SUIS UN SYNDROME SIMULANT LA SCLÉROSE
Avant de vous faire constater l’état actuel de cet homme, je dois tout d’abord vous mettre au courant de son histoire pathologique : elle présente, en effet, un intérêt particulier tant au point de vue des difficultés que pouvaient opposer au diagnostic les symptômes constatés il y a quelques mois, qu’au point de vue de l’interprétation des phénomènes telle que nous sommes à même delà donner aujourd’hui d’après l'évolution des troubles.
Le malade est âgé actuellement de trente-quatre ans. Nous ne trouvons rien à noter dans son hérédité, mais ce que nous savons de son passé nous le montre comme un type de déséquilibré . Tout enfant, il fut embarqué comme mousse sur un navire à bord duquel se trouvait un de ses oncles. Abandonné par ce dernier, pour des raisons que nous ignorons, à l’âge de dix-septans, il se rend au Mexique où il se livre à la contrebande des soies. A vingt ans, il avait réalisé une fortune de 300.000 francs qu’il gaspilla sans compter, avec une remarquable imprévoyance de l’avenir. Ruiné, il rentra en France et s’y fit incorporer dans un régiment de dragons ; bientôt il déserta, passa en Belgique et s installa a Anvers où il devint représentant de commerce. De retour en France, après l’amnistie de 1885, il mit à profit pour vivre ses dispositions artistiques et ne tarda pas à acquérir une certaine notoriété soit comme chanteur de café-concert, soit comme compositeur de romances. D'un caractère gai et enjoué, il était actif, plein d’entrain, vivant tantôt misérablement, tantôt somptueusement, suivant les ressourcés du moment.
Bien portant jusqu’en 1893, il éprouva, vers le milieu de l’été de cette année, une vive contrariété à la suite de
SU U UN SYNDROME
laquelle son caractère s’aigrit: il devint irritable et maussade. Ses amis constatèrent qu’il maigrissait, et lui-même ressentit une faiblesse générale accusée particulièrement au niveau des jambes.
Le 2 septembre, il était en scène et avait chanté comme de coutume, lorsqu’au moment de se retirer il éprouva une sorte de faiblesse, accompagnée peu après de difficulté de la parole et de parésie des membres droits , particulièrement du membre inférieur. C’est seulement huit jours après que le bras devint véritablement impotent, et l’impotence y fut précédée d’engourdissements assez accusés. Les membres du côté gauche ne furent affectés que plus tard, du 20 au 30 septembre. Comme à droite, la jambe fut parésiée la première, puis le membre supérieur. En même temps, la difficulté d’articulation des mots s’accentua.
Le malade, au début d’octobre, fit un court séjour à l’hôpital Lariboisière et, le 16, il entra dans notre service.
M. le Dr Le Gendre, qui nous suppléait à ce moment, voulut bien nous le montrer un jour que nous traversions le service, et voici quel était l’état à cette époque :
Le patient était au lit, immobilisé d’une façon presque absolue dans le décubitus dorsal; la tête, légèrement penchée en avant, avait une tendance manifeste à s’incliner sur la poitrine. Ce qui frappait tout d’abord lorsqu’on l'approchait, c’était une excessive émotivité, se traduisant par des accès alternatifs de rires et de pleurs qu’aucune raison n’expliquait.
La face ne présentait aucune déviation, bien qu’il y en ait eu, paraît-il, après le malaise subit du 2 septembre. Le frontal et les orhiculaires ne montraient aucun signe de parésie ; mais il en était autrement de l’orbiculaire des lèvres et des muscles innervés par le facial inférieur. Le masque