‹ Psychoses et affections nerveusesChapitre 24 sur 68 · AR L’OCCLUSION DES OREILLES ET DES YEUX · texte numérisé non relu

AR L’OCCLUSION DES OREILLES ET DES YEUX

fidèlement au réveil. Je puis lui suggérer des hallucinations: je lui annonce, par exemple, qu’il verra un serpent, vous constatez qu’aussilôt éveillé il se défend avec horreur contre la vision. Je puis même lui suggérer de simples idées : depuis hier, Aim... demande impatiemment sa sortie ; je vais le convaincre qu’il est très heureux a 1 hôpital et qu il veut y rester: vous voyez qu’à son réveil il ne demande plus à sortir et déclare se trouver très bien ici.

J’ai choisi, pour vous en rendre témoins, les expériences qui précèdent, au milieu d’un grand nombre d autres. Que prouvent-elles ? Elles établissent, cerne semble, d une façon irréfutable, que l’inactivité cérébrale ou, au moins, l’incapacité d’action du cerveau est plus apparente que réelle pendant le sommeil provoqué par l’occlusion des yeux, et que l’encéphale, en dépit des apparences, est susceptible de commander certaines réactions motrices et de percevoir certaines impressions auditives. Ce n’est donc pas un organe en état d’absolue inertie comme on eût pu le penser à un examen superficiel.

Donc, bien qu’il y paraisse, Aim... entend pendant qu’il dort. Je vais maintenant vous montrer qu’il sent , c’est-àdire qu’il perçoit les impressions tactiles. Cette affirmation peut vous sembler étrange, alors que nous avons pu tout à l’heure, dans l’état de veille, comme dans l’état de sommeil, pincer, piquer, brûler le malade sans qu’il ait accusé la moindre sensation.

Mais suivez l’expérience que voici, elle est pleine d’intérêt : je touche avec la main la jambe gauche du malade endormi en dissimulant soigneusement mon bras, et je dis à Aim...: « A votre réveil cette jambe (la jambe gauche) sera raide. » Je soulève les paupières et vous constatez que le membre inférieur gauche est raide en effet. Or, par quelle voie suis-je arrivé à indiquer à Aim... qu’il s’agissait du

LE SOMMEIL PROVOQUÉ

membre gauche, non du droit? par l’ouïe? en aucune façon ; je n ai pas prononcé le mol gauche. Simplement par le contact. Quand j’ai dit à Aim... : cette jambe, je parlais de celle que je louchais. Aim... ne s’y est pas trompé, il faut donc que la peau ait senti ma main.

Comment interpréter ce fait ? Le malade, ne l’oubliez pas, est, à l’état de veille, affecté d’une anesthésie tactile absolue. On est donc amené à supposer ou que le tact aboli pendant la veille est recouvré à l’état de sommeil, ou qu’à l’état de veille comme à l’état de sommeil son abolition n’est qu’apparente.

La première hypothèse est peu vraisemblable. Sans doute, dans certains états hypnotiques, il y a, vous le savez, retour et même exaltation des sensibilités abolies pendant la veille. Mais ce n’est pas le cas ici, puisque pendant le sommeil les sensations paraissent être chez Aim... au moins aussi obtuses qu’en dehors de cet état. Nous sommes ainsi ramenés vers la seconde hypothèse: durant la veille, comme durant le sommeil, l’anesthésie est apparente, non réelle. C’est un fait aujourd’hui connu (Onanofî, P. Janet) que les hystériques qui paraissent ne pas sentir les contacts les sentent en réalité, mais inconsciemment. Les impressions tactiles ne sont plus perçues par la conscience dont le champ est, comme on dit, rétréci, mais elles n’en arrivent pas moins au cerveau qui les reçoit et les emmagasine à son insu. En voulez-vous la preuve? Je vais vous la donner en répétant, à l’état de veille, l’expérience que j’ai faite tout à l’heure chez Aim... pendant le sommeil. Constatez d’abord une fois de plus que je puis toucher, piquer la peau de tout le corps sans que le malade se doute de ce que je fais. Or, chez cet homme ainsi affecté d’une anesthésie profonde et complète, il me suffit (car Aim..., vous l’avez vu, est très suggestible à

Page 1