture des membres.

Je reviendrai tout, à l’heure sur les conséquences à tirer de ces faits, et je passe à une seconde série d’expériences.

Je vais essayer maintenant de suggérer le malade pendant qu’il dort. Au premier abord la chose semble impossible, car Aim... nous apparaît comme un corps inerte, insensible à tous les genres d’excitation. Mais, en yregardant de près, nous allons voir que celte insensibilité absolue n’est qu’une apparence.

Tandis que le malade est en sommeil, je lui dis : « A votre réveil, vous aurez la'jambe raide. » 11 paraît ne pas m’entendre, le visage reste sans expression, nous ne notons aucun jeu de physionomie, aucun mouvement qui nous permette de supposer qu’Aim... nous ait entendu. Et cependant, consciemment ou inconsciemment, il nous a entendu; en voici la preuve : je réveille le malade en soulevant les paupières: vous voyez qu’aussitôt la jambe devient raide.

Avec le bras, avec la langue, l’expérience réussit de même. Je dis a Aim... : « A votre réveil vous ne pourrez plus parler. » Vous voyez qu’éveillé il a peine à articuler les mots; la langue est manifestement contracturée, il ne peut la tirer hors de la bouche.

Mais je puis donner au malade bien d’autres suggestions que son cerveau, en apparence inactif, recevra et exécutera

Page 1