‹ Psychoses et affections nerveusesChapitre 25 sur 68 · PAH L’OCCLUSION DES OREILLES ET DES YEUX · texte numérisé non relu

PAH L’OCCLUSION DES OREILLES ET DES YEUX

l’étal de veille) de toucher le bras gauche en disant: ce bras est raide, pour qu’aussitôt le bras se contracture. Aim... a donc, à son insu, perçu le contact de ma main, puisqu’il a immédiatement interprété correctement l’indication qu’elle lui donnait et que seule elle pouvait lui donner, car j’avais eu soin, vous l’avez remarqué, de prendre toutes les précautions pour que ni la vue, ni l’ouïe n’intervinssent ici.

Les expériences précédentes et quelques autres analogues, que je laisse de côté pour ne pas allonger cette leçon outre mesure, me permettent de préciser mieux que cela n’avait été fait, je crois, jusqu’à présent, les caractères symptomatiques de ces singuliers étals de sommeil provoqués par la suppression artificielle et momentanée des quelques sensibilités persistantes, chez les individus atteints d’anesthésie sensilivo-sensorielle très étendue. Sans doute il pourrait se faire que tous les cas ne fussent pas identiques les uns aux autres ; je serais surpris toutefois qu’il put y avoir entre eux des différences fondamentales.

D’après ce qui précède, on voit qu’il ne serait pas juste de dire que, conformément aux apparences, dans ces états de sommeil, toute perception soit abolie, toute opération cérébrale impossible. Je vous ai montré qu’on pouvait se faire entendre par le sujet, bien qu’il parut tout à fait sourd; que le con tact des mains était senti, bien que le sujet semblât tout à fait insensible; qu’enfin le cerveau était capable de conserver l’empreinte de certains ordres suggérés et d’exécuter ces ordres au moment même où ses opérations paraissaient totalement abolies.

On s’est demandé, vous le savez, si le sommeil provoqué

LE SOMMEIL PROVOQUÉ

dans les conditions dont je m’occupe se rapprochait davantage du sommeil normal ou des sommeils hypnotiques. Sans se prononcer d’une façon catégorique, M. Raymond avance que les étals de sommeil dont il s’agit « diffèrent autant des phénomènes d’hvpnose classique qu’on développe chez les hystériques qu’ils ressemblent davantage au sommeil naturel ». Réserves faites pour la dissemblance possible, mais peu vraisemblable des cas, je ne crois pas cette conclusion fondée. Le principal argument qu'invoque M. Raymond en faveur de son opinion, c’est l’absence de l’hyperexcitabilité neuro-musculaire qui constitue, comme on sait, l’un des caractères fondamentaux de la léthargie hypnotique. Or, si l’hy perexci tab ilité a fait défaut dans le cas rapporté par M. Raymond, c’est peut-être qu’on ne l’a pas suffisamment ou, du moins, assez longtemps recherchée. Ce qui me porte à le supposer c’est que, lors de mes premiers examens, l’hyperexcitabilité n’existait pas chez notre malade. Avec le temps, au contraire, elle a fait son apparition et, actuellement, comme vous le voyez, il suffit de malaxer un peu les masses musculaires pour en déterminer la contracture.

Je pense donc qu’il n’y a pas de différence fondamentale entre la léthargie et l’état de sommeil provoqué chez Àim... par l’occlusion des paupières. 11 s’agit là, au contraire, pour dire toute ma pensée, d’un profond sommeil léthargique qui n’est pas sans doute la léthargie classique telle qu’on la rencontre dans les cas typiques de grand hypnotisme, mais qui s’en rapproche de très près.

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